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Accueil >> newbb >> On va danser !!! [Les Forums - Défis et concours]

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On va danser !!!
Plume d'Or
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Nouveau défi pour ce début de vacances, c"est le 14 Juillet lundi, "on va danser" ! A vos plumes !

Posté le : 12/07/2014 21:08
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Re: On va danser !!!
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Ouah, je suis le premier à poster mon texte ?
J'ai écrit quelque chose d'assez... spécial. Je ne suis pas allé au 14 juillet et j'ai contourné ce défi en utilisant que la phrase "On va danser". Enfin, bref, mon texte n'est pas fini mais je vous offre la première partie, assez sanglante je vous préviens.

Acte I


« Putain, t’aurais vu les épaules, une vraie armoire à glace. Bref, J., super maigre, n’avait aucune chance. Mais genre, t’aurais vu l’autre quoi ! Des bras comme des cuisses, crâne rasé pour pas se faire tirer les cheveux, dents en or pour plus perdre les vrais, avait gagné le tournoi de boxe du pénitencier, fin, je veux dire, un monstre physique ! Alors, J. qui venait d’arriver, avait plutôt peur pour ce qui devait être son premier combat, donc J. a pris un saut d’eau au nettoyage, l’a rempli et l’a lâché du haut du troisième. Bang ! La championne de boxe est morte sur le coup. Mais bon, tu vois, on a tous eu une première danse, maintenant c’est ton tour. Toi ou elle. Allez Juliette, je te couvre, tu l’égorges par derrière, point barre, cette connasse crève et personne te fait plus chier ! ».

Juliette essayait de se trouver des raisons valables, assez valables pour justifier un meurtre. Comment cela avait-il commencé si ce n’est dans la stupidité, la conquête de territoire et le désir de puissance ? Comment cela allait-il se terminer ; sang, trippes, sueur, cris ou gémissement, réalité et folie ? Michelle posa la lame au creux de sa paume. « Le ballet commence, petite, le ballet commence : c’est l’heure de danser ! ».


Sa gracieuse épaule eut un mouvement vif, rapide ; le poignet vrilla et le buste se projeta vers l’avant ; un, deux ; la lame glisse et la gorge s’ouvre. La finesse et l’habileté du bras laissèrent place à un flot sanglant et désordonné, véritable symphonie d’éclaboussures, mélodie de giclements, chaque note étant l’ascension de la précédente, plus rouge, plus épaisse. La « conasse » ne pouvait crier, étouffée par son propre sang, concert de gémissements : le grand final approche. Le corps s’écrase dans un bruit sourd, une note grave et la musique s’éteint tandis que s’enfuient le maestro et son valet. Tomber de rideau.

Acte II


« Il parait que le grand méchant loup à demander à te voir, petit chaperon. Il a envoyé les trois petits cochons te déloger. Ouf, souviens-toi qu’on était dans ma cellule ; et Pouf, crache-lui dessus de ma part. Ouf et Pouf, dommage que cette maison ne puisse s’envoler ! Justement les voilà ! Groin ! Groin ! ». Trois paires de talons firent écho sur le bitume, marche nuptiale ? Les cochons avaient déjà la matraque raide, prêts à faire tomber leur courroux au moindre refus. « Alors mes bons gros porcs, qui a la plus grosse ? Allez, lâchez-moi maintenant ! ».

Les convulsions frénétiques de la belle firent grogner les porcins, vagues élancées des bras, suaves ondulations des jambes. Hurlements de la foule endiablée : le chœur adule toujours les combats. Féroce coup de matraque tombé du ciel, l’arcane explose. Le sang coule et l’arène en délire exulte, bientôt l’extase et dans un immense feu de joie les corps nus danseront !

Valse à trois maris et six mains devient vite salsa sulfureuse : grondements bestiaux, fureur de la belle esseulée, que fait le prince charmant ? Le couplet se fait grave : il ne viendra pas, l’allégresse est vaincue, menée jusqu’à la tour d’ivoire. Funestes tambours ; le duel avec le ténor se rapproche et notre petite soprano s’annonce vaincue.

Posté le : 15/07/2014 11:47
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Re: On va danser !!!
Plume d'Or
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Alexis, je crois qu'on a eu le même idée, on doit être un peu tordus, et pas très romantiques...

On va danser !

Tous les jours je me gare au même endroit, devant la porte de ma maison. Je descends de ma moto, une Bonneville Cranberry Red, elle est superbe ! Il y a un marquage au sol et sur le trottoir qui interdit aux voitures de se garer là. Il reste juste un emplacement pour ma Triumph. Pas besoin de faire des manœuvres fatigantes et interminables, l’emplacement semble avoir été étudié pour nous. Si il pleut, en à peine un mètre, j’arrive jusqu’à mon entrée. Si j’ai des paquets, je ne me tue pas le dos à les porter sur de longues distances. Ma place de parking, ne se situe pas sous des arbres ou sous des perchoirs à oiseaux complètement idiots, qui s’amusent à déféquer sur les véhicules propres, non, elle est dans un emplacement dégagé, et avant de fermer la porte de mon nid douillet, je peux jeter un dernier regard sur elle. Ma petite chérie pourra attendre confortablement que je la rentre dans le garage en fin de journée. J’aime la contempler quand je passe à côté de ma fenêtre. Certains rêvent d’une vue sur la mer, moi j’ai une vue sur ma moto.

Un jour, j’arrive du travail dans ma combinaison de cuir noir, la journée a été rude, et je suis fatiguée. Une Bandit 1250 est installée juste devant ma porte, à MA place ! Une vulgaire Japonaise qui ressemble plus à un gros scooter qu’à une vraie moto. Elle a le culot de souiller l’asphalte occupé d’ordinaire par ma jolie Britannique. Mon sang ne fait qu’un tour, je me place en embuscade derrière ma fenêtre et je surveille. A qui peut bien appartenir ce tas de boue ?
Un type en jean avec un vieux blouson sans allure et un casque qui n’est pas assorti au reste de sa tenue, s’approche de l’horreur. Il accroche d’affreuses valises sur le porte bagage, et s’en va tranquillement. Je le vois qui entre dans un immeuble voisin. Le culot de ce type me scie !
Le lendemain, il part de bonne heure.
J’ai trouvé un cône orange et blanc que je place sur mon parking préféré, ainsi, il comprendra qu’il faut qu’il se gare ailleurs. Quand je rentre vers 19 heures, la routière me nargue, l’autre abruti a écrasé mon cône, il ne l’a même pas vu ! Mon sang ne fait qu’un tour, ça ne va pas se passer comme ça ! Il faut que je lui parle.
On est Samedi, l’ « Asiatique » me voit sortir ma moto d’outre-manche.

- Bonjour, elle est très jolie votre moto. Mon rêve serait de m’acheter une Tiger.

Mon pauvre gars, tu n’as pas la classe pour ce genre d’engin… Je le regarde en fronçant les sourcils, qu’il ose me parler est déjà inimaginable !

- J’aime beaucoup les Anglaises, avant j’avais une vieille Norton.

- C’est une moto mythique ! Vous avez un garage ? Je cherche un emplacement couvert pour ma Bandit, est-ce que vous auriez une place à me louer ?

Mettre sa vulgaire bécane à côté de ma beauté ? Il rêve éveillé cet abruti ! Je prends mon air pincé :

- Je suis désolée mais il n’y a plus de place. Vous savez, j’ai l’habitude de me garer là où vous mettez votre moto, cette place est juste devant ma maison.
Il rit cet idiot :

- C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’emplacement dans le quartier, mais avec votre garage vous êtes parée ! Je vous donne mon zéro six, je suis plus tranquille de savoir qu’une motarde habite ici, si il y a un problème avec ma moto, n’hésitez pas à m’appeler.
Il n’a rien compris, non seulement il va continuer à se garer devant chez moi, mais en plus, il veut que je surveille son vélomoteur !
J’attends que la nuit tombe, je me glisse dehors, et j’essaie de faire tomber son engin de malheur. Il a mis la béquille centrale, impossible de bouger la moto, elle est monstrueusement lourde. Tout à coup j’entends quelqu’un qui accourt :

- Merci d’avoir empêché ma moto de tomber, il y aurait eu des dégâts, c’est super sympa.

« C’est super sympa ! », il sort des années 70 ma parole ! Dans deux minutes il va me dire que je suis « bath », et il va m’inviter à une « boum » ! Quel ringard !

Bon, c’est encore raté pour cette fois ! Il faut que je trouve une autre solution. Je vais boucher son pot d’échappement, sa chiotte va exploser, ça fera sûrement éclater mes vitres, mais son assurance me remboursera. Aussitôt dit, aussitôt fait, il a à peine tourné les talons, que je suis déjà à l’œuvre. Chiffons, bien enfoncés dans le pot catalytique, et on n’en parle plus !

A mon réveil, je suis curieuse de savoir ce qui s’est passé, j’ai dormi comme un loir, et aucun bruit suspect ne m’a réveillée. Je regarde discrètement dans la rue, la Bandit a disparu… Comment est-ce possible ? Comment ce crétin a-t-il pu partir avec l’échappement bouché ?

Dans la soirée, mon voisin revient, perché sur sa meule.

- Bonjour, comment allez-vous ?

Je bafouille, vraiment surprise :

- Bien et vous ?

- Très bien, j’adore cette moto, j’ai tiré une bourre avec un Porsche Cayenne sur l’autoroute, il a eu du mal à me décrocher !

Ce type et sa moto sont des aliens, ce n’est pas possible ! Il faut que je trouve autre chose. Les jours suivants, je lui crève les pneus. Aucun résultat. Je mets un deuxième antivol sur son pneu arrière, je raye le réservoir, j’arrache un rétro… Tous les soirs, le type revient se garer sur ma place, l’air satisfait sur sa moto rutilante.

Un soir d’Août, on frappe à ma porte. C’est mon voisin.

- Bonsoir, je ne vous dérange pas ?

Je mens :

- Non, pas du tout !

- Vous êtes comme moi, dit-il en enlevant son blouson, ce que je ne l’ai pas du tout invité à faire. Votre moto est une extension de vous-même.

J’acquiesce. Son air ne me dit rien qui vaille. Il pose son sac sur mon joli Chesterfield, il en sort une cordelette, me pousse sur une chaise, et commence à me ficeler comme un sushi dans une algue.

- Je vous observe depuis quelques temps, je sais ce que vous faites.

- Ses yeux se plissent, ils ne forment plus que deux minuscules fentes.


- Ma moto et moi, nous avons beaucoup souffert des mauvais traitements que vous nous avez infligés.
Il sort de son sac, tous les instruments dont je me suis servie pour abîmer sa moto :
Des chiffons, des ciseaux, un marteau, un couteau de cuisine…

- Je vais vous apprendre une danse originaire du pays de ma Susuki. Je vais vous faire valser ma petite Clothilde !

J'ai enfin trouvé l'homme de ma vie !!


Posté le : 15/07/2014 16:58
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Re: On va danser !!!
Semi pro
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Ahah Arielle, je ne m'attendais pas à cette fin. Je croyais qu'il y aurait une boucherie ou quelque chose dans le genre mais c'est très drôle en fait. J'ai bien ri, merci.

Je poste la suite de mon texte, acte III et IV, malheureusement, partant en vacances une semaine demain, l'acte V attendra un bout de temps. Ces deux derniers actes mériteraient sûrement quelques retouches mais je voulais les poster, les voici donc.

Acte III


« Juliette O’Neill, vol de voitures, deux fois, coups et blessures, troisième peine. Bientôt meurtre. Peu de visites, famille fortement wiccan mais ne semble pas croyante, profil typique mais nuancé de petites touches inattendues : j’adore. Malheureusement, vous n’avez pas volé la sucette d’une petite fille ce matin, n’est-ce pas. Disons que vous êtes passé du vol à l’étalage au braquage de banque. Ou plutôt comment vous faire comprendre les choses clairement… Ce soir, quelqu’un d’autre va mourir. Est-ce clair ? ».
Ses membres- supérieurs voltigeaient gracieusement dans de longues envolées célestes, silhouette astrale, plongée sous le projecteur, dominant l’obscurité. Voix forte et puissante, voix de poitrine indomptable, sauvage, terriblement rauque, écho d’elle-même.

« Retenez bien cette phrase : ce soir, quelqu’un va mourir. Serait-ce vous, votre complice, quelqu’un avide de vengeance ou qui sais-je… Vous vous agiterez dans une sorte de transe, une frénésie et, incapable de contrôler votre corps, de confiner vos peurs, vos folies, vous assisterez impuissante à la fin, au tomber de rideau, rouge, ensanglanté, fatal. Le destin est barbare et, tandis que je dormirai paisiblement auprès de ma femme, quelqu’un va mourir. ».

Son buste inspirait, expirait dans une cadence impassible, un rythme parfait et elle sentait ses jambes céder sous la violence, la violence de son calme impassible, visage de porcelaine si cruel, figé dans l’amer tendre, glacé dans une douce souffrance.

« Que dois-je vous répondre ? Que j’ai des regrets ? Que j’ai peur de mourir ? A vrai dire, je ne sais pas, je ne sais plus ce que je fais, ce que je suis. Le temps a détruit ma raison et, désormais, que me reste-il si ce n’est… un corps abîmé, une vingtaine tassée, des cheveux ternes, des formes aplaties, des yeux écarlates ? Mes yeux, c’est peut-être mon seul regret : ils ne voient plus que le sang, que le rouge, ils brûlent. Si je meurs ce soir, souvenez-vous de mon regard écarlate sur votre face blanchâtre. Sinon, si je respire encore à minuit, craignez que je ne recommence, que ça ne recommence car tout cela n’est qu’une valse sempiternelle sur un air de vengeance. Que trouverais-je dans la mort si ce n’est la délivrance ? Oui, j’ai peur de mourir, mais, j’ai également peur de vivre… ».



Acte IV


Las, son corps, s’étala sur le matelas. Membres éreintés, buste meurtrie, visage disgracieux, vie éphémère. Elle prit sa gorge entre ses mains et se souvient de la lame sur la nuque, archet sur un violon, éraillement des cordes brisées, concerto de fausses notes. Les violons se casseraient les uns après les autres, chaque voix s’éteindrait l’une après l’autre dans une sanglante boucherie de gorges tranchées, de voix muettes, incapables de crier, de chanter ou de parler. Le sang obstruera les gorges cisaillées ; une corde se casse, un violon se brise, un bruit strident et… Silencio.

« Un soir, je sortais de boîte de nuit avec une amie. Nous avions beaucoup dansé et j’étais plutôt bourrée, assez pour ne plus me contrôler. Un homme, seul, m’a demandé une cigarette. Il n’arrêtait pas de mater les seins de mon amie et lorsqu’elle lui a demandé d’arrêter, il a ri. Un rire aigu, atroce, un rire insoutenable qui déformait son visage. J’ai brisé ma bouteille de bière sur le côté droit de sa face. L’oreille n’a pas aimé. Il hurlait et j’ai voulu le faire taire : je l’ai frappé encore et encore jusqu’à ce qu’il tombe, jusqu’à ce qu’il cesse de crier, de parler, de murmurer. Son visage était déchiré par la douleur puis, il a fini par s’apaiser, presque souriant, incapable de ressentir quoique ce soit, inconscient. J’ai appelé les secours, puis je me suis mis à courir, seule. J’aurais pu prendre ma voiture mais je me suis juste mise pieds nus et j’ai couru dans une plaine, j’ai couru jusqu’à ce qu’ils m’arrêtent le lendemain matin. Je savais qu’il m’aurait et j’avais besoin de… sentir ma liberté, juste une dernière fois. ».

Ses jambes flottaient au gré du vent, bercées dans de tendres mouvements aériens, célestes, souples et amples. L’herbe humide sous ses pieds, douce rosée matinale et amer soleil levant : la fin est proche. Les sirènes stridentes sur le chemin de terre, nuage de poussière virevoltant, cendre rugueuse annonciatrice de chaos, de cris et de menottes lacérant ses poignets encore enfantins, si fragiles et innocents. Elle essaye de crier toute sa peine mais ses cordes vocales restent muettes, crispées, tétanisées par la peur.

« La liberté, ça n’existe pas. Ils chantent cette ode pour nous faire languir de l’au-dehors, nous rendre fou, mais, Juliette, la liberté n’existe pas. ».

Posté le : 16/07/2014 13:28
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Re: On va danser !!!
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Tes personnages sont pris au piège Alexis, quelle angoisse ! J'attends la suite, y-a-t-il une échappatoire possible ? Suspens ! Bonnes vacances !

Posté le : 16/07/2014 17:34
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Re: On va danser !!!
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Finalement, je me suis dit que je pouvais pas laisser cela inachevé et, pris d'un coup de nerf avant mon départ, j'ai écrit cette fin.

Acte V


« Hey, les filles, ils ont laissé Lux jouer de la guitare, ce soir ! ». Michelle et Juliette bondirent de leur lit dans un élan de grâce, animées par le désir soudain d’entendre cette voix angélique, cette triste mais si jolie fille. Elles traversèrent les escaliers et le long couloir principal jusqu’à la salle de spectacle. La scène était sombre et Lux s’était assise sur une maigre chaise, inconfortable, la guitare sur les cuisses, face au public silencieux.

Les notes furent suaves, tendres, douces déformations aériennes, sons voluptueux, arabesques musicales mais paroles sèches. « Je serais déjà morte si tu ne m’attendais pas, quelque part, derrière ces murs infranchissables, derrière cette prison de verre où le temps s’est arrêté et, lorsque je clos mes paupières, je nous revois, l’un contre l’autre, nourris par la chaleur de l’être aimé ; je revois ton regard si doux caresser ma joue meurtrie ; je revois tes iris bleutés et je me sens mourir. Je me sens mourir encore et encore, une violence inouïe, insurmontable.
Mon corps se plie sous la douleur et je me meurs à jamais. Mon âme n’est plus dans mon corps, plus dans ma tête, à peine accroché à ma tignasse blonde. Mes tatouages se décollent de ma peau, mes ongles s’arrachent et mes dents tombent ; ma peau se déchire, mes membres se déracinent de leur tronc et, dans un éclair, ma tête éclate, repeint ces murs si froids, si ternes. Et je me sens mourir, encore et encore, une violence inouïe, insurmontable.
Tes yeux posés sur mon corps me brûlent, et je ne peux que t’aimer, me consumer, m’embraser pour toi et ces prunelles de feu. Depuis deux mille ans je suis là, enfermée pour l’éternité, prisonnière de ce monde, cet édifice, de moi-même. Mes veines explosent, mon cœur se pourrit, viscères prodiguées, chair avariée dont il ne reste plus qu’un funeste arôme, effluve ensanglanté. Et je me sens mourir, encore et encore, une violence inouïe, insurmontable. Je revois tes yeux et je me sens mourir tandis que tu m’attends… ».

Plus de danse ni de ballet, ce qui avait commencé dans la frénésie s’achève sur ce dernier plan : une foule statique, tétanisée par la tristesse. « Et maintenant, Michelle, qu’est-ce qui va nous arriver ? ». Elle hausse les épaules, muette, et Juliette jette un dernier regard vers la scène et cette silhouette, cette poupée de chiffon. La lumière se reflète sur son visage humide, éploré. « Je vois… Tu es aussi perdue que moi… ».

Posté le : 17/07/2014 00:51
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Re: On va danser !!!
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Tes personnages sont souvent perdus dans des mondes impitoyables Alexis. C'est un univers de polar futuriste que j'aime bien.

Posté le : 18/07/2014 16:01
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Re: On va danser !!!
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Alexis,

L'univers que tu décris est dur, cruel. Ton texte est puissant et je reste scotchée par tes descriptions fortes.
Merci de ne pas nous avoir fait languir.

Bonne vacances

Arielle,

Quel plaisir de retrouver ton personnage fétiche de Clothilde. La voilà enfin casée ? Il ne faut pas qu'il la laisse cuisiner tout de même. Monsieur au fourneau pour plus de sécurité. J'ai bien ri.
Merci.

Je table sur le sujet et je reviens.

Posté le : 18/07/2014 20:28
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Re: On va danser !!!
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Dernière danse
Charles observe la jeune femme depuis qu’il est entré dans « L’After », cette boîte de nuit branchée qu’il fréquente depuis quelques semaines, juste après l’Annonce. À l’époque, tout le monde a d’abord cru à un canular ; en effet, annoncer la fin du monde un premier avril, il y avait peu de chance que les gens prennent cela au sérieux. Mais les scientifiques les plus éminents se sont succédé sur toutes les chaînes, dans tous les pays, expliquant de concert que la catastrophe était inévitable. Un scénario digne d’un blockbuster américain ; une météorite géante se dirigeait inexorablement vers la Terre. En traversant l’atmosphère, elle se transformera en une multitude de boules de feu géantes qui iront s’écraser sur la majeure partie de la planète, générant des raz-de-marée, des feus ravageurs et des tremblements de terre. L’humanité connaîtra ainsi la fin du monde, comme les dinosaures en leur temps.

Depuis lors, les survivalistes vident les rayons des supermarchés, les lieux de culte retrouvent les fidèles qui les avaient abandonnés, le taux de suicides a explosé, les hôpitaux sont débordés par les patients sujets aux crises de panique, la criminalité est devenue incontrôlable. Dans ce chaos, Charles avait gardé la tête froide et accepté son sort. Il souhaitait juste ne pas finir seul. Il a jeté son dévolu sur cette jolie blonde qui sirote un bloody Mary sur le coin du bar, les yeux dans le vide. Elle a revêtu sa plus belle robe de satin rouge, avec les escarpins assortis, s’est maquillée légèrement, juste pour masquer les traits tirés de son visage, sûrement générés par les insomnies des derniers jours.

Il jette un coup d’œil à sa montre ; le temps presse. Il se lève et se dirige vers elle. Ses mains sont un peu moites et son cœur cogne fort.

« Bonsoir, Mademoiselle. Puis-je me joindre à vous ? »

Elle tourne doucement la tête et le dévisage avant de répondre :

« Je ne peux rien refuser ce soir. Et puis… vous n’êtes pas désagréable à regarder. Ce sera toujours mieux que le serveur qui ne s’est plus rasé ni lavé depuis l’Annonce.
– Je vous offre un verre ?
– Bonne idée. Et, vu l’heure, vous aurez peut-être la chance qu’on ne vous le fera pas payer. Champagne ?
– Champagne ! »

Le serveur au teint cadavérique, apporte deux flutes et une bouteille sortie du frigo. Le couple fraîchement formé trinque.

« À la fin de tous nos problèmes mineurs ! dit la jeune femme
– Vous êtes toujours si optimistes ?
– Carpe diem ! Cela vient de prendre tout son sens depuis peu.
– Comment vous appelez-vous ?
– Attendez, je réfléchis.
– Vous avez oublié votre prénom ?
– Non, mais je ne l’aime pas alors c’est le moment où jamais de changer. Appelez-moi Candy !
– C’est sucré.
– Et vous ?
– Charles… non appelez-moi Diego.
– Laisse aussi tomber le vouvoiement. Tu sais danser ?
– Un peu.
– Bois encore quelques gorgées pour t’échauffer et rejoins-moi sur la piste. »

Candy se mêle aux autres clients de la boîte de nuit qui se trémoussent, les yeux fermés, le corps moite et la bouche entrouverte. C’est à se demander s’ils ne sont pas déjà dans un autre monde. Diego, finit son verre cul-sec et part rejoindre sa cavalière avant qu’elle ne tombe en transe à son tour. Il l’attrape d’un geste sûr et colle ses hanches aux siennes. Ils se mettent à se mouvoir de façon synchrone comme s’ils ne faisaient plus qu’un. Les yeux dans les yeux, aucune parole ne sort de leur bouche, leur respiration devient saccadée. La note finale du morceau résonne au moment où le morceau de météorite réduit « l’After » à néant et unit deux inconnus dans une mort commune, une danse éternelle.

Posté le : 19/07/2014 15:57
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Re: On va danser !!!
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Autre version

Danser encore

Pierre s’approche de moi, arborant le sourire ravageur qui m’a fait chavirer toute entière il y a douze ans. J’hésite à déposer ma main dans la sienne, en signe de réponse à son invitation à le rejoindre sur la piste de danse. Dans ma tête, tout se bouscule : souvenirs heureux de soirées endiablées à enchaîner twists, rock and roll, salsa, valses, et autres tangos et ceux plus douloureux de l’accident. Cela devait être écrit quelque part que ce camion devait percuter notre véhicule sur la route des vacances vers le soleil italien afin de fuir la grisaille du ciel belge.

Le pire fut le réveil et la découverte de la mutilation qu’avait subie mon corps, m’éloignant de la normalité et me rendant différente. On pense toujours que cela n’arrive qu’aux autres et on maudit le sort qui s’est acharné. J’ai prié pour que ce ne soit qu’un mauvais rêve. Des mois de souffrance autant physique que psychologique. Pierre aurait pu s’enfuir avec une autre femme, qui n’aurait pas constamment besoin de ses bras pour effectuer les tâches du quotidien et qui n’attirerait pas l’attention des autres dès qu’elle se trouve hors du cadre familial. Combien de regards de pitié, d’indifférence et même de dégoût ai-je dû affronter !

Il y a bien eu des tentatives pour remplacer ce que j’avais perdu, grâce à la technologie. Mais rien d’adapté pour quelqu’un comme moi ! Il fallait que je m’y résolve. Un jour, un chirurgien me proposa de faire partie d’une grande première mondiale. Quelques semaines plus tard, une opération de trente heures et une longue convalescence, j’ai dû peu à peu apprivoiser cette nouvelle partie de moi.

Ce soir, je pense être prête et Pierre le sait. C’est pour cela qu’il m’a invitée ici et qu’il me tend la main pour le rejoindre sur la piste qui nous a vus tant de fois évoluer avec grâce. Je me lève et nous nous dirigeons tous deux vers les autres danseurs déjà en mouvement sur une valse de Chopin. Je me laisse pénétrer par les notes du maître, mes jambes se mettent doucement en mouvement. Les bras de Pierre me rassurent. Je sais qu’il sera là au moindre faux pas. Je prends peu à peu confiance, mon cerveau et mon corps à nouveau en harmonie, l’euphorie me prend. Lorsque je suis seule, il m’arrive d’observer mes jambes. Les muscles sont fermes, les pieds sont effilés et souples. Je les caresse avec le secret espoir qu’elles me révèlent leur secret. Maintenant, je le sais, je le sens, mes membres greffés retrouvent finalement une sensation de leur vie d’avant : l’amour de la danse.

Posté le : 20/07/2014 17:11
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Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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