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Imre Kertész
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Le 9 novembre 1929 naît à Budapest Imre Kertész

écrivain hongrois marié avec Magda Kertész, survivant des camps de concentration et lauréat du prix Nobel de littérature en 2002.
À travers une langue riche de métaphores, Kertész raconte, en évitant les effets pathétiques, les crimes atroces commis dans les camps de concentration. Au fil des pages, il soulève toutes les questions que le lecteur n'ose jamais poser, en conservant une distance vis-à-vis de son évocation. Le point de vue d'un adolescent, sans recul, étonné, soulève un problème essentiel à la fin du livre : peut-on survivre uniquement par une adaptation progressive ? Kertész considère qu'écrire un roman sur les camps qui n'irrite pas le lecteur le tromperait sur le sens de la réalité d'Auschwitz. Il s'agit bel et bien pour lui de faire comprendre, par le trouble que suscite le récit, cette monstruosité humaine.


En Bref

Déporté à 15 ans en camp de concentration Auschwitz, Buchenwald, Imre Kertész est un survivant de l'Holocauste. Devenu journaliste au lendemain de la guerre, puis traducteur d'auteurs et de penseurs allemands tels que Nietzsche et Freud, il se heurte au pouvoir en place dans son pays et n'y sera reconnu qu'après la chute du communisme en Europe de l'Est. Venu au roman pour témoigner de son mal Être sans destin, 1975, suivi du Refus et de Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, il dénoncera plus généralement l'oppression inhérente à toute forme de totalitarisme Un autre : chronique d'une métamorphose, 1997. Prix Nobel de littérature 2002.
Si Imre Kertész s'est vu décerner le prix Nobel de littérature en 2002, son œuvre n'a commencé à être reconnue que dans les années 1990, via notamment les traductions qui en ont été faites en Allemagne. Paradoxale, dérangeante, elle dresse, pour reprendre la formule de l'Académie suédoise, l'expérience fragile de l'individu contre l'arbitraire barbare de l'Histoire .
L'œuvre d'Imre Kertész est profondément marquée par son expérience des camps et par l'analyse de l'effet dévastateur des systèmes totalitaires sur l’homme. Dans son roman Être sans destin, l'auteur présente son héros, un adolescent juif de quinze ans, à l'esprit encore naïf, qui a été arrêté puis déporté dans un camp de concentration nazi. Là, il considère les événements qui s'y déroulent comme quelque chose de naturel compte tenu des circonstances : au lieu de la révolte, cette barbarie ne semble susciter en lui qu'indifférence celle-là même que Kertész retrouvera dans L'Étranger de Camus. L'impuissance des victimes se reflète clairement dans le cynisme méprisant des coupables.

Sa vie

Né dans une famille juive modeste, d'un père marchand de bois et d'une mère petite employée, Imre Kertész est déporté à Auschwitz en 1944, à l'âge de 15 ans, puis transféré à Buchenwald. Cette expérience douloureuse nourrit toute son œuvre, intimement liée à l'exorcisation de ce traumatisme. L'édification d'une patrie littéraire constitue le refuge d'un être qui constate l'absurdité du monde car on lui a un jour refusé le statut d'être humain. Ses ouvrages ouvrent une réflexion sur les conséquences dévastatrices du totalitarisme et la solitude de l'individu, condamné à la soumission et la souffrance silencieuse.
Revenu à Budapest en Hongrie, en 1945, il se retrouve seul, tous les membres de sa famille ayant disparu. En 1948, il commence à travailler comme journaliste. Mais le journal dans lequel il travaille devient l'organe officiel du Parti communiste en 1951, et Kertész est licencié. Il travaille alors quelque temps dans une usine, puis au service de presse du Ministère de l'Industrie.

Congédié à nouveau en 1953, il se consacre dès lors à l'écriture et à la traduction. La découverte de L'Étranger d'Albert Camus lui révèle, à 25 ans, sa vocation. La philosophie de l'absurde devient un modèle fondateur pour son œuvre. À partir de la fin des années 1950 et tout au long des années 1960, il écrit des comédies musicales pour gagner sa vie. Il traduit de nombreux auteurs de langue allemande comme Friedrich Nietzsche, Hugo von Hofmannsthal, Arthur Schnitzler, Sigmund Freud, Joseph Roth, Ludwig Wittgenstein et Elias Canetti qui ont une influence sur sa création littéraire. Dans les années 1960, il commence à écrire Être sans destin, récit d'inspiration autobiographique qu'il conçoit comme un « roman de formation à l'envers.
Ce roman sobre, distancié et parfois ironique sur la vie d'un jeune déporté hongrois, constitue le premier opus d'une trilogie sur la survie en camp de concentration. Il évoque notamment le point de vue de la victime dans l'histoire et son conditionnement occasionnel, voire banal, à l'entreprise de déshumanisation menée par l'Allemagne nazie. Cette acceptation passive et ordinaire de l'univers concentrationnaire peut être distinguée du témoignage de Primo Levi dans Si c'est un homme. L'ouvrage ne peut paraître qu'en 1975, pour un accueil assez modeste.
C'est seulement après sa réédition, en 1985, qu'il connaît le succès.
Tenu à l'écart par le régime communiste, Kertész ne commence à être reconnu comme un grand écrivain qu'à la fin des années 1980. Il obtient en 2002 le prix Nobel de littérature, pour une œuvre qui dresse l'expérience fragile de l'individu contre l'arbitraire barbare de l'histoire.
Aujourd'hui, il réside essentiellement à Berlin. En 2003, il est élu membre de l'Académie des arts de Berlin et reçoit en 2004 la croix de grand officier de l'Ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne, Großen Bundesverdienstkreuz mit Stern. En 2011, il publie Sauvegarde, autoportrait d'un homme à l'hiver de sa vie, affrontant la maladie de Parkinson et le cancer de son épouse. Kertész y circonscrit réflexions littéraires et notes, souvenirs et anecdotes sur son parcours, notamment sa fuite vers l'Allemagne et l'antisémitisme dont il a à nouveau fait l'objet en Hongrie après son retour des camps.

Style

La vision littéraire de Kertész se rapproche de Franz Kafka et de l'esthétique propre à la Mitteleuropa. Il est également lié à Camus et Samuel Beckett tant pour ses recherches narratives et formelles que pour le thème de l'absurde et du désespoir qui hantent son œuvre. Son expression fonctionne en périodes distinctes et joue du ressassement et de l'ironie mordante, parfois cruelle, mêlés à plusieurs références d'ordre historique, politique, philosophique et artistique. L'auteur se veut un styliste du verbe et combine témoignage autobiographique, délires, ambiguïté, considérations universelles et dimension analytique du langage, héritée de la tradition littéraire austro-allemande dont il est familier. Précise, riche en métaphores et suggestive, son écriture est marquée par le goût des parenthèses juxtaposées avec un aspect très plastique de la phrase au galbe raffiné.

Dans les deux autres romans de la trilogie, Le Refus, 1988 trad. franç. 2001 et Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, 1990, l'auteur approfondit l'expérience d'un juif hongrois qui n'a survécu aux camps que pour tomber dans un autre totalitarisme, celui de la dictature communiste. C'est là que Kertész comprend rétrospectivement les horreurs du nazisme et se sent obligé d'analyser le mépris pour l'être humain, tout en se voulant le prophète de nouvelles conditions de vie libres et décentes.
Dans Le Refus, qui évoque notamment la violente dénégation que provoque en Hongrie, dans les milieux littéraires, la parution d'Être sans destin, tout tourne autour de la figure rhétorique de la répétition, considérée comme une expérimentation réflexive. Un écrivain âgé, qui passe toute sa vie dans un logis minuscule et veut publier un texte sur les camps d'extermination, se heurte à un refus : le monde ne veut ni de lui, ni de son concept de la vérité. C'est la raison pour laquelle cet écrivain inventera une autre histoire, celle d'un journaliste qu'il jettera dans ce labyrinthe cruel qu'est la Hongrie stalinienne de l'après-guerre.

La langue comme recours

La langue de Kertész est très concise, et c'est d'abord par elle que tout est remis en question. Significativement, le premier mot de Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas est NON. Le narrateur y déploie un soliloque presque obsessionnel sur les souffrances, l'oubli, l'existence sur laquelle on ne saurait revenir. Une fois cependant, il essaie de quitter son petit logement et de se marier. Mais, trop marqué par les expériences de sa jeunesse, il refusera de donner un enfant à sa femme. Le NON initial traverse ainsi tout le roman, du début à la fin. Dépourvu de véritable récit, cette œuvre pourrait se réduire à être ce chant funèbre qui donne son titre au livre. Mais la virtuosité de Kertész libère le texte de son hermétisme sans espoir de réconciliation, permettant au narrateur d'évoquer l'importance des instincts et des contre-instincts qui orientent la vie.
Recourant à des images qui expriment sans cesse le doute, Kertész s'avère un grand maître de la langue. Celle-ci, certainement marquée par ses traductions de Wittgenstein, tend au discours philosophique. À la fois témoignage sur sa personnalité et véhicule de jugements universels, elle se veut une sorte de quintessence de la survie, avec tout ce que celle-ci peut avoir d'ambivalent. Dans un entretien il explique ainsi, à propos de son expérience des camps : À chaque fois que ce système, fondé sur la destruction de l'individu, marquait une pause, je ressentais du „bonheur„. Et j'en ressentais également lorsque je faisais cette expérience très intense de me sentir plus proche de la mort que de le vie.
Parmi les autres récits d'Imre Kertész, mentionnons Le Chercheur de traces 1997, trad. franç. 2003, Le Drapeau anglais 1991, trad. franç. 2005 et Liquidation 2003, trad. franç. 2004. Dans ses essais et son journal, tenu entre 1991 et 1995 Un autre. Chronique d'une métamorphose, 1997 ; trad. franç. 1999, suivi de Sauvegarde. Journal 2001-2003 2011, trad.franç. 2012, on relève les traces d'une tradition d'Europe centrale proche de celle qu'exprime la conception kafkaïenne du monde, ainsi que le principe selon lequel seule la langue, dans ce qu'elle possède d'indicible, permet à l'individu de survivre et au lecteur, peut-être, d'ouvrir les yeux. Enfin, dans Dossier K 2006, trad. franç. 2008, un livre de dialogues, l'écrivain revient sur l'essentiel de sa vie et de son œuvre.

Œuvres

Imre Kertész,
Sorstalanság 1975, Être sans destin, Arles, Actes Sud, 1998 voir critique.
A nyomkereső 1977, Le chercheur de traces, Arles, Actes Sud, 2003.
Detektívtörténet 1977, Roman policier, Arles, Actes Sud, 2006.
A kudarc 1988, Le Refus, Arles, Actes Sud, 2001.
Kaddis a meg nem született gyermekért 1990, Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, Arles, Actes Sud, 1995.
Az angol lobogó 1991, Le Drapeau anglais, Arles, Actes Sud, 2005.
Gályanapló, 1992, Journal de galère, Arles, Actes Sud, 2010.
Jegyzőkönyv, 1993, Procès verbal" dans "Le Drapeau anglais, Arles, Actes Sud 2010.
A holocaust mint kultúra 1993, L'Holocauste comme culture dans : L'Holocauste comme culture. Discours et essais, Arles, Actes Sud, 2009.
Valaki más: a változás krónikája 1997, Un autre, chronique d'une métamorphose, Arles, Actes Sud, 1999.
A gondolatnyi csend, amíg a kivégzőosztag újratölt, 1998.
A száműzött nyelv, 2001, L'Holocauste comme culture. Discours et essais, Arles, Actes Sud, 2009.
Felszámolás, 2003, Liquidation, Arles, Actes Sud, 2004.
A K. dosszié 2006, Dossier K, Arles, Actes Sud, 2008.
Mentés másként 2011, Sauvegarde. Journal 2001-2003, Arles, Actes Sud, 2012.

Citations

Les citations sont extraites de l'édition Babel et traduite en français du livre Le Refus.

" Il est également incroyable que la vue des fours crématoires... éveille en lui "l’impression d'une farce de potache" "

" Oui, si la mort est une absurdité, comment la vie pourrait-elle avoir un sens? Si la mort a un sens, à quoi bon vivre? Où ai-je perdu ma salutaire impersonnalité? Pourquoi ai-je écrit un roman et surtout, oui, surtout, y ai-je placé toute ma confiance? "

" Mon roman n'est rien d'autre qu'une réponse au monde, le seul type de réponse que, visiblement, je sois capable d'apporter. À qui aurais-je pu adresser ma réponse puisque, comme on le sait, Dieu est mort? Au néant, à mes frères humains inconnus au monde. Ce n'est pas devenu une prière, mais un roman. "

" Je ne vais pas me faire enfermer rien que pour devenir une attraction éphémère. "

" Celui qui vit sous le charme du destin, se libère du temps. "

" Puisque pour un écrivain il n'y a pas de couronne plus précieuse que l'aveuglement de son époque à son égard, et l'aveuglement accompagné du mutisme est une pierre précieuse de plus. "

" On prenait possession de ma conscience, elle était cernée de toutes parts : on m'éduquait. "


[img width=600]http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/86/Imre_Kert%C3%A9sz_(1929-)_Hungarian_writer_II._by_Csaba_Segesv%C3%A1ri.JPG[/img]

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Posté le : 09/11/2014 01:43

Edité par Loriane sur 09-11-2014 16:16:47
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Par une aquarelle de Folon
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Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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