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Marcel Marceau
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Le 22 Septembre 2007 meurt le mime Marceau, le génie du silence

Les Japonais voyaient en lui un "trésor national".

Les Américains l'appelaient "le magicien du geste et du silence".
Lui-même se flattait d'être le Français le plus célèbre à l'étranger, avec le commandant Cousteau. N'a-t-il pas été applaudi, pendant plus d'un demi-siècle, sur toutes les scènes et tous les continents dans les habits de Bip, son double ?

Visage blanc, sourcils en accent circonflexe, lèvres pincées et petites larmes noires sous les yeux, il surgissait, vêtu de son éternel gilet ajusté sur un maillot rayé, pantalon blanc et ballerines aux pieds, un haut de forme défraîchi sur la tête, piqué d'une frêle petite fleur rouge tremblante. Son langage était universel. C'était celui du corps et du silence qui n'est autre, disait-il, que le "cri du cœur".
Une longue tradition
Maître incontesté du mime ou plutôt du mimodrame, Marcel Marceau a redonné ses lettres de noblesse à un art qui semblait figé dans le souvenir du boulevard du crime.
Se rattachant directement à Deburau, et avant lui au Pierrot des Italiens et de Watteau, il avait su lui insuffler une poétique et une énergie nouvelles, marqué par ses maîtres du XXe siècle : Keaton et plus encore Chaplin qu'il découvrit, à l'âge de dix ans, dans La Ruée vers l'or.


Le mime Marceau héritier de la tradition

Cherchant à créer par les gestes et par l'image ce qui ne peut se traduire par le verbe, il s'appliquait à restituer la vérité des hommes et de leur condition, un peu à la manière des impressionnistes bien plus proches, expliquait-il, de la réalité qu'ils paraissaient dissoudre sur leurs toiles que les peintres académiques prétendant copier cette même réalité.
Mais il ne se contentait pas de donner à voir un vent imaginaire soufflant sur la scène ou l'escalier tout aussi fictif dont il grimpait les marches, de faire surgir du néant toute une galerie de personnages, garçon de café, dompteur de lion, grand-mère au tricot..., pris dans le quotidien de saynètes burlesques, tragiques ou sentimentales.
Il leur donnait son âme.
Fondé sur une technique sans faille, associant à la maîtrise du corps rythme, musicalité, réflexion, émotion, chacun de ses mouvements était une tentative pour suspendre la vie.
Son art était l'aboutissement d'un long travail qui l'amenait à puiser au plus intime de lui-même et de sa mémoire.


Sa vie

Marcel Mangel enfant juif nait le 22 mars 1923 à Strasbourg, dans une famille modeste d'origine polonaise, il y passe son enfance jusqu'à l'âge de 15 ans.
Son père, Charles Mengel, boucher colombophile et militant C.G.T., lui transmet les valeurs d'une gauche en attente du Front populaire en France, prompte à s'enflammer pour la République espagnole.
Il fait ses études au lycée Fustel-de-Coulanges, à côté de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, où, selon son professeur de français, il était le meilleur élève en récitation.
Sa famille d'origine juive polonaise est évacuée comme le reste de la population strasbourgeoise au début de la seconde guerre mondiale.
Elle part pour Périgueux où il poursuit ses études au lycée Gay-Lussac de Limoges.
Le proviseur de ce lycée, Joseph Storck, un Juste parmi les Nations, protège les élèves juifs.
Marcel Mangel est moniteur de théâtre à Montintin en Haute-Vienne.
Son père Charles Mangel est né le 27 juillet 1895 à Będzin, dans le sud de la Pologne, il est boucher casher, est déporté depuis la gare de Bobigny dans le Convoi n° 69 du 7 mars 1944, il n'en reviendra pas, il sera assassiné à Auschwitz.
Sous l'influence de son cousin germain Georges Loinger, Marcel rejoint la Résistance en 1942 à Limoges.
C'est alors qu'il prend le pseudonyme de Marceau. Il raconte l'avoir pris dans la Résistance à cause du vers de Victor Hugo, dans Les Châtiments : Et Joubert sur l'Adige/ Et Marceau sur le Rhin.
J'étais né dans le Bas-Rhin et je voulais bouter les Allemands hors de France. Dans l'armée française de la Libération, grâce à son excellente maitrise de l'anglais, il devient agent de liaison avec l'armée du général Patton.


Reconnaissance, Bip.


Au lendemain de la libération de Paris, il s'engage dans la Ire armée du maréchal de Lattre de Tassigny, puis, la campagne d'Allemagne achevée, revient à Paris.
Il rejoint la compagnie Renaud-Barrault, où il reprend le rôle de Deburau dans l'adaptation scénique des Enfants du Paradis.
Mais le théâtre de textes ne l'attire pas. "La parole permet le mensonge, pas le corps", expliquera-t-il.
"J'en avais assez de mentir comme j'avais dû le faire dans la Résistance".
Après avoir fréquenté l’École nationale des arts décoratifs de Limoges, qui lui laisse le goût du dessin et de la peinture qu’il pratique régulièrement, Marcel Marceau devient l’élève de Charles Dullin, de Jean-Louis Barrault et d’Étienne Decroux, qui établit la grammaire de l’art du mime qu’il appelait la statuaire mobile.
Son art du mime ou plutôt du mimodrame consiste à donner forme à ses pensées tragiques au travers des gestes.
La parole n'est pas nécessaire pour exprimer ce qu'on a sur le cœur.
En 1947, il se lance dans l'aventure du mime.
Le 22 mars 1947 – jour de son vingt-quatrième anniversaire – il crée à Paris, au Théâtre de Poche, son premier spectacle en solitaire, à l'enseigne du personnage qui fera sa gloire : Bip, dont le nom lui a été inspiré par le Pip des Grandes Espérances de Charles Dickens.
l’artiste, sort de l’ombre des coulisses un drôle de personnage, pierrot lunaire, hurluberlu blafard à l’œil charbonneux et à la bouche déchirée d’un trait rouge, un drôle de haut-de-forme sur la tête, une fleur rouge tremblotante servant de panache à ce Don Quichotte dégingandé partant en croisade contre les moulins à vent de l’existence : Bip était né,


Musicien du silence

D'entrée, Marcel Marceau présente des séquences qui deviendront des classiques :
"Bip chasseur de papillon" ou "Bip dompteur" .
Elles peuvent paraître légères.
Les suivantes se révéleront plus graves, prenant la mesure du temps et d'une actualité ponctuée par les crises politiques et les guerres ; tant en Algérie qu'au Vietnam ou au Biafra...
Se revendiquant témoin silencieux de son époque, Marceau dénonce, à travers Bip, les guerres et les atteintes à la liberté, célèbre l'amour et l'espoir. C'est ainsi que naissent Bip dans la vie moderne et future, Bip se souvient, et qu'aux pantomimes de style, La Marche contre le vent, qui sera à l'origine du fameux moonwalk de Michael Jackson, L'Escalier, Les Tireurs de corde..., succèdent des fables comme Le Mangeur de cœur, L'Histoire du pickpocket, l'Oiseleur, Le Tribunal.
Avec La Création du monde , il se veut métaphysicien.

Il y a chez Marcel Marceau un côté Don Quichotte qui, dans son imperturbable candeur mêlée de tendresse, paraîtra, aux yeux de certains, d'un moralisme désuet. Notamment en France, où on lui reproche, au mieux, de ne pas savoir se renouveler, au pire, de s'enfermer dans de nouvelles conventions.
Il se récrie et se bat, sans désemparer pour faire reconnaître le mime comme un art à part entière.
De même, il justifie les reprises de son répertoire par le besoin de faire découvrir aux jeunes générations les bases de son travail.
Et il insiste sur la nécessité de témoigner et de transmettre. Car un art qui ne lègue pas est amené à mourir.

C'est dans cet esprit qu'il fonde dans les sous-sols du Théâtre de la porte Saint-Martin, en 1978, l'École internationale du mimodrame de Paris.
Là, il va accueillir des élèves du monde entiers avec lesquels il présentera, en 1997, Le Chapeau melon et un hommage à Chaplin.
Dans le domaine du théâtre et de la danse, son influence, bien que diffuse, est évidente, des chorégraphies de Découflé ou Joseph Nadj aux spectacles de James Thierrée.
À l'étranger, son aura ne faiblit pas.
De sa première tournée internationale en 1951, elle se déroulait en Allemagne et se voulait un geste de réconciliation à son ultime visite en Amérique latine, en 2005 – deux ans avant sa disparition –, il ne cesse de courir le monde, au rythme parfois de trois cents représentations dans l'année.Il triomphe aussi bien en Chine que dans l'ex-Union soviétique et dans les pays à l'est de l'Europe dont, certains verront s'ouvrir des écoles de mime à la suite de son passage.

Cependant, c'est des États-Unis que vient, très tôt, la consécration.
Arrivé en inconnu pour se produire à Broadway pendant quinze jours, en 1955, il y reste six mois.
Il y reviendra régulièrement. Il joue devant les présidents Johnson, Ford, Carter et Clinton.
Harpo Marx et Stan Laurel comptent parmi ses plus fidèles supporters, de même que Michael Jackson qui lui emprunte sa marche contre le vent pour en faire son fameux pas de glisse, moonwalk.

Présent par à-coups au cinéma, sa dernière apparition date de 2006, dans Tour Eiffel, le court-métrage de Sylvain Chomet, pour le film collectif Paris je t'aime), il a le privilège de se voir confier par Mel Brooks l'unique réplique de son film : ... " Charlot devant le vieil artiste, embrasse sa main. Ce dernier verse quelques larmes d'émotion. Ils n'auront pas échangé un mot.


Succès internationaux et Fin de vie

À l'étranger, qu'il n'a cessé de parcourir, à part de courts séjours à Paris, Marcel Marceau a suscité quelques vocations, notamment en Tchécoslovaquie et au Japon. D'autre part, le fils d'Étienne Decroux a repris le flambeau de son père. Dimitri Werner, dit Dimitri, élève de Decroux et de Marceau, Pierre Byland, qui renouvelle la pantomime acrobatique, Jean-Baptiste Thierrée, dit Baptiste, en compagnie de Victoria Chaplin, la fille de Charles Chaplin, essaient avec succès de maintenir la mime dans des traditions toujours peu faciles à retrouver.

En effet éternellement vêtu d'un pantalon blanc, d'une marinière et d'un caraco gris, le mime Marceau devient au fil des années un des artistes français les plus connus dans le monde.

Ses tournées aux États-Unis, notamment, créent une vraie révolution théâtrale dans les années 1950, avec particulièrement son mouvement de la "marche contre le vent", à l'origine du moonwalk de Michael Jackson.
Il poursuit son œuvre gestuelle à travers les plus grandes scènes du monde.
En 1975, il joue dans la Cour d'honneur du Palais des papes pour le Festival d'Avignon. Il crée en 1978 une école internationale de mimodrame à Paris, où il enseigne afin d'assurer la relève. Sise dans les sous-sols de du Théâtre de la Porte-Saint-Martin au 17 de la rue René-Boulanger à Paris.
Alors que cette école devait initialement voir le jour à New York, le maire de Paris Jacques Chirac et son conseiller culturel Marcel Landowski permettent l'ouverture de l'école le 15 novembre 1978.

Des cours de mime, de danse classique, d'acrobatie et d'art dramatique était dispensés par une douzaine de professeurs à des élèves de 18 à 25 ans venus de tous les pays :
"Il ne suffit pas d’utiliser une technique, de sortir d’une école pour devenir artiste. Il faut créer un esprit et une méthode dramatique qui fassent évoluer l’élève.". De 3 ans, le cursus est passé en 1999 à 2 ans en raison des économies demandées par la Mairie de Paris, annonçant la fermeture de l'école au cours de l'année 2005.

Marié trois fois et père de quatre enfants, Marcel Marceau meurt le 22 septembre 2007 à Cahors. Il est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise.

À sa mort, les quotidiens n'ont pas hésité à le qualifier de "Français le plus célèbre du monde "


En le 26 et 27 mai 2009, une vente aux enchères a été organisée à l’Hôtel Drouot sur décision de justice pour éponger les dettes laissées par le mime Marceau. Souhaitant que les objets lui ayant appartenu soient rassemblées dans un musée en France en un lieu unique dédié à l’art du Mime, de nombreuses personnalités et institutions culturelles se sont mobilisées.
La prise de position a conduit le ministère de la Culture et de la Communication a préempter de nombreuses pièces désormais détenues par la Bibliothèque nationale de France : des archives, des dessins, des maquettes et des photographies, notamment un Bip sur scène.

Reconnaissance

Président d'honneur de l'Association France-Tchécoslovaquie pendant plusieurs années jusqu'à la dissolution de l'association quand la Tchécoslovaquie s'est dissoute. Il n'est décédé que deux semaines après son collègue et collaborateur dans cette œuvre, l'ancien vice-président d'honneur de l'association, Guy Erismann.
Membre de l'Académie des beaux-arts (section des membres libres) le 27 février 1991.
Molière d'honneur en 1990
Peintre, une grande exposition lui a été consacrée en octobre 2003 à Strasbourg, à l'occasion de ses 80 ans15. Sa collection fut éparpillée le mardi 26 mai 2009 à la Salle Drouot.
Officier de la Légion d'honneur
Grand Officier de l'Ordre national du Mérite
Commandeur des Arts et des Lettres
Lauréat en 2006 du prix du Grand Théâtre de La Havane

Filmographie

1959 : La Belle et l'Empereur (Die Schöne Lügnerin) d'Axel von Ambesser
1968 : Barbarella de Roger Vadim : professeur Ping (C’est la première fois que l’on entend sa voix)
1974 : Shanks de William Castle : Malcolm Shanks ; avec Tsilla Chelton, Philippe Clay, Cindy Eilbacher, Larry Bishop, Don Calfa
1976 : La Dernière Folie de Mel Brooks (Silent movie) de Mel Brooks : lui-même (Dans ce film muet, il ne prononce qu'un mot, « non », qui est le seul mot prononcé et audible de tout le film)
1979 : Les Îles d'Iradj Azimi : le directeur de l'IGN

Théâtre

1946 : Baptiste de Jacques Prévert & Joseph Kosma, mise en scène Jean-Louis Barrault, Théâtre Marigny
1947 : Baptiste de Jacques Prévert & Joseph Kosma, mise en scène Jean-Louis Barrault, Théâtre des Célestins
1947 : La Fontaine de jouvence de Boris Kochno, mise en scène Jean-Louis Barrault, Théâtre Marigny
1947 : Le Procès d'après Franz Kafka, mise en scène Jean-Louis Barrault, Théâtre Marigny
1947 : Spectacle Marcel Marceau, Théâtre de Poche Montparnasse
1948 : L'État de siège d'Albert Camus, mise en scène Jean-Louis Barrault, Théâtre Marigny
1949 : Nouvelles Pantomimes burlesques et Un mimodrame de Marcel Marceau, mise en scène Marcel Marceau, Théâtre de Poche Montparnasse
1950 : Les Pantomimes de Bip et Mort avant l'aube, Studio des Champs-Élysées
1951 : Le Manteau - Moriana et Galvan de Nicolas Vassiliévitch Gogol et Alexandre Arnoux, mise en scène Marcel Marceau, Studio des Champs-Élysées
1952 : Le Pierrot de Montmartre de Marcel Marceau, mise en scène de l'auteur, Théâtre Sarah Bernhardt
1953 : Les Trois Perruques - Un soir aux Funambules de Marcel Marceau, mise en scène de l'auteur, Comédie des Champs-Élysées
1956 : Loup de Tsu Ku Mi - Mont de Piété - 14 Juillet de Marcel Marceau, mise en scène de l'auteur, Théâtre de l'Ambigu
1958 : Le Petit Cirque et Les Matadors de Marcel Marceau, mise en scène de l'auteur, Théâtre de l'Ambigu
1964 : Don Juan de Marcel Marceau, mise en scène de l'auteur, Théâtre de l'Ambigu
1972 : Le Vagabond des étoiles de Marcel Marceau, mise en scène de l'auteur, Théâtre des Champs-Élysées
1974 : Pantomimes de Marcel Marceau, mise en scène de l'auteur, Tournée États-Unis
1978 : Mimodrame de Marcel Marceau, Théâtre de la Porte-Saint-Martin
1997 : Le Chapeau Melon de Marcel Marceau, mise en scène de l'auteur, Espace Cardin
2003 : Contes fantastiques de Marcel Marceau, mise en scène de l'auteur, Théâtre Antoine

Émission de radio

Le 23 novembre 1982, il passe dans l'émission radiophonique Le Tribunal des flagrants délires diffusée sur France Inter. Le réquisitoire prononcé par Pierre Desproges est disponible sur le disque Les réquisitoires du tribunal des flagrants délires (volume 3) du coffret intégral aux éditions Tôt ou Tard paru en 2001.

Prix et récompenses

1963 : Prix du Brigadier pour son spectacle, Théâtre de la Renaissance

Œuvre littéraire

Les Sept Péchés capitaux, Atelier Pons, 1965
La Ballade de Paris et du Monde, Aline Elmayan Éditeur, 1968
L'Histoire de Bip, l'École des loisirs, 1976
Le Troisième Œil, Lithoprint Delcourt, 1981
Pimporello, Belfond, 1987
Bip piégé dans un livre, La Martinière, 2002

Hommages

Sa statue de cire est visible au musée Grévin, à Pari


La Pantomime.



La pantomime, la mime sont des formes d'expression par gestes sans recours à la parole ; par extension, au théâtre, la pantomime elle-même constitue l'argument interprété par l'acteur – le pantomime ou, par contraction, le mime –, en fonction d'une histoire dramatique de composition le mimodrame ou d'un ensemble de situations comiques, sans intrigue et sans dénouement, animées par la verve de l'interprète, la pantomime sautante ou acrobatique, l'arlequinade.
Si haut que cette forme remonte dans les lointains de l'humanité, elle n'a pris identité que dans la Grèce du Ve siècle avant J.-C., d'où elle gagna Rome pour s'épanouir en Occident, non qu'elle se limite à ce continent, comme en témoignent les études consacrées au théâtre d'Afrique et d'Asie.

Origines antiques

Au cours des siècles, l'art de la pantomime ne s'est pas figé ; il a changé de contenu selon les époques et les circonstances. Bien qu'on attribue l'invention de cette forme théâtrale au poète grec Sophron de Syracuse au Ve s., on peut soutenir qu'elle existait bien avant lui.
De tout temps, l'acteur placé dans un cadre de grande dimension doit multiplier ses gestes pour être compris ; il recourait parfois à un masque accusant ses traits, à un costume traditionnel caractérisant son personnage.
Les mimes grecs, dans des scènes réduites à quelques types sociaux, animaient des parodies, ridiculisaient les travers de leurs contemporains.
Ces imitations, servies par des mimes de plus en plus nombreux mais de moins en moins capables, passèrent de la caricature plaisante à la parodie si grossière que les auteurs de pantomimes comprirent la nécessité d'en relever l'esprit par la comédie de mœurs et de situations, ainsi que par des sujets touchant à la tragédie et à la religion. On y parlait peu, mais on y parlait encore.
À Rome, sous la République, la parodie des personnages appartenant à la classe dominante s'étendit à l'expression des sentiments sous les traits du niais, de l'amoureux, de l'avare, et à la raillerie de types populaires : belluaire, athlète, gladiateur, guerrier, poète.
Mais sous l'Empire, les mimes, soumis aux autorités constamment en éveil, furent contraints d'abandonner totalement la parole et s'abstinrent de tout commentaire pour échapper aux sanctions et, en cas de récidive, aux mesures de bannissement promises aux acteurs devenus les agents publicitaires des factions populaires rivales.
Tous les Césars, d'Auguste à Trajan, sévirent.
Le mime Hylas fut fouetté, Pylade fut banni. Pour finir, Domitien interdit la scène aux mimes.


Un langage européen

Avec la colonisation romaine, la pantomime se répand dans les pays méditerranéens et d'Europe centrale. Les représentations, organisées pour des spectateurs de langues différentes, favorisent le renouvellement et le développement d'un théâtre de gestes compris par le plus grand nombre des habitants des peuples asservis.
Après l'effondrement de l'Empire, au sein de structures sociales disparates et dispersées, les mimes peu soucieux de se soumettre au pouvoir en place reprennent leur liberté d'expression.
Ils courent les fêtes populaires, paraissent et disparaissent sur les foires et, les siècles suivants, se mêlent aux pèlerinages, échappant aux entraves des autorités religieuses et poursuivant difficilement l'exercice régulier de leur profession.
Aussi la mime ne put survivre que par tradition et ne trouva plus d'auteurs capables de lui fournir des thèmes d'inspiration. Charlemagne chassa de ses États les mimes accusés d'obscénité, les conciles les interdirent.
Plusieurs siècles durant, l'art du geste reparut sporadiquement chez les trouvères et les troubadours en des scènes chantées, de leur invention, allusives ou allégoriques.
La pantomime retrouva sa vogue à la fin du XVIe siècle avec l'arrivée des comiques espagnols et italiens à la cour d'Henri III.
La tradition castillane de représenter en intermèdes des farces à deux ou trois personnages était passée d'Espagne en Italie, excitant la verve bouffonne des plaisantins locaux de la péninsule qui parodiaient déjà les types singuliers de leur province et poussèrent la caricature jusqu'à créer des personnages particuliers ayant leur psychologie propre et leurs réactions personnelles.
Venus en France et incapables, par ignorance des finesses de la langue, de donner au pouvoir des mots toute son intensité, ces comédiens utilisèrent d'abord le comique de gestes et d'attitudes pour s'exprimer et les personnages qu'ils animaient devinrent les héros de l'action théâtrale.
Arlequin, Polichinelle, Cassandre, Matamore, le Docteur, Colombine furent les noms génériques d'une spécialité, d'un emploi, d'un rôle ; Arlequin, le premier connu, donna même son nom à une forme de pantomime dite arlequinade sautante ou italienne, plus simplement comédie italienne ou commedia dell'arte.
Leurs successeurs établis en France utilisèrent la parole pour exprimer des sentiments, définir des situations, appuyer leurs sauts à terre ou leurs équilibres sur la corde, et inventèrent des canevas.
Ils obtinrent des pouvoirs publics le privilège, limité à leur technique des sauts et des empoignades et avec obligation de s'en tenir au genre, d'ouvrir des loges sur les foires parisiennes et des théâtres d'acrobaties.
Les spectacles d'acrobates, tels les Grands Danseurs du Roi, l'Ambigu-Comique, les Variétés-Amusantes, subsistèrent jusqu'à la Révolution. Arlequin reste le premier rôle, tandis que Pierrot est celui des pantomimes-féeries à machines, aux décors et accessoires truqués, introduites sur les tréteaux de foire, importées et mises au point sur les scènes londoniennes et dites pantomimes anglaises. Parmi les artistes qui s'illustrèrent alors, il faut citer Bordier, l'arlequin des Variétés-Amusantes, Ange Lazzari celui de son théâtre, Moreau celui de son spectacle du Palais-Royal.

La pantomime romantique

Vers 1800, on appelle mimes tous les imitateurs quels qu'ils soient. Un danseur simulant une action sur une musique donnée est un mime.
Les spectacles et les scènes à figuration nombreuse que donne le Cirque-Olympique et dans lesquels l'équitation constitue le principal intérêt prennent le nom de pantomimes équestres.
Un décret napoléonien de 1807 réglementa l'activité et l'exploitation des théâtres et les réduisit à huit.
Tous les théâtres d'acrobaties disparurent ; seuls les spectacles forains de la place publique et les spectacles à demeure, dits de curiosité – danses de corde, illusionnisme, marionnettes –, subsistèrent. En 1810, le Café d'Apollon obtint la permission de représenter des scènes à deux personnages par des pantomimes arlequinades, à condition qu'elles soient interprétées par les artistes d'agilité eux-mêmes.
Le spectacle de Mme Saqui, une danseuse de corde, obtint peu après la même permission.
Les artistes d'agilité, n'ayant pas de répertoire où puiser, utilisèrent les scènes et les traditions que les arlequins avaient mises à l'épreuve des publics.
Bientôt la mode est aux pierrots, dans les trois spectacles parisiens de pantomime ; Jean-Baptiste Gaspard Deburau et Philippe Laurent, un arlequin qui vient d'Angleterre, sont aux Funambules, Félix Chiarini est au spectacle des Acrobates et Blanchard, dit le Corniche pour son gigantesque chapeau de laine, passe à Bobino. Tous se disent artistes pantomimes, quels que soient leur répertoire et son contenu.
Sur les scènes des théâtres, les polichinelles disputent leur place aux pierrots venus des spectacles d'acrobatie. En 1825, Mazurier, un Français, triomphe à la Porte-Saint-Martin. On voit Pitrot au Vaudeville et au théâtre royal de l'Opéra-Comique ; il finira maître de ballet à l'Opéra de Vienne. William Falkenston, un Anglais, paraît au Gymnase-Dramatique. Spinaletti, un Italien, est aux Variétés. Au Cirque-Olympique, Gaertner, un Allemand, s'inspire de Mazurier. Mais ce sont des acrobates plus que des mimes et des polichinelles.
Pendant vingt ans, Deburau, pierrot en titre des Funambules, sera, grâce à Jules Janin qui lui consacre un livre, le plus connu des mimes des théâtricules du boulevard du Temple. Deburau tire parti au maximum des pièces écrites pour lui, excellant dans la parodie du mitron, du pâtissier, du maçon et des personnages qu'il observe au cours de ses flâneries de quartier.
Mais les mimes des Funambules sont toujours réduits au mutisme absolu, la censure ministérielle n'autorisant la représentation que des pièces qui justifient leur titre de pantomime arlequinade.
C'est avant 1830 que la pantomime connaît son apogée. Après cette date, Pierrot éclipsera peu à peu tous les types de la commedia dell'arte et donnera son nom, à cause de son grimage et de son costume, à une forme particulière et limitée, dite pantomime blanche.
Philippe Laurent, l'arlequin rival de Deburau, passe sous Louis-Philippe au Cirque-Olympique. Son imagination fertile en inventions mécaniques y trouve à résoudre des problèmes de mises en scène truquées plus compliquées qu'aux Funambules, dernier refuge de l'arlequinade sautante dite italienne et de la pantomime à matériel dite anglaise. Le cirque a épuisé, en effet, tous les fonds de tiroir du mélodrame et de la pantomime équestre.
Il présente des pantomimes-féeries avec un luxe de décors et de tableaux à surprises, comme Les Pilules du Diable et Le Mirliton enchanté.

Un spectacle musical

Philippe Laurent a été remplacé par Cossard. Deburau a pour concurrent John, le cadet de Philippe, et Charles Legrand, dit Paul, qui le double à l'occasion. La pantomime, pleine des exagérations romantiques, est à son déclin.
Des littérateurs tels Charles Nodier, Le Songe d'or, Théophile Gautier, Le Tricorne enchanté et d'autres essaient de la sortir de son esprit comique et suranné. Charles Bridault, Mort et remords et Champfleury, Pierrot valet de la Mort et Pierrot pendu l'entraînent momentanément sur la voie du réalisme. Deburau, que son état de santé éloigne de la scène, et son fils Charles qui lui succède laissent aux arlequins le premier rôle des pantomimes.
Des compositeurs de musique commencent à s'y intéresser : Offenbach met en musique Arlequin barbier et Pierrot clown ; Hervé compose Pierrot au château, Jean Gilles, Pierrot cosaque, Pierrot quaker, La Sœur de Pierrot, Pierrot indélicat ; Maurice Sand, Nadar, Dantan jeune, Théodore de Banville écrivent des pantomimes.
Acrobatique, puis bouffonne, la pantomime devient musicale. Derudder et Vautier, des polichinelles, Négrier, un arlequin, Laplace, un cassandre, Kalpestri et Guyon, des pierrots, se partagent les emplois dans les spectacles de pantomime jusqu'à la fermeture des Bouffes-Parisiens et des Funambules chassés du boulevard du Temple par les travaux de voirie.
En 1864, un décret instituant la liberté des théâtres, les affranchissant de toute exclusive et supprimant les privilèges, permet à toutes les entreprises de représenter le genre dramatique qui leur convient.
Les mimes se dispersent. L'usage de la parole leur étant désormais permis, beaucoup entrent au cirque comme clowns. Les autres deviennent acteurs ou parcourent la province. Bordeaux où la pantomime est toujours en faveur accueille Deburau fils.
À Marseille, qui rivalise avec Bordeaux, Louis Rouffe ouvre une école de mime qui assure à la pantomime dite marseillaise, avec Séverin et Thalès, une primauté qui s'imposera difficilement quand le Cercle funambulesque, fondé en 1888 par Raoul de Najac, les frères Larcher et Paul Margueritte, essaiera de rendre à la pantomime traditionnelle le rayonnement qu'elle a définitivement perdu.
Jacques Normand, Félicien Champsaur, Camille de Saint-Croix, Paul Hugounet, Catulle Mendès, Armand Sylvestre, René Maizeroy collaboreront avec Francis Thomé, Edmond Audran, Gabriel Pierné, Raoul Pugno, André Wormser pour transformer en apothéose cette renaissance où Félicia Mallet, les frères Coquelin, Mévisto aîné, Courtès et des danseuses célèbres assureront leur renommée dans des rôles de pierrots, de pierrettes et de colombines. Mais faute de mimes qualifiés, le Cercle funambulesque cessera ses représentations déjà fort espacées.
Aussi, dès qu'il se consacrera à la pantomime blanche, Georges Wague verra croître son autorité de mime. Sous le nom de cantomimes, Wague interprète par le geste les Chansons de Pierrot composées par Xavier Privas et mises en musique par Gaston Perducet

Les temps modernes

Wague, jouant d'instinct et d'inspiration, s'oppose systématiquement à Séverin et à Thalès, représentants de la pantomime d'école. Après quelques années de recherches, il abandonne la pantomime blanche et les pierrots qu'il incarne avec Christiane Mendélys, la dernière des colombines, pour en revenir au mimodrame, plus accessible aux spectateurs.
Interprète de la pantomime dramatique, Georges Wague a pour partenaires Colette, qui l'a dépeint jusqu'à le rendre inoubliable, Caroline Otéro, Christine Kerf, Régina Badet, Sonia Pavloff, Polaire, Napierkowska, qui toutes ont fait leur carrière au théâtre ou au music-hall et non dans l'art muet. Wague, mime, sera l'interprète principal du premier film muet de long métrage, Christophe Colomb, tourné pendant la Première Guerre mondiale.
Nommé professeur au conservatoire de musique, Wague continuera à l'Opéra sa carrière de mime aux côtés d'Ida Rubinstein, La Tragédie de Salomé, Antoine et Cléopâtre, musique de Florent Schmitt, Natacha Trouhanova, La Danse macabre de Saint-Saëns, Argentina, L'Amour sorcier de Manuel de Falla, Triana d'Isaac Albéniz.
La pantomime blanche n'a plus pour représentants que Séverin, un vétéran, et Farina, un jeune.
Cependant, entre les deux guerres mondiales, Étienne Decroux réhabilite par la parodie les sources émotionnelles de la pantomime antique et professe, dans l'école qu'il ouvre, la technique du mime corporel.
Par les mouvements du corps, il suggère la machine, la marche, une course à bicyclette ou les sentiments collectifs de citadins animés par la joie ou hantés par la peur.

Marcel Marceau roi du mime

Marcel Marceau, le plus doué de ses élèves, se libère de la servitude trop apparente du dynamisme contemporain.
Il crée le personnage de Bip, un frère de Pierrot, un bouffon à figure enfarinée vêtu d'un collant noir d'acrobate, et, sans rien devoir aux techniques traditionnelles du mime, invente avec le monomime et ses pantomimes de style un langage gestuel qui lui a apporté un renom incontesté.
Il a été amené à se produire sur les scènes des pays du monde entier, a suscité partout l'enthousiasme et a fait école.
En France, Marceau trouve en Gilles Ségall et ses pantomimes d'un sou un continuateur, que Jean-Louis Barrault n'hésite pas à appeler dans sa troupe, et en Pierre Véry un présentateur de ses pantomimes de style, dans une forme statique comparable à ce qu'on appelle les tableaux vivants.
Créateur de sa propre compagnie en 1947, Marcel Marceau se consacre dès cette période au mime soliste en inventant le personnage de Bip, sorte de clown lunaire inspiré de Chaplin et de Keaton.
Par sa pantomine imitative et parodique, il retranscrit avec poésie les diverses situations de la vie quotidienne.
Marcel Marceau, qui a tenté plusieurs fois d'organiser des compagnies de mimes interprétant des spectacles collectifs, n'est pas parvenu à obtenir l'homogénéité durable et suffisante, à défaut de salle de théâtre spécialisée, pour persévérer dans la pantomime.
C'est dans la parodie et le monomime, avec son personnage de Bip, qu'il a atteint à la maîtrise du geste et de soi "Le Fabricant de masques".

Liens

http://youtu.be/VJpBUPlMNU4 Avec Michael Jackson
http://youtu.be/VJpBUPlMNU4
http://www.youtube.com/watch?v=FtAD5F ... e&list=PL5DF73905BF2FCB27 27 vidéos
http://youtu.be/zNqskkKMkFQ
http://youtu.be/4-1raOEfP4o


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Posté le : 21/09/2013 19:47
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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