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Re: Défi théme d'écriture du 7 octobre
Plume d'Or
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Pour Filamande : ton texte me rappelle "le soldat chamane"de Robin Hobb, tu connais cette série d'histoires ?

Posté le : 13/10/2013 12:00
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Re: Défi théme d'écriture du 7 octobre
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Pour Bacchus : ça s'appelle binge drinking en anglais, il faut absolument que je goûte au Lancaster !

Posté le : 13/10/2013 11:24
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Re: Défi théme d'écriture du 7 octobre
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J'ai fait des cauchemars avec ce film pendant des années, et j'ai encore du mal à le regarder, quand j'ai appris qui était Lewis Caroll, et son comportement bizarre avec la vraie Alice, ça n'a rien arrangé. Il y a un gros malaise dans cette histoire. Mes enfants ne sont pas fans non plus.

Posté le : 09/10/2013 09:30
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Re: Défi théme d'écriture du 7 octobre
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à Coucous :
Cette histoire est ma préférée, il y a tous les thèmes que tu abordes, la poupée, la fête foraine, la jeune fille perdue ; Très bonne histoire !

Posté le : 08/10/2013 15:39
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Re: Défi théme d'écriture du 7 octobre
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Alice au pays des horreurs

Mon amie Chantal est venue me rendre visite, elle va même rester à coucher à la maison. Je suis tellement contente ! Chantal est plus âgée que moi, c’est mon modèle, elle est très belle. Elle est blonde, alors que je suis brune, elle sait lire des livres, elle a des devoirs. J’ai hâte d’aller à la grande école comme elle, de savoir des choses, d’entrer dans le monde du savoir, dans le monde des grands.

« Je vais te lire une histoire ».

Chantal sort un grand livre de son sac. Sur la couverture, il y a une petite fille blonde avec un très joli visage. Elle a les cheveux longs et une robe d’un beau bleu. Par contre elle porte un tablier blanc, ce qui est assez étrange, est-elle femme de chambre ? Ce serait bizarre à son âge. Elle a de grosses jambes boudinées dans des collants blancs. J’adore les histoires, je m’installe à côté de Chantal et j’écoute en regardant les images du livre.

C’est donc l’histoire d’Alice. Elle se repose au pied d’un arbre en compagnie de sa sœur, quand tout à coup elle décide de suivre un lapin avec une montre. Sa sœur lui a dit de ne pas bouger, et elle se met à courir après un lapin ! Elle est désobéissante, il va lui arriver des malheurs. Elle m’énerve déjà, je n’aime pas les gens qui cherchent les ennuis. En plus un lapin avec une montre, c’est impossible.

Alice arrive dans un pays inconnu. Elle ferait mieux de rebrousser chemin et de retrouver sa sœur, elles pourraient peut-être y retourner toutes les deux après. Elles étaient dans un très joli jardin, à sa place j’y serais restée.

Le lapin tombe dans un puits, et elle le suit ! Quelle inconsciente ! Elle va se blesser, c’est sûr. Sa chute est interminable, elle va s’écraser au fond du trou, plus personne ne pourra venir la sauver, quelle horreur ! En plus c’est une voleuse, elle prend des confitures qui se trouvent sur des étagères dans le puits, quelle mal élevée.

Après la confiture, que trouve-t-elle ? Une petite bouteille remplie d’un liquide inconnu. Il est écrit « buvez-moi », et cette idiote d’Alice boit ce qui est sans doute du poison. Elle cherche les ennuis je vous dis !

Elle devient toute petite :

« Je le savais qu’il lui arriverait malheur », je suis sidérée par la bêtise de cette fille.

Quand elle trouve un gâteau marqué « mangez-moi », je me doute qu’elle ne va pas hésiter une seconde à l’engloutir.
Et voilà qu’elle se met à grandir, à grandir.

C’est affreux, moi aussi je grandis, j’ai la plus haute taille de l’école, pourtant je suis parmi les plus jeunes. On demande tout le temps à mes parents :

« Jusqu’où va-t-elle aller ?"

Ils me regardent d’un air amusé qui ne me fait pas rire,

« Arrête de grandir, tu vas toucher le plafond ! »

Et voilà que c’est ce qui arrive à Alice. Non seulement elle touche le plafond mais en plus elle ne peut plus sortir de la pièce, c’est épouvantable. Et si ça m’arrivait ? Je n’ai jamais vu personne d’aussi grand, même les adultes. Mais si ça m’arrivait à moi ? Tout le monde à l’air tellement étonné de me voir si grande.

« Quel âge a-t-elle ? 4 ans ? Mais c’est incroyable ! »

Ma mère annonce fièrement,

« Et oui, elle met du 8 ans ! »

« Du 8 ans ? Vous êtes sûre ? Le docteur trouve-t-il cela normal ? Elle va peut-être manquer de vitamines, ou se créer des hernies ».

« Non, elle est grande comme son père », répond ma mère qui ne dépasse pas 1.52 mètre.

Je n’écoute que distraitement Chantal et la suite de l’histoire, elle fait vraiment trop peur cette Alice ! Il y a aussi un chat méchant et un chapelier avec un couvre chef ridiculement grand.
Tout à coup, la reine entre en scène. Encore un personnage monstrueux, elle veut décapiter tout le monde, même Alice ! Chantal m’a expliqué ce que voulait dire décapiter, cette bonne femme est folle. Tous ces personnages sont des cartes à jouer, c’est joli, mais ils sont trop nombreux et ils ne tiennent pas debout.

Tout à coup, la porte de ma chambre s’ouvre brusquement. Chantal et moi sursautons de peur, que se passe-t-il, est-ce le chapelier fou, ou la reine qui veut nous décapiter ?

« Qu’est-ce que vous faites toutes les deux ? Arielle a l’air terrorisée. Qu’est-ce que vous lisez ? »

C’est ma nourrice, Mary, elle regarde Chantal avec des gros yeux :

« Alice au Pays des Merveilles ! Arielle est trop jeune pour entendre des histoires pareilles, et toi aussi Chantal. »

Elle ferme le livre avec autorité, et l’envoie rejoindre les autres sur l’étagère. Chantal suit le livre des yeux complètement ahurie.

« La chambre n’est pas rangée en plus ! »

D’un claquement de doigts elle range les jouets dans le coffre, un autre claquement et les vêtements qui sont par terre rejoignent le placard avec les autres.

« Voilà qui est fait ! Au lit toutes les deux, nous sommes invitées aux courses ce soir ! »

Chantal ne comprend pas vraiment ce qui se passe, mais elle n’ose rien dire. Si elle savait que Mary est arrivée chez nous avec son parapluie un jour de tempête, elle serait encore plus étonnée.
Nous nous endormons toutes les deux très vite, pressées d’aller à l’hippodrome avec Mary, ma gentille gouvernante britannique.

Posté le : 08/10/2013 15:29
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Re: Les belgicismes
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C'est vraiment tordant, j'adore !! Idée de défi, écrire un texte avec des expressions locales...

Posté le : 01/10/2013 14:49
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Re: Défi thème d'écriture du 29 septembre : Une sensation étrange
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A Bacchus : J'ai un hamac fabriqué par mon père dans ma cave, je n'ai jamais pu l'accrocher nulle part, mais je le garde précieusement. j'ai quelques sacs de marin en toile aussi. J'aime bien retrouver l'ambiance des bateaux.

A Coucous : Je ferai appel à toi quand je chercherai certains objets sur lesquels je ne peux plus mettre la main, tu m'as l'air drôlement efficace sous hypnose !

Voilà mon texte, je suis souvent en décalage, vous l'avez peut-être remarqué, j'ai donc imaginé une petite histoire un peu fantastique.

Décalage

Il est 6h30 le réveil sonne, c’est dur, j’aurais bien dormi encore. Vite sous la douche, pour se remettre les idées en place ! Radio Classique et ses économistes m’aident à me réveiller. Quelle idée de mettre une émission aussi sérieuse à cette heure là. J’aurais envie d’un extrait de Don Juan ou d’un petit concerto pour mandoline de Vivaldi, à la place j’entends le « point bourse » avec les dernières cotations.
Tout est chronométré le matin.
A 7h je descends, ma première tâche est de donner à manger au chat qui émet des miaulements déchirants pour me faire culpabiliser de ne pas aller assez vite, il donne l’impression de ne pas avoir été nourri depuis une semaine.
A 7h05, je prends mon petit déjeuner : du thé, et un muffin réchauffé au micro ondes avec de la confiture.
7h10, ma fille sort à peine de la douche, elle y est entrée 45 minutes avant ! J’ai entendu le sèche-cheveux, pourtant sa tignasse blonde est trempée, mystère, mystère … Mon fils finit de déjeuner dans le salon en regardant MTV.
7h 15, mon mari descend de la salle de bain du haut, rasé de près, je peux tester en l’embrassant sur la joue, que le rasoir a bien travaillé.
A 7h 30, je descends à la cave pour mettre le sèche-linge en route.
7h35, je passe un coup d’aspirateur rapide et je lave le sol de la cuisine.
Il est 7h 40, je peux partir travailler.
Les plombs sautent !
Zut ! Le sèche-linge fonctionne en même temps que le lave-vaisselle, Pierre a dû le mettre en route pendant que j’étais en bas. La vaisselle attendra, le linge est prioritaire. Je remets le compteur électrique en route.
Le chat me tourne autour en poussant des cris déchirants.
« Qu’est-ce que tu veux le chat, je t’ai déjà donné ton yaourt ! (eh oui mon chat mange des yaourts…) »
Je regarde dans sa gamelle, les traces qui restent sont toutes jaunes, comme si elles dataient de la veille.
« C’est bizarre, il a dû tourner, je vais t’en donner un autre ».
Je regarde dans le frigo, et je vérifie la date sur les pots, pas de problème, ils sont bons pendant encore une semaine. Je remets une cuillère de lait fermenté dans l’assiette. Le chat se précipite comme si il n’en avait pas vu depuis la veille.
« Tu es complètement cinglé mon pauvre minou ! Tu as une mémoire de poisson rouge. »
Ce petit manège a pris un peu de temps, et je vois ma fille qui sort à nouveau de la salle de bain.
« Qu’est-ce que tu fais encore dans la salle de bain, c’est de la folie ! Tu te rends compte de la facture d’eau que je vais avoir ? »
« Il faut bien que je me lave les cheveux, tu cries tout le temps ! »
Je la trouve vraiment culottée !
« Je viens de te voir sortir avec les cheveux trempés, pourquoi est-ce que tu y retournes, c’est incroyable quand même ! »
La journée commence et je suis déjà énervée !
« Je n’y retourne pas, j’ai pris ma douche c’est tout ! »
J’ai l’impression qu’elle est sûre de son bon droit, ses grands yeux bleus me lancent des éclairs. Je décide de laisser tomber, la journée ne fait que commencer, et j’aurai d’autres occasions de m’échauffer.
Je vais finir par être en retard ! Je regarde machinalement dans le salon, et je vois mon fils en train de déjeuner.
« Tu as vu l’heure qu’il est ? Tu vas être en retard, qu’est-ce que tu fabriques ? »
« Zen ! J’ai le temps, il est 10 »
« Ça m’étonnerait, 8h 10 peut-être ! »
« N’importe quoi ! Il est 7h 10. »
Lui aussi a l’air sûr de son bon droit. Je regarde ma montre : 7h10 ! Je vérifie sur la pendule de la cuisine, 7h12, sur celle de la cuisinière : 7h08. Je deviens folle ma parole ! Pierre descend, il est rasé de près.

« Tu me donnes un petit bisou ? Sens comme je suis doux, et comme je sens bon ! »
Je l’embrasse comme tout à l’heure. Il me regarde,
« Tu fais une drôle de tête ! Que se passe-t-il ? »
« Rien, j’ai l’impression d’avoir déjà vécu ça aujourd’hui ».
« Ouh là, tu n’as pas assez dormi toi ! Tu veux un café ? Ça va te remettre les idées en place. »
Je bois le café, mais je n’arrive pas à le savourer, j’ai l’impression de devenir dingue ! Je vais descendre à la cave pour mettre le sèche-linge en route, avant de sortir je me retourne :
« Pierre, surtout ne met pas le lave-vaisselle en marche s’il te plaît ».
« Heureusement que tu me le dis, c’est ce que j’allais faire », dit-il en arrêtant son geste.
« Je sais » dis-je un peu désespérée.
Je descends et je constate que les vêtements sont restés dans la machine à laver, apparemment je ne suis jamais descendue au sous-sol ce matin. Est-ce que j’ai rêvé éveillée ? Je n’ai vraiment pas envie de relaver les sols, les choses se répètent mais je peux choisir ce que j’ai envie de refaire ou pas. Je décide de partir.
« Bisous tout le monde, j’y vais ! »,
En fermant la porte j’entends ma fille qui dit,
« Ça ne s’arrange pas, elle est tout le temps énervée, j’en ai marre ! »
Je monte dans la voiture, que va-t-il encore se passer ? Je n’ai pas envie d’aller travailler, j’ai eu assez d’émotions pour aujourd’hui ! Tout à coup des trombes d’eau s’affalent sur la voiture, le tonnerre gronde. Il ne manquait plus que ça ! Il faut que je fasse attention à ne pas avoir d’accident. L’orage se déchaîne, il est 7h45. Un éclair déchire le ciel, et la foudre tombe non loin de la voiture, heureusement je suis arrêtée à un feu. La lumière rouge s’éteint et les réverbères aussi. La voiture a calé, plus rien ne fonctionne. J’arrive quand même à redémarrer mais la pendule ne s’allume plus, je repars doucement, j’ai eu sacrément peur.
J’arrive au lycée, la cour est déserte, je passe en salle des profs, personne. Qu’est-ce-ce qui se passe encore ? Personne dans ma classe ! Ça continue ! Je regarde ma montre 8h 40 ! J’ai 40 minutes de retard ! Un collègue vient me saluer, il est en avance…
« Alors, on ne s’est pas levée ce matin ? »
S’il savait …


Posté le : 01/10/2013 11:51
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Re: Défi thème d'écriture du 23 septembre
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Violette, tu l'as échappé belle, c'est incroyable cette histoire , c'est vrai ?

Posté le : 28/09/2013 16:51
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Re: Défi thème d'écriture du 23 septembre
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Trop fort le pharmacien !

Posté le : 28/09/2013 16:46
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Re: Défi thème d'écriture du 23 septembre
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L’accident


Je m’appelle Jeanne, j’ai 30 ans et il m’est arrivé une drôle de chose pendant mon enfance. Quelque chose qui a bouleversé la vie de toute ma famille, on pourrait appeler ça un accident de la vie.
Marie ma mère, est fonctionnaire. Depuis qu’elle est toute petite, elle a tout fait comme il fallait : elle a bien travaillé à l’école, a passé des diplômes, elle a trouvé un job sûr qui la met à l’abri des imprévus. Pour elle, pas d’angoisse du lendemain, quand elle voit tous ces gens à la télévision qui perdent leur emploi, qui ne peuvent plus payer les traites de leur maison, elle pense :
« J’ai fait le bon choix, je ne m’éclate pas tous les jours, mais au moins, je n’ai pas de soucis ! »
Elle s’est mariée avec un garçon de bonne famille, Pierre, mon père. Il est avocat et n’a pas de problèmes de fins de mois.
« Avec tous les divorces qu’il y a ma chérie, je ne suis pas prêt de manquer de clients ! »
Les dossiers s’amoncellent sur ses étagères, plus les dossiers sont gros, plus son portefeuille est garni.
Nous sommes deux, un garçon, Charles, et moi, Jeanne. Nous travaillons très bien à l’école et nous sommes des sportifs accomplis. Nous faisons tous les deux la fierté de nos parents.
« Excusez-nous d’arriver en retard pour le repas Belle-Maman, mais Jeanne a encore fait un podium au concours de saut d’obstacle. Nous avons dû attendre la remise des médailles ! », dit ma mère rouge de plaisir, en me poussant vers mes grands-parents.
« Très bien Jeanne, nous sommes fiers de toi ! Et toi Charles ? », dit le grand-père en se tournant vers le garçonnet. « Quels sont tes succès de la semaine ? »
Mon père répond à la place de mon frère :
« Il est le premier de sa classe comme d’habitude ! »
Quel joli tableau ! Quelle belle famille ! La route est toute tracée pour eux, aucun nuage à l’horizon, ils mènent leur vie sur les grands axes.

En rentrant, je m’’enferme dans ma chambre. Je me sens mal, angoissée. Je devrais être heureuse, j’ai eu la médaille d’or. Pourtant, la boule présente dans ma gorge semble grossir. Pour me calmer, il n’y a qu’une solution. Je vérifie que ma porte est bien fermée, mes parents discutent dans le salon, et Charles joue avec Duvet, c’est un sphynx, un chat sans poil, un chat parfait qui ne fait pas de saleté sur les coussins du canapé. Je sors un cutter de mon tiroir, relève ma manche, et m’entaille l’avant bras. La douleur provoque chez moi un soulagement immédiat, l’angoisse s’éloigne au fur et à mesure que le sang s’écoule. Je me scarifie depuis plusieurs mois déjà. Les marques strient mes avant bras, je suis obligée de porter des manches longues en permanence.
Personne ne s’est encore aperçu des coupures que je porte comme une maladie honteuse, je fais tout pour qu’on ne remarque rien. Je sais que je ne pourrai pas faire ça éternellement, mais je ne peux pas m’en empêcher. La petite scie est en action presque quotidiennement.
« Tu viens dîner Jeanne ? » appelle mon père.
J’arrive souriante, j’ai mis des mouchoirs en papier sur ma blessure, elle devrait cicatriser dans la nuit. Seule une marque rouge restera quelques temps, elle s’additionnera aux autres.
Pourtant je sais que cela doit cesser, je ne peux pas vivre comme ça, je sais que ce n’est pas normal. Je ne me suis jamais confiée à personne. Qui pourrait comprendre ? Je me demande parfois si je ne suis pas un peu folle. J’essaie de vivre normalement, mais je n’y arrive pas, je veux montrer à mes parents que je suis à la hauteur, mais c’est tellement difficile, ils attendent tellement de moi.
Quelques années plus tôt, un événement qui pourrait apparaître sans beaucoup d’importance allait changer la vie de toute la famille, et la mienne en particulier, on pourrait parler d’accident. Mon père avait voulu que j’apprenne le piano, un professeur avait été engagé, il venait à la maison. Cet étudiant en musicologie avait été choisi presque par hasard, il avait mis une annonce sur un panneau du conservatoire, et mes parents l’avaient appelé. Ses diplômes avaient impressionnés mes parents. Une petite fille qui joue des Nocturnes de Chopin dans le salon, quel beau tableau !
« Votre fille a des mains de pianiste Monsieur Duverdier, elle a aussi l’oreille absolue, nous allons faire de grandes choses ! »
Tout à fait le genre d’argument que m’a famille avait envie d’entendre.
Les leçons de piano étaient vite devenues un enfer, le professeur ne supportait pas que je fasse une fausse note ou que je ne sois pas dans le rythme.
Il hurlait :
«Espèce de fainéante ! Tu as tout pour réussir ! Tu fais n’importe quoi ! »
Les notes dansaient sous mes yeux, le tabouret semblait trop loin de la partition, je ne voyais pas les petites boules noirs et blanches. En ouvrant le livre sur mes genoux, je me rendais compte qu’il y avait des bâtons qui parfois les reliaient entre elles. Mais il était impossible de les voir quand je jouais. Alors j’apprenais tout par cœur, des pages entières, et plus je progressais, plus les morceaux étaient longs à apprendre. Ce stratagème m’évitait de prendre une pichenette sur la tempe. C’était extrêmement douloureux. Pas le geste en lui-même, mais la répétition de ce geste, des dizaines de fois pendant l’heure. Devant les progrès de sa fille, mon père décida un jour que les leçons dureraient deux heures au lieu d’une, il était tellement content de l’enseignement du professeur !
Mon calvaire dura quatre longues années. Un jour, le professeur de piano déménagea à l’autre bout du pays, et j’en fus débarrassée. Mais le mal était fait, je n’étais plus insouciante, j’avais toujours peur de mal faire. La pression était terrible, la voix du professeur de piano résonnait dans ma tête, la migraine me prenait.

Le lendemain du repas chez Mes grands-parents, j’ai dû passer une visite médicale. J’ai réussi à rester les bras couverts. Le jour J, je porte donc un tee-shirt à manches longues. L’infirmière scolaire me fait lire des lettres sur un panneau situé au fond de la pièce. Je suis bien incapable de lire quoi que ce soit, je réussis seulement à citer les derniers signes de la liste.
« Tu n’as pas amené tes lunettes Jeanne ? »
« Je n’en porte pas Madame ».
« C’est étonnant parce que tu es très myope. Je vais faire une lettre pour tes parents. Tu as déjà passé des visites médicales ? On ne t’a jamais rien dit ? »
«Non ».
Je n’ose pas dire que j’ai toujours appris les listes de lettres par cœur de peur de me faire disputer. Aujourd’hui, je n’ai pas pu le faire, je n’ai pas pu me rapprocher suffisamment du panneau.
« Et bien tu vas porter des lunettes ma belle ! Tu vas voir ça va te changer la vie ! »
Mon père est consterné :
« Ma fille avec des lunettes ! C’est impossible ! L’infirmière a dû se tromper, nous allons consulter un spécialiste. »
L’ophtalmologiste confirme le diagnostique, je suis belle et bien myope. Ma mère me console en sortant du cabinet.
« Ne t’inquiète pas, tu n’auras pas de « culs de bouteille » comme ta cousine Lise, ça va aller. » elle me tapote l’épaule, mais je vois bien que c’est elle qui se fait du souci. Nous passons une bonne heure à choisir la monture la moins laide. Mes bésicles me font une drôle de tête. Maman n’ose pas me regarder, elle est catastrophée.
Quel changement en effet! Enfin je peux voir les notes sur les partitions, enfin je vois les obstacles quand mon cheval s’approche au galop ! Je découvre le monde qui m’entoure, les aiguilles de la pendule, les feuilles sur les arbres.
Jamais plus je ne regarderai plus mes pieds pour éviter de me casser la figure. Je marche la tête haute !
Je suis tellement heureuse que j’annonce triomphante à mes parents :
« Papa, maman, je ne voyais rien, c’est pour ça que le professeur de piano me criait dessus et me battait !! »
Mes parents tombent des nues.
« Ton professeur de piano te battait ? »
En voyant la tête de mes parents, je me dis que j’ai peut-être parlé trop vite.
« Oui, enfin quand je ne voyais pas les notes ».
Je suis entrée en courant et ça m’a donné chaud, toute excitée par la grande nouvelle, je ne me suis pas rendue compte qu’une de mes manches est relevée. Ma mère aperçoit les marques rouges sur mes bras.
« Mon Dieu, qui t’a fait ça ? Le professeur de piano ? Il est revenu ? »
Je m’effondre devant mes parents. J’explique que je me scarifie depuis un an déjà. Je pleure, je m’excuse, je tremble.
Mes parents sont effondrés. Le choix des montures paraît un bien petit problème comparé au cataclysme qui vient de se produire.Qu’ont-ils fait de travers ? Pourquoi est-ce que je ne me suis pas confiée à eux ?
Dans la famille modèle rien ne sera plus comme avant. Marie et Pierre se sont rendu compte qu’ils avaient négligé leur fille, eux qui pensaient être les parents parfaits d’enfants parfaits. Le grand axe qu’ils suivaient a été scié par un professeur de musique. Je suis allée voir un pédopsychiatre pendant plusieurs années, une thérapie familiale a été nécessaire. Qu’est-ce qui avait conduit mes parents a vouloir être aussi irréprochables, pourquoi la pression qu’ils exerçaient sur moi était-elle aussi forte ? Comment ne se sont-ils pas rendu compte du comportement sadique du professeur de piano ? Heureusement, maintenant nous allons tous pouvoir mordre la vie à pleines dents. Ce n’était qu’un accident de la vie finalement.

Posté le : 26/09/2013 18:36
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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