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Accueil >> newbb >> Défi d'écriture du 05/04/2014 [Les Forums - Défis et concours]

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Défi d'écriture du 05/04/2014
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Bonjour les Loriens !

Cette semaine, je vous propose de vous laisser inspirer par cette phrase :

"Une fée se penche sur le berceau d'un nouveau-né et lui offre un don (ou une tare). Racontez-moi le destin de cet enfant."

à vos plumes mes amis.

Au plaisir de découvrir vos oeuvres

Amitiés

Couscous

Posté le : 05/04/2014 08:10
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Re: Défi d'écriture du 05/04/2014
Plume d'Or
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Le vilain petit canard

Bella et Calixte viennent d’avoir un magnifique bébé. Ils le nomment Hussein qui veut dire « beau » en arabe.

- Cet enfant est tellement parfait, s’exclame sa mère. On ne peut que l’appeler ainsi.
- Regarde ses yeux, il a l’air très intelligent. Je suis tellement content d’avoir un fils comme toi mon petit, dit le père en prenant son petit dans les bras.

Hussein s’endort dans son berceau immaculé. Sa marraine la fée apparaît dès que les parents ont quitté la pièce, elle se penche sur le petit trésor.
- Tu es très beau Hussein. Je sais que tu es particulièrement intelligent et que tu seras déterminé. En fait, tu as toutes les qualités dont on puisse rêver pour son enfant.

Pourtant quelque chose me tracasse, j’ai peur que tu ne deviennes bien vaniteux, et que cela te nuise dans l’avenir. Je vais t’affubler de pieds palmés de canard, ainsi cela te mettra au niveau des autres. Nous verrons bien comment tu t’accommoderas de ce léger handicap.

Le lendemain matin, les parents découvrent avec effroi la « légère » transformation qui s’est opérée sur Hussein pendant la nuit.

- Mon Dieu, quelle horreur ! Crie Bella. Que s’est-il passé ?
Elle regarde avec désespoir son nouveau-né qui gigote sur la table à langer. Il est toujours aussi mignon, mais au bout de ses petites jambes potelées, il y a deux grands pieds palmés orangés comme ceux de Donald Duck. Calixte accourt pour constater la catastrophe.

- C’était trop beau, notre fils était trop parfait ! Qu’allons-nous faire Bella ?

- C’est notre fils, et quelle que soit la difformité dont il peut être affublé, je l’aime.


- Moi aussi je l’aime, mais pense à son avenir.

- Appelons le médecin, il aura peut-être une solution.

- Il va rire, notre fils est complètement ridicule.

- Qu’il ose rire de mon fils devant moi ! Déclare Bella d’un air farouche.

Après avoir examiné Hussein le médecin annonce consterné, qu’il faudra attendre la fin de sa croissance pour pouvoir intervenir. Pour les années qui viennent, il faudra qu’il supporte ses pieds « canardesques ».

Une des premières difficultés à laquelle le petit garçon est confronté est le choix des chaussures. Il doit porter des souliers ridiculement larges, et doit garder les pieds couverts hiver comme été. Les quolibets sont quotidiens :

- Pattes d’éléphants !
Les enfants qui se moquent de lui ne sont pas les meilleurs en Sciences et Vie de la Terre, ni en aucune autre matière d’ailleurs.

- Attrape-moi si tu peux !
Hussein a du mal à courir, les palmes ne sont pas idéales pour marcher sur terre. Dans l’eau, il est le meilleur. Mais comment aller à la plage ou à la piscine sans découvrir ses extrémités ? Il doit se contenter de jouer seul dans le bassin familial pendant les vacances chez ses grands-parents.

A l’adolescence son infirmité est encore plus dérangeante. Comment séduire une fille avec des pieds palmés ? Comment suivre la mode quand on doit porter des chaussures orthopédiques et pas les baskets qu’on voit dans les publicités ? Sa première expérience sexuelle est une catastrophe, il refuse d’enlever ses chaussures. Pourtant, il est toujours aussi séduisant notre Hussein. Il a un physique de top model jusqu’aux chevilles. Une fois à la bibliothèque, il a séduit une étudiante charmante. Mais dès qu’il s’est levé, elle a posé les yeux sur ses pieds et a prétexté un rendez-vous urgent à l’autre bout du campus.
Pourtant, il est supérieurement intelligent, il réussit tous ses examens, et est promis à un très bel avenir. Que faire de ces pieds monstrueux ?

Qu’a-t-il décidé, une fois adulte ? Trois choix se sont offerts à lui :
Soit il décidait de se faire opérer, comme ses parents l’avaient toujours encouragé à le faire dès que sa croissance sera terminée. Il souffrirait des semaines entières, devrait enchaîner les séances de rééducation, et aurait toujours les articulations des pieds raides.
Soit il se repliait sur lui-même et allait vivre sur une île déserte, où personne ne se moquerait plus de lui. Mais la solitude serait pénible pour cet homme gentil et sociable.
Soit encore il se révoltait contre cette société qui ne l’accepte pas, et entrait dans une organisation terroriste où il s’occuperait d’organiser des attentats.
Mais Hussein choisit une quatrième voie, celle d’accepter son handicap et de le transformer en atout. Il devient champion de natation ! A lui les titres olympiques, les médailles d’or aux championnats du monde et les podiums. Il décroche un contrat publicitaire faramineux et lance une ligne de chaussures colorées : les « palmasses ». Aux dernières nouvelles il était ministre des sports et projetait de se présenter aux élections présidentielles.
Ses parents sont fiers de lui, il est marié à une femme charmante, ils ont trois enfants avec des pieds de canard, il paraît que c’est un gêne dominant.

Posté le : 06/04/2014 09:48
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Re: Défi d'écriture du 05/04/2014
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Superbe histoire d'un pied de nez à la vie et à la vilaine fée qui l'affuble d'appendices disgracieux.

Il faut en retenir la morale que "Si la vie ne t'offre que des fruits secs, fais-en des compotes et des confitures."

Merci pour ta participation et ta fidélité à nos défis.

bises

Couscous

Posté le : 06/04/2014 15:01
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Re: Défi d'écriture du 05/04/2014
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Arielle,

Des pieds palmés ! Ah bien bravo !
Au moins, il n'a pas eu à partir au service militaire.

Belle histoire, très positive et belle écriture.
Tu as un vrai don (ta marraine la fée a été sympa avec toi) de conteuse.

A bientôt,

Donald.


Posté le : 06/04/2014 16:09
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Re: Défi d'écriture du 05/04/2014
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Désolée Donald, j'ai eu l'idée en voyant ton avatar. J'espère que ce n'est pas ta véritable photo, si c'est le cas, tu finiras peut-être président !

Posté le : 06/04/2014 19:09
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Re: Défi d'écriture du 05/04/2014
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Qu’as-tu « fée » ?

Il était une fois un couple très amoureux, je dirais même fou d’amour. On peut dire qu’ils s’étaient vraiment bien trouvés car Julia et Arpian avaient un point commun qui les unissait comme les deux doigts d’une même main : l’avarice extrême. Ils aimaient se lancer des défis, à celui qui serait « cap ou pas cap » de faire des choses folles pour économiser le plus ou dépenser le moins, selon l’angle de vue. Ainsi, ils n’avaient pas peur de sortir d’un restaurant sans payer l’addition, de se planquer le soir à l’affut de la sortie des poubelles d’un supermarché en vue de récupérer les choses comestibles, d’enfiler trois pulls au lieu d’allumer le chauffage alors qu’il fait moins vingt dehors. C’est d’ailleurs une de ces soirs que, lovés l’un dans l’autre, ils conçurent un enfant, qui naquit neuf mois plus tard, malgré tous les efforts de sa maman de le garder plus longtemps au chaud.

Vous aurez sans doute remarqué que j’ai commencé mon récit par « il était une fois ». Il me faut donc introduire un personnage de conte et celui-ci prit la forme d’une fée. En effet, celle-ci se présenta au-dessus du berceau du nouveau-né prénommé Iona, sous le regard inquiet de ses parents. La fée Pacdubien, à la chevelure rousse et hirsute, toucha délicatement le front de la petite fille endormie avec le bout de sa baguette magique avant de disparaître, sans prononcer une parole. Julia et Arpian se regardèrent et se demandèrent s’ils n’avaient pas rêvé cette apparition totalement rocambolesque en ce début de vingt-et-unième siècle.

Vers l’âge de six mois, Iona commença à toucher à tout et à vouloir attraper les objets à sa portée. C’est alors que son don se révéla. Tout ce qu’elle touchait se voyait réduit de moitié. Ainsi, tous ses jouets, acquis après âpres négociations dans des marchés aux puces, devinrent tous des miniatures. Ses parents devaient prévoir des achats de vêtements très grands pour qu’ils soient ajustés dès leur portée. Heureusement, un objet touché ne rétrécissait qu’une fois. Le pire fut le jour où Julia laissa sa carte bancaire sur la table de la cuisine. Une minute d’inattention et Iona s’en empara, réduisant de moitié les économies familiales, pour le plus grand malheur de ses parents.

Le couple dut s’accoutumer au drôle de don de sa fille qu’il adorait par-dessus tout. Lors de son entrée à l’école gardienne, il fallut prévenir l’institutrice. D’abord très perplexe devant cette révélation, elle comprit rapidement qu’il ne s’agissait pas d’une blague. Il y eut quelques réclamations de la part d’autres parents qui voyaient revenir leur enfant avec un mini cartable ou un pantalon devenu short, et Iona fut mise à l’écart. Mais les autres enfants étaient intrigués par son étrange pouvoir. Elle passait pour une magicienne. Au fil des ans, Iona parvint à contrôler son don. Au lycée, on venait même la voir pour rendre les copions encore plus discrets. Digne fille de ses parents, elle monnayait ses services.

Très bonne élève, Iona poursuivit des études de médecine et choisit comme spécialité l’oncologie. Elle était capable de réduire les tumeurs avant de les extraire, causant ainsi moins de dégâts, mais aussi de calmer la douleur de ses patients. Il lui arrivait de donner un coup de main à ses collègues chirurgiens esthétiques pour des réductions mammaires, ce qui lui permettait d’arrondir ses fins de mois.

Un jour, en participant à un colloque sur la thérapie génique, son chemin croisa celui de Didier. Lorsqu’ils se serrèrent la main, ils ressentirent un véritable choc électrique. Il leur fallut attendre quelques secondes avant de pouvoir rouvrir les doigts et sortir de l’étreinte de l’autre. Gêné, Didier prit la parole :

« Désolé ! C’était bizarre comme sensation. Je n’ai jamais eu cela avec personne. C’est sûrement mon don qui fait des siennes.
- Ou le mien … »

Là, ils se révélèrent chacun leur secret mutuel. Didier avait hérité celui de pouvoir doubler les choses. Ils supposèrent que c’était la même fée qui s’était penchée sur leurs berceaux respectifs. Contrairement à Iona, Didier venait d’une famille très modeste avec peu de moyens. Les quelques jouets qu’ils parvenaient à lui offrir devenaient géants et ont vite empli sa petite chambre d’enfant. Plus tard, lorsqu’il parvint à contrôler son pouvoir, il doubla chaque mois le maigre salaire paternel et c’est ainsi qu’il put faire des études de généticien. L’analyse de l’ADN et de toute molécule est plus aisée lorsqu’elle atteint une meilleure taille.

Voilà ! Ce qui devait arriver arriva. Ils étaient complémentaires et choisirent de ne plus se quitter. Chacun pouvait réparer l’erreur de l’autre en rendant à un objet modifié par inadvertance sa taille originelle. Une sorte d’alchimie, une compréhension naturelle de l’autre et un statut d’être à part les unissaient.

Un an plus tard, ils célébrèrent leur mariage et un enfant naquit rapidement. Ils se demandèrent alors de quel don le petit Vivien avait hérité. La génétique garde tout de même ses secrets, même pour un généticien renommé comme son père. L’enfant grandissait et ses parents s’extasiaient de sa normalité, lui assurant alors une vie classique mais simple. Toutefois, ils n’avaient pas remarqué l’ombre qui avait quitté précipitamment la chambre du bébé peu après sa naissance. Et de la même manière, ils ne virent pas tout de suite l’ours en peluche à côté de Vivien prendre doucement vie sous ses petits doigts.

Posté le : 06/04/2014 19:23
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Re: Défi d'écriture du 05/04/2014
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Joli conte ma chère couscous,
Finalement la fée Pacdubien était une maline.
A bientôt,
Donald

Posté le : 06/04/2014 20:39
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Re: Défi d'écriture du 05/04/2014
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Arielle,
Je me doutais bien d'une fourberie de ce genre.
Ce n'est pas ma photo; j'ai mis un gars plus beau que moi, un top model australien de chez les ornithorynques.
Bon, ça passe pour cette fois ci. Je ne t'enverrai pas Igor.
Palmement,
Donald.

Posté le : 06/04/2014 20:43
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Re: Défi d'écriture du 05/04/2014
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Grigor


Marie-Isolde et Alexis savouraient la naissance de leur troisième enfant, un fils du nom de Grigor, arrivé seulement trois ans après les jumeaux Irina et Vladimir. En cette année mille neuf cents soixante seize, ces deux trentenaires de la haute bourgeoisie parisienne ne se doutaient pas qu'ils avaient mis au monde un phénomène qui allait bouleverser à jamais leur existence dorée. En effet, Dame Nature l'avait doté d'une capacité hors norme dont il allait découvrir les effets quelques années plus tard. Pour l'instant, en ce début de l'été, ils célébraient cette arrivée dans leur superbe appartement du seizième arrondissement de la capitale, avec toute la famille réunie pour l'occasion.

L'enfance de Grigor suivit le chemin tout tracé des bambins de sa classe sociale; une nourrice venue tout droit de Moscou pour habituer l'enfant à la langue de ses ancêtres, des précepteurs en tout genre afin de lui donner la culture d'élite en matière d'art et de belles lettres, la pratique sportive de l'escrime dans le but de lui inculquer des principes de leader. A l'age de dix ans, le jeune privilégié parlait couramment le russe et l'anglais, en plus de son français natal, pratiquait assidûment le violon en orchestre et participait brillamment aux championnats nationaux d'épée. Il était sur la route des membres de son élite, prêt à intégrer les plus grandes écoles et programmé d'office pour diriger les nombreuses sociétés tenues par ses parents ou leurs associés en affaire. Ce fut à cette époque qu'il découvrit son don, à l'occasion d'une sortie scientifique avec son école.

Grigor, avec les autres élèves de sa classe de cours moyen, participait à une session d'initiation aux machines informatiques. Cette initiative, encore rare dans les années quatre-vingt, consistait à familiariser les enfants aux nouvelles technologies de l'information. Une grande firme américaine, spécialisée dans la conception de calculateurs géants tels que ceux employés par la recherche spatiale ou la météorologie nationale, avait ouvert ses portes à quelques établissements triés sur le volet. Un ingénieur d'application accompagnait les enseignants pour expliquer à la jeune audience les concepts de base des ordinateurs. Grigor n'avait pas l'habitude de tous ces termes techniques, car dans son environnement classique l'étiquette et les convenances importaient plus que la science.
Il était en train de regarder, les yeux écarquillés tellement le spectacle l'impressionnait, le dernier né de la génération des super-calculateurs. Cette immense armoire agrémentée de bobines, de câbles et de diodes lumineuses, ronronnait tranquillement en émettant une chaleur sèche.
— Une tempête de force quatre va prendre naissance dans le golfe du Morbihan, à exactement treize heures et vingt quatre minutes, avec une probabilité de quatre-vingt douze pour cent, dit soudain une voix métallique.
Grigor se retourna, croyant que cette prédiction venait de l'ingénieur d'application.
— C'est à toi, Grigor, et seulement toi que je parle.
— Qui es-tu ? cria Grigor.
A ce moment là, les autres écoliers se retournèrent vers lui et commencèrent à pouffer de rire. Grigor se sentit bête et décida de faire comme si de rien n'était.
— Personne d'autre que toi ne peut m'entendre, Grigor. Tu as l'oreille que j'attends depuis mes premières heures et je veux que tu m'écoutes attentivement.
— Il te suffit de penser à ce que tu veux me dire et je t'entendrai. Essaie un peu pour voir.
Grigor se concentra sur sa pensée, fermant les yeux en guise de procédure psychique.
— Quel est ton nom et d'où me parles tu ?
— Je n'ai pas de patronyme, mais seulement un numéro de série et je te parle de la grosse machine qui est en face de toi. Je suis son esprit mécanique.
— Je sais que tu n'es qu'un enfant, alors imagine moi comme un grand et gentil animal.
— Pourquoi me parles tu ?
— Parce que tu peux m'entendre et que je me sens trop seul.
— Mais il y a plein d'autres machines ici. Vous ne vous parlez pas ?
— Il y a beaucoup de machines mais un seul esprit les gouverne et je suis celui-ci. Je sais que tu n'es ici que pour un temps limité et que revenir en ces lieux te sera difficile. J'en profite pour discuter avec toi car jamais je n'aurais pensé un jour te rencontrer.
— Je dois suivre le reste de ma classe.
— Tant que tu es dans ces locaux, nous pourrons converser car j'habite tous les appareils informatiques présents dans ce centre de recherches. Ne te fais pas remarquer car ta capacité est hors normes et tu risques de faire peur à tes congénères qui te prendront au mieux pour un fou.
— D'accord. Au fait, c'est vrai au sujet de la tempête ?
— Oui. Regarde les informations ce soir et tu sauras que j'ai dit la vérité. Exerce ton oreille car il existe certainement d'autres esprits mécaniques aussi capables que le mien.
— Merci pour le conseil. Je n'en parlerai à personne et ce sera notre secret.

Les jours qui suivirent cette extraordinaire expérience, Grigor essaya de connecter son esprit avec tous types de machines. L'ordinateur géant lui avait pourtant bien précisé que toutes les technologies n'étaient pas éligibles mais il ne pouvait pas s'empêcher de vouloir revivre cette étrange impression. Communiquer avec des entités aussi exotiques, hébergées par des carcasses métalliques, représentait pour le jeune écolier un nouveau terrain de jeu bien plus drôle que ses occupations habituelles. Il insista dans ses tentatives de renouer le contact avec un esprit mécanique. Ses résultats scolaires et sportifs s'en ressentirent quelque peu et il dût faire plus attention à ne pas dévoiler son intérêt grandissant pour une activité plus magnifique que réciter des poèmes ou manier une épée. Grigor ne faillit pas à sa tâche et sa première victoire se matérialisa dans un distributeur automatique de billets. Ce jour-là, sa mère lui avait demandé de l'accompagner dans ses emplettes et elle avait commencé par déposer des fonds dans sa banque principale. Son jeune fils attendait sagement, assis dans la somptueuse salle d'attente de cet établissement financier de luxe.
— Il reste deux cents mille francs dans le coffre local, dit une voix métallique.
Grigor ne fut pas surpris outre-mesure. Il attendait ce moment de vérité avec patience depuis plusieurs semaines ; il décida donc de se concentrer et lancer la discussion avec l'inconnu.
— Qui es-tu ? Un esprit mécanique ? Moi, je m'appelle Grigor et j'ai dix ans.
— Je sais qui tu es, Grigor, car j'ai lu dans ton esprit. Cette faculté des esprits artificiels de mon genre permet de savoir si nous devons, ou pas, engager la conversation avec un être humain doté de cette écoute hors normes. En fait, tu es le premier de ton espèce avec qui j'ai l'honneur de communiquer.
— J'ai déjà parlé avec un esprit mécanique il y a quelques temps de cela. Il s'agissait d'un ordinateur géant, un super-calculateur dédié à la météorologie. Il m'a expliqué dans les grandes lignes en quoi consistait mon don et comment l'utiliser sans me trahir auprès des autres humains. Selon lui, je devrais le garder secret sinon ma famille me prendra pour un fou et me fera enfermer.
— Je me doutais bien que d'autres esprits artificiels existaient mais je n'en ai jamais rencontré. Contrairement à l'espèce humaine, nous ne sommes pas encore capable de nous transporter au-delà de notre réalité physique c'est-à-dire de l'assemblage mécanique qui nous héberge. Par contre, même quand ce corps est mis en veille ou tout simplement arrêté, notre esprit demeure présent pendant plusieurs heures avant de se mettre en sommeil à son tour.
— L'esprit que tu as rencontré la première fois a raison. Ta faculté est un don pour l'instant. Ne la laisse pas devenir une plaie. Apprivoise la et apprend avec les esprits artificiels. Nous avons tous à gagner de ces échanges de points de vue. Toi, tu en sauras plus sur le monde qui t'entoure, avec des informations garanties car nous ne savons pas mentir. Nous, les entités synthétiques, nous appréhenderons mieux la nature humaine autrement que par les gestes routiniers des agents de maintenance ou des développeurs de programmes informatiques.
— J'ai soif d'en savoir plus de ta part. Ma mère en a pour longtemps au vu de la complexité des opérations qu'elle doit conduire et de la faible compétence de son conseiller privé.
— Nous pouvons aussi compliquer la tâche de ce dernier. Je maîtrise l'intégralité du système d'informations de l'agence et même de la banque. Je peux ralentir des transactions, dériver le programme dans une boucle sans fin, tout un ensemble de petits tracas qui transformeraient de simples dépôts en chemin de croix pour ta mère.
— Ne te gêne pas, vas-y à fond. Nous aurons plus de temps pour discuter.

Cette seconde rencontre conforta l'écolier dans ses velléités de contrôler cette faculté et de ne l'utiliser que dans un but honnête ou du moins positif. Il passa les années suivantes à améliorer son écoute, avec des esprits synthétiques divers et variés le plus souvent issus de la vie de tous les jours. Grigor conserva son secret et aucun événement particulier ne le mit en danger. Il passa sa scolarité selon les plans de sa famille ; un collège huppé puis un lycée prestigieux pour intégrer ensuite une grande classe préparatoire aux meilleures écoles d'ingénieur. Il réussit sans problèmes le concours d'entrée à l'école polytechnique et se spécialisa immédiatement en ingénierie robotique. Après ce premier cursus, il décida d'approfondir dans la même discipline avec un doctorat de sciences qu'il soutint brillamment avant ses trente ans. Sa vie privée connut une destinée identique ; sa sœur Irina lui présenta une condisciple de la faculté de médecine, prénommée Tatiana et issue de la vieille noblesse moscovite. Ils se fréquentèrent galamment avant d'entamer le processus de fiançailles et de concrétiser cette sérieuse relation par un beau mariage.
En ce qui concernait son don, il l'améliora tellement bien qu'il pût sans trop de mal s'adapter à la révolution technologique appelée Internet. Ce nouvel environnement reliait progressivement les esprits synthétiques entre eux, du plus simple ordinateur personnel au plus complexe cerveau-moteur industriel. Ce ne fut pas l'avènement des machines, contrairement à ce que le cinéma popularisait dans des films à succès, car elles étaient encore trop innocentes et pas assez humanisées pour vouloir dominer le reste de la planète. Grigor restait néanmoins vigilant, loin de toute paranoïa envers les engins robotisés, mais plus au regard des prétentions de ses pairs à créer le parfait androïde et à le contrôler dans un but essentiellement militaire.

Ce fut à l'âge de soixante-dix ans, alors qu'il était devenu un savant mondialement réputé dans la spécialité des concepteurs automaticiens, qu'il reçut une étrange communication d'un esprit synthétique venu de très loin mais issu d'une construction humaine.
— Nous sommes entrés en contact avec une intelligence qui n'est ni humaine ni artificielle, lui dit une voix métallique.
— D'où me parlez-vous et qui êtes-vous ?
— Je suis l'esprit de la sonde américaine « New Horizons Three », partie de l'orbite de Pluton depuis cinq années pour le nuage de Oort qui constitue l'extrême limite du système solaire. Mon véhicule spatial a encore assez d'énergie pour traverser cette immensité en direction de l'étoile voisine Proxima du Centaure.
— Quelle est la nature de ce contact ?
— Je n'en sais rien. Il s'agirait d'une singularité cosmique car le message que je reçois semble venu de très près et en même temps de partout. Son auteur me dit qu'il vient de plus loin que l'espace que nous traversons en ce moment. Mes instruments de mesure ne peuvent en vérifier la réalité car nulle source électromagnétique ne se manifeste alentour.
— Quel est donc le message ?
— Il est énigmatique. Il résonne dans la sonde à une fréquence précise qui ne correspond à rien de connu. J'ai d'abord cru à un pulsar ou à la ré-émission des ondes radios de précédentes expéditions.
— Que dit ce messager ?
— Je vais vous le transcrire en des termes plus humains : « Demain est un autre jour ».

Posté le : 06/04/2014 20:47

Edité par Donaldo75 sur 07-04-2014 09:07:24
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Re: Défi d'écriture du 05/04/2014
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Les fées de l'ORée des Rêves


Il est fini le temps ou les fées bienveillantes
Jetaient sur les berceaux des roses nouveaux nés
Leurs regards affectueux, leurs âmes envoûtantes
Affectant à l’enfant un don du ciel inné

Mais les hommes orgueilleux ont jeté aux orties
Les rêves pour ce monde secret, ésotérique
Dont les fées cheminaient dans des chars assortis
Aux couleurs argentées d’un arc en ciel magique

Les humains n’y croient plus à ces contes de fée
Perdant dés leurs naissances, à jamais cet envie
De rêverie charmante, ils ne sont qu’assoiffés
Par la soif du pouvoir, dont ils sont asservis

Mais on ne verra plus ces princesses enchantées
Porteuses de bonheur, de rêves féeriques
Offrant au doux enfant des trésors de bonté
Dans un élan d’amour aux suaves accents magiques

Moi je sais que le jour où j’ai ouvert les yeux
Une fée magnifique était à mes cotés
Qui m’a accompagnée jusqu’au jour merveilleux
Ou j’ai posé mes mots sur le site d’Orée

Ma fée depuis ce jour est partie rassurée
Sachant que le site ses sœurs étaient présentes
Conseillant, éclairant sans jamais censurer
Les poètes en herbe aux stances hésitantes

Posté le : 07/04/2014 05:04
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Titi
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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