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Alain-Fournier
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Le 22 Septembre 1914 la guerre tue Alain-Fournier

Le poète, l'écrivain

La vie d'Alain-Fournier est marquée par la retenue et la fulgurance.
Retenue : l'enfance modeste en Sologne auprès de parents instituteurs et d'une sœur aimée, Isabelle ; les études qui le conduiront à l'École normale supérieure ; l'amitié avec Jacques Rivière, devenu son beau-frère, qu'une volumineuse Correspondance a fixée pour toujours ; l'intérêt pour l'art de son temps : le symbolisme, Maeterlinck et Debussy, Péguy et Claudel.
Fulgurance : l'aventure capitale, la rencontre, en 1905, le jour de l'Ascension, d'Yvonne de Quiévrecourt.
Il l'aime aussitôt et absolument, la revoit le jour de la Pentecôte et lui parle. Il note ce qu'il a gardé de leur conversation.
Il la reverra des années plus tard, mariée et mère de famille. La guerre éclate.
Le 22 septembre 1914, le lieutenant Fournier est porté disparu. Destinée romanesque, amour impossible chez un homme qui avait tout pour lui : charme et intelligence, goût de l'absolu et jeunesse, talent enfin.
Paru en 1913, son unique roman, "le Grand Meaulnes", avait aussitôt connu le succès. Le livre évoque la rencontre du jeune Augustin Meaulnes, arrivé dans une petite école de Sologne, et de François Seurel, le narrateur. La vie de ce dernier en sera bouleversée. Le roman, plein de "ferveur, de tristesse et d'extase"J. Rivière, égrène les rêves d'une adolescence hantée par les paradis perdus de l'enfance dont Alain-Fournier fit son credo artistique, entremêlant le merveilleux poétique et l'humble réalité quotidienne.
La finesse de l'écriture rend avec art l'amertume du souvenir, les vaines espérances et une douce nostalgie.
Alain-Fournier quêta le bonheur refusé auprès d'autres femmes, les unes obscures "la petite Jeanne" ou "Loulette" la dernière célèbre, puisqu'il s'agissait de Mme Simone, actrice connue, épouse de Claude Casimir-Perier, dont Alain-Fournier était le secrétaire en 1912.
C'est auprès de Simone qu'il ébaucha une pièce de théâtre, "la Maison dans la forêt", et un autre roman, "Colombe Blanchet", publié en 1924. La même année paraît Miracles, "récits poétiques" en vers et en prose, très proches du Grand Meaulnes par leur thématique.

"Quelque chose désespérément me réclame et toutes les routes de la terre m'en séparent."
Alain-Fournier et Augustin Meaulnes, le héros du Grand Meaulnes 1913, se rejoignent dans cette phrase.
Les analogies entre la vie de celui qui prit, en 1907, juste après la khâgne, le pseudonyme d'Alain-Fournier et son roman sont manifestes : La Chapelle-d'Angillon et les paysages du Cher, les parents instituteurs, la rencontre avec Yvonne de Galais, une liaison avec Jeanne, modiste comme Valentine est couturière, la deuxième rencontre, huit ans plus tard, avec Yvonne... Ce sont les traces de ce que son ami, beau-frère et correspondant Jacques Rivière nomme "une conception littéraire" :
"Je sais bien", lui dit-il, évoquant Claudel qui, avec Gide et Laforgue, forma Alain-Fournier, "que tu penses toujours à :
“Nous ne séparerons pas la vie d'avec l'art ”.
C'est qu'Alain-Fournier "n'est pas d'ici" ; il est de l'attente, attente-souvenir du bonheur ou de l'amour, attente de lui-même :
"Je ne sais si je dois l'appeler mon amour ou moi-même", alors qu'ici "on se résigne à l'amour comme on se résigne à la vie".
Il n'est donc sans doute pas davantage d'un là-bas chrétien, même après sa nuit pascalienne du 5 janvier 1907, étant "trop psychologue" pour être catholique.
Mais cette plénitude pieuse qu'il nomme joie, et qui ne trouverait pas Dieu ailleurs que partout, finit peut-être par s'accomplir dans l'ici d'une vie pourtant encore traversée par l'absence, grâce à Simone, le cœur pur de l'épigraphe de Colombe Blanchet.

"J'ai l'intention d'écrire "sur mon visage" quelque chose de central et de très beau. Ce sera plus simple et plus doux qu'une main de femme, la nuit, qui suit avec grand'pitié la ligne douloureuse de la figure humaine. Et cependant ceux qui le liront s'étonneront d'une odeur de pourriture et de scandale.
Pour décrire les différents visages de mon âme, il faudra que Celle qui parle de mon visage, ose imaginer les masques de mon agonie à venir, il lui faudra penser à ce hoquet sanglant qui marque enfin la délivrance et le départ de l'âme : alors seulement seront évoqués les étranges paradis perdus dont je suis l'habitant".
Correspondance Jacques Rivière-Alain-Fournier, 18 juin 1909.


Enfance

Henri Alban Fournier est né le 3 octobre 1886 à La Chapelle d'Angillon dans le département du Cher, dans la maison de ses grands-parents maternels Barthe.
Il porte en deuxième prénom, à la suite de sa mère, un nom qui rappelle l'origine de son grand-père, né à Alban en Albigeois.
Dernier descendant de la famille des Marquis de Pujol de Saint-André de la Tapie, Matthieu Barthe, "ancien berger, ancien soldat, ancien gendarme" raconte Isabelle, a conservé son accent du midi et sa bonhommie du sud.

Veuf, et beaucoup plus âgé qu'elle, il a épousé Adeline Blondeau, "la plus jolie fille du pays", berrichonne née à Sury les Bois à quelques kilomètres de La Chapelle d'une famille de paysans. Ils n'eurent qu'une fille, Albanie, la mère d'Henri.
Augustin Fournier, père d'Henri, est, quant à lui, né à Nançay, village de Sologne situé à une vingtaine de kilomètres de La Chapelle. Aîné de six enfants, Augustin, qu'on appelle Auguste, est instituteur et c'est au cours de son premier poste au Gué de la Pierre, hameau voisin de La Chapelle, qu'il rencontre sa future femme Albanie, elle aussi institutrice. La mère d'Augustin s'appelle Charpentier de son nom de jeune fille et c'est le nom que choisira Henri pour les grands-parents de François Seurel dans Le Grand Meaulnes, même si le modèle en est ses grands-parents Barthe.
Sur cette toute petite-enfance d'Henri, sa soeur Isabelle a écrit un livre qui s'intitule "Images d'Alain-Fournier" (Fayard).

Trois ans après la naissance d'Henri, naît sa soeur Isabelle.
Souffrant d'une malformation de la hanche, elle avait eu les hanches déboitées à la naissance, elle restera très handicapée toute sa vie, et ce, malgré plusieurs opérations douloureuses subies alors qu'elle n'était pas encore adolescente.
François Seurel, dans Le Grand Meaulnes, est dit souffrir de coxalgie, une maladie des hanches, caractère très certainement inspiré par la situation physique de sa soeur.
Les deux enfants sont en effet très proches l'un de l'autre depuis leur plus tendre enfance : "je puis bien dire que pendant mon enfance entière, et jusqu'au jour même où Jacques surgit à son côté, il fut le seul être présent pour moi au monde", dit Isabelle dans Les Images d'Alain-Fournier.
Elle épousera son meilleur ami, Jacques Rivière, en 1910 et restera toute la vie d'Alain-Fournier sa plus grande confidente. Elle consacra le reste de sa propre vie à la mise en valeur de l'oeuvre de son frère, malgré les nombreuses critiques et oppositions auxquelles elle dut faire face.
A la naissance d'Henri, les Fournier sont nommés à Marçais dans le sud du département puis cinq ans plus tard à Epineuil le Fleuriel.
Le village et la maison d'Epineuil serviront de décor et de cadre à la majeure partie de l'histoire du Grand Meaulnes.
A l'entrée de l'école, "une longue maison rouge aux cinq portes vitrées", il est écrit aujourd'hui:
"C'est dans cette école où Alain-Fournier fut élève de 1891 à 1898 que naquit le personnage d'Augustin Meaulnes". Monsieur Lullier, qui fut instituteur depuis les années soixante dans cette école, avait consacré tout son temps libre à repérer les lieux décrits dans le roman, à retrouver les habitants du village encore vivants.
Henri et sa soeur firent leurs études primaires dans cette école, dans la classe de leur père.

Etudes

Le 3 octobre 1898, Henri, qui a douze ans, entre au lycée Voltaire à Paris pour y faire sa classe de sixième. "Il s'arrachait au doux jardin lumineux de notre enfance", dit Isabelle dans Les Images.
Durant ces deux premières années à Paris, Henri est pensionnaire chez Mme Bijard, une ancienne ajointe de Mr Fournier à Epineuil et qui dirige un pensionnat de jeunes filles. "Mornes matinées des dimanches matins au fond de la cour du 196 rue de la Roquette" (1903), "Paris que j'ai commencé par haïr d'une haine de paysan" (1905), écrira-t-il plus tard avant de partir à la découverte des trésors de Paris. Il est tout de même choyé par Mme Bijard et il collectionne tous les premiers prix. En 1901, Mme Bijard ayant quitté ses cours, Henri est pensionnaire à Voltaire où il restera jusqu'à la fin de la quatrième. Se sentant isolé, il rêve de devenir marin, influencé par les histoires d'aventures de son père.
Au terme de cette quatrième, Henri quitte alors le lycée Voltaire. A son arrivée à Brest, son avance est telle qu'il tente de passer directement de la quatrième à la seconde marine.
Il prépare l'Ecole Navale et son admission au Borda, navire école.
Mais la vie y est bien plus dure qu'à Voltaire et à cause de l'éloignement, il ne peut rentrer chez ses parents que pour les vacances de Pâques. Brest le marquera néanmoins et Le Grand Meaulnes doit à cette période d'être rempli d'images et d'allusions marines, alors même que Frantz de Galais est supposé aspirant de marine.

Au premier trimestre de la rentrée 1902, Henri obtient du lycée de passer un baccalauréat anticipé qu'il réussit.
A Noël, il rentre chez ses parents à La Chapelle d'Angillon et leur annonce qu'il ne retournera plus à Brest.
Il va terminer ses études à Paris. Il entre début janvier au lycée Henri IV comme pensionnaire pour y faire sa philo puis à la fin du mois, quitte Paris pour Bourges où il entre comme pensionnaire au lycée qui porte aujourd'hui son nom.
Il écrit: "quand je dis lycée, je pense à Bourges où les draps étaient aussi puants que les plus puants de la caserne".
Mais il est plus proche de sa famille, ses parents ayant demandé leur nomination à La Chapelle d'Angillon pour se rapprocher de Maman Barthe qui vient de perdre son mari.
C'est à Bourges qu'Henri situera le personnage de Valentine dans Le Grand Meaulnes et au jardin de l'archevêché, les rendez-vous de la petite couturière avec Frantz.
Et la mairie-école de La Chapelle d'Angillon, logement de fonction de ses parents, est décrite comme la maison d'Augustin Meaulnes.

Lakanal

Au troisième trimestre 1903, Henri réussit de justesse son baccalauréat de philosophie.
En octobre 1903, Henri entre au lycée Lakanal pour y préparer l'entrée à l'Ecole Normale Supérieure.
Le Lycée Lakanal est le lycée parisien qui accueille beaucoup de jeunes hommes de province dont les dossiers scolaires leurs permettent de prétendre à passer le Concours.
Jacques Rivière qui vient de Bordeaux, est dans la classe d'Henri. Ils ne s'entendent pas du tout.
Mais un jour tout change à l'occasion de la lecture par leur professeur d'un poème d'Henri de Régnier, "Tel qu'en songe..." ils perçoivent:
"cette voix comme à l'avance dirigée vers notre coeur que tout à coup Henri de Régnier nous fit entendre". (...) Nous fûmes bouleversés d'un enthousiasme si pareil que notre amitié en fut brusquement portée à son comble".
Jacques restera à Lakanal jusqu'à la fin de l'année scolaire 1904-1905 et échouera au concours.
Henri y demeurera un an de plus.
Il ne se présente pas en 1905 ne se jugeant pas prêt. Il ne sera pas plus chanceux l'année suivante même s'il réussit l'écrit.
Après leur rencontre si forte, plus que le programme de l'Ecole, c'est l'art et la littérature qui les intéressent et qui les poussent chaque dimanche à courir dans Paris à tous les concerts, toutes les expositions et à fouiller les libraires et les revendeurs des quais pour y trouver des livres. Lorsqu'ils seront séparés après le retour de Jacques à Bordeaux en 1906, ils échangeront une immense correspondance qui est un monument pour la connaissance de leur temps et qui permet de suivre pas à pas leur évolution en tant qu'écrivains.
Cette correspondance qui sera publiée tout de suite après la mort de Jacques Rivière en 1925, par son épouse et soeur d'Henri, Isabelle, a marqué plusieurs générations d'écrivains et de lecteurs jusqu'à ce jour.

Rencontre avec Yvonne de Quiévrecourt

Le 1er juin 1905, survient un évènement qui marque toute la vie ainsi que l'oeuvre d'Alain-Fournier.
Ce jour-là, Henri rencontre une jeune fille à la sortie du Salon de la Nationale au Grand Palais. Frappé par sa grande beauté, il la suit le long du Cours la reine, puis sur un bateau mouche jusque devant sa maison, boulevard Saint-Germain.
Sur le bateau, il écrit fiévreusement sur un carnet les premières lignes qu'il transposera textuellement dans son récit de la rencontre avec Yvonne de Galais.
Les jours suivants, "je suis revenu guetter, attendre sous ses fenêtres", raconte-t-il à sa soeur. "... le samedi soir, veille de la Pentecôte, par une averse éclatante, habillée de noir, un livre à la main, elle a soulevé le rideau, et elle a souri de me retrouver-là. ... Le lendemain matin, dimanche de la Pentecôte, je me suis mis en uniforme. Je ne veux pas lui mentir; elle doit savoir que je ne suis encore qu'un collégien".
Lorsque la jeune fille sort de chez elle le lendemain, pour aller à la messe de Pentecôte, Henri lui murmure au passage: "Vous êtes belle !" comme dans Pelléas et Mélisande de Debussy et il murmure en lui-même : "Ma destinée ! Toute ma destinée !".
Il la suit dans l'église de Saint-Germain des Prés où elle assiste à la messe.
Il la découvre dans une chapelle écartée : "le grand chapeau de roses est incliné sur deux mains jointes". A la sortie, il l'aborde et lui demande de lui pardonner. Elle répond. Il lui demande alors son nom... "Yvonne de Quiévrecourt"..., il lui répond :
"le nom que je vous donnais était plus beau... - Un nom? Quel nom?" C'est Mélisande que je voulais dire".
Une conversation s'engage et tous deux descendent lentement le boulevard jusqu'à la Seine qu'ils longent jusqu'au pont des Invalides.
C'est là qu'ils se séparent, Henri reste profondément bouleversé par cette rencontre dont il note tous les détails et qu'il transposera littéralement huit ans plus tard dans Le Grand Meaulnes.

Premiers emplois

Le 2 juillet 1905, Henri part pour l'Angleterre où il a trouvé à s'engager pour la durée des vacances comme secrétaire de la manufacture de papiers peints Sanderson and Son à Chiswick, dans la banlieue ouest de Londres.
Il loge chez le secrétaire de l'usine, Mr Nightingale. Il est embauché pour traduire des lettres commerciales

Mais pendant ses soirées et ses congés, il écrit des vers, dont le poème "A travers les étés", puis "Chant de route", édités dans Miracles ainsi que des lettres très longues à Jacques et à ses parents, sans parler des cartes postales.
Il se promène aussi dans les parks et visite les musées de Londres où il découvre les Préraphaélites tout à fait ignorés en France à l'époque et se prend d'une grande passion pour cette peinture.
Un tableau le frappe particulièrement : La Beata Beatrix de Dante Gabriele Rossetti qu'il assimile au visage de la jeune fille du Cours la Reine.
Le 16 juillet 1907, Henri est admissible à l'écrit du Concours mais le 24, il est refusé à l'oral.
Très déçu, il apprend le même jour le mariage d'Yvonne de Quiévrecourt :
"A présent, le suis seul avec la dure vie basse. Tu ne savais pas ce que c'était. C'était comme une âme éternellement avec moi. Avec son amour, je méprisais tout, et j'aimais tout. Il y avait sa hauteur et mon amour, sa grâce et ma force. Nous étions seuls au milieu du monde. Il me semblait hier que, sans elle, rien que traverser la cour aride de la maison me faisait mal. Elle n'était plus là. Je suis seul", écrit-il à Jacques.
Quelques mois plus tard, le 25 décembre, il publie Le Corps de la femme dans La Grande Revue.
Il espère toujours que "la Demoiselle" aura lu ces pages chastes et délicates qu'il lui dédie en secret.
C'est son premier écrit publié, le premier signé de son demi-pseudonyme Alain-Fournier, écrit avec un trait d'union, pour ne pas être confondu avec le coureur automobile, vainqueur du Paris-Berlin qui porte le nom d'Henry Fournier.

Service militaire

Le 2 octobre, il avait cependant commencé son service militaire au 23ème Régiment de Dragons, cantonné à Vincennes.
Isabelle raconte: "Quelques mots écrits à la hâte laissent entrevoir une détresse morale que l'on n'attendait que trop, mais aussi un écrasement physique qu'il n'avait pas un instant prévu, espérant au contraire de ces deux ans de vie dure et saine - croyait-il ! - comme un allègement, une sorte de restauration de l'âme épuisée de tristesse". Avec maman Barthe, elle lui rend visite : "il nous regarde avec une espèce de stupéfaction, comme s'il n'arrivait pas à se rappeler qui nous sommes".
Il ne supporte pas la rigueur de cette vie de cavaliers et obtient alors, grâce à des appuis, d'être versé dans l'infanterie. Il passe dans le 104ème Régiment d'Infanterie, à Latour-Maubourg.
Très vite, il est inscrit comme élève-officier de réserve et fera son stage à Laval du 15 octobre 1908 au 3 mars 1909.
Promu sous-lieutenant, Henri est affecté en avril 1909 au 88ème Régiment d'Infanterie, cantonné à Mirande dans le Gers.
Il y passe les six derniers mois de sa vie militaire et y reviendra trois fois : deux fois pour une période militaire de vingt-huit jours en 1911 et en 1913, enfin, pour y rejoindre son corps à la mobilisation de 1914.
Dès le début de sa vie de fantassin, Henri connaît les longues marches et les manoeuvres épuisantes, tout au long de l'année 1908, puis en 1909, jusqu'en septembre où il est libéré.
Ses itinéraires sont jalonnés de précieuses cartes postales qu'il ne manque pas d'envoyer à ses parents et à Jacques de tous les lieux où il cantonne.

Mariage de sa soeur

En février 1908, Isabelle, sa soeur et Jacques, son meilleur ami, se fiancent. Malgré l'échec de Jacques à l'agrégation de Philosophie, malgré l'opposition du père de Jacques, les parents Fournier décident que "leurs enfants" se marieront et qu'ils commenceront à habiter avec eux.
Lorsque la date du mariage est fixée au 24 août, Henri demande une permission du dimanche 22 au vendredi 27 août 1909. Le mariage a lieu à Paris, en l'église Saint-Germain des Prés, le 24 août.

"Les beaux enfants que vous aurez (...) regarderont sans comprendre, mais avec des yeux doux et passionnés, le pays de leur oncle (Alain-Fournier à Jacques et Isabelle Rivière, 4 juin 1908. Il y a chez Isabelle une confiance, une joie et une force cachées, qu'il faut découvrir, comme une source entre les feuilles.... Henreuse celle qui donne confiance, heureuse celle en qui l'amour peut se reposer. Heureux les mariés de septembre!" Alain-Fournier à Jacques Rivière, 7 juillet 1909.

Au début de l'année 1910, la famille Fournier s'installe 2 rue Cassini à Paris, près des jardins de l'Observatoire.
Après divers essais de collaboration journalistique, Henri obtient alors d'être chargé d'un courrier littéraire quotidien à Paris-Journal.
Il commence pour la première fois le 9 mai. Il s'agit d'une production alimentaire et Fournier ne la considère pas "comme quelque chose d'écrit par moi".
Il réussira néanmoins à se faire remarquer par ce billet quotidien, tant à cause de sa pertinence que par le tour doucement ironique et souvent même caustique et toujours très indépendant qu'il sait lui donner.


Rencontre avec Jeanne Bruneau

Cette même année 1910, Henri rencontre une petite modiste qui habite avec sa soeur rue Chanoinesse, derrière le chevet de Notre-Dame.
L'aventure qu'il débute avec elle sera transposée dans celle d'Augustin Meaulnes avec Valentine dans Le Grand Meaulnes. Il rencontre Jeanne Bruneau avec sa soeur à la mi-février "sur le quai" à Paris, un samedi après-midi et il invite les deux soeurs au théâtre.
Le roman donne la date du 13 février le 12 en réalité.
La pièce à laquelle ils assistent au théâtre Sarah Bernard est La Dame aux Camélias, jouée par Sarah Bernard elle-même.
C'est le début d'une liaison de deux ans, traversée de brouilles et de réconciliations jusqu'à la rupture définitive à la fin de 1912. Isabelle l'évoque rapidement dans Les Images, la correspondance entre André Lhote et Alain-Fournier rend compte de ces disputes violentes.
En effet, du 22 au 28 juin 1910, Henri rend visite au ménage Lhote à Orgeville à la Villa Médicis libre où André et Marguerite sont admis par le mécène Bonjean.
Henri vient accompagné de "Valentine".
Il gardera de ces quelques jours passés à Orgeville un souvenir mêlé d'amertume qu'il transposera dans le chapitre écarté du Grand Meaulnes, publié en 1924 par Jacques dans Miracles, sous le titre "La dispute et la nuit dans la cellule".
Il en restera dans le roman l'épisode épuré qu'il rapporte au chapitre Le Secret de la troisième partie, qui est le récit d'une rupture.

Charles Péguy

Le 28 septembre 1910, Henri écrit sa première lettre à Charles Péguy. Une grande amitié naît alors entre les deux écrivains qui se confient mutuellement leurs peines et leurs travaux. Péguy lui envoie un billet, alors qu'il vient de lire dans La NRF de septembre 1911, sa nouvelle intitulée Portrait :
"Vous irez loin Fournier, vous vous souviendrez que c'est moi qui vous l'ai dit".
Ils se voient souvent aux Cahiers et en avril 1912, Péguy s'entremet même auprès de Claude Casimir-Perier qui cherche un secrétaire pour l'aider à finir son livre, alors qu'Henri a perdu son travail à Paris-Journal à cause du changement de directeur.
Henri sera marqué par cette influence, par cet esprit proche du sien.
C'est Péguy qui l'aidera, comme dit Jacques, "à saisir son rêve par les ailes pour l'obliger à cette terre et le faire circuler parmi nous".
De son côté, Fournier écrit : "je dis, sachant ce que je dis, qu'il n'y a pas eu sans doute depuis Dostoievski, un homme qui soit aussi clairement "Homme de Dieu" lire dans Correspondance Jacques Rivière- Alain-Fournier.
Le Ier juillet 1911, Alain-Fournier écrit à Marguerite Audoux, l'auteur de Marie-Claire avec laquelle il a lié une amitié profonde depuis déjà une année.
Le livre de l'ancienne bergère - qui a eu le prix Femina en 1910 - a fait date pour lui, et c'est là qu'il comprend qu'on puisse "écrire des contes qui ne soient pas des poèmes".

Marguerite Audoux

"Tel est l'art de Marguerite Audoux : l'âme dans son livre est un personnage toujours présent mais qui demande le silence.
Ce n'est plus l'âme de la poésie symboliste, princesse mystérieuse, savante et métaphysicienne.
Mais, simplement, voici sur la route deux paysans qui parlent en marchant: leurs gestes sont rares et jamais ils ne disent un mot de trop; parfois, au contraire, la parole que l'on attendait n'est pas dite et c'est à la faveur d'un silence imprévu, plein d'émotion, que l'âme parle et se révèle".
Alain-Fournier, Chroniques et critiques
C'est avec son admiration pour Péguy, l'un des éléments décisifs qui ont contribué à lui faire trouver son "chemin de Damas", en septembre 1910.
Depuis cette époque, les relations d'Alain-Fournier avec les deux écrivains seront de plus en plus amicales. Il écrit donc pour raconter à Marguerite Audoux la visite qu'il a faite aux lieux décrits par elle dans Marie-Claire : le village de Sainte-Montaine et la ferme des Berrué située en pleine Sologne non loin de La Chapelle d'Angillon. Longue description accompagnée d'un dessin au crayon. Berrichon comme elle, Henri se plaît dans ce pays de Marie-Claire.
Il envoie la même carte postale de l'église de Sainte-Montaine à Léon-Paul Fargue, le protecteur de Marguerite Audoux, à son père et à Jacques.
L'échange de lettres avec Marguerite Audoux se poursuivra jusqu'à la guerre.
En 1913, Fournier racontera à cette correspondante privilégiée ses retrouvailles avec Yvonne de Quiévrecourt à Rochefort, mais la priera ensuite de détruire ses lettres avant son départ pour le front, ce qui sera fait, malheureusement.
En effet, en décembre 1912, le frère de Jacques, Marc Rivière, qui fait ses études de médecine navale à Rochefort, apprend à Henri qu'il a rencontré dans cette ville la famille de Quiévrecourt et qu'il joue au tennis avec la soeur d'Yvonne.

Retrouvailles avec Yvonne De Quiévremont

Le 11 avril 1913, il écrit à Henri pour lui conseiller de passer à Rochefort en revenant d'une période militaire à Mirande. Il lui promet de le présenter.
Henri s'y rend le 2 mai et rencontre effectivement Jeanne de Quiévrecourt, la soeur d'Yvonne. Celle-ci, qui réside à Rochefort avec son père, haut responsable dans la Marine Nationale, sa mère et son jeune frère, se propose d'avertir sa soeur qui, elle, habite à Toulon, du passage de Fournier et de son souhait de la revoir.
Quelques mois plus tard - selon toute probabilité du 1er au 4 août 1913, un faisceau d'éléments convergents nous permettant aujourd'hui de retenir ces dates - Fournier, appelé par Marc, retourne à Rochefort.
Pendant quatre jours, il revoit la jeune femme, cause longuement, amicalement avec elle. Yvonne est mariée et mère de deux enfants qu'Henri fait sauter sur ses genoux. Le dernier jour, il lui fait lire la lettre qu'il avait écrite dix mois auparavant.
La jeune femme très troublée, lui rend la lettre sans rien dire. Il ne nous en reste que le brouillon. C'est Henri lui-même qui a noté ces événements dans un petit carnet noir conservé pieusement après sa mort. Malheureusement, aucune lettre ni aucun document ne précisent exactement la date de ce deuxième voyage. Après avoir quitté Rochefort, Henri ne reverra jamais la jeune femme mais il lui écrira encore des lettres dont plusieurs ne seront pas envoyées.
Lorsque paraît Le Grand Meaulnes, Fournier le lui envoie à Toulon, dédicacé. Le mari d'Yvonne lira plus tard le roman à ses deux enfants et leur révèlera que leur mère en est l'héroïne.

Madame Simone, Simone Casimir-perrier

Ce qu'ignore Yvonne de Quiévrecourt lors de la rencontre de Rochefort, c'est que la vie sentimentale de son admirateur est depuis plus d'un mois fortement bouleversée. Fournier, qui a été engagé comme secrétaire de Claude Casimir-Perier, a partagé la vie du couple jusqu'à en devenir peu à peu l'intime.
Simone, sensible à son charme qui la change de l'atmosphère artificielle dans laquelle elle vit, en fait progressivement son compagnon et son homme de confiance.
Simone rend ainsi compte de la parfaite courtoisie du "secrétaire" et dès la première rencontre affirme :
"j'ai tout de suite vu que j'avais affaire à un gentilhomme".
L'actrice adulée joue les pièces à la mode et y invite Henri dans sa loge. Cela devient une habitude.
Elle l'emmène également dans sa propriété de Trie la Ville où il lui apporte le manuscrit du Grand Meaulnes achevé et le lui fait lire.
Simone souhaite connaître sa famille. A la première visite, sa mère Albanie est éblouie et séduite.
Le 29 mai 1913, lors de la première du Sacre du Printemps qui est un fameux charivari, Simone l'emmène chez elle à la sortie de la pièce qu'elle a joué ce soir-là, Le Secret, et le garde jusqu'à l'aube.
Chaste nuit encore cependant. Le 8 juin, le jeune homme se découvre enfin et adresse à celle qui occupe ses pensées une longue déclaration d'amour :
"Sachez que je vous aime, belle jeune femme... La nuit du Sacre, en rentrant, j'ai vu qu'une chose était finie dans ma vie et qu'une autre commençait, une chose admirable, plus belle que tout, mais terrible et peut-être mortelle".
Le 18 juin, il devient l'amant de Simone.

l
Achévement du grand Meaulnes

Le Grand Meaulnes est achevé au début de l'année 1913. La publication du roman est alors l'occasion d'un grave différend entre Jacques et Henri.
Depuis six mois, Henri Massis avait retenu le roman pour sa revue L'Opinion et l'ouvrage devait tout normalement être édité en volume aux éditions de La Nouvelle Revue Française.
Simone, la maîtresse d'Alain-Fournier, va bouleverser ce plan et s'entremettre auprès d'Emile-Paul.
Le 21 avril, elle écrit à Henri :
"Emile-Paul ne veut éditer qu'un très petit nombre d'auteurs et votre roman l'intéresserait dans la mesure où vous seriez candidat - candidat désigné - au Prix Goncourt.
Cela vous va-t-il ? Si oui, laissez faire".
Et Fournier laisse faire. En compensation, Fournier dont le manuscrit a finalement été refusé par L'Opinion, le donnera à paraître en revue dans La NRF, de juillet à novembre 1913, mais le volume sera édité chez Emile-Paul.
Rivière qui est secrétaire à La NRF et qui travaille beaucoup avec Gaston Gallimard à la promotion du comptoir d'édition de la revue, prend très mal ces manoeuvres et il lui écrit une lettre si violente que Fournier la déchirera.
Toutefois ce différend ne ternira pas longtemps l'amitié entre les deux beaux-frères, mais dès ce moment, la vie de Fournier est tournée ailleurs.
Il commence à écrire un nouveau roman : Colombe Blanchet, et, sous l'influence de Simone, esquisse une pièce de théâtre : La Maison dans la forêt.
Aucun des deux ouvrages ne sera achevé.

Publié donc chez Emile-Paul, "Le Grand Meaulnes" est donné par la presse comme le prix Goncourt 1913.
Le Président du Jury, Lucien Descaves, qui en est le grand défenseur, se heurte à une farouche opposition sans doute aggravée par la campagne menée par madame Simone.
Après onze tours de scrutin qui n'arrivent pas à dégager une majorité, l'académie Goncourt se rabat finalement sur Marc Elder pour "Le Peuple de la mer".
Henri avait écrit à Jacques quelques mois plus tôt :
"je ne demande ni prix, ni argent, mais je voudrais que Le Grand Meaulnes fût lu", Correspondance Rivière-Fournier, le 2 mai 1913.
La presse fut unanime à stigmatiser le choix du jury Goncourt et "la question des Prix littéraires" fut un sujet de débat en cette fin d'année 1913.

La Guerre


Le 1er août 1914, Henri est mobilisé comme Jacques. Il écrit à sa soeur : "je pars content". Jacques est dans le même corps d'armée que lui le 17ème.
Il se rend à Marmande pour rejoindre son unité tandis qu'Henri part en auto de Cambo où il était avec Simone, pour Mirande.
Ils y parviennent le 2 août à minuit. Henri est promu lieutenant.
Le 9 août, le 288ème R.I. part à pied pour Auch d'où le régiment s'embarque en train le 12 août à 9 heures du soir.
Le 24 août, Jacques est fait prisonnier et Isabelle n'aura plus de nouvelles de lui pendant trois mois.
Le 1er septembre, le 288ème entre dans la bataille.
Péguy est tué le 7 septembre 1914 à Villeroy.
Pendant ce temps, Isabelle s'installe à Bordeaux dans la famille de Jacques où Simone, suivie d'Albanie Fournier la rejoint, espérant agir auprès du gouvernement et spécialement d'Aristide Briand, pour faire retirer Henri du front, mais c'est sans résultat, naturellement.
Le 11 septembre, Henri écrit sa dernière carte à Isabelle, carte qu'elle recevra le 21 seulement.

Le 22 septembre, Henri est tué sur les Hauts de Meuse.
Son corps ne sera retrouvé que soixante-dix-sept ans plus tard dans la fosse commune où l'avaient enterré les Allemands avec vingt de ses compagnons d'arme.

Le 10 novembre 1992, tous ont été ré-inhumés dans une tombe individuelle dans le cimetière militaire du secteur de Saint-Rémy la Calonne.

Une poignée de terre d'Epineuil a été déposée sur sa tombe.


Chronologie des publications

1913 : le Grand Meaulnes (publié de juillet à novembre dans La Nouvelle Revue Française, puis chez Émile-Paul la même année) ; très nombreuses rééditions, dont sept éditions de poche parues à partir de 1971, puis en 2008, 2009 et 2010, ainsi qu'une édition savante de Marie-Hélène Boblet, chez Honoré Champion en 2009.
1924 : Miracles (poèmes et nouvelles, rassemblés par Jacques Rivière), Gallimard ; réédités et complétés en 1986 chez Fayard par Alain Rivière.
1926 : Correspondance avec Jacques Rivière, publiée par Isabelle Rivière chez Gallimard en 4 volumes de 1926 à 1928 (deux rééditions d'abord en 2 volumes en 1947, puis complétée et entièrement refondue en 2 volumes par Alain Rivière et Pierre de Gaulmyn en 1991).
1929 : Lettres à sa famille (1905-1914); réédition complétée sous le titre Lettres à sa famille et à quelques autres' par Alain Rivière en 1991 chez Fayard.
1930 : Lettres au petit B. (Le « petit B. » est René Bichet, poète, ancien camarade du lycée Lakanal, ami d'Alain-Fournier et de Jacques Rivière) ; réédition complétée par Alain Rivière en 1986 chez Fayard.
1973 : Charles Péguy - Alain-Fournier, Correspondance, Paysages d'une amitié, présentée par Yves Rey-Herme, rééditée et complétée en 1990 chez Fayard.
1986 : La peinture, le cœur et l'esprit. Correspondance inédite (1907-1924). André Lhote, Alain-Fournier, Jacques Rivière (William Blake & Co).
1990 : Colombe Blanchet - Esquisses d'un second roman inédit. Transcription d'un manuscrit de 133 pages éparses (esquisses et brouillons, notes préparatoires), Le Cherche Midi, 1990.
1992 : Alain-Fournier, Madame Simone, Correspondance 1912-1914, présentée et annotée par Claude Sicard, Fayard, 04/11/1992, (ISBN 978-2-213-02998-6)


Liens

http://www.ina.fr/video/2511570001 Une amitié d'autrefois Ina
http://www.ina.fr/video/I04211526 Suzanne Flon lit Alain Fournier Ina
http://youtu.be/bSQRTkFwToc Une maison un écrivain Alain fournier lu par Patrick Poivre d'Arvor

Le grand Meaulnes

http://youtu.be/6S6oi0NKja4 1
http://youtu.be/kpFAaeWD5RI 2
http://youtu.be/eHnN_Kh-PJ8 3
http://youtu.be/TAA25syPt_k 4
http://youtu.be/M4le9CIeOl8 5
http://youtu.be/LdtMrZ5mz1o 6
http://youtu.be/6rM9PgkNNS0 7
http://youtu.be/p9qiouOQKi4 8
http://youtu.be/MQYnVGRBSV0 9
http://youtu.be/EqZm84KXcsM 10
http://youtu.be/ro18Dvmok8U fin

http://youtu.be/AHG7vluPnxE Le grand Meaulnes chanté par Richard Anthony



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Posté le : 21/09/2013 20:18
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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