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Accueil >> newbb >> Yvan Tourgueniev [Les Forums - Histoire de la Littérature]

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Yvan Tourgueniev
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Le 9 novembre, 28 octobre 1818 à Orel naît Ivan Sergueïevitch Tourgueniev

en russe : Иван Сергеевич Тургенев écrivain, romancier, nouvelliste et dramaturge russe, mort le 3 septembre,à 64 ans 1883 à Bougival. Son nom était autrefois orthographié Tourguénieff ou Tourguéneff. Ses Œuvres principales sont "Un mois à la campagne" en 1850,
"Premier Amour " en 1860,Pères et Fils en 1862
Sa famille est aisée, et sa mère très autoritaire. Il vit de 1838 à 1841 à Berlin avant de retourner à Saint-Pétersbourg puis de partir pour Londres et de s'installer à Paris.
Fiodor Dostoïevski, qui le cite en épigraphe à sa nouvelle Les Nuits blanches, le caricaturera sous le nom de Karmazinov dans Les Démons.
Son roman le plus célèbre est Pères et Fils, qui met notamment en scène des nihilistes — dénomination qu'il popularise — et auxquels il oppose le héros positif.
Il se lia d’amitié avec de nombreux écrivains, comme Gustave Flaubert, Émile Zola, Victor Hugo, Guy de Maupassant, Alphonse Daudet, George Sand, Edmond de Goncourt, Prosper Mérimée, Alexandre Dumas ou Jules Verne, ainsi qu’avec des musiciens et compositeurs.


En Bref

Après avoir connu un immense succès européen, Tourguéniev souffre au XXe siècle d'une éclipse due au rayonnement de Dostoïevski, son cadet de trois ans, de Tolstoï, de Tchékhov. Ses romans agitent des questions idéologiques dépassées, ses descriptions ont pu paraître fades, ses personnages manquer de vigueur. Pourtant, de nouveaux signes d'intérêt se manifestent de divers côtés. La publication de plusieurs volumes de lettres, en totalité ou en partie inédites, jette des lueurs curieuses sur la sensibilité et les convictions de Tourguéniev. Sa vie comme son œuvre révèlent de profondes contradictions qu'il n'a pas tenté de résoudre directement, mais dont il a nourri, à des niveaux de conscience variables, la substance de sa création littéraire. Profondément artiste, au sens où l'était son ami Flaubert, il a su opérer la transmutation du banal, tantôt par l'accentuation caricaturale des traits ou des propos, tantôt par la grâce d'une poésie qui enveloppe d'un léger brouillard les êtres, les paysages et les sentiments.
Il fut longtemps l'écrivain russe le plus connu en France, et c'est lui qui a introduit auprès du public français le roman russe. Ce parfait Européen était russe dans l'âme : mais, rejeté par la droite et la gauche, il s'est retrouvé isolé dans son pays. Tandis qu'il était encensé en France, la gloire montante de Tolstoï, de Dostoïevski et de Tchekhov éclipsait la sienne, au point qu'il tomba dans l'oubli, ravalé au rang d'écrivain léger et superficiel. Pourtant, s'il n'est pas un penseur, Tourgueniev est un réel artiste, à la langue classique, qui a su peindre la nature, la campagne, les femmes russes, et a porté la nouvelle à un degré de perfection.
Ivan Serguéïévitch Tourguéniev 1818-1883 n'est qu'un jeune poète apprécié des connaisseurs lorsque paraît, en 1847, dans un numéro historique de la revue Le Contemporain – historique car c'est le premier qui paraît depuis la mort de son fondateur, Pouchkine, en 1837 –, un récit en prose Le Putois et Kalinytch, avec pour sous-titre Mémoires d'un chasseur, ajouté par l'un des rédacteurs de la revue. Le succès est immédiat et considérable. Il encourage Tourguéniev à écrire d'autres récits de la même veine, publiés pour la plupart dans Le Contemporain dix-sept récits en 1847-1848, quatre en 1850-1851 quatre autres récits de beaucoup postérieurs, dans les années 1870, donc après l'abolition du servage en 1861 s'ajoutant pour constituer l'édition définitive en 1874. À ce cycle de nouvelles il faut ajouter de multiples brouillons et esquisses, abandonnés pour des raisons d'ordre littéraire le souci de garder une unité de ton ou par prudence vis-à-vis de la censure.
On s'explique facilement l'accueil du grand public. Le réveil de la conscience nationale depuis un demi-siècle, l'évolution de la littérature, c'est l'époque du réalisme philanthropique, la faveur que connaissent alors en Europe les thèmes de la campagne et des paysans, enfin la terrible question du servage, dont l'abolition est pour Tourguéniev une cause sacrée, tout cela contribuait à faire des Mémoires d'un chasseur une œuvre propre à toucher la sensibilité et à provoquer les réflexions.
Mais ce succès est d'abord un effet de l'art. Propriétaire terrien et chasseur, bon connaisseur de la question du servage, Tourguéniev prend de la distance vis-à-vis de son objet : littéralement la plupart des récits ont été écrits lors de séjours en Occident mais aussi en tant qu'artiste : pour mieux lutter contre l'ennemi qu'est le servage, dit-il, en fait surtout pour trouver un ton nouveau, et recréer poétiquement une réalité complexe.
Lorsqu'il rentre en Russie en 1850, couronné des lauriers de son premier livre, Récits d'un chasseur, Tourgueniev reçoit un accueil enthousiaste : il est séduisant, riche et célèbre. Les cercles cultivés et libéraux de Saint-Pétersbourg s'arrachent le jeune auteur et cherchent à lui faire oublier la grande passion qui l'a retenu à Paris, Pauline Viardot. Les femmes lui adressent des icônes ; même le tsar a lu avec un intérêt mélangé d'inquiétude son recueil de nouvelles. Les Récits d'un chasseur bouleversent la Russie en lui révélant d'elle un visage nouveau : les aristocrates découvrent soudain entre deux bals que les moujiks peuvent aimer, rire ou raisonner comme eux, qu'ils souffrent de la brutalité des intendants et de l'ignorance des barines !
Le destin semble avoir comblé Tourgueniev. Pourtant, son histoire est celle d'un homme sans foyer, sans patrie, sans croyance. À mi-chemin entre deux mondes, il va décevoir l'un et l'autre : trop libéral pour les conservateurs, trop réactionnaire pour les futurs bolcheviks, trop russe pour les Français, trop français pour les Russes… On le prend pour un réformateur, c'est en réalité un sceptique qui refuse de s'engager et se comporte en éternel spectateur. On le prend pour un passionné, c'est un indécis qui préfère la sereine amitié aux orages de l'amour.
Au bord du nid d'un autre

Sa vie

Ivan Tourgueniev naît à Orel, à 350 km au sud de Moscou en 1818, de Serge Tourguéneff et Varvara Petrovna Loutovinova, ainsi qu'il apparaît par son acte de décès. Il est issu, côté paternel d’une haute noblesse de vieille souche d'origine tartare et côté maternel de moyenne noblesse, très riche, d'origine lithuanienne. Parmi ses ancêtres, on compte Pierre Tourgueniev, exécuté par le faux Dimitri en 1604 car il avait refusé de le reconnaître comme tsar, et Jacob Tourgueniev, attaché à la cour de Pierre le Grand. Les trois enfants - Nikolaï 1816-1879, Ivan et Sergueï 1821-1837- vivent dans la propriété de leur mère, Spasskoïe-Loutovinovo, à dix kilomètres au nord de Mtsensk. C’est là qu’Ivan s'initie à la chasse, échappant provisoirement à la tyrannie de sa mère. La nature joue d’ailleurs un grand rôle dans ses romans. Il est confié à des précepteurs russes et étrangers dont il reçoit une excellente éducation. Il apprend le français, l’allemand, l’anglais, le grec et le latin. Avec un serf, il commence à écrire ses premiers poèmes. Très tôt, il se rend compte de l’injustice des hommes des classes supérieures envers les serfs, injustice contre laquelle il se révoltera et se battra toute sa vie.

En 1827, il s’installe à Moscou. Pendant deux ans, il se prépare à entrer à l’université. En 1833, il s’inscrit à la faculté des Lettres à l’université de Moscou. En 1834, il fréquente la faculté de philosophie à Saint-Pétersbourg et rencontre Nicolas Gogol, qui est professeur d’histoire l'année suivante. Il termine ses études en 1836 et assiste en 1851 à la lecture par Gogol de son Revizor.
En 1837, après la mort d'Alexandre Pouchkine, il édite la correspondance de ce dernier et traduit plusieurs de ses poèmes avec Mérimée. L’année suivante, son fameux poème Le soir est publié dans une revue progressiste. Il part alors pour Berlin afin d'y poursuivre ses études et de voyager en Europe. Il revient en 1841 passer l’été chez sa mère. Il a une liaison avec une lingère, de laquelle naîtra sa fille Pélagie. Il devient fonctionnaire en 1843 et rencontre le critique Vissarion Belinski. Tourgueniev, admiratif, lui dédiera Pères et Fils.
Dès l'hiver 1843, Tourgueniev s’intéresse au théâtre italien auquel il s'abonne à Saint-Pétersbourg. Il y rencontre la célèbre mezzo-soprano Pauline Viardot avec laquelle il entretiendra une liaison jusqu’à sa mort. Cette période marque aussi le début de ses idées progressistes et le début de la censure de ses œuvres, notamment de ses pièces de théâtre, qui ne seront souvent jouées en Russie qu'après 1861.

De 1847 à 1850, Tourgueniev vit en France et publie beaucoup, dont le recueil Mémoires d’un chasseur et la pièce Un mois à la campagne. En 1850, il vit près de Paris dans le château de Courtavenel, propriété des Viardot, où réside Charles Gounod, l'auteur de l'opéra Faust. Il fréquente George Sand. La même année, Nicolas Ier exige le retour des Russes expatriés. Tourgueniev quitte la France et se voit retenu en Russie pendant la guerre de Crimée. Il récupère sa fille et l’envoie chez Pauline Viardot, en France. Celle-ci l’élève comme sa propre enfant.
La même année, deux courants de pensée s’affrontent : les slavophiles, qui refusent toute influence extérieure et sont très attachés aux coutumes russes, et les occidentalistes, qui sont favorables à une modernisation à l'occidentale.
En 1852, les Mémoires d'un chasseur sont publiées. Cette œuvre échappe à la censure malgré son caractère subversif, car elle relate la vie des paysans russes. Par la suite, Tourgueniev écope d'un mois de prison mais continue d’écrire ce qu'il pense du servage. Il est alors assigné à résidence. En 1853, Pauline Viardot revient faire une tournée de scène en Russie. Tourgueniev prend alors un faux passeport, part pour Moscou afin de la voir et lui remettre des manuscrits à publier en France. À la fin de l’année 1855, il reçoit le jeune Léon Tolstoï, alors officier, auquel il explique qu’il devrait écrire et non se battre. Il l’encourage dans ce sens.
En 1857, il est de retour à Paris où il rencontre Prosper Mérimée, écrit les préfaces de Pères et Fils et de Fumée et traduit plusieurs récits. Il fait la connaissance d'Alexandre Dumas et part pour Londres. Il lance le Fonds littéraire à la fin des années 1850. En 1860, il écrit Premier amour. Tourgueniev partage ses terres avec ses paysans et devient membre de l’académie des sciences. Le 9 février 1861, le servage est aboli. Tourgueniev publie Pères et Fils, ce qui peut symboliser le passage de l’ancienne à la nouvelle Russie. Il traduit en russe La Légende de saint Julien d’Hospitalier et collectera de l’argent pour faire ériger un monument à la mémoire de l'auteur.
Dans les années 1860, il publie beaucoup en France mais relativement peu en Russie. Les slavophiles gagnent leur combat contre les occidentalistes, ce qui l'incite à composer des récits dont l'action se situe en Europe ou qui usent des procédés propre au style fantastique.
Il rencontre Flaubert pour la première fois, le 28 février 1863, d'après le journal des Goncourt, et lui écrit dès le lendemain pour lui annoncer l'envoi de ses livres. Une amitié commence, dont la première trace apparaît dans la correspondance de Flaubert à la date du 2 avril 1863, après lecture desdits romans. Elle ne cessera qu'à la mort de Flaubert, le 8 mai 1880.
Dans les années 1870, il vit à Paris chez les Viardot. Il rencontre Zola, dont il publie les romans en Russie, Alphonse Daudet qu'il aide pour ses publications, Edmond de Goncourt seul, son frère Jules étant mort en cette année 1870, Jules Verne qu'il conseille pour l'élaboration de son roman Michel Strogoff publié par leur éditeur commun Pierre-Jules Hetzel. Il y rencontre aussi Flaubert, George Sand, les compositeurs Camille Saint-Saëns et Théodore Dubois, ainsi que les filles de la maison 1871-72, alors chanteuses, dont l'une, Claudie, entretint plus tard une captivante correspondance avec l'écrivain russe4. En 1875, Tourgueniev est élu vice-président au Congrès International de Littérature, aux côtés de Victor Hugo qu'il rencontre pour la première fois. À la fin des années 1870, Tourgueniev se fait construire une datcha à Bougival sur le même terrain que la propriété des Viardot, dans les environs de Paris. Il obtient en 1879 le titre de doctor à Oxford et l'on commence à jouer ses pièces en Europe. Il tombe gravement malade au début des années 1880, est opéré à Paris et retourne à Bougival en convalescence. Là, il dicte à Pauline Un incendie en mer et prophétise les événements de Russie.

Il meurt le 3 septembre 1883 en son domicile au n°16, rue de Mesmes à Bougival, et sera inhumé le 9 octobre 1883 à Saint-Pétersbourg, au cimetière Volkovo aux pieds de Belinski, selon son vœu.

L'oeuvre

Le plus enraciné des écrivains cosmopolites

À ne considérer que l'œuvre littéraire d'Ivan Serguéïévitch Tourguéniev, on est amené à voir en lui un écrivain typiquement russe : personnages, paysages, problèmes, tout y porte la marque nationale. Si l'on envisage d'autre part la formation intellectuelle de Tourguéniev, où la philosophie allemande occupe la place d'honneur, son attachement passionné qui dura quarante ans pour Pauline Viardot et sa famille, ses amitiés françaises ou allemandes et ses convictions occidentalistes, on verra en lui le plus européen des écrivains russes de son siècle. Les deux points de vue sont simultanément exacts : il naquit d'ailleurs à Orel et mourut à Bougival. Tourguéniev offre à de nombreux exemplaires la peinture d'un type social caractéristique de son temps, et dont il était lui-même un représentant achevé, celui du gentilhomme russe de moyenne condition, partageant son existence entre son domaine campagnard et Moscou, plutôt que Saint-Pétersbourg ou les capitales occidentales. Sa mère, la despotique Varvara Petrovna, faisait peser ses caprices sur ses deux fils et, à plus forte raison, sur les milliers de paysans qui peuplaient ses terres de Spasskoïé, dans la province d'Orel. Tourguéniev, plus pudique que Saltykov-Chtchédrine, s'est gardé de placer sa mère au centre d'un de ses ouvrages, mais plusieurs types de barynia dans son œuvre font allusion à ses travers d'esprit ou à ses méthodes de gouvernement, Moumou, 1851, Pounine et Babourine, 1874. La condition paysanne est évoquée par Tourguéniev d'après les expériences répétées que lui fournissaient ses séjours à Spasskoïé, d'abord en qualité de fils de la barynia, puis de maître du domaine, de chasseur, de voisin. Cette source d'inspiration anime toute la première partie de son œuvre, au centre de laquelle se détachent les Récits d'un chasseur Zapiski okhotnika, 1847-1852. Ces esquisses délicates qui évitaient toute déclamation et se bornaient en apparence à offrir des peintures anodines de la vie rustique dans un coin de Grande Russie, tendaient en réalité à montrer l'homme sous le moujik, ce qui suffisait à illustrer l'injustice criante de sa condition. Tourguéniev se défendit à bon droit contre les déductions politiques qu'on prétendait tirer de son ouvrage : la peinture de la réalité comportait sa propre vertu dénonciatrice.
Cette réalité provinciale russe, Tourguéniev l'a évoquée aussi dans ses comédies de 1851-1852, où l'on peut voir les esquisses du théâtre tchékhovien, et dans plusieurs romans : le plus caractéristique à cet égard est Le Nid de gentilshommes,Dvorianskoe gnezdo, 1858, que l'on pourrait prendre pour un roman slavophile, tant la raillerie vis-à-vis des fausses valeurs occidentales et l'éloge des traditions authentiquement russes y sont accentués. L' occidentalisme de Tourguéniev, comme celui de Herzen, n'exclut jamais une idéalisation sentimentale de la Russie et une mise en garde contre les engouements à l'égard de l'Europe.

Hommes de trop, héros et nihilistes

Ces gentilshommes de la province, désœuvrés, sans véritable culture ni vocation, Tourguéniev les montre victimes de leur indifférence à la réalité russe et de leur incapacité à se consacrer à une tâche productive : l'Hamlet du district de Chtchigry Gamlet ščigrovskogo ujezda, 1849 présente le premier homme inutile de son œuvre et sera suivi par le Journal d'un homme de trop, Dnevnik lišnego čeloveka, 1850 où le narrateur, Tchoulkatourine, se compare à l'écureuil enfermé dans une roue, puis par Une correspondance Perepiska, 1855, autre exemple frappant de la même aboulie, du même ennui accablant.
Des œuvres plus importantes traitent encore de la même question : comment sortir de soi-même, se rendre utile, contribuer au bonheur d'autrui ? Roudine Rudin, 1855 aborde pour la première fois le thème de l'action politique en montrant comment une nature douée pour exercer une influence entraînante et dynamique peut échouer par méconnaissance de soi-même et de son propre pays : Roudine n'est qu'un phraseur frotté de philosophie allemande, que Tourguéniev envoie rejoindre les hommes de trop , avant de le faire mourir sur une barricade parisienne en juin 1848. Portrait de l'écrivain autant que de Bakounine, son ami des années quarante disparu au fond de la Sibérie, le héros du premier roman de Tourguéniev pose, à la fin du règne de Nicolas Ier, en termes psychologiques et non idéologiques, le problème de l'engagement personnel.
Il en propose une solution de type romantique dans À la veille (Nakanune, 1858), où le jeune Insarov, un étudiant bulgare, quitte Moscou avec sa femme Hélène pour aller affranchir son pays par les armes ; la jeune femme s'accomplit par l'évasion d'un milieu familial insipide, par l'amour sans calcul et le sacrifice total, tandis qu'Insarov met en accord sa pensée, ses sentiments et sa conduite, en antithèse absolue avec Roudine.
Avec beaucoup plus de profondeur et de maîtrise artistique, Tourguéniev traite à nouveau ce problème qui lui tenait tant à cœur dans un véritable roman, d'architecture complexe, Pères et enfants Otcy i deti, 1862. Cette fois, il exprime son affection attendrie pour le passé patriarcal russe les parents de Bazarov, et une raillerie légère tempère à peine une sympathie profonde à l'égard des idées, du mode de vie et de la bonne volonté sociale des frères Kirsanov, les représentants des pères, face à Bazarov et à son jeune ami Arcade Kirsanov. Ce dernier, d'abord subjugué par la personnalité de Bazarov, se marie et gère raisonnablement son domaine en petit hobereau libéral, comme l'appelle Bazarov. Seul celui-ci incarne les aspirations de la nouvelle génération nihiliste, ainsi appelée d'un mot apparu dès 1829, mais dont Tourguéniev consacra l'usage. Du point de vue social, Bazarov est un raznotchiniets, un homme d'extraction modeste, résolu à servir le peuple. Son nihilisme signifie le refus des principes en vigueur dans la noblesse, la critique de toute forme d'autorité et l'adhésion à un empirisme positiviste : il étudie la médecine et dissèque des grenouilles. Ses façons sont rudes, parfois ridicules. Aussi Tourguéniev dut-il se défendre d'avoir voulu offenser la jeune génération, et les attaques lui vinrent de gauche comme de droite.
Cela ne l'empêcha pas de peindre d'autres figures de révolutionnaires : sans en faire d'aussi sombres figures que Dostoïevski dans Les Possédés, Tourguéniev les traite sans ménagements. Dans Fumée Dym, 1867 le révolutionnaire Goubarev, qualifié de slavophile, est ridiculisé et, avec lui, le populisme et son idéalisation puérile du moujik. Il est vrai que Tourguéniev montre encore plus de sévérité envers les généraux et les riches propriétaires, et retrouve même les accents de Tchaadaïev pour accuser la Russie tout entière de stérilité et d'impuissance créatrice.
Le dernier roman de Tourguéniev, Terres vierges Nov', 1877, présente avec plus de sympathie, sinon de compréhension, le grand élan qui anima la marche au peuple de milliers de jeunes gens ; mais son héros Nejdanov est réduit au suicide en raison de l'échec de ces tentatives et du déclin de sa foi révolutionnaire. Tourguéniev considère que l'avenir appartient non à ces romantiques du réalisme, hommes de trop à leur façon, mais à des hommes pratiques, à des techniciens avisés comme Solomine.

Le platonisme de Tourgueniev

Nourri dans sa jeunesse d'idéalisme hégélien, Tourguéniev a vécu l'avènement du positivisme et le passage du romantisme schillérien aux actions terroristes, dont l'assassinat d'Alexandre II 1881 marqua le point culminant. Libéral des années quarante, il resta hostile à la violence, et son idéalisme continua d'inspirer la plupart de ses personnages positifs , notamment les figures féminines.
Amoureux décevant de Tatiana, la sœur de Bakounine, amant fugitif d'une lingère de Spasskoïé qui lui donna une fille hors mariage, soupirant éternel auprès d'une Pauline Viardot plus attendrie sans doute que réellement éprise, enfin vieil homme attiré par le charme de l'actrice Savina ou la grâce mutine de Claudie Viardot, la seconde fille de Pauline et de Louis Viardot, Tourguéniev a vainement cherché toute sa vie le grand amour partagé. Et son œuvre abonde en exemples de faillites sentimentales provoquées par l'insuffisance, la dérobade, la fuite jusque dans la mort de l'un des partenaires, l'homme en général. Véra des Deux Amis, Maria Alexandrovna dans Une Correspondance, Natalie dans Roudine, Liza dans Le Nid de seigneurs, Mme Odintsova dans Pères et enfants, enfin et surtout la Marianne de Terres vierges se trouvent, de façon diverse, engagées dans des situations qui laissent apparaître l'inaptitude essentielle de celui qu'elles aiment à répondre à leur sentiment.
On ne dispose pas encore de l'étude nécessaire permettant d'approfondir le sens qu'il conviendrait de donner à cette particularité de l'œuvre de Tourguéniev. L'analyse poussée du rôle joué par sa mère dans la maturation affective de l'écrivain, les nouveautés apportées par les compléments à sa correspondance, l'examen, déjà amorcé par la thèse de H. Granjard, d'une relation probable entre vicissitudes sentimentales et variations idéologiques devraient contribuer à ranimer l'intérêt de l'époque actuelle pour la figure un peu pâlie du bon Moscove.

L'art comme refuge

Dans une lettre à Pauline de février 1855, Tourguéniev exprimait son amour en citant en entier un poème de Pouchkine, L'Adieu. Lui-même entama sa carrière littéraire par de nombreux poèmes, qu'il détruisit ultérieurement pour la plupart. Cette veine lyrique s'exprime en prose à partir des Récits d'un chasseur et ne cesse de se manifester çà et là, à travers les visions fantastiques d'Apparitions Prizraki, 1863, la méditation désespérée d'Assez Dovoljno, 1864, l'espérance surnaturelle du Chant de l'amour triomphant, Pesnj toržestvujuščej liubvi, 1881, significativement dédié à Flaubert, enfin les Poèmes en prose, Stikhotvorenija v proze, 1882, bilan désenchanté de toutes les illusions humaines, qui ne laisse subsister que la beauté, éternisée par l'œuvre d'art, et les virtualités de la précieuse langue russe. Testament d'un artiste du verbe, auteur de tableaux délicats, tel ce Pré Biéjine Bežin lug des Récits d'un chasseur, à la fois d'une simplicité raffinée et d'une exquise qualité poétique, comme l'avait noté E.-M. de Vogüé.
De tels passages, où, pour un moment, l'homme semble en accord avec la nature qui l'entoure, où tout paraît précieux parce que tout est éphémère, apparaissent même dans des romans voués à première lecture à des débats d'un autre ordre, le finale mélancolique du Nid de seigneurs, le jardin de Mme Odintsov dans Pères et enfants, l'épisode de Fimouchka et Fomouchka dans Terres vierges, etc., et inclinent le lecteur à voir en Tourguéniev un contemplatif ou un moraliste plutôt qu'un écrivain engagé au service d'une cause ou d'une idéologie. Tourguéniev, comme Gogol son maître ou Maupassant son disciple, a cherché à dépasser le réel sensible en laissant une place croissante au mystère, aux signes du destin et à l'angoisse devant la mort, Apparitions, 1863 ; Le Chien, 1866 ; La Montre, Le Rêve, 1876 ; Clara Militch, 1883 ; tout cela empêche de définir son art par une esthétique élémentaire comme celui de tant d'écrivains de son époque.
Slavophile et occidental, russe et européen, libéral et conservateur, romantique et réaliste, Tourguéniev est un témoin attachant et lucide du processus qui a amené la Russie patriarcale aux nécessaires et douloureux bouleversements du XXe siècle

Nouvelles agraires

Le premier récit, Le Putois et Kalinytch, illustre bien l'art de Tourguéniev. Il oppose deux portraits de paysans : le Putois, esprit positif, pratique, rationaliste est le père respecté d'une nombreuse famille ; il gère adroitement ses affaires, s'est affranchi de son maître, se montre curieux de récits sur la vie occidentale, qu'il juge en toute indépendance ; l'autre, Kalinytch, est plus intuitif, proche de la nature et des bêtes, un peu sorcier, idéaliste et tirant le diable par la queue. Mais, des deux moujiks amis, l'un n'est pas moins russe que l'autre.
Rien de moins systématique que les descriptions de Tourguéniev. Derrière chaque détail transparaît la variété des situations, selon le statut juridique, le terroir, la personnalité du maître, que le serf subit autrement que le paysan attaché à la terre ou celui qui paie redevance. Le tableau est sombre. Que de destins brisés ! Telle cette femme de chambre dévouée, renvoyée au village parce qu'elle a eu l'ingratitude d'avoir un amoureux Iermolaï et la Meunière. Maîtres oisifs aux lubies extravagantes Le Bureau, régisseurs fripons et exploiteurs, garde-chasse contraint de persécuter ses semblables Le Loup-garou : aucun n'échappe aux méfaits du servage. Parmi les intendants, les petits propriétaires, se dévoile aussi un long cortège de douleurs secrètes.
De ce tableau, pourtant, se dégage une impression de vie et d'harmonie. Grâce, d'abord, à la présence de la nature, dont Tourguéniev a aussitôt été consacré le grand peintre. On a admiré – et copié – la subtile souplesse de sa prose, la richesse discrète des images, sa science du rythme et des sonorités. De cet univers poétique le peuple participe : en s'intégrant dans un paysage dont il sait sentir et exprimer la magie enchanteresse Le Pré, par la création artistique Les Chanteurs, par sa beauté spirituelle, comme en témoigne la touchante sainteté de cette paralytique, naguère superbe jeune fille, qui est l'héroïne du dernier récit Reliques vivantes, 1874 : Elle chantait sans que l'expression inerte de son visage changeât, les yeux fixes même. Mais qu'elle résonnait de touchante façon cette pauvre voix qui s'efforçait, vacillante comme un filet de fumée, d'épancher toute son âme...

Hymne au peuple russe

Le personnage du narrateur s'insère naturellement dans une narration qui multiplie les angles d'approche : portraits, dialogues, confessions, etc. La liberté du chasseur-promeneur devient procédé artistique : proximité avec le lecteur cultivé, mais aussi distanciation, dilettantisme de l'artiste toujours ouvert à l'imprévu d'une rencontre ou d'une sensation, ambivalence du gentleman-farmer proche des paysans mais séparé aussi d'eux par un mur invisible. Enquête ethnographique, mythe d'une société agraire, retour au monde de l'enfance, hymne au peuple russe, présence/absence d'une unité brisée, toutes ces composantes se fondent dans une œuvre d'art qui, avec un sens pouchkinien de la mesure, vibre d'une profonde compassion.
Tourguéniev, un temps exilé sous prétexte d'un article nécrologique sur Gogol jugé trop dithyrambique, resta persuadé que la véritable raison de sa punition étaient les Mémoires d'un chasseur. Mais un premier recueil fut publié dès 1852 . Les récits, encore plus frappants une fois rassemblés en livre, eurent un grand retentissement dans l'opinion. Alexandre, le futur tsar libérateur, en fut vivement impressionné et l'écrivain Saltykov-Chtchédrine, bon connaisseur, en admira la force dénonciatrice.
Occidentaliste, l'auteur avait su trouver des accents pour une idéalisation discrète du peuple qui était proche de la sensibilité slavophile. Par son talent et la largeur de ses vues, il dépassait de très loin ses prédécesseurs et contemporains russes, tels Dahl et Grigorovitch. En Occident, où les romans villageois d'Auerbach et de George Sand avaient leur public fervent, il trouva une audience enthousiaste, et fut consacré comme l'un des classiques de la littérature européenne.

Œuvre Nouvelles

Statue de Tourgueniev à Saint-Pétersbourg, place du Manège

Ivan Tourguéniev à la chasse 1879, tableau de Dmitriev-Orenbourgski, collection privée
André Kolossov 1844
Les Trois Portraits 1846
Un bretteur 1847
Le Juif 1847
Petouchkov 1847
Mémoires d'un chasseur 1847, recueil de nouvelles. Édition définitive, et augmentée, en 1874.
I. Le Putois et Kalinytch 1847
II. Iermolaï et la Meunière 1847
III. L'Eau de framboise 1848
IV. Le Médecin de campagne 1848
V. Mon voisin Radilov 1847
VI. L'Odnodvorets Ovsianikov 1847
VII. Lgov 1847
VIII. Le Pré Béjine 1851
IX. Cassien de la belle Métcha 1851
X. Le Régisseur 1847
XI. Le Bureau 1847
XII. Le Loup-garou 1848
XIII. Deux gentilshommes campagnards 1852
XIV. Lébédiane 1848
XV. Tatiana Borissovna et son neveu (1848
XVI. La Mort 1848
XVII. Les Chanteurs 1850
XVIII. Pierre Pétrovitch Karataïev 1847
XIX. Le Rendez-vous 1850
XX. Le Hamlet du district de Chtchigry 1849
XXI. Tchertopkhanov et Nédopiouskine 1849
XXII. La Fin de Tchertopkhanov 1872
XXIII. Relique vivante 1874
XXIV. On vient 1874
Conclusion. La Forêt et la steppe 1849
Moumou 1852, nouvelle écrite alors que l'auteur est en détention dans une maison d'arrêt de Saint-Pétersbourg.
Les Eaux tranquilles 1854, parfois intitulée Un coin tranquille, ou encore L'antchar. Version définitive en 1856.
Deux amis (854
L'Auberge de grand chemin 1855
Une correspondance 1856
Jacques Passinkov 1856
Faust 1856
Excursion dans les grands-bois 1856
Assia ou Asya 1858
Premier Amour 1860, nouvelle en partie autobiographique.
Apparitions 1864, le premier récit fantastique de l'auteur.
Assez ! 1865
Le Chien 1866, nouvelle fantastique.
L'Infortunée 1869
Étrange Histoire 1870
Un roi Lear des steppes 1870
Pounine et Babourine 1874
La Montre 1875
Un rêve 1877, nouvelle fantastique
Le Chant de l'amour triomphant 1881, récit fantastique situé à Ferrare au XVIe siècle.
Clara Militch 1883, aussi connu sous le titre Après la mort. Récit d'un amour post-mortem.
La Caille 1883
L'Exécution de Troppmann (1870), 1ère traduction française de Isaac Pavlovsky, publiée dans ses Souvenirs sur Tourguéneff, Savine, 1887.

Romans

Roudine 1856
Nid de gentilhomme 1859
À la veille 1860
Pères et Fils 1862 Le chef-d'œuvre romanesque de l'auteur.
Fumée 1867
Eaux printanières 1871
Terres vierges 1877

Théâtre

L'Imprudence 1843
Sans argent 1846
Le fil rompt où il est mince 1848
Le Pain d'autrui 1848
Le Célibataire 1849
Un mois à la campagne, la pièce la plus célèbre de l'auteur, écrite en 1850, mais qui n'a été créée qu'en 1879.
La Provinciale
Le Déjeuner chez le maréchal
Conversation sur la grand-route
Un soir à Sorrente

Liens

http://youtu.be/XRidGOZYlWw Premier amour Tourgueniev
http://youtu.be/a2XgLJng12Y Un mois à la campagne
http://youtu.be/LJ1u9wldkcQ Le chant des fresnes


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Posté le : 09/11/2014 01:28
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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