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Herman Melville
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Le 28 septembre 1891 à New York, meurt, à 72 ans Herman Melville

né le 1er août 1819 à Pearl Street, au sud-est de Manhattan New York, romancier, nouvelliste, essayiste et poète américain, Roman, nouvelle, poésie, essai, ses Œuvres principales sont Moby Dick en 1851, Pierre ou les Ambiguïtés en 1852, Benito Cereno en 1855
Bartleby en 1856, Billy Budd en 1891, publié en 1924.
Pratiquement oublié de tous à sa mort, Melville est redécouvert dans les années 1920 à travers son œuvre maîtresse Moby-Dick. Il est désormais considéré comme l'une des plus grandes figures de la littérature américaine.
L'œuvre littéraire est la forme la plus noble de l'autobiographie. Sous l'influence de la critique psychanalytique et freudienne, le lecteur du XXe siècle est à même de saisir comment, d'instinct, le romancier américain Melville a traduit dans ses récits ses sentiments les plus intimes et, en particulier, celui de vivre dans un univers menaçant.


En lisant, dans leur ordre chronologique, les ouvrages de Melville, on voit que chacun d'entre eux correspond à une étape jalonnant la pensée de l'écrivain. Moby Dick est le point culminant de sa réflexion : l'homme ne doit ni se rebeller contre Dieu ni vouloir à toute force percer le mystère du cosmos. Il puise sa noblesse dans l'acceptation courageuse de son sort et il apprend ainsi le stoïcisme. Mais il dépasse cette doctrine.
Rendu réceptif par le principe d'amour qui l'habite, il est sauvé du désespoir et du néant : en un moment sublime, Ismaël, l'enfant perdu, entend la voix de son père ; il vit un instant de total apaisement et de totale conscience, il perçoit l'universel unisson.
Nature essentiellement religieuse parce qu'il a le sens du mystère des choses, Melville sait que, s'il est des heures où Dieu parle, il en est d'autres, nombreuses, où il se tait. Le Père ne répond à son fils qu'en des circonstances exceptionnelles. À force de s'interroger sur le mystère de l'univers, Melville trouve un début de réponse : Ismaël, son porte-parole, comprend qu'il ne lui appartient pas de percer le secret de la création et de la destinée humaine, de déchiffrer le terrible front chaldéen du cachalot ; mais il découvre, du moins, que le chemin de la connaissance suprême passe par la fraternité mystique.

En bref

Melville est l'auteur de Moby Dick, le plus grand produit de l'imagination américaine, le seul qui se situe d'emblée au niveau des épopées homériques et miltoniennes, des tragédies de Shakespeare et du Faust de Goethe. Car il y a du Prométhée, de l'Œdipe et du Faust dans l'histoire du capitaine Achab et de sa baleine blanche. Mais, écrit presque d'une traite et publié simultanément à Londres et à New York en octobre 1851, Moby Dick, ou la Baleine, Moby Dick, or the Whale n'eut aucun succès. Seul Nathaniel Hawthorne, qui venait d'achever La Lettre écarlate, reconnut l'immensité épique et symbolique de Moby Dick. Il fallut plus d'un siècle pour que le monde reconnût Moby Dick, qui appartient en fait plus au XXe s. qu'au XIXe s. Épuisé d'avoir écrit en dix-huit mois ce livre colossal, accablé par l'échec, Herman Melville s'enferme, à trente-deux ans, dans une solitude désespérée. Et son dernier livre, Billy Budd, ne sera publié qu'en 1924, plus de trente ans après sa mort.
En dehors d'E. Poe, en 1838, et de Richard Henry Dana, en 1840, l'Amérique n'avait accordé que peu de place à la mer, cette autre Prairie, qui la borde doublement. Mais là n'est pas la cause de l'échec d'un livre profondément symbolique, et qui aurait dû trouver au pays des puritains un public attentif. L'échec de Moby Dick s'explique d'abord par une transformation du climat social américain, puis par un malentendu sur la personnalité même de l'auteur et sur la nature de son talent littéraire. L'Amérique de 1850 n'est plus une petite et austère colonie puritaine. C'est déjà, à la veille de la victoire du Nord sur le Sud, le pays des grandes réalisations industrielles et financières, le pays de la conquête de l'Ouest, qui vient d'annexer la Floride, la Californie, le Texas et le Nouveau-Mexique. À cette expansion correspond un climat de confiance. Or, Moby Dick est un livre inquiet, pessimiste, à contre-courant d'une époque qui voit le nouvel optimisme américain succéder à l'angoisse puritaine. Avec Emerson et le transcendantalisme, la pensée américaine s'adoucit. Au Dieu terrible des puritains, celui de Moby Dick, succède un Dieu libéral et bienveillant.
Dans Moby Dick, le roman d'aventures et la quête symbolique, le réalisme et le mysticisme gardent leur équilibre. Cette odyssée doit sa grandeur à cet équilibre. Histoire d'une tentation et d'une damnation, c'est aussi un roman d'aventures. Un écrivain en chambre n'aurait pu écrire Moby Dick. Une vision de cette ampleur n'est pas toute visionnaire. Elle se nourrit de choses vues. Melville fut d'abord, lui aussi, chasseur de baleines. L'expérience du marin alimente la vision du poète.
Ses deux grands-pères, le major Thomas Melville et le général Peter Gansevoort, avaient été des héros de la guerre d'Indépendance. Mais son père, Allan Melville, fit faillite dans une entreprise d'importation new-yorkaise. Herman est élevé par une mère rude et distante ; son père le décrit comme un enfant très en retard. Il quitte l'école à treize ans, faute d'argent. Il est successivement employé de banque, précepteur, garçon de ferme. Il bourlingue sur terre avant de s'embarquer. Il lit Fenimore Cooper : Ses œuvres, écrit-il, eurent sur moi une vive influence et m'éveillèrent l'imagination. Aveu capital, pour lui dont l'Océan sera l'autre Prairie.
En janvier 1839, il s'engage comme mousse sur le Saint Lawrence, cargo en partance pour Liverpool. Il n'a pas vingt ans. Écrit dix ans plus tard, Redburn, premier voyage d'un mousse, Redburn His First Voyage, 1849 est le récit autobiographique de ce premier embarquement. Premier voyage très dur, où le jeune Herman, instable, inquiet, déclassé, souffre à la fois du mépris des officiers et de l'équipage. Mais il s'y fait un ami, assez équivoque. Dans toutes ses œuvres, dans tous ses embarquements, il y aura toujours un ami efféminé qui, dans ce monde sans femme de la mer, remplace l'amour par l'amitié : pas une femme dans Moby Dick, où le seul mariage est celui qui unit Queequeg et Ishmael, le harponneur et le matelot.

Sa vie

Herman Melville est le troisième de huit enfants et le second fils de Maria Gansevoort et Allan Melvill sans e . Du côté maternel, ses aïeux sont des patriciens d'origine néerlandaise, l'un d'eux, le général Peter Gansevoort, est un héros de la révolution américaine. Du côté paternel, c'est une lignée de commerçants écossais. Le père d'Allan, le major Thomas Melvill, a lui aussi joué un rôle glorieux pendant la guerre d'indépendance.
Herman Melville fut marin, aventurier, romancier et poète. Sa famille appartenait à la société provinciale dont la dignité et la stabilité étaient fondées sur les richesses acquises par l'exploitation des terres et des ressources de la grande industrie. Un des traits marquants de leur personnalité fut, semble-t-il, l'instabilité mentale, manifestée chez son grand-père paternel et chez son père. Quant à Mrs. Melville, d'origine hollandaise et terrienne, elle hérita de ses ancêtres, surtout de son père, homme tourmenté, passionné du désir de ne jamais faillir, c'est bien ainsi qu'il apparaît dans Pierre, une inébranlable foi calviniste, la hantise du péché, de la présence du mal, la croyance à la perversion inhérente à l'homme. Peut-être, comme Mrs. Glendinning, dans Pierre, repoussa-t-elle l'amour ardent que lui vouait son fils ? Peut-être Herman, le troisième des huit enfants qu'elle éleva au prix de difficultés extrêmes, ne fut-il pas le préféré ? Les documents relatifs aux premières années de l'auteur sont peu nombreux, mais suffisants toutefois pour révéler un enfant sujet à des terreurs, à des émotions, à des hallucinations, comme Ismaël dans Moby Dick. Orphelin de père à treize ans, moralement éloigné de sa mère, il dut, très jeune, ressentir le désarroi, l'impression de la fatalité et la solitude. Adolescent, il connut une existence instable, ne fréquentant l'école que de façon irrégulière, tour à tour élève et maître, exerçant des professions peu lucratives. Un jour de mai 1839, il s'engage comme garçon de cabine à bord du St. Lawrence en partance pour Liverpool. Le héros de Moby Dick le dira plus tard : il faisait alors grande grisaille dans son âme.
Allan Melvill importait de France des nouveautés. En 1826, l'économie américaine entre dans une période de stagnation, et le père de l'écrivain subit de plein fouet la concurrence britannique. Ses affaires périclitant, il doit faire des emprunts de plus en plus importants à son beau-père, Peter Gansevoort, qui devient le soutien financier de la famille. Entre 1820 et 1830, la famille déménage trois fois, avant de s'installer en 1830 à proximité des Gansevoort, à Albany, capitale de l'État de New York, où Allan Melvill travaille comme employé dans une fabrique de fourrures.
Au cours d'un voyage à New York en décembre 1831, Allan Melvill, qui tente de monter une nouvelle affaire dont il serait le patron, contracte une pneumonie. Il meurt le 28 janvier 1832. Les deux aînés, Gansevoort né en 1815 et Herman quittent alors le collège d'Albany. Le premier, aidé par l'oncle Peter, ouvre un commerce de peaux et fourrures qui prospérera pendant trois ans à cette époque, il ajoute un e à son nom, que toute la famille reprend. Le second devient à treize ans employé à la New York State Bank, dont l'oncle Peter est l'un des administrateurs.
Deux ans plus tard, peut-être à cause d'une faiblesse des yeux, Herman Melville quitte son travail à la banque et part chez un autre oncle, qui possède une ferme à Pittsfield, dans le Massachusetts. Après quelques mois dans les champs, il revient à Albany au début de 1835 et s'inscrit au lycée classique de la ville. Durant ces années, il fait ses premières lectures marquantes : James Fenimore Cooper, Walter Scott, Byron, les poètes anglais du XVIIIe siècle. Après les cours, il tient les comptes du commerce de son frère Gansevoort.
En avril 1837, un mouvement de panique financière accule Gansevoort à la faillite. Les Melville s'installent à Lansingburgh, une petite ville sur les bords de l'Hudson. Herman enseigne quelque temps comme instituteur dans une école de campagne près de Pittsfield. Puis, de retour à Lasingburgh, il suit des cours d'arpentage au collège.
En 1839, Melville s'engage comme mousse à bord d'un navire marchand en partance pour Liverpool, le St. Lawrence. Cette première croisière entre New York et Liverpool du 5 juin au 30 septembre lui inspirera dix ans plus tard un roman d'apprentissage de la vie de mer et de l'enfer de la ville industrielle dans Redburn. À son retour, il trouve un nouveau poste d'école à Greenbush, en 1840, qui ne sera jamais rémunéré. Puis il se rend dans l'Illinois, où il parcourt la frontière occidentale et descend peut-être le Mississippi jusqu'à Cairo.
À la fin de 1840, déçu dans ses espoirs à l'ouest, Melville se rend à Nantucket, berceau américain de la chasse à la baleine, où il signe, le 26 décembre, son inscription sur le rôle de l’Acushnet, trois-mâts baleinier de 358 tonnes, il reçoit une avance de 84 dollars sur son salaire et embarque à New Bedford le 31 décembre. Il parcourt ainsi le Pacifique, visitant les îles Galápagos et les Marquises où il déserte, le 9 juillet 1842, avec un de ses compagnons d'infortune, Richard Tobbias Greene, le Toby du livre Typee, Taïpi, qui relatera son aventure sur Nuku Hiva.
Le 9 août 1842, il réussit à quitter la vallée de Taipivai sur le baleinier australien Lucy Ann alerté par Richard Tobbias Greene et part pour Tahiti. À l'arrivée à Tahiti, il est arrêté pour avoir participé à une mutinerie à bord du Lucy Ann et est emprisonné. Il s'échappe de Tahiti pour rejoindre Moorea, puis Hawaii. Il travaille un temps comme commis chez un marchand, puis s'engage comme simple matelot dans l'équipage de la frégate USS United States de la marine de guerre américaine qui débarque à Boston en octobre 1844.

Une vie pleine d'aventures

Certains incidents de sa vie, autres que la nécessité, sont pourtant susceptibles d'avoir orienté son esprit vers l'aventure maritime : les affinités de sa famille avec la mer, ses lectures, Cooper et Byron entre autres ; mais elles n'ont pas déterminé son engagement. Compte tenu de l'estime dont jouissait la marine marchande auprès des bonnes familles américaines, qui voyaient d'un œil favorable leurs fils s'engager sous le mât, le choix de Melville se présentait comme une solution provisoirement acceptable ; il n'en prit pas moins sa décision dans l'amertume que donne le sentiment de l'échec. Il devait se souvenir de ce premier départ ; ses souffrances morales se calmèrent par la suite, mais la vie de marin ne cessa jamais de lui paraître insupportable. Certains de ses compatriotes et contemporains, particulièrement le romancier Richard Henry Dana, firent comme lui l'expérience du gaillard d'avant et de la dureté du service à bord, mais on les traita, comme le jeune matelot de Redburn aurait trouvé normal de l'être, en fils de gentlemen ; Melville, lui, connut les humiliations auxquelles sont en butte les déclassés.
La traversée ne lui donna aucun désir de faire carrière dans la marine marchande. L'eût-il voulu, il eût sans doute été en mesure de recevoir le commandement d'une unité dans un avenir assez proche. Son retour dans sa famille, en 1840, indique bien que la vie à bord ne l'attirait pas. Il fallut d'autres déceptions pour le ramener à la carrière maritime : financières, sentimentales peut-être ? Il avait un tempérament curieux, une intelligence sans cesse en alerte. Si l'on s'interroge sur les raisons qui le poussèrent l'année suivante à s'embarquer une seconde fois, on attribue sa décision à l'infructueuse recherche d'une situation à terre. Cette fois encore, il ne choisit pas la mer ; les circonstances l'y forcèrent.
Le seul choix qui lui fut laissé fut celui de l'Acushnet, un baleinier, le plus déshérité des vaisseaux. Peut-être subit-il l'influence de ceux qui, dans sa famille, avaient déjà servi sur des baleiniers, Léonard Gansevoort, Thomas Melville ? Peut-être sa curiosité fut-elle stimulée par le récit de Reynolds concernant Mocha Dick, le cachalot blanc, ou par l'Histoire naturelle du Cachalot de Thomas Beale. Ces œuvres, parues en 1839, avaient reçu les commentaires élogieux de la presse. On sait qu'il lut en 1840, peu de temps avant de s'embarquer, Deux Ans au gaillard d'avant de Dana. Il conçut pour ce récit la plus vive admiration.
En janvier 1841, il part de Fairhaven sur l'Acushnet. Il y retrouve la promiscuité, la sévère discipline et, surtout, il éprouve l'insupportable perspective de continuer l'expédition des années durant, jusqu'à ce que les cales soient pleines d'huile de baleine. Dans cet état d'esprit, il déserte aux Marquises, en rade de Taiohae, en 1842, et commence là une véritable carrière d'aventurier. Son périple polynésien se déroule à terre. Il passe plusieurs semaines captif d'une tribu indigène et parvient à s'échapper. Le hasard le fait de nouveau s'embarquer sur un baleinier de Sydney qui cherche à compléter son équipage. Là encore, il est poussé par la nécessité : la mer ne l'attire pas. Le navire a nom Lucy Ann ; la vie y est intolérable. À Tahiti, les matelots se mutinent, sont arrêtés et jetés en prison. Melville fait ainsi connaissance avec la calabouze. Libéré quelque temps après, il s'installe à Imeeo, en compagnie d'un ami, complice de ses incartades, le docteur Long Ghost qu'il décrira dans Omoo. Il travaille mollement chez un planteur, parcourt l'île et, en janvier 1843, il part sur un troisième baleinier qui cingle vers les Hawaii. Il reprend sa liberté à Lahaina et s'établit à Honolulu, où il séjourne quatre mois, commis chez un commerçant britannique. On note la difficulté qu'il éprouve à se fixer en un lieu ; il va d'un port à l'autre, comme les navires de ses romans. Mais l'aventure polynésienne touche à sa fin. Moins, semble-t-il, par désir de courses nouvelles que parce que la Polynésie a cessé de l'intéresser, Melville s'engage en août 1843 comme gabier à bord de la frégate de guerre United States qui, en octobre 1844, le ramène à Boston.
La vie errante est pour lui terminée. De 1841 à 1844, la connaissance du monde et des hommes qu'il a commencé à acquérir sur le St. Lawrence et en Angleterre a mûri ; elle s'est nourrie de l'expérience des conditions de vie à bord de quatre navires, du contact avec leurs commandants et leurs équipages, aussi divers par leur race que par leur comportement, de la chasse à la baleine qui développe le courage mais aussi la soif du gain, de deux désertions, d'une mutinerie et de ses conséquences, de la rencontre de peuplades inconnues, des problèmes posés par la présence de l'homme blanc sous les tropiques, des relations avec les maisons de commerce, de paysages extraordinaires, de la découverte d'îles et de ports aux noms romanesques.
Âgé de vingt-cinq ans, Melville est riche de quatre expériences : un entourage familial puritain ; des échecs successifs, affectifs et matériels ; quatre gaillards d'avant où lui ont paru prédominer le mal et la laideur ; de lointains voyages que la distance dans le temps et l'espace vont charger d'une signification symbolique de plus en plus profonde.

Carrière littéraire

La période aventureuse de sa vie, qui s'achève lorsqu'il pose à nouveau le pied sur le sol américain, est la matière de ses deux premiers romans, Taïpi et Omoo. La rédaction du premier nommé est achevée à l'issue de l'été 1845, mais Melville rencontre des difficultés à trouver un éditeur. C'est en 1846 qu'il est finalement publié à Londres, où il devient un bestseller immédiat. Le succès facilite les démarches de Melville : le Boston publisher accepte son roman suivant, Omoo, sans même l'avoir vu. Si Melville assoit sa notoriété sur des récits d'aventures exotiques à caractère autobiographiques, Mardi 1849 marque un premier tournant dans sa carrière littéraire. Pour la première fois, son récit ne se nourrit pas directement de son expérience personnelle. Rompant avec la recette qui a fait son succès, Melville s'engage sur une voie plus ambitieuse, celle d'un roman qui prend comme prétexte le cadre bien établi du récit maritime pour aborder des questionnements philosophiques qui résonnent avec l'actualité politique de son temps.

Beaucoup plus épais que ses écrits précédents, émaillé de longues digressions, Mardi rencontre l'hostilité conjuguée de la critique et du public. L'auteur est pour sa part persuadé que le Temps, qui résout toutes les énigmes, donnera la clé de Mardi.
En juin-juillet 1849, Melville écrit Redburn, souvenir de son passage dans la marine marchande, puis en août-septembre, Vareuse-Blanche, son engagement dans la marine de guerre américaine
En août 1850, lors d'une excursion sur le site de Monument Mountain, dans le Massachusetts, il fait par hasard la rencontre de l'écrivain Nathaniel Hawthorne. Les deux hommes produisent forte impression l'un sur l'autre. Melville se lance immédiatement dans une critique du premier écrit de Hawthorne qu'il parvient à se procurer, le recueil de nouvelles Mousses d'un vieux presbytère Mosses from an Old Manse, 1846. Publié anonymement sous le titre « Hawthorne et ses mousses, Hawthorne and his Mosses dans le Literary World d'Evert Augustus Duyckinck, l'article fait franchir à Hawthorne une marche décisive sur le chemin de la reconnaissance littéraire. Il rapproche encore les deux hommes, Hawthorne n'ayant pas tardé à identifier en Melville l'auteur des lignes louangeuses qui le comparent à Shakespeare.
Les liens entre les deux hommes sont si forts que Melville obtient de son beau-père la somme nécessaire à l'acquisition d'Arrowhead, une veille ferme située à proximité de la propriété de son nouveau mentor. La mère de Melville et trois de ses sœurs ne tardent pas à rejoindre le couple Melville et leur fils dans les Monts Berkshire.
L'achat, qui l'a obligé à contracter plusieurs emprunts, place toutefois Melville dans une situation financière précaire. C'est sous la pression de ses créanciers qu'il met la touche finale à son dernier roman, qui paraît d'abord en Angleterre sous son titre initial — The Whale — en octobre 1851. Les critiques anglaises sont excellentes et lorsque le roman paraît à son tour aux États-Unis, sous le titre définitif de Moby-Dick, les ventes sont plutôt bonnes lors de la première semaine. Le roman rencontre toutefois l'hostilité des critiques américains tandis que, de leur côté, les ventes déclinent.
La suite de sa carrière littéraire est une longue suite de désillusions. Son ouvrage suivant, Pierre ou les Ambiguïtés 1852, rencontre une hostilité encore plus grande. Son éditeur Harper refuse le manuscrit, d'Isle of the Cross, aujourd'hui perdu. The Confidence-Man 1857 est lui aussi sévèrement critiqué. Pour faire face à des finances toujours plus fragiles, Melville suit le conseil de ses proches et se fait conférencier, occupation qui peut à cette époque s'avérer très lucrative. De 1857 à 1860, il se produit dans les lyceums pour évoquer ses aventures dans les mers du Sud. Il se tourne parallèlement vers la poésie, sans parvenir à éveiller l'intérêt des éditeurs. Il ne rencontre pas plus de succès lorsqu'il tente de solliciter un poste de consul du sénateur Charles Sumner, alors à la tête du Comité des affaires étrangères.

Le silence

En 1866, sa femme fait jouer ses relations pour lui obtenir un poste d'inspecteur des douanes de la ville de New York, lui qui tenait pourtant, quelques années plus tôt, cet emploi pour des moins glorieux qui soient, à vrai dire, pire qu'amener des oies à l'abreuvoir. Il s'acquitte pourtant de sa tâche dix-neuf années durant, gagnant la réputation d'être le seul employé honnête dans une maison connue pour sa corruption généralisée.
Sa carrière publique d'écrivain est quant à elle arrivée à son terme. En privé, il continue cependant d'écrire : d'abord un long poème épique, inspiré de son pèlerinage en Palestine ; ce Clarel est bien publié en 1876, grâce au concours financier de son oncle, Peter Ganservoort. Mais l'expérience est cependant une nouvelle fois cruelle pour Melville, puisque les exemplaires invendus sont brûlés, l'écrivain n'ayant pas même été en mesure de réunir la somme nécessaire pour les racheter.
Son second fils, Stanwix, meurt de la tuberculose à San Francisco, au début de l'année 1886. C'est aussi l'année de la retraite de Melville, permise par un héritage que sa femme reçoit de son frère. Il reprend alors la plume, écrivant une série de poèmes inspirés pour partie par son expérience de la mer. Deux recueils — John Marr 1888 et Timoleon 1891 — paraissent dans des éditions confidentielles, destinées avant tout à sa famille et à ses proches.
Un de ces poèmes le retient plus particulièrement ; il le reprend, le développe pour en faire une nouvelle, puis un roman. Avec des périodes d'interruption, il y consacre plusieurs années, n'arrêtant d'y travailler qu'en avril 1891, quelques mois avant sa mort, en septembre 1891. Il faut l'intervention de Raymond Weaver, son premier biographe, pour voir l'ouvrage publié en 1924, sous le titre de Billy Budd, marin Billy Budd, Sailor.

L'aventure littéraire

On est frappé par la cadence à laquelle il publie ses premiers romans. Il en écrit six en six ans : en 1846, Typee, relatant sa désertion aux Marquises et sa vie parmi les cannibales chez lesquels il s'est réfugié par erreur ; en 1847, Omoo, récit de ses vagabondages depuis le jour où il s'échappe des Marquises jusqu'à celui où il s'embarque sur le vaisseau de ligne qui le ramène à Boston ; en 1849, Mardi, odyssée dans une Polynésie allégorique ; la même année, Redburn, consacré à la vie d'un jeune matelot sur un navire marchand affecté au trafic New York-Liverpool ; en 1850, White-Jacket, inspiré par son séjour sur la frégate United States ; en 1851, Moby Dick, où un baleinier-microcosme est lancé sur les routes océanes à la poursuite d'un cachalot métaphysique.
Ces années, fécondes dans la carrière du romancier et matériellement fructueuses, ont été marquées, dans sa vie privée, par son mariage en 1847 et son installation à New York ; par la naissance de son premier enfant en 1849, il en aura quatre et un voyage d'affaires à Londres ; par la rencontre en 1850 de Nathaniel Hawthorne qu'il ne cessa jamais d'admirer ; par l'achat en 1851 d'une ferme dans les Berkshires.
Moby Dick 1851 est son ouvrage le plus connu aujourd'hui, mais sa production ne s'arrête pas là. En 1852 paraît Pierre or the Ambiguities : après avoir cherché à sonder les gouffres de l'océan, Melville essaie maintenant de fouiller les abîmes de la conscience. En 1853, il envoie sa première nouvelle, Bartleby, au Putnam's Monthly Magazine auquel il collabore, puis, en 1854, The Encantadas et Israel Potter. Ce dernier récit est publié en 1855 ; il met en scène Paul Jones, déjà célébré par Fenimore Cooper dans The Pilot. Avec Israel Potter, Melville retourne, en partie du moins, à son décor favori : le pont du navire, que l'on reverra dans Benito Cereno, paru en 1855 dans le Putnam's, les Piazza Tales 1856 et The Confidence Man 1857. En 1856 et 1857, il fait des tournées de conférences, écrit des poèmes. En 1861, il entreprend sans succès des démarches pour obtenir un consulat, vend sa ferme en 1862, s'installe à New York, devient en 1866 inspecteur des douanes, publie des poèmes Battle-Pieces and Aspects of the War et, en 1875, Clarel. Depuis Moby Dick, le public le boude. Il quitte la douane en 1885. En 1888, il publie de nouveaux poèmes, John Marr and Other Sailors. L'année de sa mort, à New York, il achève Billy Budd, autre récit maritime, qui ne sera publié qu'en 1924.

Le moi profond de Melville

Les romans de Melville sont sa biographie spirituelle.

Orphelin de père, élevé par une mère peu démonstrative dans son affection et puritaine dans son comportement, passant d'un foyer à l'autre, il ressemble à certains égards à Pierre, adolescent en quête du père susceptible d'empêcher un monde hostile de le détruire ; il est un peu l'enfant perdu, errant symboliquement dans la forêt où le loup est tapi. De l'image de la forêt, on passe facilement à celle de la mer, de sorte que le jeune matelot de Typee, ballotté par les vagues du Pacifique, est la transposition de l'enfant Herman Melville abandonné dans les bois. La mer n'est pas moins inquiétante pour lui que la futaie du Petit Chaperon rouge : elle recèle des souffrances et des dangers qui sont autant de menaces de mort et de déception ultime au terme du voyage ; alors qu'est enfin satisfait le désir passionné de revoir la terre ferme, de faire taire l'angoisse, le navire aborde au cœur même d'un univers de destruction : le paradis cannibale. Au milieu des Taïpis débonnaires et dans les bras de Fayaway, le héros vit en proie à la terreur d'être mangé, c'est-à-dire détruit. L'apparence édénique des vallées polynésiennes dissimule un séjour infernal. Le terrien dont l'horizon est limité peut croire en l'existence d'îles heureuses, royaumes de l'innocence ; Melville-Omoo ne le peut pas, car l'océan a élargi le champ de sa vision. Les mers du Sud lui enseignent qu'il est vain d'espérer retrouver le paradis perdu. C'est pourquoi il faut accepter la condition humaine, s'enfuir des Marquises, comme le héros de Typee et Omoo, et rembarquer sur le baleinier, malgré tout ce qu'on y endure. Il faut repartir, refuser la léthargie spirituelle des primitifs, opter pour l'inquiétude, pour la remise en cause permanente, pour l'interrogation. Dans ces conditions, le héros melvillien reprend son périple : Nukahiva, Tahiti, Imeeo sont des îles, des épisodes jalonnant son pèlerinage spirituel, des étapes de sa pensée. Son expérience peu à peu s'élargit ; elle le conduit vers l'archipel de Mardi car la mer, puissant véhicule, immense champ de possibilités, stimule la spéculation des philosophes lancés à la poursuite des monstres mythiques. Sa réflexion ne s'attarde plus le long des rivages polynésiens : elle transcende désormais le domaine de la réalité tangible pour atteindre une réalité qui n'est pas de ce monde. Provisoirement affranchi de la matière, il lui arrive de capter la vision d'un monde où tout se fond en un universel amalgame. Pour lui, la mer est le puissant catalyseur qui rend l'esprit réceptif aux manifestations surnaturelles. Lorsqu'il les perçoit, il est, comme le héros de Mardi risquant l'exploit insensé d'une désertion en pleine mer, prêt à braver n'importe quel danger, y compris celui de se perdre, pour parvenir à l'univers supranaturel, paradis jadis perdu que les marins visionnaires de son espèce entrevoient du sommet du grand mât. Son odyssée ne sera pas ordinaire : elle le mènera là-bas, vers l'ouest métaphysique, gouffre d'ombre, aimant gigantesque vers lequel se précipitent irrésistiblement les hommes, les animaux, les couchers de soleil, étape suprême qui conduit à l'anéantissement. Melville, chrétien conformiste, le sait ; si le paradis peut être retrouvé, l'innocence préoriginelle regagnée, si la seule réponse qui lui importe peut un jour jaillir, ce ne sera que dans la mort. Mais, si l'on arrive au but, aucun tribut n'est trop élevé. Il faut alors plonger au cœur même du néant pour, peut-être, découvrir le remède à l'angoisse, oser l'abîme.

Hélas ! C'est se croire le timonier de son propre destin, c'est commettre le crime d'entre les crimes, c'est, en somme, par un acte d'orgueil insensé, refuser Dieu, ou prétendre l'égaler. Le héros de Mardi sera donc puni : jamais il n'atteindra le terme du voyage. La pensée de Melville est à un tournant capital : il doit faire le point. Jusque-là, le bilan est négatif : les marins de Typee et d'Omoo ne sont pas parvenus à calmer leur inquiétude, la confusion subsiste en eux ; celui de Mardi ne verra jamais le port, aboutissement normal de tout voyage. Redburn, matelot de quinze ans, y parviendra, lui, car, réceptif, amené par les vicissitudes de l'existence à une évaluation assez précise de ses capacités et de ses limites, il saisit la signification de la leçon reçue au gaillard d'avant. Rompant avec un code de morale trop rigoureux et excessif pour convenir à un être dont la nature est avant tout sociale, il s'engage en l'humanité, accepte la condition commune, découvre les principes non d'une éthique abstraite mais d'un art de vivre : il devient modeste et social. Par son exemple Melville illustre la manière dont un individu doit se comporter au sein du groupe auquel il appartient : pour vivre en société, il faut savoir admettre ce qu'elle a d'incohérent, de difficile à comprendre, de foncièrement hypocrite, de mauvais, d'égoïste, de brutal, d'insincère, d'irréfléchi à la fois en sa totalité et en chacun de ceux qui la composent. Jusqu'alors, les héros de Melville avaient cherché l'absolu et le sublime. L'auteur sait à présent que personne ne peut se maintenir longtemps à de telles hauteurs, mais que, par contre, dans une société équilibrée, dont l'existence à bord fournit l'exemple, le sort de la communauté dépend du travail individuel ; la grande règle de conduite doit être d'assumer ses responsabilités. L'adaptation à un ordre social est nécessaire.

À fréquenter le monde et y jouer son rôle, on apprend à le bien connaître, comme le héros de White-Jacket, rompu à la manœuvre, connaît son navire. Est-ce suffisant ? Melville répond par la négative. Certes, il a maintenant dépassé le stade de la révolte juvénile, du repliement sur soi, des attendrissements inutiles. Mais où en est la connaissance de l'homme et de sa destinée ? Redburn, perplexe, a rangé le vieux guide qui sent la momie : son expérience est encore incomplète ; il rejette le passé sans le comprendre. Comme lui, le marin de White-Jacket compatit au sort cruel de tous les brimés. Lui aussi, devant la souffrance des autres, tressaille d'une fraternelle angoisse, mais il va plus loin que Redburn, son cadet ; à mesure que sous ses yeux se déroule le spectacle de la vie humaine où, si souvent, le mal se manifeste, il s'achemine vers l'étape ultime de son évolution. Dans un effort suprême de lucidité, il admet la présence du mal chez les autres, sans doute, mais surtout en lui-même ; il est prêt alors à recevoir le baptême qui le sauvera. Suspendu au sein de l'Océan où il est tombé, il transcende enfin l'humain, retourne à la source même de la vie, perçoit l'ordre cosmique et, en un geste symbolique, arrache la vareuse qui le singularise, se dépouille des derniers vestiges de son orgueil et de son égoïsme, oublie ses hantises, cesse de penser en termes de bien et de mal pour raisonner en termes universels ; il s'intègre au cosmos et remet son destin entre les mains du Grand Amiral qui le conduira au port, but fixé à tous de toute éternité. Dans la croisière au-delà des séries intelligibles, la vie et la mort se confondent dans l'océan du Tout. L'intégration au plan de l'univers présuppose l'engagement en l'humanité que le héros de Mardi avait refusé, mais auquel Redburn avait souscrit. Le marin de White-Jacket aboutit à une prise de conscience supplémentaire : si l'homme est englobé dans la société et la communauté des races, il est aussi entraîné dans le vaste tourbillon cosmique. Mais il lui reste encore beaucoup à comprendre : il est porteur d'ordres scellés. Qui en brisera les cachets ?

Au terme du voyage, il a appris que les pires de nos maux, nous nous les infligeons nous-mêmes dans notre aveuglement. L'Ismaël de Moby Dick est de Dieu entendu. Il occupe, parmi les personnages melvilliens, une place de choix. C'est lui qui s'en ira narrer au peuple des fidèles comment périt Achab par sa propre faute, parce qu'en la baleine blanche il avait cristallisé son propre narcissisme et ses obsessions. Il faut se méfier de la méditation libérée du contrôle de la raison, car elle est incompatible avec la réalité de l'existence ; elle empêche d'ouvrir l'œil et de veiller au grain. L'espoir de sonder l'insondable est stérilisant ; c'est pourquoi, présume Melville, Ismaël s'enrôle lorsqu'il sent que l'exercice prolongé de la pensée l'a coupé de ses semblables. Ce n'est pas qu'il ne s'adonne point à la contemplation philosophique : il est dans sa nature de s'interroger. Mais il sait qu'un moment vient où, à force de réfléchir sur lui-même et de s'analyser, l'homme se coupe de la vie. Vivre consiste à pourchasser un objectif malaisé à atteindre, à bien déterminer la difficulté pour mieux la saisir : Il faut bien voir les baleines avant de les tuer. Vivre est, dans une tâche collective, prendre un bain d'humanité. C'est au gaillard d'avant que l'individu solitaire et ratiocinant s'intègre à la masse, seule force véritable, n'est-ce point elle qui conduit ses chefs ?. Il est alors pour lui d'inoubliables instants de vie ; il n'existe plus qu'en fonction de ce qui le pénètre du dehors. En pétrissant le blanc de baleine, Ismaël adhère à une communauté, à une camaraderie universelle, à une religion de l'humanité. Il se rafraîchit à plonger les mains dans le liquide lénifiant qui le libère de la colère, de l'impatience, de la malice. Désormais purifié, il est prêt pour l'ultime révélation : Dieu brisera devant lui les cachets des ordres scellés transportés à bord de la frégate de White-Jacket. C'est agrippé à une étrange bouée, le cercueil de Queequeg, son ami et son semblable, qu'Ismaël recevra la connaissance suprême : l'aboutissement de la vie n'est pas le néant ; dans le déroulement du temps, un transfert se produit, un fusionnement s'opère entre la vie et la mort par l'intermédiaire de l'amour.

Descendance

Herman Melville est l'arrière-arrière-grand-oncle de Elizabeth McBride Warner, la mère de Richard Melville Hall, l'artiste électronique mondialement connu sous le nom de Moby.

L'Œuvre

Moby-Dick raconte l'histoire du Péquod, baleinier dont le capitaine se nomme Achab. Cet étrange marin est obsédé par une grande baleine blanche : Moby Dick. Le narrateur est un membre d'équipage nommé Ishmaël qui dispose, tout comme Melville, d'une grande culture littéraire et y recourt fréquemment pour mettre en scène les membres de l'équipage et leur aventure. L'équipage du Péquod permet à Melville de multiplier les portraits et des analyses psychologiques ou sociales extrêmement fouillées et détaillées ; l'action se déroulant sur ce seul baleinier, l'œuvre a souvent été qualifiée par les critiques d'univers clos. Les descriptions de la chasse à la baleine, l'aventure elle-même et les réflexions du narrateur s'entrelacent dans une gigantesque trame où se mêlent des références à l'Histoire, à la littérature occidentale, à la mythologie, la philosophie et la science.
La prose de Melville est complexe et déborde d'imagination ; il est considéré comme un des plus grands stylistes américains — aux côtés de William Faulkner, Henry James ou Thomas Pynchon. Il était lié d'amitié avec Nathaniel Hawthorne, et fut influencé par ses écrits ; Moby-Dick est ainsi dédié à Hawthorne.
Melville est aussi l'auteur de récits tirés de son expérience de marin, Typee, Omoo et Mardi, de romans, Redburn, White-Jacket, La Vareuse blanche, Pierre ou les Ambiguïtés, The Confidence Man, ainsi que de plusieurs nouvelles, parues pour l'essentiel dans les années 1850 dans deux revues concurrentes, le Putnam's Monthly Magazine, qui publie cinq nouvelles, dont : Bartleby, Benito Cereno et Les Îles enchantées et le Harper's New Monthly Magazine, qui en publie sept. Bartleby the scrivener est certainement la plus célèbre : on considère qu'elle contient déjà en gésine des traits de la littérature existentialiste et de la littérature de l'absurde, entre autres.
Cas rare parmi les poètes, il n'écrit aucune œuvre lyrique majeure avant un âge avancé. Après la guerre de Sécession, il publie quelques pièces sur le conflit (Battle Pieces, qui se vendent bien. Mais une fois encore il prend ses distances par rapport aux goûts et aux attentes des lecteurs contemporains dans la pièce maîtresse de son œuvre poétique, Clarel, qui raconte l'épopée du pèlerinage d'un étudiant en Terre sainte et resta, elle aussi, quasiment inconnue de son vivant.

Publications en anglais Romans

Typee: A Peep at Polynesian Life 1846
Omoo: A Narrative of Adventures in the South Seas 1847
Mardi: And a Voyage Thither 1849
Redburn: His First Voyage 1849)
White-Jacket, or The World in a Man-of-War 1850
Moby-Dick, or The Whale 1851
Pierre: or, The Ambiguities 1852
Isle of the Cross vers 1853, perdu
Israel Potter: His Fifty Years of Exile 1856
The Confidence-Man: His Masquerade 1857
Billy Budd, Sailor 1924

Nouvelles

Cock-A-Doodle-Doo! 1853
Poor Man's Pudding and Rich Man's Crumbs 1854
The Happy Failure 1854
The Fiddler 1854
Paradise of Bachelors and Tartarus of Maids (1855
Jimmy Rose 1855
The Piazza Tales 1856, comprenant : The Piazza, Bartleby, the Scrivener, Benito Cereno, The Lightning-Rod Man, The Encantadas, or Enchanted Isles et The Bell-Tower (1856
The Gees 1856
I and My Chimney 1856
The Apple-Tree Table 1856
The Two Temples posthume
Daniel Orme posthume

Poèmes

Battle Pieces and Aspects of the War 1866
Clarel: A Poem and Pilgrimage in the Holy Land 1876
John Marr and Other Sailors 1888
Timoleon 1891
Weeds and Wildings, and a Rose or Two 1924

Hawthorne and His Mosses 1850

Traductions françaises

Taïpi, traduit par Théo Varlet et Francis Ledoux, Paris, Gallimard, 1952
Omoo, traduit par Jacqueline Foulque, Paris, Gallimard, 1951
Le vagabond des iles Suite à Omoo, traduit par Olivier Carvin, La Sixaine, Bruxelles, sans date
Mardi, traduit par Charles Cestre et Armel Guerne, Robert Marin, 1950 rééd., Paris, Champ libre, 1984
Redburn ou sa première croisière, traduit par Armel Guerne, Robert Marin, 1950
White Jacket ou La Vareuse blanche, traduit par Charles Cestre et Armel Guerne, Robert Marin, 1950
Moby Dick ou la baleine blanche, traduit par Lucien Jacques, Joan Smith et Jean Giono, Paris, Gallimard, 1941
Pierre ou les Ambiguïtés, traduit par Pierre Leyris, Paris, Gallimard, 1939
L'Heureuse Faillite, traduit par Armel Guerne, Falaize, 1951 cf. Moi et ma cheminée
Jimmy Rose, traduit par Armel Guerne, Falaize, 1951 cf. Moi et ma cheminée
Israël Potter, ou cinquante ans d’exil, traduit par C. Cestre, Paris, Corréa, 1951 ; par Francis Ledoux, Paris, Gallimard, 1956
Benito Cereno et autres nouvelles, traduit par Pierre Leyris, Paris, Plon, 1937 et Gallimard, 1951
Contes de la véranda, comprenant La Véranda, Le Marchand de paratonnerres, Bartleby le scribe Bartleby - Une Histoire de Wall Street, trad. Jérôme Vidal, illustrations Götting, édition annotée, Paris, Éditions Amsterdam, Benito Cereno, Les Îles enchantées
Contes non recueillis, comprenant L'Heureux Échec, Le Violoneux, Coquerico !, Le Pudding du pauvre et les Miettes du riche, Les Deux Temples, Le Paradis des célibataires et le Tartare des jeunes filles, Jimmy Rose, Les Portos, Moi et ma cheminée, La Table en bois de pommier, traduit par Philippe Jaworski, collection La Pléiade, Paris, Gallimard, 2010
Moi et ma cheminée, traduit par Armel Guerne, Falaize, 1951
The Confidence-Man : His Masquerade, traduit par Henri Thomas sous le titre Le Grand Escroc, Paris, Minuit, 1950 cf. L'Escroc à la confiance
Tableaux de bataille et Aspects de la guerre
Clarel, poème et pèlerinage en Terre Sainte
John Marr et autres marins, poème
Timoléon et autres poèmes, trad. Thierry Gillybœuf, Toulon, Éditions de la Nerthe, 2006
La Table de pommier et autres esquisses
Billy Budd, marin, gabier de misaine Billy Budd, marin, trad. Pierre Leyris, Paris, Gallimard ; Billy Budd, matelot, trad. Jérôme Vidal, Paris, Éditions Amsterdam, édition annotée avec postface du traducteur
Herbes folles et sauvageons, avec une rose ou deux dernier recueil de poésie posthume, traduit partiellement par Pierre Leyris dans Poèmes divers ainsi que dans la revue La Nuit, n° 1, Arles, 2006
Œuvres, édition sous la direction de Philippe Jaworski, collection La Pléiade, Paris, Gallimard, 1997-2010, en quatre tomes : tome I, Taïpi, Omou, Mardi ; tome II, Redburn, La Vareuse blanche ; tome III, Moby Dick, Pierre ou les ambiguïtés ; tome IV, Bartleby le scribe, Billy Budd, marin, autres romans
Derniers Poèmes, édition d'Agnès Derail et Bruno Monfort, préface de Philippe Jaworski, Paris, Rue d'Ulm, 2010

Éditions

Benito Cereno, illustré d'eaux-fortes par Érik Desmazières pour Les Bibliophiles de France, 1980
Les Îles enchantées, illustré de pointes sèches par Gérard Diaz, pour le compte des Amis bibliophiles, 1984

Adaptations

Moby-Dick a fait l'objet de plusieurs adaptations cinématographiques, dont les plus célèbres :
Moby Dick de John Huston en 1956.
Capitaine Achab de Philippe Ramos en 2004 ; adaptation libre et personnelle.
Benito Cereno de Serge Roullet adapté du roman éponyme en 1968.
Pola X de Leos Carax adapté du roman Pierre ou les Ambiguïtés en 1999.
Billy Budd, marin, court roman posthume, aux aspects testamentaires, abondamment commenté et adapté à l'opéra par Benjamin Britten, puis au cinéma par Peter Ustinov ainsi que par Claire Denis Beau Travail, 1999.

Moby Dick ou la baleine livre de Herman Melville


Succédant à une série de récits d'aventures exotiques qui avaient connu un grand succès, Mardi 1849 reflète déjà l'évolution de l'écrivain américain Herman Melville 1819-1891 vers un pessimisme calviniste. Avec Moby Dick or The Whale 1851, écrit en deux ans, il délaisse définitivement les territoires qui apparaissent sur les cartes pour explorer les profondeurs de l'âme humaine
Le héros éponyme du roman est une baleine. Elle doit son nom à un cétacé blanc, Mocha Dick, qui, après avoir reçu dix-neuf harpons, aurait causé la perte de trente hommes, cinq baleinières et quatorze canots. Ce fait divers a été découvert par Melville dans un article du Knickerbocker's Magazine en 1839. Mais la symbolique de la blancheur de Moby Dick s'inspire davantage du Récit d'Arthur Gordon Pym (1838) d'Edgar Allan Poe.

Le combat contre la baleine

Les cent trente-cinq chapitres du roman se divisent en trois parties ou cinq grands actes. Le narrateur au nom biblique, le jeune Ismael, a l'âme toute imprégnée des brumes humides et sombres de novembre quand il s'engage à New Bedford à bord d'un baleinier, le Péquod. Le sort lui donne pour compagnon de lit Queequeg, un Polynésien dont les rites le surprennent. Tous deux deviennent amis et, après avoir entendu le sermon prophétique du père Maple et vénéré le dieu païen, ils gagnent Nantucket d'où le navire part le jour de Noël. Le capitaine Achab, esprit solitaire et torturé, a pour dessein de triompher de la baleine blanche qui lui a jadis arraché une jambe. Longtemps enfermé dans sa cabine, il découvre enfin son projet à l'équipage pour lui faire prêter serment et promet au premier qui signalera la présence de Moby Dick le doublon d'or qu'il fait clouer au grand mat. Les réactions des marins révèlent leurs caractères : Starbuck, le premier maître, qui aime les hommes et craint Dieu, marque son désaccord. Stubb, le second maître, accepte le risque. Pour Flask, le troisième, tuer des baleines est un travail comme un autre. L'équipage comprend aussi le Parsi Fedallah et ses mystérieux Asiatiques, les harponneurs – Queequeg, l'Indien Tashtego, l'Africain Daggoo – et le mousse nègre, Pip. On peut y voir la mosaïque ethnique de la nation américaine en devenir.
Interrompant le récit du voyage, les chapitres 46 à 105 forment un véritable traité de cétologie, une histoire de la pêche, de l'industrie et de l'art relatifs à la baleine. Pendant le voyage, plusieurs cétacés sont capturés par le Péquod. Mais les tempêtes se succèdent, la boussole est perdue, un homme tombe à la mer, le mousse devient fou : tout paraît se liguer contre Achab. Un matelot aperçoit enfin la baleine blanche. Le duel peut s'engager. Le premier jour de la chasse, Moby Dick réduit un canot en miettes. Le deuxième jour, un autre canot est coulé, et la jambe d'ivoire du capitaine brisée par l'adversaire. Le troisième jour, on parvient à harponner la baleine, mais Achab est pris dans les filins et ligoté sur Moby Dick qui fonce sur le Péquod. La vision finale montre Tashtego clouant au sommet du mat un aigle des mers avec le pavillon des États-Unis : Ainsi l'oiseau du ciel au cri d'archange ... sombra avec le navire qui, tel Satan, ne descendit pas en enfer sans avoir entraîné à sa suite une vivante part du ciel pour s'en casquer. Ismael, seul survivant du naufrage, est recueilli par un autre baleinier.

Une allégorie de la démesure

Dédicacé à l'écrivain américain Nathaniel Hawthorne 1804-1864, le livre refuse toute classification : il se veut à la fois histoire de marins, documentaire sur la chasse à la baleine, témoignage social, drame shakespearien de la démesure, de l'orgueil et de la démence, épopée métaphysique. Moby Dick ressemble au Léviathan, ce monstre biblique du Livre de Job. Au récit réaliste de la chasse à la baleine se superpose la figuration symbolique du conflit entre l'homme et sa destinée. Le capitaine Achab ne déclare-t-il pas que tous les objets visibles ... ne sont que masques de carton ? Melville érige son récit d'aventures en combat allégorique du Bien et du Mal. Il réunit les deux sources du romance américain – la pastorale nostalgique et le drame moral –, qu'il projette à une échelle métaphysique. Selon Melville, l'art est un processus, il émerge comme une métaphore qui crée sans cesse et ne s'accomplit jamais.
On a insisté récemment sur l'auto-réflexivité du livre : l'accumulation d'un savoir antérieur sur la Baleine, sa représentation par fragments mettent en lumière l'inachèvement de tout savoir. Comme le Monstre, la narration d'Ismael découpe le personnage d'Achab en fragments : roi de tragédie, malade, anormal, corps métallique dévasté, machine, Narcisse immobile, métaphore figée du Moi tyrannique : Achab est Achab à jamais, homme ! Toute cette tragédie a été ordonnée irrémédiablement. Nous l'avons répétée, toi et moi, des milliers d'années avant que ne roulât cet océan. Imbécile ! Je suis le lieutenant des Parques.
La narration d'Ismael opère une sortie du cercle de la folie d'Achab et rapporte l'incompréhensible. Elle est à la fois écriture et lecture de l'expérience du protagoniste, et l'énigme de la blancheur ne dit rien d'autre que ce qu'elle est : la question du sens. Ismael et Achab sont deux registres de la conscience en relation dialogique. Mais le second n'existe que par le récit qu'Ismael fait de son effondrement : tel est le paradoxe au cœur de cette aventure.
L'originalité et le foisonnement de l'écriture de Moby Dick déconcertèrent une large partie du public de Melville, et il fallut attendre soixante-dix ans pour que sa grandeur soit reconnue. Le roman a été adapté au cinéma par John Huston en 1956.

Liens

http://www.ina.fr/video/2766019001/he ... nier-moby-dick-video.html I livre I jour
http://www.ina.fr/video/CPC96008426/h ... leby-le-scribe-video.html Ilivre I jour
http://www.ina.fr/video/VDD11021260/moby-dick-video.html Moby Dick
http://youtu.be/13z4l8jvbpY Moby Dick
http://youtu.be/0GgFtN7T0QM Bartleby


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Posté le : 27/09/2014 16:24
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Il vole à moi un vieux cahier
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Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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