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Dimitris Mitropoulos
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Le 1er mars 1896 naît, Dimitri Dmitri ou Dimitris Mitropoulos

en grec moderne : Δημήτρης Μητρόπουλος, à Athènes et mort, à 64 ans, le 2 novembre 1960 à Milan, chef d'orchestre, pianiste et compositeur grec, Style Classique, romantique contemporain, naturalisé américain en 1946. Il est en activité de 1926 à 1960, il se produit à Athènes de 1926 à 1937, puis Minneapolis de 1937 à 1949, ensuite à New York de 1949 à 1960; Il joue en Collaboration avec Symphonique de Minneapolis, Philharmonique de New York, Metropolitan Opera, avec Joseph Szigeti, Robert Casadesus, David Oïstrakh. Il reçoit sa formation au Conservatoire d'Athènes, ses maîtres Armand Marsick, Ferruccio Busoni, il eut pour élèves Leonard Bernstein. Il reçoit pour distinction la Légion d'honneur. Son répertoire se composé de musique symphonique, musique concertante, musique contemporaine et des opéras.
Dimitri Mitropoulos est l'un des grands musiciens charismatiques que la Grèce ait donné et, avec Maria Callas, le musicien classique le plus important issu de ce pays au XXe siècle.
Ayant commencé sa carrière par un tour de force qui plut au public en jouant le troisième concerto de Prokofiev, en tant que pianiste et dirigeant l'orchestre en même temps, sa personnalité et ses dons ont produit sur les orchestres – et l'auditeur – d'exceptionnels résultats artistiques. Pourvu d'une phénoménale mémoire qui lui permettait de diriger sans partition, il aborde le répertoire dans une esthétique engagée et incisive, arrachant aux musiciens qu'il dirige tout leur potentiel.

De ses trente-cinq ans de carrière, effectuée pour les deux tiers aux États-Unis, et grâce à l'enregistrement, il reste de lui quelques interprétations majeures, immortalisant des collaborations avec des solistes, des œuvres symphoniques et des témoignages lyriques qui font date pour le discophile.

En bref

Dimitri Mitropoulos naît à Athènes le 1er mars 1896, calendrier grégorien ; 18 février 1896 dans le calendrier julien. Son père est pope, son oncle évêque, et il découvre la musique au travers de la liturgie orthodoxe. Il envisage un moment d'épouser la vie monastique, mais il y renonce par amour pour la musique instrumentale, la liturgie orthodoxe grecque n'autorisant pas l'utilisation d'instruments. Il commence l'étude du piano à l'âge de sept ans et entre en 1910 à l'Odéon conservatoire de la capitale grecque, où il va travailler le piano avec L. Wassenhoven, l'harmonie et le contrepoint avec Armand Marsick, musicien belge qui a longtemps séjourné à Athènes. Il obtient ses diplômes respectivement en 1918 et 1920 et reçoit parallèlement une formation universitaire. Il n'a pas encore terminé ses études qu'il compose un opéra d'après Maeterlinck, Sœur Béatrice, 1918, créé à l'Odéon le 20 mai 1919. Camille Saint-Saëns, qui assistait à la représentation, est impressionné par le talent du jeune homme et lui permet d'obtenir une bourse pour aller étudier la composition à Bruxelles avec Paul Gilson en 1920. L'année suivante, Mitropoulos se rend à Berlin, où il travaille le piano avec Ferruccio Busoni à la Hochschule für Musik, jusqu'en 1924 ; en même temps, il est répétiteur à la Staatsoper de Berlin, où il travaille dans l'ombre du grand Erich Kleiber, qui en est alors Generalmusikdirektor. Mitropoulos découvre l'univers fascinant du théâtre lyrique. De retour en Grèce, il va diriger l'Orchestre de l'Odéon d'Athènes, aujourd'hui Orchestre d'État d'Athènes de 1924 à 1939. Il est également professeur de composition à l'Odéon à partir de 1930.
Un heureux hasard va décider du cours de sa carrière : invité à diriger l'Orchestre philharmonique de Berlin, il remplace au pied levé, le 27 février 1930, le soliste Egon Petri, tombé subitement malade, dans le Troisième Concerto pour piano de Serge Prokofiev, qu'il dirige du clavier. Le succès est immense et Mitropoulos est immédiatement réclamé par l'Europe entière. Il jouera le même concerto dans les mêmes conditions, simultanément comme pianiste et comme chef à Paris en 1932, puis aux États-Unis. Plus tard, impressionné par cette prouesse, le compositeur Ernst Krenek écrira à sa double intention son Troisième Concerto pour piano, que créera Mitropoulos en 1946. Lors de ses débuts parisiens, il triomphe d'emblée et est invité à diriger régulièrement l'Orchestre symphonique de Paris entre 1932 et 1936. C'est le même accueil lors de son premier concert aux États-Unis, avec l'Orchestre symphonique de Boston en 1936.
Directeur musical de l'Orchestre symphonique de Minneapolis de 1937 à 1949, il y fait connaître les grandes œuvres du XXe siècle, notamment celles de Dmitri Chostakovitch et des musiciens de l'école de Vienne, ce qui suscite une certaine réticence dans un public traditionaliste. Mais son charisme suffit à emporter la partie et il transforme cet orchestre modeste en une formation de niveau national. C'est l'époque à laquelle il réalise le tout premier enregistrement de la Première Symphonie de Mahler, 1940. En 1946, il adopte la nationalité américaine. Il est invité régulièrement par l'Orchestre de Philadelphie et celui de la N.B.C. À partir de 1949, il partage la direction de l'Orchestre philharmonique de New York avec Leopold Stokowski ; deux ans plus tard, il en devient le seul directeur musical 1951-1957. Il en élargit considérablement le répertoire en dirigeant notamment les symphonies de Mahler, première américaine de la Cinquième Symphonie, des œuvres d'Arnold Schönberg et d'Alban Berg ainsi que beaucoup de musique de son temps. Il innove également en conduisant des opéras du XXe siècle, Elektra de Richard Strauss, Wozzeck de Berg en version de concert. En 1951, il débute au Mai musical florentin, Elektra et au festival d'Édimbourg. Un an plus tard, il dirige pour la première fois à la Scala de Milan (Wozzeck). Le 15 décembre 1954, il débute au Metropolitan Opera de New York en dirigeant une légendaire Salomé de Richard Strauss, avec Christel Goltz dans le rôle-titre ; il y dirigera régulièrement une douzaine d'opéras jusqu'à sa mort. En 1956, il débute à l'Opéra de Chicago, La Fanciulla del West de Puccini. La même année, pour le bicentenaire de la naissance de Mozart, il dirige un Don Giovanni d'anthologie au festival de Salzbourg, où il reviendra chaque année jusqu'à sa mort. À New York, cependant, son autorité sur les musiciens de l'Orchestre philharmonique s'effrite au fil des années : l'homme était à la fois trop doux et trop passionné pour s'imposer dans la durée face à un orchestre difficile à tenir. Attaqué de toute part dans le contexte maccarthyste pour son homosexualité, profondément ébranlé, il abandonne son poste en 1957, et son assistant Leonard Bernstein lui succède. Sa carrière se concentre alors autour des plus grands orchestres et opéras européens : Scala de Milan, Mai musical de Florence, Staatsoper de Vienne... C'est au cours d'une de ces tournées qu'il meurt à Milan, le 2 novembre 1960.

Sa vie

Dimitri Mitropoulos naît à Athènes dans une famille de la classe moyenne non musicienne et très religieuse. Son père, Yannis, est pope et tient une boutique de maroquinerie dans le centre-ville. Sa mère, Angelikē, est ambitieuse pour son fils et facilite une bonne éducation en langues et en musique. Très précoce dans ce domaine, Dimitri sculpte une petite flûte à cinq ans et se met au piano, dès l'âge de sept ans, avec le pianiste italien Achilleas Delbuono.
L'enfant voulait d'abord entrer dans les ordres – quelques-uns de ses aïeux y étaient et son oncle était évêque. Mais il abandonne ce plan lorsqu'il apprend qu'il ne pourra pas emmener au monastère son bien le plus précieux, un petit harmonium, les instruments de musique étant proscrits des rites orthodoxes grecs.
Avant d'étudier au conservatoire, Mitropoulos composait déjà. La première œuvre connue date de ses douze ans : une sonate pour violon et piano – hélas perdue. De onze à quatorze ans, il profite d'après-midi musicaux stimulants chez lui, chaque samedi.
À seize ans, lors d'un voyage à Rome pendant l'été 1912, il découvre son idéal de vie mis en pratique : Saint-François d'Assise. Les austères règles de vie franciscaines deviendrons pour lui naturelles, parce qu'issues d'une dimension spirituelle. Comme François s'est donné au Christ, Dimitri se donne entièrement à la musique, à l'essence de chaque partition nouvelle, avec autant de foi que le Saint prêchant aux oiseaux.

Formation

Athènes, 1910–1919
Mitropoulos entre au Conservatoire d'Athènes en 1910. Il étudie l'harmonie et le contrepoint avec le belge Armand Marsick 1877–1959, compositeur, violoniste et chef d'orchestre dès 1912. Marsick, lui-même élève de d'Indy, a participé de manière décisive au goût du jeune compositeur en le familiarisant avec la culture musicale française, César Franck, Debussy et les compositeurs de Schola Cantorum notamment. Il reçoit l'enseignement de Ludwig Wassenhoven pour le piano 1913–1919 et pratique aussi la percussion.
Le jeune Dimitri se produit sur scène pour la première fois au piano en 1913, avec une de ses compositions en compagnie de son professeur. Le 29 avril 1915, à tout juste dix-neuf ans4 aux concerts réguliers de l'Orchestre du conservatoire, il dirige une de ses premières œuvres symphoniques, "La mise au tombeau" Ταφή, pièce d'une veine post-romantique et impressionniste, influencée par la musique française. Enfin, il fait ses débuts de pianiste soliste en 1918 avec une œuvre de d'Indy.
La même année il compose une grande œuvre sur un livret de Maeterlinck, Sœur Béatrice, opéra en trois actes – une heure et demie de musique – créé l'année suivante à l'Odéon avec Katina Paxinou dans le rôle titre, en présence de Saint-Saëns. Enthousiasmé par ce qu'il a entendu, le musicien français écrit un long article élogieux, lui propose de partir étudier la composition avec Paul Gilson à Bruxelles et engage le conservatoire d'Athènes à lui offrir une bourse. En 1919, après dix ans d'études, il obtient sa médaille au piano avec brio. En 1920, il se rend en Belgique et poursuit sa formation au Conservatoire royal de Bruxelles. Il étudie aussi l'orgue avec Alphonse Desmet.

Berlin, 1921–1924

En 1921, Mitropoulos se rend à Berlin pour se perfectionner au piano à la Hochschule für Musik dans la classe du compositeur et professeur Ferruccio Busoni. En 1922, il lui présente Eine Griechishe Sonate 1920–2, une œuvre pour piano composée à Bruxelles, sa plus vaste par ses dimensions à cette date. Busoni la reçoit mal et cela provoque chez Mitropoulos un choc qui le prive pour longtemps de l'envie de composer. Busoni le pousse à abandonner la composition et à choisir la direction d'orchestre. Si l'opportunité de diriger ne s'était pas présentée, il aurait pu abandonner ses études. Malgré cette critique négative et son impact, Mitropoulos est profondément influencé par l'esthétique de Busoni et on en retrouve des éléments tout au long de sa carrière d'artiste.
De 1922 à 1924, il travaille comme assistant, Korrepetitor du Generalmusikdirektor Erich Kleiber au prestigieux Staatsoper Unter den Linden, l'Opéra d'État de Berlin, y découvrant les subtilités de la scène. Il a l'occasion d'y briller dans les solos de piano de Petrouchka ou de Prométhée de Scriabine. Il passe aussi beaucoup de son temps à improviser à l'orgue dans une église.
À Berlin, il loge avec son collègue grec Nikos Skalkottas 1904–1949, compositeur encore méconnu de nos jours. En 1924, Skalkottas orchestre une de ses pièces pour piano, Fête crétoise 1919, créée à Athènes deux ans plus tard. Par la suite, Mitropoulos programme au concert quelques-unes de ses populaires Danses grecques, qu'il enregistra dans les années 1950 à New York.
À l'été 1924, il rentre à Athènes et, muni d'une recommandation de Kleiber, prend le poste d'assistant à l'Orchestre du Conservatoire d'Athènes. Après quatre ans de silence, il se remet à composer avec une sensible transformation dans l'idiome musical : sa Passacaglia, Intermezzo e Fuga pour piano 1924 est la première de ses compositions de style atonal. Malgré tout, l'influence de Busoni s'y fait encore ressentir dans le choix de formes baroques, la passacaille et la fugue. En 1925, il compose un cycle de mélodies sur des textes du poète Cavafy 14 Inventions. Là encore, chaque pièce emprunte à une forme baroque : par exemple canon, fugue ou passacaille. Le matériau musical, rythmique ou tonal, utilisant pour sa part des procédés de diminution et d'augmentation par rapport à la mélodie. Suit son Ostinata pour violon et piano 1927, première composition usant des techniques sérielles – les publications de Schoenberg datant de 1925.
Ces trois œuvres sont jouées le 5 juin 1927 à Athènes, devant un public réticent à ce nouveau langage dissonant et atonal. Mais ce qui cause le scandale, c'est surtout la mise en musique des textes de Cavafy. Ces derniers évoquent l'incertitude du lendemain, la moralité, les plaisirs sensuels, l'homosexualité, et font référence à des personnages réels ou de la littérature. C'était beaucoup pour le milieu conservateur. La critique qualifia le tout d' esthétique psychopathe.
L'année suivante, il écrit son Concerto Grosso 1928 pour orchestre, considéré comme sa meilleure œuvre9. Dans cette pièce, il revient à un style atonal, mais juxtapose des éléments d'esthétiques opposées : consonant/dissonant, homophone/contrapuntique, néoclassique/moderniste3.

Débuts

Dès 1926, à tout juste trente ans, on lui confie tour à tour les divers orchestres de la capitale grecque, et ce jusqu'en 1937. En 1930, il est nommé professeur de composition au Conservatoire ; il a trente-quatre ans.
La même année, sa carrière est propulsée par un heureux concours de circonstances. Invité par l'Orchestre philharmonique de Berlin pour un concert avec le pianiste Egon Petri, lui aussi élève de Busoni, il a l'occasion de marquer les esprits. Au programme, la création allemande de trois œuvres : le troisième concerto de Prokofiev, la Symphonie de Paul Dukas et son Concerto grosso pour orchestre, 1928. Le soliste, Egon Petri étant indisposé quelques jours avant le concert, Mitropoulos décide de le remplacer. Il connaissait la partition qu'il avait créée le 17 novembre 1929, lors d'un concert à Athènes. Les répétitions s'engagent avec bonheur et le concert est un succès, 27 février 1930, augmenté par une publicité sur le remplacement au pied levé de Petri. Mitropoulos devient le premier soliste de son époque à diriger l'orchestre du piano dans ce répertoire moderne si exigeant pour le soliste et le chef11. Pour lui ce n'était cependant pas une première. Le 18 décembre 1927 à Athènes, il avait déjà donnée ainsi les Variations Symphoniques de César Franck, jouant et dirigeant en même temps. La pratique est d'ailleurs courante pour les Concertos de Mozart ou même la Rhapsodie in Blue de Gershwin. Mais dans une œuvre complexe, virtuose, épuisante pour le pianiste, c'est une gageure. Pendant la pause, le pianiste Frederic Lamond vient le féliciter de sa performance.
Il semble que Prokofiev fut un peu gêné par la concurrence de la renommée offerte à Mitropoulos par la publicité du concert de Berlin ; le musicien russe gagnait lui-même sa vie en exécutant cet impressionnant concerto. Il fut ainsi poussé à écrire un autre concerto.

Tournées

Fort du succès berlinois, Dimitri Mitropoulos entreprend une carrière internationale de pianiste et de chef d'orchestre. Le 14 février 1932 à Paris, il joue ce même concerto avec l'Orchestre des Concerts Lamoureux, dans les mêmes conditions, ce qu'on lui demande de faire souvent. De 1932 à 1936, il dirige aussi régulièrement l'Orchestre symphonique de Paris – créé en octobre 1928 par Monteux et Ansermet. Quinze jours plus tard, il se produit en Angleterre. En février 1933, il fait ses débuts en Italie, invité à diriger l'Orchestre de l'Académie Sainte Cécile et à la Scala de Milan. L'année suivante, il joue de nouveau en France, en Italie, mais aussi en Belgique et en Pologne. En mai, il est en Russie pour diriger les Philharmoniques de Moscou et de Leningrad. Il est également invité à diriger plusieurs saisons à Monte Carlo.
À Athènes, pendant une dizaine années, il crée de nombreuses œuvres en premières dans la cité hellène : Debussy, Ravel, Stravinsky, Honegger, Serge Prokofiev, Strauss, Falla, Hindemith et bien d'autres, réformant le répertoire symphonique familier des auditeurs. Pendant ces années, il a invité des solistes du moment à se produire en Grèce : Camille Saint-Saëns, Cortot, Thibaud, Casals, Huberman, Brailowsky, Dohnányi, Kreisler et Nathan Milstein. Il a aussi laissé diriger son orchestre par des chefs aussi prestigieux que Martinon, Walter, Jochum ou Scherchen.
Il forme de jeunes artistes grecs, tel Théodore Vavayiannis, élève et assistant de Mitropoulos à l'orchestre du conservatoire. Sous sa direction, il a appris à mémoriser les partitions et plus tard Vavayiannis dirigera sans partition et sans baguette, comme son maître.
Après l'avoir vu diriger en Europe, Serge Koussevitsky l'invite à faire ses débuts aux États-Unis, avec l'Orchestre symphonique de Boston, le 24 janvier 1936. Mitropoulos revient l'année suivante pour une deuxième série de concerts à Boston, encore plus vivement acclamée que la précédente.
Le Northrop Auditorium à Minneapolis, où a été enregistré la première Symphonie de Mahler en novembre 1940.

Minneapolis, 1937–1949

En janvier 1937 à la suite d'Ormandy, il est nommé directeur musical de l'Orchestre symphonique de Minneapolis aujourd'hui appelé Minnesota Orchestra, mais assume son poste à Athènes encore jusqu'en janvier 1938. Au lendemain de sa première soirée à Minneapolis le 27 janvier 1937, le journaliste et écrivain John K. Sherman écrit : Mitropoulos apparaît comme un fanatique qui a vendu son âme à la musique et dirige son orchestre comme un homme possédé.
Mitropoulos transforme rapidement un orchestre provincial de bonne stature, en un grand orchestre américain reconnu internationalement comme centre de musique contemporaine. À la grande confusion du public, il choisit de jouer des compositeurs du XXe siècle, Gustav Mahler en particulier. Cette tendance se trouve renforcée par ailleurs : de 1942 à 1947, Křenek se trouve en résidence à la Hamline University de Saint Paul, ville jumelle de Minneapolis et, en 1944, Louis Krasner – commanditaire et dédicataire du Concerto d'Alban Berg – devient premier violon de l'orchestre, si bien que de les Twin Cities étaient l'un des sièges et une citadelle de la musique atonale, comme le dit John K. Sherman.
Il participe au développement de la culture musicale à université, suscitant parfois des vocations. En janvier 1937, il rencontre pour la première fois Leonard Bernstein, encore étudiant à Harvard, vingt ans tout juste. Lors d'une réception, Mitropoulos a entendu L. Bernstein jouer une sonate. Il en était tellement stupéfait que sur le coup, il a invité Bernstein à passer une semaine pour assister aux répétitions et aux concerts de l'orchestre. C'est ainsi que Bernstein s'est passionné pour la direction. Lorsque Mitropoulos est retourné à Minneapolis, il a envoyé de l'argent à Bernstein pour lui permettre de venir pendant les vacances d'hiver. De retour à Harvard, Bernstein décide d'étudier la direction d'orchestre alors qu'il voulait initialement devenir pianiste.
La même année, il dirige la création de la première Bachianas brasileiras de Heitor Villa-Lobos et du Concerto pour violon et orchestre d'Ernest Bloch, aux côtés de Joseph Szigeti à Cleveland. Toujours à Minneapolis, en 1941, il crée des œuvres de John Verrall 1908-2001 aux saisons 1940–41, et la Symphonie en mi bémol de Paul Hindemith.
Mitropoulos vivait de façon très austère, se contentant pendant longtemps d'une petite cave dans un bâtiment de l'université, qui ne contenait qu'un lit, un piano droit et quelques affaires personnelles. Son divertissement préféré est le cinéma et tout spécialement les westerns. Dès son arrivée à Minneapolis, il soutient moralement et financièrement nombre de jeunes musiciens, tel David Diamond à qui il commande en tout huit œuvres nouvelles et L. Bernstein.
Dès 1940, Mitropoulos commence à enregistrer avec son orchestre: Franck, Symphonie, Prokofiev (première Symphonie Mendelssohn, Capriccio brillant avec Joanna Graudan. Après une bataille avec le conseil d'administration de l'orchestre pour l'autoriser à produire une œuvre de Mahler, il enregistre la première symphonie le, 4 novembre 1940, un des premiers enregistrements de l'œuvre. Il poursuit avec des Mozart, Entr'actes de Thamos, Mendelssohn, troisième Symphonie, Borodine, deuxième Symphonie, sa transcription de la Fantaisie et fugue de Bach, Milhaud, Le bœuf sur le toit – une première au disque. En concert il laisse aussi de mémorables Berg avec le NBC, Concerto pour violon avec Joseph Szigeti. Puis ce sera Tchaikovski, deuxième Symphonie, Massenet, Scènes alsaciennes, Schumann, Troisième Symphonie, le premier Concerto de Tchaikovski avec Artur Rubinstein et le Concerto pour deux pianos de Poulenc.
À part Szigeti, Rubinstein et Joanna Graudan, il collabore avec Rudolf Serkin, Robert Casadesus, Claudio Arrau, pour la seule saison 1938–39. Dans les années quarante avec Josef Hoffmann, quatrième Concerto de Beethoven, Yehudi Menuhin, dans le Concerto de Bartók en 1943 ainsi que Rachmaninov qui, en tant que compositeur, entendit interpréter sa troisième symphonie et en 1944, sur ses derniers jours, la création de ses Danses Symphoniques. Mitropoulos accompagne aussi de jeunes solistes : Zino Francescatti mars 1943, Isaac Stern dans le Concerto de Mendelssohn, décembre 1943, Ginette Neveu dans Brahms et William Kapell dans le premier concerto de Khatchaturian, janvier 1945.
Il est chef invité du NBC Symphony en 1939, en 194540 et pour la saison 1940–41 à la tête du Philharmonique de New York, le plus important orchestre des États-Unis. Il participe notamment à un concert commémoratif du 75e anniversaire de la naissance de Ferruccio Busoni, avec Egon Petri et Joseph Szigeti, tous les trois étant élèves du maître italien, et Szigeti le créateur du concerto pour violon en 1912, sous la direction du compositeur.
En 1946, il est naturalisé citoyen américain.
Pour les saisons de 1944 à 1948, il est chef et directeur artistique des concerts d'été du Philharmonique de Philadelphie. C'est à ces occasions qu'est capté un Troisième concerto de Prokofiev42 dont il assure évidemment la partie soliste et la direction de l'orchestre. Il est aussi invité à Boston et, comme à Philadelphie, il impressionne beaucoup les musiciens. Il est même pressenti pour devenir chef principal à Philadelphie mais Eugene Ormandy y fait obstacle et quelques jalousies de Serge Koussevitsky l'empêchent également à Boston.
Pendant la saison 1948–1949, il prend un congé de six mois et dirige conjointement avec Leopold Stokowski le Philharmonique de New York. À la fin de cette période, Mitropoulos laisse son poste de Minneapolis à Antal Doráti, après douze années de collaboration.

New York, 1949–1958

Mitropoulos débute son travail avec le prestigieux Orchestre philharmonique de New York en 1949 succédant à Artur Rodzinski en tant que directeur musical, et dirige au côté de Leopold Stokowski. Il devient chef principal dès 1951.
À l'époque l'organisation de l'orchestre est différente d'aujourd'hui. Il ne fonctionne que cinq mois dans l'année et Mitropoulos se contente d'un salaire relativement faible, malgré les pressions et le stress important. Cette tension ont fait partir certains – Barbirolli – ou même refuser ce poste à d'autres, tel Monteux. George Szell pour sa part a eu ce mot : Ne me parlez pas du Philharmonique de New York ! L'orchestre est une rangée de meurtriers ! Si vous ne me croyez pas, regardez ce qu'ils ont fait au pauvre Mitropoulos
Le Philharmonique a un concurrent important: le NBC Symphony jouit d'une notoriété renforcée par les diffusions radiophoniques et, à partir de 1958, à la télévision. Mitropoulos cherche à attirer un nouveau public à la musique grâce à des apparitions télévisées ou en investissant pendant une semaine une salle de cinéma populaire, le Roxy Theatre. Il a en outre élargi le répertoire de l'orchestre, – Un survivant de Varsovie de Schönberg dès 1950, la Symphonie op. 21 de Anton Webern, non sans mal d'ailleurs, puisqu'au cours d'une répétition le harpiste lui jeta sa partition aux pieds et parti dans les coulisses –, commandant pour son orchestre de nouvelles œuvres à des compositeurs et poursuit la défense des symphonies de Gustav Mahler. Il est toutefois regrettable que la firme Columbia n'ait pas profité de l'occasion pour effectuer des enregistrements commerciaux de ces œuvres dans de bonnes conditions. L'unique enregistrement officiel est celui de la première à Minneapolis en 1940 ! Il grave néanmoins en studio, la dixième Symphonie de Chostakovitch, des symphonies de Mendelssohn et de Tchaikovski.
Les programmes de Mitropoulos à New York étaient exigeants et le public, comme les musiciens, exprimaient souvent leur difficultés à laisser de côté les habitudes esthétiques dominantes et attendues. Ses concerts – constitués d'une bonne dose de Krenek, Schoenberg, Session, Boris Blacher – étaient source de réactions négatives. Et lorsqu'il créait des œuvres inconnues de Vaughan Williams, Mahler, Morton Gould, Diamond, Malipiero, Respighi, Prokofiev, Chostakovitch ou Milhaud, il exigeait de son public de la curiosité. Cependant les musiciens rapportent leur évolution d'état d'esprit. Par exemple, lors du travail pour la création de Wozzeck en 1951, Harry Zaratzian, un des altistes de l'orchestre témoigne :
"Il a étonné tout le monde lorsqu'il s'est présenté aux répétitions ayant tout mémorisé. Lors de la première répétition, j'ai détesté ça. ... Dès la troisième, je commençais à comprendre – et je peux dire que les autres musiciens passaient par le même processus. Lors du concert, je pensais que Wozzeck était l'une des plus grandes œuvres jamais composées. La capacité de Dimitri à expliquer et à démystifier la complexité de ces partitions modernes, était tout simplement incroyable.

Harry Zaratzian Tournées et invitations

En 1951, il part pour une tournée européenne avec l'Orchestre de New York, la première après la Seconde Guerre mondiale, et dirige en alternance avec Bruno Walter.
Il effectue aussi des tournées américaines avec l'orchestre en 1954 en compagnie du jeune chef Guido Cantelli, 1920–1956. En 1955, toujours avec Cantelli, il entreprend un autre tournée européenne qui l'emmène d'abord à Paris en septembre. Il y grave en studio un grand Cinquième Concerto de Beethoven avec Casadesus. Puis à Athènes en octobre codirigeant avec Cantelli et Georg Szell, où ses concerts sont un triomphe. Il n'y avait pas dirigé depuis janvier 1938.
Il participe aussi à des concerts symphoniques avec le Philharmonique de Vienne, l'Orchestre philharmonique de Berlin, le Concertgebouw d'Amsterdam ou l'Orchestre de la Radio bavaroise, 1956, 1957, 1958. Chacun de ses passages étant source de témoignages historiques. Il dirige aussi au festival de musique contemporaine de Venise et au festival d'Athènes.

Le Metropolitan opera en 1937

Dans son travail avec le Philharmonique ou à l'occasion de ses tournées, il collabore régulièrement avec des solistes : notamment avec les pianistes Casadesus, William Kapell, premier Concerto de Brahms à peine six mois avant son décès Glenn Gould, et les violonistes Francescatti, premier Concerto de Paganini dès 1950, Concerto de Brahms, Oïstrakh Concerto pour violon nº 1 de Chostakovitch, Isaac Stern, premier Concerto de Prokofiev. En 1954, il accompagne le jeune van Cliburn, 1934–2013 pour son premier concert au Carnegie Hall, dans le premier Concerto de Tchaïkovski – qui sera son cheval de bataille lors du Concours Tchaïkovski à Moscou quatre ans plus tard.

Chef lyrique

Parallèlement à son travail avec le Symphonique, Mitropoulos a une carrière importante dans le répertoire lyrique et y connaît ses plus grands triomphes, même à l'heure des attaques de la presse en 1957 ce sont les mêmes critiques qui le contestaient à la direction du Philharmonique qui relaient les succès au Met.
Il a fait ses débuts comme chef d'opéra en mai 1950, avec Elektra de Strauss. De 1954 à 1960, il occupe le poste de chef principal au Metropolitan Opera de New York en remplacement de Bruno Walter. Il y a fait ses débuts le 15 décembre 1954 en montant Salomé de Strauss avec Christel Goltz et Vinay. En 1955, il dirige Un ballo in maschera de Verdi avec Richard Tucker, Leonard Warren, Marian Anderson et Roberta Peters58 et Tosca de Puccini, avec Renata Tebaldi et Richard Tucker et Madame Butterfly avec Albanese, Daniele Barioni, Elias60. En 1956, Boris Godounov et Manon Lescaut avec Corena ; Ernani de Verdi avec Mario Del Monaco et Cesare Siepi ; Carmen avec Risë Stevens et del Monaco, Die Walküre Ramon Vinay64 et Eugène Onéguine65. En 1958, il crée Vanessa opéra de Samuel Barber avec Eleanor Steber, Resnik, Nicolai Gedda ; le 27 octobre 1958 pour l'ouverture de la saison 1958-59 c'est Tosca avec Tebaldi et del Monaco, mais aussi Gianni Schicchi, Cavalleria rusticana et Pagliacci avec del Monaco, Amara, Sereni. En 1960, il monte Simon Boccanegra avec Guarrera, Tozzi, Flagello, Milanov, Bergonzi.

En 1958 il participe à la tournée estivale des villes américaines de l'orchestre.

Ses interprétations sont musicalement et dramatiquement, vives et incisives. Ses Puccini, Verdi ou Richard Strauss par exemple, sont des modèles de l'art de la direction. Le Metropolitan Opera possède heureusement beaucoup d'enregistrements d'archives de ces intenses moments artistiques. De décembre 1954 à avril 1960, il y a dirigé 208 représentations. Mitropoulos a réalisé quelques enregistrements pour Columbia avec le Philharmonique de New York, notamment un merveilleux Wozzeck d'Alban Berg.

Chef lyrique invité

Outre son activité new-yorkaise et américaine, La fanciulla del West avec Eleanor Steber, Mario Del Monaco, Tito Gobbi à Chicago le 10 octobre 1956, dès le début des années 1950, il est invité régulièrement en Europe, lorsqu'il n'est pas en déplacement avec son orchestre. Il dirige en Italie, notamment à La Scala où le 5 juin 1952, il propose pour la première fois dans la salle milanaise, le Wozzeck de Berg avec Gobbi et Italo Tajo ; en 1954 c'est Elektra de Strauss avec Ramon Vinay et le 26 mai 1954 Arlecchino de Ferruccio Busoni avec Giulietta Simionato, Rolando Panerai et Fernando Corena, Petre Munteanu et Petri. À Florence en 1953, il monte La Forza del Destino avec Tebaldi, Aldo Protti, Del Monaco, Barbieri et Siepi et l'année suivante La fanciulla del West avec Steber, Del Monaco et Guelfi. En 1958 Ernani avec Cerquetti, Del Monaco, Bastianini et Boris Christoff.
Il est aussi invité en Autriche, à Vienne et au Festival d'été de Salzbourg, où il laisse de mémorables productions, Vanessa de Barber toujours avec Eleanor Steber dans le rôle titre, La Forza del Destino, Don Giovanni et Elektra.
En 1957, victime d'une virulente campagne de presse touchant à sa vie privée, qualifié d'homme solitaire, sans femme, il abandonne son poste à la Philharmonie de New-York et est remplacé par son élève et protégé Leonard Bernstein qui codirigeait avec lui cette saison-là. Après une tournée en Amérique latine avec Bernstein en 1958, il ne dirigera plus cet orchestre qu'en tant que chef invité. Par exemple, le 2 janvier 1960 à Carnegie Hall, lors d'un festival consacré à Mahler, une Cinquième Symphonie, qui a été enregistrée. Il poursuit néanmoins son travail au Metropolitan Opera.
Mitropoulos ne s'est jamais marié ; il était connu comme homosexuel et n'éprouvait pas la nécessité d'un mariage cosmétique. Il aurait eu une relation avec Leonard Bernstein selon Norman Lebrecht ; Leonard Burkat, un ami d'enfance de Bernstein, va dans ce sens et Kiki Speyer Fouré, qui s'est presque fiancée à Bernstein, en était persuadée ; David Diamond, un ami intime de Mitropoulos, était certain du contraire. Discutant avec Maxim Gershunoff, futur agent musical, Mitropoulos a déploré : Quel dommage que je sois condamné pour de la luxure. Je n'ai pas le temps de me le permettre !

Derniers moments

Gustav Mahler en 1902
Ayant déjà souffert de deux attaques au cœur en décembre 1952 et janvier 1959 suivies de longues hospitalisations qui l’empêchent de diriger la moitié de la saison, les médecins lui conseillent d'abandonner la direction, ce que Mitropoulos ne pouvait envisager. Il accepte toutefois de diriger avec une baguette pour économiser ses forces2. Disant cependant que La baguette peut réaliser l'ensemble, mais elle ne peut pas être aussi expressive que les mains et le corps, ou bien Diriger avec une baguette c'est un peu comme jouer du piano avec des gants. Après sa convalescence, il reprend sa carrière internationale au même rythme.
Une troisième crise cardiaque l'emporte le 2 novembre 1960. Âgé de 64 ans, le mæstro s'effondre lors de la première répétition de la troisième symphonie de Mahler à La Scala de Milan. Sa dépouille, transportée en Suisse est incinérée, conformément à ses vœux, et ses cendres sont rapatriées au cimetière d'Athènes. Un hommage donnée par l'Orchestre d'État d'Athènes en novembre 1960, comportait la marche funèbre de la Troisième de Beethoven, jouée sans chef.
On peut trouver un enregistrement de la Troisième symphonie de Mahler donnée par Mitropoulos avec l'Orchestre Symphonique de la Radio de Cologne, le 31 octobre 1960, deux jours avant sa mort. Seul enregistrement complet de l'œuvre : l'enregistrement de 1956 à New York, est amputé en raison des limites de temps accordé par la radio américaine. Au cours de ce concert Mitropoulos fut déjà victime d'un malaise cardiaque dont le public ne vit rien. À l'interruption à la fin du premier mouvement de la Symphonie, le médecin le pressa de mettre fin au concert. Il concéda seulement de s'asseoir sur une chaise haute le reste de la soirée. L'orchestre de Cologne lui portait un attachement profond et de nombreux témoignages évoquent son humanité et sa générosité, par exemple quand il offrit un piccolo au flûtiste.
Son dernier enregistrement officiel est La forza del destino de Verdi avec Giuseppe Di Stefano, Antonietta Stella et Ettore Bastianini à Vienne.
Bien vite, Mitropoulos fut virtuellement oublié aux États-Unis. Quelques années après sa disparition, le livre d'un critique américain consacré aux grands chefs d'orchestre, lui consacrait deux paragraphes. Lors du 150e anniversaire de l'orchestre Philharmonique de New York en 1992, la presse citait le nom de Mitropoulos uniquement – et rarement – en tant que mentor de Bernstein. En 1996, le centenaire de sa naissance fut totalement oublié. En Europe en revanche, la parution régulières de disques a entretenu sa mémoire, à l'instar d'autres chefs de la période.

Technique

Quand il était adolescent, Dimitri a fait pèlerinages et retraites au Mont Athos avec les moines et parlait avec eux intensément de sujets spirituels. Une partie de sa future conception de la vie est marquée de ces expériences d'isolement. Choisissant la carrière musicale, Mitropoulos ne renonce cependant pas à la conception sacrificielle de la vie de l'homme vouée à l'Église. Sa vision personnelle de Dieu transparaît dans sa relation avec le monde extérieur, sa direction et sa vie matérielle quasi monastique. Il considérait son activité musicale et chaque concert comme un acte portée par une nécessité spirituelle, comme un rite, un sacre.
Le compositeur et critique Virgil Thomson le décrivait comme un chef hypersensible, démesuré, brutal, très intelligent, peu confiant et totalement sans compromis... Son excitation était à la limite de l'hystérie et il modelait passionnément et nerveusement la musique. Les journalistes qualifiaient sa direction d'étrange ou de non-orthodoxe et ajoutaient que c'était un individu inquiétant. Il expliquait lui-même qu' il est plus facile pour le public de comprendre la signification de la musique si le chef, est un peu un acteur.
Dimitri Mitropoulos était donc un chef charismatique et se donnait à la musique et à son travail entièrement. Son style de direction était à la mesure de son engagement total, physique et plein de mouvements intenses. Il conduisait de tout son corps, de la tête aux pieds, spontanément, comme un miroir de la partition. Toute la dynamique interne des informations données par la partition prenait entièrement et irrésistiblement possession de lui, chaque geste étant une analogie du texte, auquel l'orchestre donnaient vie.
De multiples témoignages d'auditeurs rapportent sa gestique particulière. En voici un :
"Mitropoulos sur l'estrade semblait donner une autre dimension à la musique, une transcendance au-delà d'elle-même. Dès la première mesure, il battait l'air à mains nues, déclenchant un répertoire bizarre de gestes frénétiques, froncements de sourcils et grimaces qui traduisait toutes les émotions, de la terreur à l'extase. Son corps frémissait et ses poings s'agitaient ; c'était comme un homme sous l'emprise d'un forme particulièrement de paralysie ; comme si la musique était un courant électrique passant au travers de son corps, le secouant et le faisant vibrer. L'impression était celle d'un chef tirant le son de quatre-vingt dix instruments par une contrainte presque physique, attaché par des liens invisibles à chacun des musiciens face à lui."
Charismatique, mais sans l'autorité de bien des chefs de l'époque Toscanini ou Rodzinski. C'est d'ailleurs une des raisons qu'il donne de l'absence de baton, comme disent les anglo-saxon pour désigner la baguette. Mitropoulos était très proche des musiciens et voulait un travail partagé, n'être qu'un aide dans le processus de création musicale.

Un défenseur de l'avant-garde

Mitropoulos est l'un des plus étonnants chefs de sa génération. Il dirigeait sans baguette, sauf à la fin de sa vie, d'une façon très nerveuse et expressive, parfois théâtrale, impliquant la totalité de son corps. L'homme était d'une générosité légendaire, partageant la vie de ses musiciens dans la plus grande simplicité au point d'y perdre une part de son autorité. Mais il possédait un charisme exceptionnel qu'il a su mettre au service de la musique de son temps. On lui doit des créations d'œuvres d'Heitor Villa-Lobos, Bachianas brasileiras n0 1, 1938, Ernst Krenek, Troisième Concerto pour piano, 1946, David Diamond, Première Symphonie, 1941, Paul Hindemith, Symphonie en mi bémol majeur, 1943, Robert Casadesus, Deuxième Suite pour orchestre, 1952, Samuel Barber, Medea's Meditation and Dance of Vengeance, 1956 ; l'opéra Vanessa, Metropolitan Opera, 15 janvier 1958, avec Eleanor Steber dans le rôle-titre... Moins à l'aise dans le répertoire allemand du XIXe siècle, Mitropoulos excellait dans les grandes fresques du XXe siècle. Ses interprétations reposaient davantage sur le tempérament et la passion que sur une parfaite mise en place. Doté d'une mémoire exceptionnelle, il a été l'un des premiers chefs de l'histoire à diriger sans partition, non seulement au concert mais aussi en répétition. Un concours international de direction d'orchestre portant son nom s'est déroulé à New York entre 1960 et 1970, révélant de jeunes chefs d'orchestre comme Seiji Ozawa, Claudio Abbado, Zdeněk Košler, Edo De Waart, Jesús López-Cobos. Ce concours, qui a été réorganisé en Grèce et qui se déroule à Athènes, se consacre en alternance à la direction d'orchestre et à la composition.
L'œuvre de Mitropoulos est restée injustement méconnue. Jamais il n'a usé de sa notoriété de chef d'orchestre pour imposer sa propre musique. En 1929, il écrivait à l'une de ses amies, Katy Katsoyanis : Je suis trop plein de musique étrangère pour que je puisse produire la mienne. »Écrite dans une langue résolument moderne, sa Sonate pour violon et piano Ostinata parle déjà un strict langage schönbergien dès 1925. Pour orchestre, on lui doit un poème symphonique, La Mise au tombeau du Christ, 1916, une pièce intitulée Enterrement, 1925 et un Concerto grosso, 1928 ; pour le piano, une Sonate, 1919, un triptyque, Passacaglia, Preludio e Fuga vers 1925, et Quatre Danses de Cythère, 1926 ; il a composé des mélodies ainsi que des musiques de scène pour Electre, 1936 et Hippolyte, 1937 d'Euripide.Alain Pâris

La mémoire

Mitropoulos dirigeait sans partition. Lorsqu'on l'interrogeait sur ce point, il faisait la réponse suivante : Vous n'attendez pas qu'un acteur sur scène joue Hamlet avec son script à la main, ou plus ironique encore :"Je n'utilise jamais de partition quand je dirige mon orchestre. Est-ce qu'un dompteur de lions entre dans la cage tenant un livre sur l'art d'apprivoiser les lions ? "
Bien qu'il ne soit pas le seul à en disposer, Dimitri Mitropoulos était connu pour sa mémoire photographique, Toscanini avait ce don, ce qui lui a permis de diriger la quasi-totalité de son répertoire par cœur et ce même en répétitions. Ainsi, pour une œuvre nouvelle, à défaut de conducteur d'orchestre, il était capable de visualiser intérieurement la partition, musique en étalant au sol la totalité des parties séparées d'orchestre pour les mémoriser. Certains musiciens de l'orchestre racontent aussi ses pratiques : Il n'a jamais de partition aux répétitions, ni de partition sur son pupitre. Pourtant, il pouvait compter les mesures. Il était capable de s'arrêter et de dire : "Seconde flûte, quatre mesures avant la lettre A"... Mais Mitropoulos lui-même conteste cette définition de photographique et explique les mécanismes de son assimilation étonnante :
"Mon subconscient travaille sur les partitions pendant que je dors. Ce n'est pas photographique. Mon secret avec les partitions, c'est juste de se donner une concentration absolue. Je prends autant de temps que je veux, je prends une année si je veux. De temps et de moi, il n'y a pas de fin. Si bien que j'arrive à assimiler, sans me forcer. C'est ainsi que les choses se font. Dès que je reçois une partition, je la mets en morceaux, comme un enfant une horloge. Ensuite je remets les pièces ensembles, et mon cher, je sais alors comment la partition est faite. Tout ne se tient pas toujours la première fois, ni même la deuxième. J'ai peut-être laissé les mesures 155 et 223. Ils sont les rouages de l'horloge et je dois trouver l'endroit où ils vont. Et en répétition je serre chaque vis, comme un mécanicien.
— Dimitri Mitropoulos
Répertoire et créations
Dimitri Mitropoulos est un chef qui a surtout excellé dans le champ du dernier romantisme et la musique du xxe siècle. Il a défendu précocement les symphonies de Gustav Mahler, notamment par le disque, la première de Minneapolis, mais aussi la sixième85 qu'il a donné en création à New York en décembre 1947, ainsi que les premier et troisième mouvements de la dixième. Pour son travail de promotion de la musique du compositeur il a reçu la Médaille d'Honneur Mahler américaine en 1950.
À New York, Mitropoulos créé près de cinquante œuvres contemporaines. On peut citer les créations américaines de la Dixième Symphonie, 1954 et du premier Concerto pour violon, 1956 de Chostakovitch, avec Oistrakh, d'œuvres de Malipiero et Roussel ; et les premières mondiales de Vanessa de Barber, 15 janvier 1958, la Quatrième Symphonie, 1947 et Concertos pour piano d'Ernst Křenek avant d'en réaliser un enregistrement. Il a également défendu les contemporains américains tels Eliot Carter89 Roger Sessions, Peter Mennin, Stefan Wolpe, Morton Gould90 ou Philip Bezanson.

Créations d'œuvres par Mitropoulos

Répertoire lyrique
Dimitri Mitropoulos était aussi un formidable homme habité par le démon du théâtre, il dirigé de nombreux opéras, d'abord en Italie, puis au Metropolitan Opera de New York de 1954 à sa mort, en 1960. Ses interprétations des opéras de Giacomo Puccini, Giuseppe Verdi et Richard Strauss restent dans les mémoires. Son enregistrement, en concert le 12 avril 1951, consacré au Wozzeck d'Alban Berg avec Friedrich Jagel, David Lloyd et Edwina Eustis, le premier de l'œuvre, est considéré comme une référence.
Le disque nous a également légué une interprétation du Don Giovanni de Mozart qui constitue également une référence, Salzbourg, 1956, l'année du bicentenaire de Mozart Médaille du Concours International de direction d'orchestre, Bronze de William Zorach, 1963 - Musée Smithsonian

Concours Mitropoulos

Un concours Mitropoulos a été créé à New York dans les années 196093. De jeunes chefs y ont participé, tels Claudio Abbado, Zdeněk Košler, Jesús López Cobos, en 1963, Edo De Waart en 1964, Alain Lombard, Zdeněk Mácal en 1966 ou Seiji Ozawa. Après ce concours s'est tenu à Athènes, Dimitri Mitropoulos International Competition, couronnant de jeunes chefs mais aussi des compositeurs.

Documentaire

En 2013 a été réalisé un documentaire par Giorgos Skevas, avec Lefteris Voyiatzis : Naked Hands qu'on peut traduire par À mains nues, allusion à sa direction sans baguette.

Compositeur

Mitropoulos a écrit 48 pièces, notablement influencées par son maître Busoni et la Seconde école de Vienne. Œuvres pour piano, avec ou sans accompagnement orchestral, œuvres symphoniques, œuvres vocales et un opéra de jeunesse, Sœur Bérénice, sur un livret de Maurice Maeterlinck. À l'exception des musiques de scènes, fruits de commandes, Mitropoulos arrête de composer après 1930, se consacrant uniquement à la direction. Cependant, parmi les 48 numéros de son catalogue, il a réalisé ensuite quelques transcriptions d'œuvres de Bach de Beethoven, de Franck et de Grieg. Ainsi que des arrangements d'opus contemporains de Prokofiev ou d'Howard Swanson enregistrés en 1950.

Piano

Rêveries au Bord de la Mer 1912–1915
Trois pièces pour piano
Béatrice, en mi majeur 1915
Scherzo – étincelles de joie ! en fa mineur 1916
Fête Crétoise Κρητική Γιορτ 1919
Orchestrée par son ami Skalkottas en 1924 et créée dans sa version orchestre à Athènes en 1926 par Mitropoulos.
Eine Griechische Sonate Sonate Grecque]1920
La sonate grecque est une grande œuvre ambitieuse de plus de quarante minutes, composée pendant ses études à Bruxelles. Elle fut présentée à Busoni qui la critiqua très négativement pour son esthétique post-romantique. Ce fut un choc difficile pour le jeune homme, qui arrêta de composer pendant quatre ans.
I. Allegretto non troppo ma con passionne
II. Allegretto
III. Lento
IV. Maestoso - Allegro non troppo
Passacaglia, Preludio e Fuga Berlin, et achevé à Athènes le 26 juin 1924
Klavierstück I 1925
4 Danses de Cythère 1926
Musique de chambre
Un morceau de concert pour violon et piano 1913
Danse du faune pour quatuor à cordes 1915
Ostinata in tre parti, pour violon et piano 1925–1926 Création 5 juin 1927

Orchestre

Burial Ταφή 1915
Concerto Grosso 1928
Musique de scène
Electra 1936
Hyppolytus 1937
Vocale
Sœur Béatrice, Miracle en trois actes sur un livret de Maurice Maeterlinck. Opéra représenté à Athènes en 1919
L'Alouette et ses petits, avec le maître d'un champ, pour voix et piano 1920, pub. 1928 Paris chez M. Senart Sur une fable de La Fontaine Livre IV.
Vénus céleste Αφροδίτη Ουράνια pour voix et piano 1925 Sur une poésie Angelos Sikelianos.
14 Inventions pour soprano et piano 1925–26, 10 publiées en 1927
Composés sur des sur des textes de Constantin Cavafy. Le titre évoque immédiatement les Inventions à deux et trois voix de Bach. Mitropoulos reprend en outre les formes baroques du Canon, Passacaille et fugue. Il présente lui-même son œuvre ainsi : Chacun des poèmes a pour base une structure formelle différente, dans laquelle la voix, dit le texte, mais fait également partie de la structure. Ce n'est ni du chant, ni une stricte récitation avec l'accompagnement. Il ne faut pas chanter ou simplement réciter, mais plutôt quelque chose entre les deux. Peut être une forme stylisée de récitation avec des rythmes qui correspondent à la prosodie du texte. ... Toutefois, les autres aspects probablement indéfinissables, mais importantes du poèmes sont ce qui, j'imagine, donne l'occasion de prendre vie a des structures techniques et musicales. Plus brièvement : 10 formules mathématiques artistiques avec des sons et des mots. Dimitri Mitropoulos, Tragoudia tou Cavary Melopoiemena apo ton Mitropoulo, Nea Estia, vol. 12 15 novembre 1932.
I. Preludio a 4 Voci Ἡδονῆ / Plaisir sensuel écriture du poème, 1913
II. Canon a 3 Voci Γία νά ̓ρθουν / Évoquer les ombres c.1920
III. Prologo – Fughetta – Epilogo a 4 Voci Μιὰ νύχτα / Une nuit 1907
IV. Prologo – Fughetta – Epilogo a 4 Voci Ἡ ἀρχή των / Leur début 1915
V. Canon a 2 Voci Νὰ μείνει / Immobile 1918
VI. Canon Ἐν ἀπογνώσει / En désespoir 1923
VII. Passacaglia a 3 Voci Γκρίζα / Grisaille 1917
VIII. Passacaglia a 2 Voci Μέρες τοῦ 1903 / Jours de 1903] 1919
IX. Canon a 2 Voci Τὸ διπλανὸ τραπέζι / Le tableau d'à côté] 1918
X. Canon a 2 Voci Μακρυὰ / Jadis 1914
XI. Preludio Scherzino a 1 Voce Ἐν τῆ ὡδῶ / Dans la rue 1916
XII. Fuga 4 Voci Ὁ ἥλιος τοῦ ἀπογεύματος / Le soleil d'après-midi 1918
XIII. Pedale a 3 Voci Ἔτσι πολὺ ἀτένισα / J'ai beaucoup regardé 1911
XIV. Coda Finale a 2 Voci Ἐπῆγα / Je suis allé 1905
Mélodies Grecques pub. 1960 Universal
Transcriptions
Bach, Fantasia & Fugue en sol mineur, Bwv 542
Beethoven, Quatuor à cordes opus 131
Franck,
Grieg,
Prokofiev,
Quintette, opus 39
Ouverture sur des thèmes juifs, opus 34
Howard Swanson 1907–1978, Night Music

Mitropoulos, comparativement à la plupart de ses collègues chefs d'orchestre de son époque Ormandy, Stokowski, Monteux, Walter… a peu enregistré en studio. C'est donc souvent par les enregistrements en concert que l'on trouve telle ou telle œuvre. Le lègue de Mitropoulos au disque est grossièrement divisée en trois. Il a enregistré avec l'Orchestre de Minneapolis à l'époque 78 tours pour Columbia, et lorsqu'il était à New York. L'essentiel ayant été republié par Sony et divers éditeurs dès que les enregistrements tombaient dans le domaine public. Et en outre, on trouve une grande quantité de bandes radios de concerts publiées par le label Orfeo pour Vienne ou Salzbourg, et d'autres à Cologne, Amsterdam et avec le Philharmonique de New York et le Metropolitan Opera. Voici une large sélection, avec des dates précises, selon un découpage de forme : Symphonique, Concertant et Opéra.

Symphonique

Berlioz
Symphonie fantastique, opus 14 - New York 27 février 1957
Roméo et Juliette Symphonie dramatique, opus 17 extraits - New York 27 octobre 1952
Chausson : Symphonie en si bémol majeur - Minneapolis 9 mars 1946
Orchestres
Columbia : Orchestre Symphonique Columbia
Florence : Orchestre du Mai musical florentin
NBC : Orchestre symphonique de la NBC
New York : Philharmonique de New York
Met : Metropolitan Opera
Minneapolis : Orchestre Symphonique de Minneapolis
Vienne : Philharmonique de Vienne
Robin Hood Dell : Robin Hood Dell S. = Orchestre de Philadelphie
Mahler
Symphonie no 1 Titan - Minneapolis 4 novembre 1940 - Sony
Symphonie no 5 - New York 2 janvier 1960
Symphonie no 6 Tragique - New York 10 avril 1955
Symphonie no 8 Des Mille - Vienne 28 août 1960
Symphonie no 9 - New York 23 janvier 1960
Symphonie no 9 - Vienne 2 octobre 1960
Prokofiev : Roméo et Juliette Suites - New York
Rachmaninov : L'Île des morts - Minneapolis 2 mars 1945
Vaughan William
Fantasie sur un Thème de Thomas Tallis - New York 3 mars 1958
Symphonie no 4 - New York 5 avril 1953
L'accompagnateur
Beethoven : Concerto pour piano no 5 - Robert Casadesus, New York 1955
Berg : Concerto pour violon - NBC 1945
Berlioz : Les Nuits d'été - Eleanor Steber, soprano, Columbia 21 janvier 1954
Brahms : Concerto pour violon - Zino Francescatti, violon, Vienne 24 août 1958
Bruch : Concerto pour violon - Zino Francescatti, violon, New York 2 février 1952
Prokofiev : Concerto pour piano no 3 - Robin Hood Dell 26 juillet 1946

Opéra

Berg : Wozzeck - Mack Harrell, Eileen Farrell, Frederick Jagel, Joseph Mordino, David Lloyd, New York 1951
Mozart : Don Giovanni - Cesare Siepi, Fernando Corena, Elisabeth Grümmer, Lisa Della Casa, Rita Streich, Gottlob Frick, Vienne 1956
Puccini : La Fanciulla del West - Eleanor Steber, Mario Del Monaco, Florence 1954
Strauss
Elektra - Inge Borkh, Lisa Della Casa, Jean Madeira, Kurt Böhme, Vienne 1957
Salome - Inge Borkh, Ramón Vinay, Blanche Thebom - Met 1958
Verdi
Ernani - Mario Del Monaco, Zinka Milanov, Leonard Warren, Cesare Siepi, Met 1956
La Forza Del Destino - Mario Del Monaco, Renata Tebaldi, Aldo Protti, Florence 1953



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Posté le : 28/02/2015 16:19
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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