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L'appel de L'abbé Pierre
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Le 1 Février 1954, l''abbé Pierre lance un appel

en plein Hiver, alors que la température tombe en dessous de - 15 °C de façon prolongée, cet ancien résistant et ancien député MRP, va lancer des appels médiatiques nationaux à la solidarité sociale pour venir en aide aux pauvres et aux sans domicile fixe en danger de mourir de froid dans l'ignorance sociale et médiatique complète.
Son message, appel au secours, diffusé sur les ondes de Radio-Luxembourg, est un appel à venir en aide aux sans-abri qui provoquera un électrochoc dans la France d'après-guerre.
En cet hiver 1954, Paris grelotte par moins 15 degrés. Des glaçons flottent sur la Seine. Des millions de logements font défaut alors que le pays doit faire face aux destructions de la guerre et à un fort exode rural. Des familles entières ont gagné les villes, créant des poches de pauvreté. Les bidonvilles se développent. Les mesures gouvernementales se font cruellement attendre.
Les couche-dehors, comme la presse appelle les SDF à l'époque, recouvrent les grilles d'aération malodorantes du métro ou se réfugient sous les ponts. Quatre semaines plus tôt, le petit Marc, âgé de trois mois, est mort de froid dans les bras de sa mère à Neuilly-Plaisance. La même nuit, l'Assemblée nationale votait contre le déblocage d'un milliard de francs pour la construction de logements d'urgence.


L’élan de solidarité

L'abbé Pierre, de son vrai nom Henri Grouès, 42 ans, ancien résistant et ancien député, vient de créer Les Compagnons d'Emmaus, mouvement laïc qui a pour objectif de lutter contre l'exclusion et la misère. Son appel à l'insurrection de la bonté, selon les titres des journaux, sera le premier d'une longue série de coups de gueule par voie de presse.
Il est entendu de toute la population français émue, de l'Assemblée nationale et du gouvernement français qui répondent avec générosité à son appel et contribuent à permettre à l'abbé de fonder officiellement le 12 mars 1954 l'Association Emmaüs.

Intégral de l'appel de l'Abbé Pierre :

Mes amis, au secours...

Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l'avait expulsée. Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d'un presque nu. Devant l'horreur, les cités d'urgence, ce n'est même plus assez urgent!

Écoutez-moi ! En trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l'un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève; l'autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir-même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s'accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l'on lise sous ce titre « centre fraternel de dépannage », ces simples mots : « Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime ».

La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l'hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l'âme commune de la France. Merci! Chacun de nous peut venir en aide aux sans abri. Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain: 5.000 couvertures, 300 grandes tentes américaines, 200 poêles catalytiques.

Déposez-les vite à l'hôtel Rochester, 92, rue de la Boétie ! Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève.

Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l'asphalte ou sur les quais de Paris.

Sa vie

Le 22 janvier 2007 à Paris V, à 94 ans, meurt Henri Grouès, dit l’abbé Pierre, né le 5 août 1912 à Lyon, meurt le 22 Janvier 2007, à 94 ans, à Paris Ve, il est nommé Castor méditatif chez les Scouts dans sa jeunesse et " Le père" au sein du Mouvement Emmaüs, prêtre catholique français de l'Ordre des Frères mineurs capucins, résistant, puis député, fondateur du mouvement Emmaüs, organisation laïque de lutte contre l'exclusion comprenant la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés et de nombreuses autres associations, fondations et entreprises de l'économie sociale, en France.

L'abbé Pierre avant Emmaüs

Henri Grouès est né à Lyon IVe dans une famille bourgeoise aisée et pieuse de négociants en soie lyonnais, originaire, du côté paternel, du hameau de Fouillouse à Saint-Paul-sur-Ubaye, son père y est négociant, son grand-père marchand toilier et son arrière-grand-père propriétaire-cultivateur-colporteur, et de Tarare dans le Rhône du côté maternel. Il est le cinquième de huit enfants. Il a été baptisé à l'église Saint-Eucher, dans le 4e arrondissement de Lyon. Il passe son enfance à Irigny, une commune au Sud-Ouest de Lyon. À 12 ans, il accompagne son père à la confrérie séculaire des Hospitaliers veilleurs, où les bourgeois se font coiffeurs barbiers pour les pauvres.

Élève à l'internat Saint-Joseph actuel lycée Saint-Marc, il fait partie des scouts de France, dans lesquels il fut totémisé Castor Méditatif. Il connaît de son propre aveu une série d'illuminations : en 1928 à 16 ans, à l'occasion d'un pèlerinage à Rome, il est frappé d'un coup de foudre avec Dieu selon ses propres mots, à la suite duquel il veut entrer dans les ordres franciscains, cependant il devra attendre d'avoir 17 ans et demi.

Entrée dans les ordres

En 1931, il fait profession chez les capucins où il prononce ses vœux. Il renonce cette année-là à sa part du patrimoine familial, et donne tout ce qu’il possède à des œuvres caritatives. En religion, Henri Grouès devient frère Philippe. En 1932, il entre sous le nom de frère Philippe au couvent des Capucins de Crest Drôme, où il passe sept années d’austérité religieuse.
Le samedi 18 décembre 1937, il est ordonné diacre par monseigneur Camille Pic, évêque de Valence Drôme dans la chapelle du Grand Séminaire, 75 rue Montplaisir, qui abrite aujourd’hui le lycée privé catholique Montplaisir.
Il est ordonné prêtre le 24 août 1938 en la chapelle du lycée Saint-Marc, en même temps que le jésuite Jean Daniélou, futur cardinal. En accord avec ses supérieurs, il quitte le couvent le 18 avril 1939 à cause de sa santé fragile. Le cardinal Gerlier l'invite alors à intégrer le diocèse de Grenoble où il est incardiné le 2 mai 1939 et nommé le 14 mai suivant vicaire à la basilique Saint-Joseph de Grenoble par l'évêque Mgr Caillot.

Rien, pourtant, ne laissait entrevoir ce qui allait, pendant un demi-siècle, devenir le mythe abbé Pierre. Henri Grouès venait, il le dit lui-même, de vivre la jeunesse turbulente d'un bourgeois quand, à l'âge de quinze ans, malade, il rentre d'un pèlerinage de collégiens et s'arrête avec eux à Assise. C'est la semaine de Pâques. Le jeune Henri part seul sur un chemin à flanc de montagne « et là, dit-il, deux évidences se sont imposées à moi : l'universalité et l'intensité d'action qu'il y avait dans l'adoration. Quelque temps plus tard, le soir de leurs noces d'argent, il annonce à ses parents qu'il veut se faire moine cloîtré, dans l'ordre le plus pauvre, celui des Capucins. Il y restera sept ans, priant toutes les nuits de minuit à deux heures du matin.Cette notion d'adoration, confiera-t-il plus tard, a été là, à Assise, un choc qui a marqué ma vie entière. C'est dans la prière contemplative en effet qu'il puisera, tout au long de son existence au service des plus pauvres, la force d'agir. Ce qui fait dire à son biographe Pierre Lunel que l'abbé Pierre était un mystique agissant.
Sa santé fragile oblige Henri Grouès à quitter la vie religieuse cloîtrée. Il devient donc simple prêtre, le 24 août 1938. Quelques années plus tard, exerçant son ministère de vicaire à la cathédrale de Grenoble, il héberge les juifs qui frappent à sa porte. Nous sommes en juillet 1942. Un peu de temps encore, et voilà Grouès qui participe à l'organisation des maquis en Chartreuse et dans le Vercors. Il emprunte alors différents noms, dont celui d'abbé Pierre. Le résistant qu'il est devenu rejoint le général de Gaulle à Alger en 1944. Le goût de servir son pays l'a saisi et le poursuit. De 1945 à 1951, l'abbé Pierre est député M.R.P. de Meurthe-et-Moselle. La politique est, pour lui, synonyme de défense du bien commun. Il ne cessera jamais de s'en faire l'avocat et d'y trouver des alliés pour l'immense croisade contre la pauvreté qu'il va mener.

Seconde Guerre mondiale

Il est mobilisé comme sous-officier dans le régiment du train des équipages, en décembre 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale.
Selon sa biographie officielle issue des archives officielles du ministère de la Défense nationale, vicaire à la cathédrale Notre-Dame de Grenoble, il recueille des enfants juifs dont les familles ont été arrêtées lors des rafles des Juifs étrangers en zone Sud, en août 1942.
En novembre 1943 il fait passer en Suisse le plus jeune frère du général de Gaulle, Jacques, ainsi que son épouse qu’il confie au réseau de l’abbé Marius Jolivet, curé de Collonges-sous-Salève. Il participe à la création de maquis dont il est un des leaders dans le massif du Vercors et le massif de la Chartreuse. C’est à cette époque qu’il rencontre Lucie Coutaz, qui le cache sous un faux nom, et restera sa secrétaire particulière jusqu’à sa mort en 1982. Elle est considérée comme la cofondatrice du Mouvement Emmaüs.
Il aide les réfractaires au service du travail obligatoire STO. Il prend le nom d’abbé Pierre dans la clandestinité. En 1944, il est arrêté par l’armée allemande à Cambo-les-Bains, dans les Pyrénées-Atlantiques, mais est relâché et passe en Espagne puis rejoint via Gibraltar le général de Gaulle à Alger en Algérie. Il devient aumônier de la Marine sur le cuirassé Jean Bart à Casablanca Maroc.
Ses actions dans la résistance lui valent la croix de guerre 1939-1945 avec palme à la Libération. De son expérience passée et des drames dont il a été témoin, il doit, comme bien d’autres résistants de tout bord qui l’ont côtoyé, son engagement politique pour restaurer une société digne fondée sur les droits humains fondamentaux, mais aussi sa profonde détermination à agir pour des causes qu’il croit justes, y compris parfois dans l’illégalité, et à mobiliser autour de lui pour faire changer les lois établies et les regards indifférents.

Carrière politique

Henri Grouès
Fonctions
Député de la Meurthe-et-Moselle
1945 – 1951
Législature assemblées nationales constituantes
Ire législature de la IVe République
Biographie
Parti politique Mouvement républicain populaire MRP
modifier
Après la guerre, sur les conseils de l’entourage du général de Gaulle, et l’approbation de l’archevêque de Paris, il est élu député de Meurthe-et-Moselle aux deux assemblées nationales constituantes 1945-1946, comme indépendant apparenté au Mouvement républicain populaire MRP de résistants démocrates-chrétiens, puis à l’Assemblée nationale de 1946 à 1951, où il siège d’abord au sein du groupe MRP. Sa profession de foi affiche un programme proche du populisme, ni capitaliste, ni collectiviste.
En 1947, il est vice-président de la Confédération mondiale, mouvement fédéraliste universel de promotion de la mondialisation démocratique. Avec Albert Camus et André Gide, il fonde le comité de soutien à Garry Davis, fondateur du mouvement des citoyens du monde, qui s’oppose à la remontée rapide des égoïsmes nationaux et déchire son passeport devant l’ambassade américaine.
Il se désolidarise du parti politique après l’incident sanglant de Brest d’avril 1950, ayant provoqué la mort de l’ouvrier Édouard Mazé. Dans sa lettre de démission du 28 avril 1950, Pourquoi je quitte le MRP, il dénonce les positions politiques et sociales du Mouvement. Il rejoint ensuite la Ligue de la jeune République, mouvement chrétien socialiste. Mais, il ne se représentera plus à l’Assemblée à la fin de son mandat : sa courte carrière politique se termine en 1951 et l’abbé Pierre retourne à sa vocation première de prêtre-aumônier et s’investit, avec sa petite rente d’ex-député, dans ses actions caritatives.

L'abbé Pierre et Emmaüs

Fondation d’Emmaüs Mouvement Emmaüs.

Il fonde en 1949 le Mouvement Emmaüs, en référence à Emmaüs, village de Palestine apparaissant dans un épisode du dernier chapitre de l'Évangile selon saint Luc. Ce mouvement est une organisation laïque de lutte contre l'exclusion, présente aujourd'hui dans 36 pays du Monde. Il commence ainsi dès l'été 1949 par fonder la communauté Emmaüs de Neuilly-Plaisance, au 38 avenue Paul Doumer, au départ auberge de jeunesse.
La rencontre avec George, désespéré qui a perdu toute raison de vivre, et à qui l'abbé Pierre demande "Viens m'aider à aider marque cependant le véritable acte fondateur du Mouvement Emmaüs.
Les communautés Emmaüs se financent par la vente de matériels et d’objets de récupération et construisent des logements :
Emmaüs, c'est un peu la brouette, les pelles et les pioches avant les bannières. Une espèce de carburant social à base de récupération d'hommes broyés.
Non réélu en 1951 en raison du système des apparentements, il perd ses 12 000 € d'indemnités de député et est réduit à mendier ou vendre des publications à la dérobée pour subvenir aux besoins d'Emmaüs. Dans le même temps, les compagnons d'Emmaüs systématisent la chine qui est complétée à partir de février 1952 par la biffe sur le tas.
Le 29 mars 1952, il participe au jeu Quitte ou double animé par Zappy Max sur Radio Luxembourg pour alimenter financièrement son combat, où il gagnera 512 000 francs de l'époque, ce qui correspond à près de 12 000 $ actuels.

Hiver 1954 : L'insurrection de la bonté Histoire des luttes pour le logement en France.

L’abbé Pierre acquiert sa notoriété à partir du très froid hiver de 1954, meurtrier pour les sans-abri.
Il lance le 1er février 1954 un appel mémorable sur les antennes de Radio-Luxembourg future RTL, qui deviendra célèbre sous le nom d'« Appel de l'abbé Pierre.
Le lendemain, la presse titra sur l’insurrection de la bonté. L’appel rapportera 500 millions de francs en dons, dont 2 millions par Charlie Chaplin qui dira à cette occasion : Je ne les donne pas, je les rends. Ils appartiennent au vagabond que j'ai été et que j'ai incarné, une somme énorme pour l’époque et complètement inattendue, des appels et courriers qui submergèrent complètement le standard téléphonique de la radio, et des dons en nature d’un volume si immense qu’il fallut des semaines pour simplement les trier, les répartir et trouver des dépôts pour les stocker convenablement un peu partout en France.
Avec l'argent rassemblé suite à son appel à la radio, il fait construire des cités d'urgence, dont celle de Noisy-le-Grand ressemble à un bidonville car elle s'inspire du projet de l'architecte américain Martin Wagner, les bâtiments sont en forme de demi bidon métallique. Ces cités appelées à être provisoires se transformèrent progressivement, dans le meilleur des cas, en cités HLM.

Le combat de l’abbé Pierre a aussi permis l’adoption d’une loi interdisant l’expulsion de locataires pendant la période hivernale.

Les événements de l'hiver 1954 ont donné lieu, en 1989, à un film de Denis Amar, Hiver 54, l'abbé Pierre, avec Claudia Cardinale et Lambert Wilson.

Développement d'Emmaüs

L’appel de 1954 attira des bénévoles de toute la France pour aider d’abord à la redistribution, mais aussi fonder les premiers groupes se réclamant de cet appel. Rapidement, il dut organiser cet élan inespéré de générosité, et le 23 mars 1954 il fonde, avec ces dons, l'Association Emmaüs, ayant pour objectif de regrouper l'ensemble des communautés Emmaüs. Cependant, l'association Emmaüs perdra rapidement ce rôle de fédération des groupes Emmaüs, pour se concentrer sur la gestion des centres d'hébergement et d'accueil Emmaüs de Paris et sa région.
À l'époque, ces communautés construisent des logements pour les sans-abri, et les accueillent en leur procurant non seulement toit et couvert en situation d’urgence mais aussi un travail digne. Nombre de compagnons d’Emmaüs seront ainsi d’anciens sans-abri, de tous âges, genres et origines sociales, sauvés de la déchéance sociale ou parfois d’une mort certaine et rétablis dans leurs droits fondamentaux, par les communautés issues de cet élan de générosité à qui ils retournent leurs remerciements par leur propre engagement caritatif.
Le Mouvement Emmaüs se développe ensuite rapidement dans le monde entier, au gré des voyages de l'abbé Pierre, principalement en France et en Amérique Latine.
En 1963, il est victime d'un naufrage dans le Río de la Plata, Argentine. Annoncé mort pendant quelques jours, l'abbé Pierre prend alors conscience que sa mort signifierait la disparition du seul lien entre les groupes Emmaüs du monde, ce qui aurait pu mener à la disparition du mouvement. C'est donc à la suite de cet événement que l'abbé Pierre décide de préparer la fondation d'Emmaüs International, qui verra le jour en 1971.
Ainsi, d'abord très désorganisé et très spontané, le mouvement Emmaüs se structure progressivement jusqu'à acquérir sa forme actuelle. En 1985 est créée l'association Emmaüs France, qui regroupe alors tous les groupes Emmaüs français, alors que l'association Emmaüs se focalise sur Paris et ne joue plus son rôle initial de fédération.
Plus tard, en 1988, l'abbé Pierre crée avec son ami Raymond Étienne la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés, reconnue d'utilité publique en 1992. Cette fondation a pour objet la lutte contre le mal-logement.

Rôle au sein d'Emmaüs

L'abbé Pierre est, avec sa secrétaire Lucie Coutaz, à l'origine d'Emmaüs. Cependant, il n'en a jamais été un dirigeant opérationnel. D'un caractère spontané, il est peu porté vers l'organisation. Ainsi, il préférera toujours créer de nouvelles structures, initier de nouveaux projets, que de gérer celles qui existent.
Par exemple, il marquera à plusieurs reprises son opposition à la création de l'Union centrale de communautés Emmaüs, qui en 1958 se donne pour objet de professionnaliser la gestion des communautés Emmaüs, et qui selon l'abbé Pierre voulait donner une trop rigide définition de tout.
Cependant, l'abbé Pierre a bien conscience de la nécessité d'une telle structuration, même si elle ne correspond pas à son penchant naturel. Il encouragera ainsi la fondation d'Emmaüs International en 1971.
Le curé-député a fondé, en 1949, les premières communautés des Chiffonniers d'Emmaüs après avoir accueilli dans sa maison un forçat assassin et commencé avec lui à bâtir pour les sans-abri. Mais la réalité sociale de l'après-guerre dépasse de loin ce qu'il avait imaginé. Ils sont des milliers, probablement plutôt des dizaines de milliers, à mourir de froid dans le trop rude hiver de l'année 1954. L'abbé Pierre, qui n'en peut plus de ce trop douloureux spectacle, décide de s'adresser à la France entière. Sur Radio Luxembourg la voix fragile s'écrie : Mes amis, au secours ! L'insurrection de la bonté et de la solidarité commence. Les couvertures et les dons affluent. Emmaüs accueille les blessés de la vie et leur propose de se remettre en route en vivant dans des communautés de travail. La dynamique ne s'arrêtera plus. De la région parisienne à l'Afrique, de l'Amérique latine à l'Asie, l'abbé Pierre sera désormais sur tous les fronts de la misère, compagnon de tous les damnés de la terre, mais prenant, chaque jour, le temps de célébrer la messe et de prier là où il se trouve. Mystique agissant, toujours et partout, récompensé en 1991 par le prix Balzan pour l'humanité, la paix et la fraternité entre les peuples.
C'est à cet apôtre sans cesse aux aguets, à ce curé de la misère à la barbe broussailleuse que les Français voueront une admiration sans réserve et une sympathie sans faille de 1954 à 2007. En témoigneront le succès du film Hiver 54, qui raconte le début de son épopée, ses nombreux livres et entretiens, ainsi que les innombrables récompenses dont il sera gratifié. La seule exception concerne le court moment, en 1996, où il apporta un appui malheureux au philosophe marxiste Roger Garaudy, converti à l'islam et auteur d'un livre à caractère antisémite. Les évêques français le désapprouvèrent publiquement et la presse nationale lui en fit reproche.
Comment expliquer cette ferveur si constante ? Peut-être l'abbé Pierre fut-il, dans notre société de l'instant, des modes et de l'individualisme, un pôle permanent de solidarité et de fraternité ? Sans doute fut-il aussi, face aux structures lourdes et lentes des administrations et de la politique, un vecteur de mauvaise conscience et une voix forte d'indignation contre l'extrême pauvreté, jusqu'aux derniers mois de sa vie. Mais cet homme de prière et d'action fut également, aux yeux des croyants et des non croyants, un homme profondément libre, secouant de temps à autre sa propre Église. À propos, par exemple, de l'usage nécessaire du préservatif face au sida ou bien encore du mariage des prêtres, sans oublier le soutien public qu'il apporta à Mgr Gaillot lors de son éviction de l'évêché d'Évreux.
À Rome, dans une allocution à sa mémoire, quelques jours après sa mort survenue le 22 janvier 2007, le cardinal Roger Etchegaray disait de l'abbé Pierre qu'il était une âme d'acier trempé dans l'amour. Il n'y a sans doute pas hommage plus mérité.

Sa mort

L’abbé Pierre meurt le lundi 22 janvier 2007, tôt le matin, 5 h 25 heure locale, à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, des suites d’une infection du poumon droit consécutive à une bronchite. Il était âgé de 94 ans.
Il affirmait : J’ai passé ma vie à prier Dieu pour mourir jeune, et ajoutait : Vous voyez, c’est raté ! L'abbé Pierre faisait également régulièrement allusion à sa mort en évoquant son départ en grandes vacances.

Hommages

L’ensemble de la classe politique française ne tarit d’éloges et reconnaît le travail réalisé par l’abbé Pierre, notamment le président de la République Jacques Chirac, le Premier ministre Dominique de Villepin, la candidate socialiste Ségolène Royal et le candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy.
De très nombreuses associations et fondations françaises ou internationales qui ont milité avec l’abbé Pierre dans des causes communes en faveur des plus démunis lui rendent le jour même un vibrant hommage par des communiqués officiels.
L’ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing demande que soient célébrées des obsèques nationales » en l’honneur de l’abbé Pierre. La présidence de la République se prononce le jour de sa mort pour savoir si un hommage national ou un deuil national, la plus haute distinction funéraire française serait rendu. Conformément aux souhaits de la Fondation Abbé Pierre et la famille qui semble s’opposer à la seconde option, c’est la première option qui est choisie, réservée tout de même à des personnalités telles que Jean-Paul II et le Commandant Cousteau, plus conforme au testament de l’abbé qui préférait que tout l’argent serve plutôt à la collecte au profit des œuvres de sa Fondation, à laquelle il a donné tout au long de sa vie l’ensemble de ses droits ainsi que les dons personnels faits à son nom.
Une chapelle ardente est ouverte à tous, les mercredi 24 et jeudi 25 janvier 2007, toute la journée, à l'église du Val-de-Grâce à Paris, où son cercueil simplement surmonté de sa canne et son béret est exposé aux remerciements du public ; un hommage populaire à l’abbé Pierre est organisé par le Mouvement Emmaüs le jeudi 25 janvier au Palais omnisport de Paris-Bercy, de 19 à 23 heures. Par ailleurs, des livres d’or collectent les hommages populaires à Paris, Metz et dans plusieurs communautés Emmaüs du Sud de la France ; face aux demandes, d’autres communautés Emmaüs en France ou dans le monde recueillent aussi les hommages du public.
À Lyon, sa ville de naissance, une messe commémorative est dite par l'archevêque de Lyon et Primat des Gaules, le Cardinal Philippe Barbarin en la Primatiale Saint-Jean l'église Saint-François de Sales, associée à l'Abbé Pierre, a d'abord été envisagée, mais sa taille n'aurait pas permis d'accueillir le public dans des conditions de sécurité suffisantes. Lors de cette messe, l'évangile est proclamé par un diacre, neveu de l'abbé Pierre.

Obsèques

À la suite de la demande de la famille, les drapeaux français n'ont pas été mis en berne lors de l’hommage national. Les obsèques se sont déroulées le vendredi 26 janvier à 11 heures, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Diverses personnalités de tous bords se sont jointes à la cérémonie, placées derrière Jacques Chirac, de nombreux membres du mouvement Emmaüs et la famille : Valéry Giscard d'Estaing, Dominique de Villepin, de nombreux ministres français, des artistes… ainsi qu’une immense foule anonyme. Fait rare en France, le cortège funéraire a été applaudi par le public, ainsi que dans la cathédrale.
Durant la cérémonie, les représentants officiels de différentes religions étaient présents et lui ont remis symboliquement des cadeaux placés sur son cercueil, posé à même le sol.
Son cercueil a ensuite été transféré vers le village d’Esteville dans la Seine-Maritime, où l’abbé Pierre a résidé pendant plusieurs années, et où se trouve un centre d'accueil toujours en activité aujourd'hui et géré par l'Association Emmaüs de Paris : la Halte d'Emmaüs. Son enterrement s'est déroulé dans la plus stricte intimité.
Plusieurs personnalités politiques se prononcent déjà pour le transfert de sa tombe au Panthéon, malgré le souhait de l’abbé dans son livre-testament et ses déclarations.

Rencontres et actions internationales

Rencontres avec les représentants de l'église catholique
L’abbé Pierre a rencontré au cours de sa vie les papes Pie XI, Pie XII, Jean XXIII et à plusieurs reprises Jean-Paul II ; trop fatigué pour voyager il n’a pas pu rencontrer directement le nouveau pape de l'époque Benoît XVI, mais il a noué des contacts épistolaires.

Bien qu’ayant souvent critiqué les positions de l’Église et tenu des propos parfois interprétés comme anticléricaux, l’abbé Pierre ne s’est jamais placé contre l’Église et tenait plus que tout à sa mission pastorale mais non prosélyte ; il respectait sa hiérarchie, à laquelle il reprochait seulement mais ouvertement d’user de trop de faste, et il a conservé sa liberté de ton et d’action ainsi que sa franchise même sur les sujets réputés dérangeants.

Autres rencontres et actions internationales

Refusant toute montée en responsabilité au sein de l’Église pour pouvoir se consacrer à ses missions au plus près du peuple, il a su cependant rencontrer les plus grands, et il a rencontré des membres éminents de la communauté scientifique, politique ou religieuse internationale notamment :
1944 : le général de Gaulle à Alger en Algérie française, après son arrestation par l’armée allemande et son évasion via l’Espagne.
1945 : le père Teilhard de Chardin et le philosophe Nicolas Berdiaëff, chez lui, deux hommes que l’abbé Pierre tentera vainement de concilier et de faire se comprendre l'un l'autre.
1948 : Albert Einstein à l’Université de Princeton aux États-Unis, pour discuter avec lui des trois explosions atomiques et appeler avec lui de ses vœux à la fondation d’un mouvement international pour le désarmement et la paix dans le monde.
1956 : le président tunisien Habib Bourguiba pour le convaincre de parvenir à l’indépendance de la Tunisie sans violence.
1955 : le président américain Dwight David Eisenhower dans le Bureau ovale, à qui il remet un exemplaire de son livre Les chiffonniers d’Emmaüs.
Le roi du Maroc, Mohammed V, à qui il dépêche deux missionnaires pour l'exhorter à trouver des solutions aux bidonvilles en favorisant le logement rural.
1956 : de nombreuses rencontres internationales, aux Pays-Bas, Portugal, Autriche, Inde, Suisse, Maroc. Il rencontre le Premier ministre indien Nehru, avec Indira Gandhi, et le sage indien Vinoba Vabe pour soutenir sa marche agraire non violente.
1958-1959 : conférences dans les pays scandinaves et d’Amérique du Sud. Le ministre de l’Éducation nationale du Pérou fait appel à lui pour développer l’éducation des populations pauvres. Le père Camillo Tores en Colombie lui demande conseil sur la position de l’Église colombienne qui renie l’action des prêtres ouvriers. Il rencontre l’évêque des indiens en Équateur pour lui demander de freiner la construction de lieux de cultes somptueux dans des quartiers déshérités.
1959 : au Liban, il crée à Beyrouth la première communauté d’Emmaüs multiconfessionnelle, l'Oasis de l'espérance, fondée par un musulman sunnite, un archevêque chrétien melkite et un écrivain maronite.
1962 : il est reçu dans l’ermitage du père Charles de Foucauld à Béni-Abbés en Algérie où il réside pendant plusieurs mois.
1963 : on le presse lors de sa convalescence en Argentine, de fédérer les communautés Emmaüs du monde dans Emmaüs International, qui se réunira en 1969 à Berne en Suisse, et en 1971 à Montréal au Québec au Canada, date de création officielle de l'association Emmaüs International.
1971 : il est appelé en Inde par Jayaprakam Narayan pour représenter avec la Ligue des droits de l'homme la France dans la question du règlement des réfugiés. Indira Gandhi l’invite à son tour pour traiter des réfugiés bengalis. L’abbé Pierre s’engage en fondant des communautés Emmaüs au Bangladesh.
1985 : il apporte son soutien au comique Coluche qui, comme lui avant, fait un appel le 26 septembre sur les ondes pour venir en aide aux affamés. Là encore la réponse publique à cette idée est inespérée, et Coluche avec le soutien des associations caritatives et de nombreuses personnalités, lance le mouvement des Restos du Cœur (Coluche offrira 1 million de francs à Emmaüs quelques mois avant sa mort en mars 1986. L’abbé qui apporte son soutien y voit la preuve que son combat lancé en 1954 peut être repris aussi efficacement par d’autres après lui, et il se convainc à nouveau de l’utilité des médias pour soutenir ses propres actions dans les communautés d’Emmaüs. Dès lors, il se fera plus visible et fera appel aux personnalités. La Fondation Abbé-Pierre bénéficiera de la loi Coluche votée après sa mort, peu après ce lancement. La mort de son ami Coluche le marquera durement lorsque l’Abbé Pierre célèbrera ses obsèques, pour reprendre ensuite son combat médiatique avec le soutien de nombreuses personnalités du spectacle et anonymes.
1988 : il rencontre les représentants du Fonds monétaire international pour trouver une solution à la dette extérieure des pays du Tiers Monde.
1990 : il voyage aux États-Unis et au Brésil pour accompagner la sortie du film biographique Hiver 54, l'abbé Pierre de Denis Amar avec Lambert Wilson dans son rôle et Claudia Cardinale. Film qui retrace une partie de son action et la médiatisation de son combat contre la pauvreté avec les communautés d’Emmaüs.
1991 : il s’adresse directement aux présidents George H. W. Bush et Saddam Hussein, lors de la première guerre du Golfe. Il exhorte le gouvernement français à prendre des initiatives pour répartir la charge des réfugiés dans le monde, par un organisme disposant de plus de moyens que le HCR actuel des Nations unies avec le bon vouloir des nations. Il rencontre le Dalaï-Lama lors des journées inter religieuses pour la paix.
1994 : L’abbé Pierre devient propriétaire de la vigne à Farinet, la plus petite vigne cadastrée du monde, créée par Jean-Louis Barrault, et dont le vin est vendu au profit d’une œuvre humanitaire. En août 1999, à l'occasion d'une visite conjointe dans la commune suisse de Saillon à proximité, l’abbé Pierre remit la vigne au Dalaï Lama, qui en est actuellement le propriétaire. L'abbé Pierre souhaita revoir cette vigne avant de mourir, et un survol en hélicoptère en était prévu avec Bruno Bagnoud, patron d'Air Glaciers, mais le fondateur d'Emmaüs quitta ce monde quelques jours avant.
1995 : à Sarajevo, Bosnie-Herzégovine, sous les bombardements de la ville assiégée depuis 3 ans par les forces serbes, il exhorte les nations du monde à intervenir d’urgence pour faire cesser les massacres.
1999 : il signe l'Appel à la Fraternité, en soutien au collectif du même nom, Collectif Appel à la fraternité, lancé par Jean-Louis Sanchez.
2000 : il a été parrain de l'EICD 3A à Lyon.
2001 : le président Jacques Chirac lui remet les insignes de grand officier de la Légion d’honneur, avant de l’élever à la dignité de grand-croix, la plus haute distinction française, pour ses services rendus à la Nation.
2004 : il se rend en Algérie pour l’inauguration de maisons reconstruites par la Fondation Abbé-Pierre, après le tremblement de terre ayant frappé le pays l’année précédente.

Image et polémiques Image publique

Mythe de l'abbé Pierre selon Roland Barthes
L’image du grand barbu en soutane, en grosse pèlerine élimée avec une canne, un béret et des godillots que lui a un jour offerts un sapeur-pompier, forge vite son statut de héros légendaire, de juste d'après son testament évoqué par les membres du Mouvement Emmaüs, cette pèlerine emblématique reviendra au Musée des pompiers de Paris.
Après l’appel de 1954 et la sortie du film Les Chiffonniers d'Emmaüs consacré à l’abbé Pierre, Roland Barthes a analysé, en 1957, son visage qui présente clairement tous les signes de l’apostolat : le regard bon, la coupe franciscaine, la barbe missionnaire, tout cela complété par la canadienne du prêtre-ouvrier et la canne du pèlerin. Ainsi sont réunis les chiffres de la légende et ceux de la modernité. Sa coupe, équilibre neutre entre le cheveu court … et le cheveu négligé, approche selon le sémiologue l’intemporalité de la sainteté, et l’identifie à saint François d’Assise. La barbe, celle du capucin et du missionnaire, symbolise quant à elle la pauvreté et la vocation apostolique comme pour le père de Foucauld. Son visage évoque donc à la fois la spiritualité de l’homme, le combat de son sacerdoce, et sa liberté vis-à-vis de sa hiérarchie. Pour Pierre Bourdieu, l’abbé est même un prophète, surgissant en temps de disette, de crise, prenant la parole avec véhémence et indignation.
Mais Barthes se demande aussi si la belle et touchante iconographie de l’abbé Pierre n’est pas l’alibi dont une bonne partie de la nation s’autorise, une fois de plus, pour substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice. Cette grande popularité en France ne s’est jamais démentie, les enquêtes d’opinion de la presse le plaçant pendant une dizaine d’années un record inégalé, après avoir succédé au commandant Jacques-Yves Cousteau, à peine éclipsé durant un an par une seconde place temporaire imputée à l’affaire Garaudy en tête des personnalités préférées des Français, comme celles du Le Journal du dimanche publiées plusieurs fois par an, jusqu’à ce qu’il demande à en être retiré en début 2004. C’est à la fois une arme et une croix, dit-il, pour laisser la place des honneurs aux plus jeunes.

Une image de miraculé

L'abbé Pierre a été régulièrement malade, notamment des poumons quand il était jeune. Il s’est sorti indemne de situations dangereuses :
tombé dans une profonde crevasse quand il aidait des gens à s’enfuir pendant la guerre ;
rescapé quand l’avion dans lequel il se trouve réussit un atterrissage d’urgence, sans moteur, dans les années 1950 en Inde ;
et surtout, naufragé miraculé en 1963, au Rio de la Plata entre l’Argentine et l’Uruguay, voir la partie Développement d'Emmaüs.
Tous ces accidents vont contribuer à lui forger une image de miraculé.

Utilisation des médias

L’abbé Pierre s’est toujours appuyé sur son image grâce aux médias, depuis son appel sur Radio-Luxembourg en 1954 jusqu’à sa présence à l’Assemblée nationale en janvier 2006, en faveur de la loi SRU sur le logement social. Selon Bernard Kouchner, fondateur de Médecins sans frontières, il est ainsi l’inventeur de la loi du tapage médiatique.
Même pendant les dernières années de sa vie, malgré la maladie et l’âge, il est descendu dans la rue pour soutenir la cause des pauvres. Il a soutenu l’association Droit au logement DAL. Un dernier combat qui fait encore l’actualité politique en pleine campagne présidentielle 2007, où les candidats se pressent pour défendre une future loi sur le logement opposable poussée par l’action médiatique d’associations de sans-logis, un texte qu’ils veulent maintenant nommer loi abbé Pierre, comme avant lui son ami Coluche à qui on a attribué la loi sur les dons aux œuvres caritatives, une autre icône populaire et médiatique et pourtant si humaine de la fin du xxe siècle restée dans le cœur des Français et que l’abbé Pierre avait soutenu avant de devoir, lui le vieil homme, lui succéder dans son combat inachevé pour les exclus du partage.
Enfin, la marionnette de l'abbé Pierre dans l'émission télévisée satirique Les Guignols de l'Info contribue également au façonnement de son image publique et médiatique. À l'instar d'un Johnny Hallyday, il fait ou faisait aussi les choux gras de nombreux imitateurs de la scène francophone tels Laurent Gerra ou Bernard Castaing.

Affaire Roger Garaudy

En avril 1996, lorsque son ami Roger Garaudy est en procès pour négationnisme suite à la publication de son livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne, il lui apporte son soutien, ce qui lui vaudra d’être exclu du comité d’honneur de la LICRA. Dans une lettre de soutien à l'auteur rendue publique le 18 avril 1996, il écrit tout le respect que lui inspire l'énorme travail réalisé par Roger Garaudy pour l'écriture du livre, et son éclatante érudition, rigoureuse. Il ajoute qu'accuser Roger Garaudy de révisionnisme est une imposture, une véritable calomnie.
Il expliquera néanmoins par la suite avoir agi à titre amical et se démarquera des tentatives pour nier, banaliser ou falsifier la Shoah dont il avait été lui-même témoin. Mais, selon les termes du quotidien L'Humanité, ce revirement tardif ne dissipe cependant pas le malaise. L’historien Pierre Vidal-Naquet déclara pour sa part : Je crains que la prise de position de l’abbé Pierre ouvre les vannes d’une poussée antisémite.
Certains ont critiqué les propos de l’abbé Pierre sur l’idée de la terre promise dans l’Ancien Testament. En effet, il dénonçait la prise très violente de cette terre par les israélites, telle qu’elle est décrite dans la Bible : Que reste-t-il d’une promesse lorsque ce qui a été promis, on vient de le prendre en tuant par de véritables génocides des peuples qui y habitaient, paisiblement, avant qu’ils y entrent, dira-t-il à Bernard Kouchner. Il n’hésitera pas à en déduire une véritable vocation à l’exil de ce peuple : Je crois que - c’est ça que j’ai au fond de mon cœur - que votre mission a été - ce qui, en fait, s’est accompli partiellement - la diaspora, la dispersion à travers le monde entier pour aller porter la connaissance que vous étiez jusqu’alors les seuls à porter, en dépit de toutes les idolâtries qui vous entouraient.
Certains ont vu dans ces déclarations une reprise tout juste voilée de l'ancienne thématique chrétienne de l'auto-malédiction d'un peuple juif avatar de Caïn thématique désavouée par l'église à l'occasion de la déclaration Nostre Aetate issue de Vatican II38 et, finalement, une lecture de la Bible très conforme à l'antijudaïsme de certains catholiques avant Vatican II.
L'abbé Pierre considère que le débat sur la Shoah reste ouvert : « ils [la LICRA] n’acceptent absolument pas le dialogue, contrairement à Garaudy. Ils considèrent que le débat sur le génocide des juifs est clos. Qu’oser le rouvrir n’est pas possible. Par exemple sur la question des chambres à gaz, il est vraisemblable que la totalité de celles projetées par les nazis n’ont pas été construites, propos auquel l’abbé Pierre ajoute toutefois : Mais mes amis de la LICRA me disent qu’avancer de telles affirmations, c’est contester la Shoah. Ce n’est pas sérieux, Roger Garaudy sera finalement condamné pour contestation de crimes contre l’humanité et incitation à la haine raciale.
Cette controverse ne doit toutefois pas masquer les faits qui plaident pour l'abbé Pierre, notamment son combat pendant la Seconde Guerre mondiale pour sauver des Juifs. Son engagement profond contre l'antisémitisme est en particulier attesté par le fait qu'il ait lui-même toujours souligné que ses actions contre les persécutions anti-juives avaient précédé et motivé son entrée dans la Résistance. Ses positions politiques sont sans ambiguïtés quand il dénonce le fait que ces rafles anti-juives ont été conduites par la police française en un temps été 1942 et un lieu Grenoble, en zone non occupée qui ne permettent pas d'invoquer le prétexte de la contrainte allemande.
La polémique, qui meurtrira durablement l’abbé Pierre, lui valut le désaveu de certains de ses amis. Bernard Kouchner lui reprocha d'absoudre l’intolérable. L'abbé est publiquement fustigé par le Cardinal Jean-Marie Lustiger. L'abbé Pierre est alors sommé par sa hiérarchie de prendre une retraite médiatique temporaire et part quelque temps en séminaire en Italie. Il y a déclaré au Corriere della Sera que la presse française était inspirée par un lobby sioniste international. L'affaire ne reçut cependant que peu d’écho auprès de l'opinion française qui lui renouvela sa confiance pendant de nombreuses années, le classant en tête des personnalités françaises les plus aimées jusqu’à ce que l’abbé retirât lui-même son nom du classement.

L'abbé Pierre et les Brigades rouges

L'abbé Pierre a spontanément témoigné dans les années 1980 en faveur d'un groupe d'Italiens résidant à Paris et animant l'école de langues Hypérion. Le directeur de cette école, Vanni Mulinaris, avait été arrêté et emprisonné le 2/2/82, lors d'une visite en Italie. Il était accusé d'être membre des Brigades rouges BR. Il sera par la suite relaxé, totalement blanchi de cette accusation et même dédommagé par l'État italien pour trois ans de détention injustifiée.
L'abbé Pierre se rend plusieurs fois en Italie pour protester contre les conditions de détention sans motivations et sans procès de Vanni Mulinaris, il rencontre le président Sandro Pertini, les juges, les avocats, plusieurs autorités morales, qui constitueront un comité italien demandant justice pour Vanni Mulinaris le cardinal Martini, le sénateur Norberto Bobbio, Giuseppe Branca ancien président de la Cour Constitutionnelle, bientôt rejoints par 75 autres personnalités dont le journaliste Giorgio Bocca et le cinéaste Luigi Comencini.
L'abbé Pierre effectue également pour réclamer justice une grève de la faim du 26 mai au 3 juin 1984, dans la cathédrale de Turin.
Il témoigne alors de son expérience personnelle des dérives de la justice italienne de l'époque. François Mitterrand décidera à partir de 1982 d'accorder l'asile aux réfugiés politiques italiens, pour ceux qui auraient clairement rompu avec la violence.

Prises de position par rapport aux réformes à faire au sein de l’Église catholique

Sur l'ordination des hommes mariés et des femmes

En 2005, dans son livre Mon Dieu… pourquoi ?, rédigé avec Frédéric Lenoir, il déclare qu’il a été attiré par des jeunes filles, étant lui-même jeune homme et avant d’entrer dans les ordres. À ce sujet, il invite les dirigeants d'Église à réfléchir sur une éventuelle réforme de la discipline de l’Église en faveur de l’ordination des hommes mariés. Et ne comprend pas l’opposition des papes Jean-Paul II et Benoît XVI, l’ordination des hommes mariés étant autorisée par l’Église dans certains rites orientaux. En outre, il voit dans cette autorisation un moyen de lutter contre la pénurie de nouveaux ministres du culte de l’Église. Il incite également à réfléchir à l’ordination des femmes.

Il a déclaré avoir connu le sexe et souhaiter l'ordination des femmes.

Distinctions et hommages

Distinctions françaises :
Grand-croix de la Légion d’honneur le 13 juillet 2004
Grand officier en 1992 remis neuf ans plus tard, le 19 avril 2001
Commandeur en 1987 pour son action pour le logement des défavorisés.
Officier en 1981 au titre des droits de l'homme
Chevalier à titre militaire le 19 décembre 1946
Croix de guerre 1939-1945 avec deux palmes citations des 12 février 1945 et 19 décembre 1946
Médaille de la Résistance 12 février 1946
Médaille des évadés
Croix du combattant volontaire 1939-45 1946
Croix du combattant
Médaille commémorative de la guerre 1939-45 avec agrafes France, «Libération
Distinctions étrangères :
Médaille de la Résistance belge 14 juillet 1947
Grand officier de l’Ordre national du Québec lors de la visite officielle à Paris du premier ministre de la province du Québec Jacques Parizeau en janvier 199554
Officier de l’ordre du Cèdre du Liban.
Récompenses diverses :
Médaille d’or Albert Schweitzer de la Fondation Goethe à Bâle, Suisse en 1975, remise par René Lenoir, secrétaire d’État français.
1991, prix Balzan pour l’Humanité, la paix et la fraternité des peuples, pour son combat pour les droits de l’homme, la démocratie, la paix, pour la lutte contre les souffrances spirituelles et physiques, et pour la solidarité universelle au travers des communautés Emmaüs.
Il est promu grand officier de la Légion d’honneur en 1992 mais il refuse de la porter jusqu’en 2001 pour protester contre le refus de l’État français d’attribuer des logements vides à des SDF.
En décembre 2003, sur la proposition de M. Jean-Paul Carteron, président du Forum de Crans Montana, il reçoit le prix de la Fondation des mains du prince Albert II de Monaco. Il s'agira du seul prix profane accepté par l'abbé Pierre dans toute vie. Ainsi qu'il le déclara en recevant la modeste œuvre d'art symbolisant ce prix, je la mettrai sur la table où tous les jours je dis ma messe.
En janvier 2004, il demande à ne plus figurer dans le palmarès de la presse des personnalités les plus aimées des Français, après de nombreuses années successives où il a été promu dix-sept fois en tête du Top 50 entre 1989 et 2003, afin de laisser cette place aux jeunes.
14 juillet 2004 : élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur par le président de la République, la plus haute distinction officielle française.
Une école à son nom a été baptisée à Nueil-les-Aubiers Deux-Sèvres en 1993 et à Hédé en Ille-et-Vilaine le 17 septembre 2005.
26 janvier 2007 : hommage national de la République française, avec la présence officielle du gouvernement aux obsèques.
22 janvier 2008 : à l'occasion du premier anniversaire de sa mort, une plaque à la mémoire de l'abbé Pierre est symboliquement dévoilée par un compagnon d'Emmaüs et un SDF sur l'immeuble de la rue des Bourdonnais Paris où s'installa l'Association Emmaüs après l'hiver 1954 à Paris.
Une plaque fut posée en son honneur sur le mur du Lycée Saint-Marc et inaugurée le samedi 13 décembre 2008 en présence de représentants de la famille Grouès, du Mouvement Emmaüs, de Mgr Barbarin, Jean-Jack Queyranne, Michel Mercier, et de Gérard Collomb. Une célébration eucharistique présidée par le Cardinal Barbarin dans la chapelle du Lycée Saint-Marc suivit l'inauguration.
À l'occasion du troisième anniversaire de sa mort, La Poste française émet un timbre-poste au tarif le plus courant à son effigie, le 22 janvier 2010.
À l'occasion du centième anniversaire de sa naissance, la Monnaie de Paris édite une pièce de 2 € commémorative à son effigie en juillet 2012.
À l'occasion du sixième anniversaire de la mort de son fondateur, la Fondation Emmaüs érige une statue à son effigie à l'entrée de sa Délégation générale à Paris.

Œuvres

Ouvrages de l'abbé Pierre
1987 : Bernard Chevalier interroge l’abbé Pierre : Emmaüs ou venger l’homme, avec Bernard Chevalier, Éditions Le Centurion, éd. LGF/Livre de poche, Paris.
1988 : Cent poèmes contre la misère, éd. Le Cherche-midi, Paris
1993 : Dieu et les hommes, entretien avec Bernard Kouchner, éd. Robert Laffont
1994 : Testament…. Réédition 2005, éd. Bayard/Centurion, Paris
1994 : Une terre et des hommes, éd. Cerf, Paris.
1994 : Absolu, éd. Seuil, Paris.
1996 : Dieu merci, éd. Fayard/Centurion, Paris.
1996 : Le bal des exclus, éd. Fayard, Paris.
1997 : Mémoires d’un croyant, éd. Fayard, Paris.
1999 : Fraternité, éd. Fayard, Paris.
1999 : Paroles, éd. Actes Sud, Paris.
1999 : C’est quoi la mort ?, livre didactique destiné aux enfants, utilisé aussi dans l’apprentissage de la langue française, éd. Albin Michel, Paris. (et ouvrage bénéficie aussi de nombreuses traductions et rééditions dans divers pays.
1999 : J’attendrai le plaisir du Bon Dieu : l’intégrale des entretiens d’Edmond Blattchen, éd. Alice, Paris.
2000 : En route vers l’absolu, éd. Flammarion, Paris.
2001 : La Planète des pauvres. Le tour du monde à vélo des communautés Emmaüs, de Louis Harenger, Louis Harenger, Michel Friedman, Emmaüs international, Abbé Pierre, éd. J’ai lu, Paris.
2002 : Confessions, éd. Albin Michel, Paris.
2002 : Je voulais être marin, missionnaire ou brigand, rédigé avec Denis Lefèvre, éd. Le Cherche-midi, Paris. Réédition en livre de poche, éd. J’ai lu, Paris.
2004 : Abbé Pierre et Père Pedro, Pour un monde de justice et de paix : Entretiens, Paris, Presses de la Renaissance,‎ 6 mai 2004, Broché, 230
2004 : L’Abbé Pierre, par Bernard Violet, éd. Fayard. Biographie réactualisée en janvier 2007 avec la reproduction intégrale du testament de 114 pages que l’Abbé Pierre avait confié à l’auteur.
2004 : L’Abbé Pierre, la construction d’une légende, par Philippe Falcone, éd. Golias.
2004 : L’Abbé Pierre parle aux jeunes, avec Pierre-Roland Saint-Dizier, éd. Du Signe, Paris.
2005 : Le sourire d’un ange, éd. Elytis, Paris.
2005 : Mon Dieu… pourquoi ? Petites méditations sur la foi chrétienne et le sens de la vie, recueil où il aborde également des sujets d’actualités comme le célibat des prêtres, l’ordination des femmes, le fanatisme religieux, le désir et le sexe, le mariage homosexuel. Il a été rédigé avec Frédéric Lenoir, éd. Plon.
2006 : Servir : Paroles de vie, avec Albine Navarino, éd. Presses du Châtelet, Paris.
2006 : L'abbé Pierre : Entretien et portrait, par Ariane Laroux : Portraits Parlés, éditions de l'Âge d'Homme.
2007 : Clandestin, 1942 - 1944, éd. Vollodalen, Collection Citadelle, Paris. Cet ouvrage reprend le texte d'une conférence prononcée par l'abbé Pierre le 23 avril 1945.
2012 : Abbé Pierre, Inédits. Textes de combat, écrits intimes, correspondances, éd. Bayard

Ouvrages sur l'abbé Pierre

1989 : L'Abbé Pierre L'insurgé de Dieu. Pierre Lunel. Édition°1, Paris, 1989
1992 : Les Chercheurs de Dieu (t. 2 : L’Abbé Pierre, Pauline Jaricot, Xavier de Nicolo, BD de Lama Masudi Dessins, Hugues Labiano Dessins, Marc Malès Dessins, Jean-Louis Fonteneau Scénario, Thierry Lescuye, Marie-Noëlle Pichard, éd. Bayard Jeunesse, Paris.
2006 : Images d’une vie, recueil de près de 200 photos de l’abbé Pierre, réalisées avec Laurent Desmard, éd. Hoebeke
2007 : N'oublions pas les jeunes. Le dernier cri de l'abbé Pierre en faveur des jeunes, de l'éducation, du logement, en collaboration avec Christophe Robert, directeur des études à la Fondation Abbé Pierre, et Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, livre, éd. DDB
2008 : Emmaüs et l'abbé Pierre, Axelle Brodiez-Dolino, Presses de Sciences-Po, Paris, 2008
2009 : Henri, Quelques pas avec l'Abbé Pierre, album photographique de Claude Iverné, Albin Michel
2012 : L'abbé Pierre, le roman de sa vie, biographie pour enfants de Chloé Caffarel, Bayard Jeunesse

Discographie

1989 : Les Enfants sans Noël, avec une chorale d'enfants et une pléiade d'artistes, au profit d'Emmaüs.
2001 : Radioscopie : Abbé Pierre - Entretien avec Jacques Chancel, CD Audio,
1988-2003 : Éclats De Voix, suite de CD Audio, Poèmes et réflexions, en quatre volumes :
Vol. 1 : Le Temps des Catacombes, rééd. label Celia,
Vol. 2 : Hors de Soi, rééd. label Celia,
Vol. 3 : Corsaire de Dieu, rééd. label Celia
Vol. 4 : L'éternel combat, label Scalen,
2003 : Le CD merci l'abbé de Gérard verchère.
2004 : Paroles de Paix de l’Abbé Pierre, suivi l'appel de l'hiver 54 ré-enregistré par l'Abbé Pierre pour le 50e anniversaire, CD audio, label Frémeaux & Associés, Créations pour la Paix - direction artistique : Christiane Gugger,
2005 : Le CD Testament…, pour fêter le 56e anniversaire de la fondation d'Emmaüs (réflexions personnelles, textes et paroles inspirées de la Bible.
2005 : Avant de partir…, le testament audio de l’Abbé Pierre, CD audio et vidéos pour PC, prières et musiques de méditation
2006 : L’Insurgé de l’amour, label Revues Bayard, Paris

Vidéographie

2005 : Vous direz à vos enfants… Le plus beau témoignage sur la beauté du don, DVD PAL région 2, entretien avec l’abbé Pierre, studio LCJ Éditions, Paris.
Les chiffonniers d’Emmaüs dans : Alain comme les autres, DVD PAL région 2, documentaire-fiction de Denise Gilliand, avec Jean-Quentin châtelin, l’Abbé Pierre et les Compagnons d’Emmaüs, studio VPS .

Filmographie biographique

1955 : Les Chiffonniers d'Emmaüs de Robert Darène avec André Reybaz dans le rôle de l'abbé Pierre.
1989 : Hiver 54, l'abbé Pierre de Denis Amar avec Lambert Wilson dans le rôle de l'abbé Pierre et Claudia Cardinale. Film rediffusé le jour de sa mort, en son hommage, sur la chaîne de télévision publique France 2.
2007 : Paroles - Abbé Pierre. 2 x DVD PAL. Série d'entretiens avec l'abbé Pierre. Rencontres avec Johnny Hallyday, Zinédine Zidane et le Dalaï Lama. Édition Emmaüs Genève - Artémis Films Productions.


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Posté le : 31/01/2015 17:20
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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