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Henry Roth
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Le 13 Octobre 1995 meurt Henry Roth, Henry Roth est un écrivain américain.

Son premier roman, L'Or de la terre promise, Call it sleep, est publié en 1934 qui passe inaperçu. De plus, comble de malchance, son éditeur fait faillite. Henry Roth laisse alors de côté ses ambitions littéraires.



Sa vie

Henry Roth est né le 8 Février 1906 à Tysmenitz, une petite bourgade de Galicie, province polonaise faisant à l'époque partie de l'Empire austro-hongrois. C'est dans les bras de sa mère à l'âge de trois ans, qu'il débarque à Ellis Island, New York.
Son enfance se passe dans le Lower East Side, qui était alors le quartier juif dans le bas Manhattan, et qui sert de toile de fond à Call It Sleep, le roman incandescent qu'il publie en 1934 avant de disparaître totalement de la scène littéraire pendant soixante ans. Call It Sleep, traduit en français sous le titre "L'Or de la Terre promise" apparaît comme un roman expressionniste de la grande ville, une version hallucinée du Manhattan Transfer "de Dos Passos".
De la rue montent les cris des colporteurs et la mélopée des marchands de guenilles.
Dans la cour de l'école maternelle, des gosses qui parlent yiddish à la maison font la ronde en chantant d'une voix claire des comptines anglaises.
De partout filtre la rumeur babélique des langues : le yiddish, mais aussi l'hébreu qu'on ânonne sur les bancs du heder, l'école traditionnelle primaire, des bribes du polonais que parlaient les parents “dans le vieux pays”, l'anglais dans la variété de ses accents et dialectes ; tout un tourbillon linguistique auquel vient se mêler la partition cacophonique du Nouveau Monde urbain : la sirène des usines, le murmure des fils électriques, le cliquetis du trolley, la corne des remorqueurs, là-bas, sur l'East River – le tout crescendo jusqu'à un finale apocalyptique aujourd'hui célèbre.

"Call it sleep"

Aucun écrivain américain n'a mieux retenu la leçon de Joyce que Henry Roth.
"Call It Sleep" : on n'a pu, dans la traduction française, conserver ce titre, splendide mais trop idiomatique.
“Tu as envie de dormir ?” demande la mère. On peut appeler cela “dormir”, mais au moment où l'enfant glisse dans le sommeil s'éveille en lui toute une fantasmagorie proustienne.
Écrit à l'ombre de Freud, que l'Amérique découvrait avec passion dans les années 1920, le roman est entièrement réfracté à travers le prisme de la conscience du petit David. David – sept ans environ – est à l'âge des premiers troubles, des premiers jeux interdits.
Et, de même que chaque fois qu'il passe devant la porte de la cave son pouls s'accélère à l'idée que de la puanteur obscure du sous-sol vont déferler des hordes de rats, de même il est terrifié par les pulsions qui surgissent des tréfonds de lui-même.
On est en fait dans le vieux triangle œdipien. Le père gagne chichement sa vie en faisant quotidiennement sa tournée de laitier “au cul d'un vieux canasson” ; mais à l'enfant traqué ce père musculeux et violent, l'arc noir de son fouet levé au-dessus de sa tête, apparaît tel un ogre effrayant, cramoisi. Heureusement qu'il y a les moments de bonheur, lorsque le petit garçon se retrouve seul dans l'intimité de sa mère, à l'heure enchantée, par exemple, du soir du sabbat, lorsqu'elle prépare la table, la nappe, les bougies.

Ce n'est pas le seul déchirement que vit cet enfant à mi-chemin entre deux mondes. D'un côté, il y a la mémoire, l'hébreu de la Torah ou du Talmud, les signes qu'un vieux rabbin apprend à déchiffrer et à psalmodier à une troupe de garnements “américains”, turbulents et rétifs : ce monde énigmatique fascine assez le jeune David pour qu'il soit hanté jusqu'à l'illumination quasi mystique par un passage du prophète Isaïe. De l'autre côté, il y a les vastes toits plats de New York, où l'on grimpe pour faire voler les cerfs-volants et d'où l'on voit au loin, à l'ouest, l'espace américain, l'espace des goyim, qui fait signe avec sa promesse d'évasion.

L'oubli

Un peu comme Tendre est la nuit de Scott Fitzgerald, paru la même année et avec lequel il n'est pas sans parenté, "Call It Sleep", météore mis sur orbite dans les années 1920, parut alors que les temps avaient changé.
Depuis 1932, on était entré dans les années noires de la Dépression.
La critique exigeait que la littérature en finisse avec l'“introspection morbide” : il fallait empoigner ses outils et décrire avec réalisme la condition du prolétariat.
Son éditeur ayant de plus fait faillite, le chef-d'œuvre de Henry Roth tomba rapidement dans l'oubli.

Il épouse, en 1939, Muriel Parker, fille d'un pasteur baptiste et pianiste qui renoncera à sa carrière pour l'accompagner dans l'État du Maine où il exerce plusieurs métiers, garde forestier, infirmier dans un hôpital psychiatrique, aide plombier….
Le couple avec ses deux enfants, finit par s'établir dans une ferme en 1954 et vit d'un élevage d'oies et de canards ainsi que du salaire d'institutrice de Muriel Parker, fille d'un pasteur baptiste de vieille souche de Nouvelle-Angleterre, Pianiste, elle avait été, à Paris, l'élève de Nadia Boulanger.
En 1954, ils achètent une petite ferme, où Henry élève des canards et des oies. Le couple et leurs deux enfants vivent en réalité du modeste salaire d'institutrice de Muriel : Henry Roth a sombré dans une longue “dépression chronique”.
Lorsqu'en 1964, un miracle se produit, dans le sillage du “réveil ethnique”, on redécouvre "Call It Sleep", beaucoup croient son auteur mort depuis longtemps.

Un succès inattendu

La réédition du livre se vend à plus d'un million d'exemplaires.
Avec les droits, le couple Roth s'installe au Nouveau-Mexique.
C'est là que, “en l'an de son soixante-treizième âge”, Henry Roth commence à rédiger, à partir de 1979, son autobiographie, qui porte le titre général d'"À la merci d'un courant violent" “qui doit m'engloutir à jamais”, ajoute la citation de Shakespeare et dont le premier volume – "Une étoile brille sur Mount Morris Park" – paraît en 1994, soit après soixante longues années d'exil intérieur et de silence.
Il sera suivi en 1995 par "Un rocher sur l'Hudson".

"À la merci d'un courant violent" reprend le fil de la chronologie là où le roman l'avait laissé : pendant “l'été 14”, à Harlem – qui n'est pas encore le “ghetto” noir que l'on sait – où la famille Roth s'est “exilée” alors que le jeune Henry a huit ans.
Plus encore qu'une “suite”, toutefois, c'est à un autre regard porté sur le “grand roman” qu'on a ici affaire.
Avec le recul, par exemple, l'énorme ogre de père s'est prodigieusement recroquevillé ; il n'était au fond qu'un “petit homme”, un immigrant timoré compensant sa faiblesse par des accès de violence.
C'est l'enfant qui, obnubilé par son drame œdipien, en a magnifié la figure : le “petit salaud” de gosse dont le vieil Henry aujourd'hui, instruit, quelque quatre-vingts ans après les faits, fait le procès.
Lorsque Henry Roth cite en l'adaptant Le Testament de François Villon, “En l'an de mon trentième âge”, il omet le vers suivant :
“Que toutes mes hontes j'eus bleues.”
Henry Roth a atteint le vieil âge où ses hontes sont désormais loin derrière lui.
Il va dire crûment tout ce qui dans le “grand roman” était resté censuré, masqué par la prestigieuse pyrotechnique apprise chez Joyce – Joyce, son héros et modèle d'antan, dont il voit aujourd'hui à quel point c'est la phobie des émotions qui l'a amené à tisser une perverse “chrysalide verbale”.
Avouer n'est pas facile.
Périodiquement, il faut qu'Ecclesias, l'ordinateur sur lequel il écrit, lui affiche un message : “Tu n'as rien oublié ?” “J'y viens, Ecclesias.
J'y viens.” Henry Roth ose raconter, avec cruauté, tout ce qu'on ne faisait que soupçonner.
La plus scandaleuse de ces révélations : les relations incestueuses qu'à seize ans il entretenait avec sa jeune sœur de quatorze – cela, il l'avait tellement censuré que dans Call It Sleep il avait fait de David un enfant unique.
L'œuvre romanesque d'Henry Roth est l'histoire de sa propre vie. Elle est marquée par une enfance miséreuse sous l'emprise d'une tradition juive orthodoxe qui l'étouffe et le complexe dans ses rapports avec le monde extérieur.
Il vit mal l'héritage culturel et ne parvient pas à l'assumer. Avec le recul de ses 80 ans, l'assurance de ne plus nuire à personne, l'auteur décrit ses rapports tourmentés avec sa famille et révèle une relation incestueuse avec sa sœur.
Un éveil dénaturé à la sexualité dont l'écho se propage toute sa vie et dans ses rapports amoureux.
Le fil du récit s'émaille de réflexions de l'auteur âgé, des parenthèses où il met en perspective les événements décrits, fait part des interrogations que lui inspire le roman qu'il est en train d'écrire.
L'œuvre demeure inachevée lorsqu'il décède le 13 octobre 1995, à Albuquerque ; des six tomes envisagés, quatre ont été publiés.
L'autre révélation, plus oblique, est la crainte où il a vécu de glisser sur la pente de la “dégénérescence”.
Là, sans doute, est une clé possible du long silence de Henry Roth ; comme s'il avait eu peur, en continuant à écrire, d'en dire trop long sur lui, de se “trahir”.
Finalement, à l'article de la mort, il a mis son cœur à nu. Après plus d'un demi-siècle de silence, il a relancé in extremis son œuvre afin de faire, juste avant ses adieux, ce long aveu.

Il décéde le 13 octobre 1995 à Albuquerque, Nouveau-Mexique, aux États-Unis.

Oeuvre

L'Or de la terre promise, Call it sleep, 1934
À la merci d'un courant violent
Mercy of a Rude Stream, 1994, en quatre tomes :
Une étoile brille sur Mount Morris Park, A Star Shines Over Mount Morris Park,
Un rocher sur l'Hudson, A Diving Rock on the Hudson,
La fin de l'exil, From Bondage et
Requiem pour Harlem, Requiem for Harlem.


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Posté le : 12/10/2013 13:24
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Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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