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Découverte de l'île de Pâques 1
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Le 5 avril 1722, l'explorateur Jacob Roggeveen découvre l'île de pâques

il aborde une île isolée en plein Pacifique. Comme c'est le jour de Pâques, il la baptise tout simplement... Île de Pâques.
L'île est le sommet émergé d'un massif volcanique sous-marin. À la différence de la plupart des autres îles du Pacifique, elle n'est pas protégée des vagues par une barrière de corail et un lagon, ce qui rend son approche en bateau difficile. Sur son sol aride de 171 km2 survivent quelques centaines de misérables Polynésiens.
Paradis perdu ou saccagé
Les ancêtres de ces malheureux, arrivés en pirogue entre 900 et 1200 de notre ère, avaient découvert un paradis doté d'une faune et d'une flore exubérantes, qu'ils avaient appelé dans leur langue Rapa Nui.
Ils avaient bâti une société prospère et même inventé une écriture idéographique, le rondorongo. Ils s'étaient multipliés jusqu'à être 10.000 ou 15.000.
La population était divisée en clans familiaux dont chacun était établi dans l'une des vallées sèches qui descendaient vers l'océan, cultivant ses jardins et honorant ses morts. Les dépouilles de ces derniers étaient déposées sur la grève.
Pour se protéger de l'océan hostile, chaque clan avait aménagé près du rivage une plate-forme en pierre surmontée de statues géantes, alignées comme à la parade, au regard impressionnant de vie, tournées vers les jardins et les habitants.

Les habitants sculptaient les statues les moaï dans les flancs des trois anciens volcans de l'île. Ils les faisaient ensuite glisser jusqu'aux plates-formes de pierre qui leur étaient destinées les ahu. Pour cela, ils fabriquaient des rails et des cordages avec les palmiers géants qui couvraient l'île.
On a dénombré un total de 800 statues, représentant des hommes et des femmes d'une taille d'un mètre à 22 mètres. La majorité sont restées sur les lieux d'extraction, en position couchée. 256 ont été déplacées et 164 de celles-ci ont été érigées sur les plates-formes.

Jakob Roggeveen sa vie

Jakob Roggeveen né le 1er février 1659 à Middelbourg, mort le 31 janvier 1729 était un explorateur néerlandais qui a été envoyé trouver la Terra Australis, mais qui se retrouva à l'île de Pâques en 1722.
Son père, Arent Roggeveen, était un mathématicien qui possédait beaucoup de connaissances en astronomie, en géographie et en navigation. Ce dernier a étudié la mythique Terra Australis, et a finalement obtenu un brevet pour une excursion exploratoire. Toutefois c'est son fils qui, à l'âge de 62 ans, a par la suite équipé trois bateaux et a fait l'expédition.
Auparavant, il avait déjà eu une vie bien remplie. Il est devenu notaire de Middelbourg où il est né le 30 mars 1683. Le 12 août 1690, il reçut un diplôme en tant que docteur en droit à l'université de Harderwijk, et a travaillé entre 1707 et 1714 en tant que Raadsheer van Justitie "seigneur du Conseil de la justice" à Batavia aujourd'hui Jakarta. En 1715, il revient à Middelbourg.
Il est alors impliqué dans des polémiques religieuses en soutenant le prêtre libéral Pontiaan van Hattem en publiant le feuillet De val van 's werelds afgod. La première partie est apparue en 1718, dans Middelbourg, et a été plus tard confisquée par le conseil municipal et brûlée. Roggeveen fuit Middelbourg, et, plus tard, Flessingue. Il s'établit à Arnemuiden, et édite la deuxième et la troisième partie de ses écrits, soulevant encore une polémique.
Le 1er août 1721, il débute son expédition de Texel à la recherche de la Terra australis, au service de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Il part avec trois bateaux: le Arend, le Thienhoven, et le Afrikaansche Galey.
La première fois, Roggeveen navigue vers le bas des Îles Malouines qu'il renomme Belgia australis, traverse le détroit de Le Maire et continue vers le sud puis atteint l'océan Pacifique. Il s'arrête d'abord près de Valdivia. Il visite l'archipel Juan Fernández, où il restera du 24 février au 17 mars. Le 6 avril 1722 le dimanche de Pâques il découvre l'île de Pâques Rapa Nui il a rapporté avoir vu 2 000 à 3000 habitants. Il navigue alors jusqu'à Batavia en passant par l'Archipel des Tuamotu, les Îles de la Société, et certaines îles dont il fait la découverte dont les Samoa et Makatea. Il y est toutefois arrêté pour avoir violé le monopole de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, mais la compagnie sera, plus tard, forcée de le libérer, de lui donner une compensation pour les ennuis causés et de payer son équipage. En 1723, Roggeveen rentre aux Pays-Bas.
Après son retour, Roggeveen publie la quatrième partie de De val van 's werelds afgod.

Le mystère de Pâques

Les Européens qui ont exploré l'île, tels Lapérouse et Cook au XVIIIe siècle, n'ont pas manqué de s'interroger sur l'arrêt subit de cette activité et le déclin brutal de la société pascuane, que les scientifiques situent vers le milieu du XVIIe siècle.
Deux thèses s'affrontent dont l'une met en cause l'irresponsabilité des hommes, l'autre la fatalité de la Nature.
- Les hommes coupables :
Selon l'anthropologue Jared Diamond, qui décrit le déclin de la société pascuane dans son livre Effondrement (2006), les chefs de clans, qui se partageaient l'île et se défiaient en érigeant des statues de plus en plus grandes, avaient fini par altérer gravement le couvert forestier d'où ils tiraient rails et cordages.
Julian Curry, Mystries of Egypt, 1998, documentaire IMAX
Julian Wadham, docudrama Egypte, 2005, BB

L'île de Pâques, en langue rapa nui Rapa Nui, la grande Rapa, en espagnol Isla de Pascua, est une île isolée dans le sud-est de l’océan Pacifique, particulièrement connue pour ses statues monumentales les moaï et son écriture océanienne unique, le Rongo-Rongo.
L’île se trouve à 3 680 km des côtes chiliennes et à 4 050 km de Tahiti, l’île habitée la plus proche étant l'île Pitcairn à plus de 2 000 km à l’ouest. L’île de forme triangulaire, d'environ 23 km dans sa plus grande dimension, couvre 166 km2. La population comptait 3 304 habitants en 2002. Son chef-lieu et unique village est Hanga Roa.
Elle fut visitée par le premier Européen, le navigateur néerlandais Jakob Roggeveen, le jour de Pâques, le 5 avril 1722, et comptait alors près de 4 000 habitants. Elle fut annexée par l’Espagne en 1770 sous le nom d'isla San Carlos, mais l'Espagne s'en désintéressa par la suite ; des Français s'y installèrent après 1864 et l'île devint une possession chilienne en 1888.
Depuis 1995, le patrimoine exceptionnel de l’île est protégé et inscrit au Patrimoine mondial par l'UNESCO. Des parcs ou réserves naturelles, parfois surveillés, enserrent les zones des vestiges. La communauté rapanui veille jalousement sur les traces de son histoire et constitue un pouvoir parallèle au gouvernement officiel chilien.
Cette île, la plus à l'est de toute l’Océanie, est célèbre pour ses vestiges mégalithiques des premières civilisations autochtones. Le patrimoine archéologique comprend environ 887 statues de basalte, les moaï, de 4 m de hauteur moyenne et près de 300 terrasses empierrées au pied de ces statues, les ahû.

Dénominations

Le nom espagnol d'Isla de Pascua Île de Pâques est dû au navigateur hollandais Jakob Roggeveen. Il a découvert cette terre le dimanche de Pâques 1722, et l'a baptisé ainsi "Paaseiland". En revanche, les habitants de l'île, d'origine polynésienne, ont d'autres dénominations, que les Européens ont parfois réinterprétées :
avant les changements de population postérieurs à 1861, la tradition orale rapporte que le nom de l'île était Haumaka ou plus exactement Te kainga a Hau Maka, le bout de terre de Hau Maka, également connu comme Hau Mata, Hao Matuha ou Hotu Matu'a ; Alfred Métraux donne aussi Hiti-ai-Rangi, Hanga-Oaro et Hanga-Roa, nom conservé jusqu'à nos jours par le village de l'île ;
Te pito o te henua le nombril de la terre désignait, selon la tradition orale, le centre de l'île où se tenaient les palabres entre iwi clans, mais Alphonse Pinart dans son Voyage à l'île de Pâques 1877, a interprété ce toponyme comme étant le nom de l'île et comme signifiant le nombril du monde ;
Rapa Nui la grande Rapa a été popularisée tardivement XIX et XXe siècles, entre autres par l'explorateur Thor Heyerdahl, après que les autochtones venus, semble-t-il, des Marquises ou de Mangareva, et décimés en 1861 ont été rejoints par des habitants de Rapa, la petite, qui se trouve en Polynésie française ; ce nom a été généralement adopté par la population actuelle ;
enfin Matakiterani ou plus précisément Mat’aki te rangi les yeux regardant le ciel ou bien du ciel est une expression désignant les moai, que certains auteurs européens ont employée pour désigner l'île dans leurs ouvrages.
Les récits qui proviennent de l'île de Pâques, accompagnés par l'étrange mélodie des noms pascuans, évoquent des images fantastiques : Te Pito o te Henua, le nombril du monde ; Ranoraraku, les statues géantes ; Orongo, l'Homme-Oiseau ; Rongorongo, l'écriture indéchiffrée ; Toromiro, l'arbre disparu, etc.

Île de Pâques : les principaux sites archéologiques.

Le contraste entre le dénuement de l'île et le caractère hors norme des œuvres de la société pascuane engendre l'incrédulité, le merveilleux et le mystère. Sans ce parfum particulier, qui se soucierait de ce caillou plus petit que l'île d'Oléron ? Mais l'île de Pâques et sa poignée d'habitants forment un microcosme où l'aventure humaine manifeste son audace et dévoile sa fragilité ; à ce titre, le destin de l'île et de ceux qu'elle nourrit pourrait préfigurer celui de la Terre et de l'humanité.

Une extrême insularité

Dans l'océan Pacifique, à 270 26' 30'' de latitude sud et 1090 26' 14'' de longitude ouest, l'île de Pâques ou Rapa Nui, est distante de 3 747 kilomètres des côtes du Chili, pays dont elle fait partie depuis 1888 ; elle se situe à 2 500 kilomètres au sud-est de l'archipel des Gambier Polynésie française et à 2 250 kilomètres de l'îlot de Pitcairn Grande-Bretagne.
L'île de Pâques 165 km2 0 mètres a la forme d'un triangle dont le côté le plus grand mesure 24 kilomètres. Elle naît il y a 2,5 millions d'années, lorsque le Poike surgit de l'océan, ; profond de 3 840 mètres ; haut de 370 mètres, ce volcan forme l'angle est de l'île. Au sud-ouest, le cratère du Rano Kau est vieux de 1 million d'années ; haut de 324 mètres, son fond est occupé par un lac. L'éruption du Te Revaka, il y a 300 000 ans, donna à l'île sa forme actuelle ; culminant à 506 mètres, il est parsemé de cent quatre cônes adventifs. Les dernières coulées datent d'environ 10 000 ans. La croûte de lave est parcourue par de nombreuses cavités, parfois très vastes.
Le climat est subtropical ; la température ne présente que de faibles écarts entre l'été 23,4 0C et l'hiver 17,8 0C. La pluviométrie 1 350 mm est très irrégulière, aussi bien au cours de l'année que d'une année à l'autre de 760 à 1 550 mm. Il n'y a ni source ni ruisseau ; les seules eaux permanentes se trouvent au fond des cratères et dans quelques cavités.
La douce topographie de l'île ne protège pas du vent, fort et constant. La mer, souvent agitée, bat des côtes déchiquetées et des falaises hautes de 100 à 300 mètres ; il existe toutefois deux petites plages de sable corallien sur la côte nord-est Anakena et Ovahe. L'atterrissage le moins périlleux se fait dans la baie de Hanga Roa ou baie de Cook sur la côte ouest.
Éloignement considérable, direction défavorable des vents et des courants, faible superficie, âge récent et côtes abruptes ont formé autant d'obstacles au peuplement animal et végétal de l'île ; ses ressources sont donc limitées et leur capacité de régénération quasi nulle. Toutefois, les premiers occupants polynésiens ont créé les conditions propices au développement d'une société aux réalisations étonnantes. Au cours d'un millénaire de solitude, cette société minuscule s'est adaptée aux changements les plus radicaux de son environnement ; elle n'a survécu que difficilement à la venue des Européens.

Géographie et climat Géographie et géologie

Îles de Pâques et Sala y Gómez et la côte de l'Amérique du Sud.
L’île de Pâques est l'une des terres les plus isolées au monde. Elle se trouve à 3 700 kilomètres des côtes chiliennes et à 4 000 km de Tahiti, l’île habitée la plus proche est Pitcairn à plus de 2 000 km à l’ouest. L'île de Sala y Gómez à 391 km à l'est est inhabitée. Elle est de forme triangulaire, environ 23 km dans sa plus grande dimension, et couvre 162 km². Le plus haut point de l'île à 507 mètres d'altitude est le Maunga Terevaka. Il y a trois lacs d'eau douce dans des cratères volcaniques Rano : Rano Kau, Rano Raraku et Rano Aroi mais aucun cours d'eau permanent. La population comptait 3 304 habitants en 2002. Son chef-lieu est Hanga Roa.
L'île est d'origine volcanique avec trois cônes principaux éteints. Le Maunga Terevaka forme la plus grande superficie de l'île. Les monts Poike à l'est et Rano Kau au sud lui sont reliés par des ponts de débris d'éruption et donnent la forme triangulaire de l'île. Il existe de nombreux autres petits cratères et reliefs volcaniques dont le Rano Raraku, le Puna Pau et des tunnels de lave. Les pierres principales sont le basalte et l'hawaiite, tous deux riches en fer et apparentées aux roches ignées des îles Galápagos.
L'île de Pâques est entourée d'îlots comme Motu Nui, une montagne volcanique de plus de 2 000 mètres de dénivelé entre le fond de la mer et son sommet. L'île de Pâques et ces îlots font partie de la chaîne de Sala y Gómez, surtout sous-marine, qui débute à Pukao et s'étend 2 700 km à l'est jusqu'à Nazca.
Les îles de Pukao, Moai et de Pâques ont été formées au cours des 750 000 dernières années, l'éruption la plus récente date d'un peu plus de 100 000 ans. Ce sont les plus jeunes montagnes des Sala y Gómez qui repose sur la plaque de Nazca au-dessus du point de passage d'un point chaud dans le sud-est du Pacifique et près d'une zone de fracture. De la fumée a été photographiée sortant du mur du cratère Rano Kau — pourtant éteint — par l'administrateur de l'île, M. Edmunds.
Le point antipodal de l’île se trouve dans le district de Jaisalmer, dans le Rajasthan en Inde. C’est un lieu inhabité entre les villages de Kuchchri, Häbur et Mokal.
L'éclipse totale de Soleil du 11 juillet 2010 est passée par l'île de Pâques, 10 ans et 11 mois calendaires, soit 1 tritos, après celle du 11 août 1999. À cette occasion, l'astronome français Jean-Claude Merlin a annoncé officiellement le baptême de la petite planète 2214 du nom de Rapa Nui.

Climat

Le climat de l'île est de type subtropical maritime. La température minimale est de 18 °C en juillet et août (hiver austral) et le maximum est de 28 °C en février32. Il tombe 1 138 mm de pluie annuellement et avril est le mois le plus pluvieux mais la pluie est assez bien répartie tout au long de l'année.
Biodiversité et évolution environnementale de l’île

Avifaune

Les îlots rocheux qui se trouvent au sud-ouest de l'île de Pâques abritent une importante population d'oiseaux de mer : mouettes, goélands, frégates et le mythique sterne noir, devenu très rare aujourd'hui. Dans le culte de Make-make, le sterne noir a joué autrefois un rôle essentiel : chaque année, à l'arrivée de cet oiseau migrateur connu sous le nom indigène de manutara ou mahoké, des hommes gagnaient au large l'île Motu Nui dans le but de rapporter l'un de ses œufs, symbole de la création du genre humain. Toutefois, la catastrophe démographique et culturelle de 1861 a eu pour effet la perte de la plus grande partie de la tradition orale, de sorte que les détails de ce culte ne nous sont connus que partiellement, par les récits des premiers explorateurs et par les ré-interprétations récentes des pétroglyphes et des légendes pascuanes.

Flore

L'aspect de l'île frappe actuellement par l'absence de forêt, à l'exception des plantations récentes de toromiro, un sophora endémique de l'île. Cela n'a pas toujours été le cas : les premiers explorateurs européens décrivent la présence de bois de toromiro et de sous-bois de fougères. Il existe de nombreuses traces de racines et de noix d'un palmier, le Paschalococos disperta. Les dernières recherches archéologiques, notamment l’analyse des pollens contenus dans les sédiments ou des restes de repas, prouvent que plusieurs espèces d’arbres ont totalement disparu ou du moins que leur nombre aurait considérablement chuté à partir des années 1500-1600.

L'Europe découvre les Pascuans

À la fin du XVIe siècle commence la quête d'une fabuleuse Terra Australis Incognita qui, croit-on, contrebalance au sud la masse des continents de l'hémisphère Nord. À 270 sud, le flibustier Edward Davis aperçoit, en 1687, une terre basse et sableuse. En 1721, la Compagnie hollandaise des Indes occidentales lance Jacob Roggeveen à la recherche de cette terre, à la tête de 223 hommes et d'une flotte de trois navires ; le 5 avril 1722, jour de Pâques, une île apparaît à la latitude annoncée par Davis.
Le débarquement sur l'île de Pâques a lieu le 10 dans la baie d'Hanga Hoonu ; de nombreux insulaires accueillent 134 hommes bien armés. Quelques centaines de mètres sont parcourus lorsque des marins apeurés ouvrent le feu : une douzaine de Pascuans sont tués ; ensuite, des échanges s'établissent. Roggeveen lève l'ancre le 12 avril.
Dans les journaux de Jacob Roggeveen et de Cornelius Bouman, il est question d'une région de l'île plus fertile que celle qui a été visitée, de champs carrés bordés de fossés secs, de sept maisons en forme de bateau renversé, longues d'une quinzaine de mètres, de pirogues à balancier, longues de trois mètres, faites de petites planches cousues, de statues et du culte qui leur est rendu, des productions vivrières et de leur préparation, des vêtements en écorce battue et des parures, particulièrement de celles qui distendent le lobe de l'oreille ; parmi les insulaires, seules deux ou trois femmes ont été vues. Les statues, hautes de 9 mètres, frappent les Hollandais d'étonnement, d'autant plus qu'il n'y a pour les ériger, ni madrier, ni corde solide ; ce mystère se dissipe lorsqu'on les croit modelées en argile.
En 1770, le vice-roi du Pérou envoie Felipe González à la recherche de la terre de Davis. À bord de deux navires, une expédition forte de 546 hommes atteint l'île le 15 novembre ; elle est baptisée San Carlos, nom du roi d'Espagne. Cinq cents hommes débarquent sur la côte nord ; la moitié d'entre eux montent planter trois croix sur le mont Poike ; le document de prise de possession, lu à cette occasion, est contresigné par trois chefs pascuans. Le 21, les Espagnols lèvent l'ancre.
La foule qui les a accueillis est estimée à mille personnes parmi lesquelles peu de femmes et d'enfants. Dans ce monde dépourvu de bois, la dimension extraordinaire des statues nommées moai provoque l'admiration des Espagnols. Un dictionnaire d'une centaine de mots est recueilli, une carte établie, des croquis topographiques dressés, sur lesquels figurent des statues et leur coiffe de tuf rouge.
Le 12 mars 1774, James Cook découvre à la lunette les statues de l'île de Pâques ; l'équipage de la Resolution 112 hommes est alors affaibli par la vaine recherche du continent austral. Le 14 et le 15, les environs d'Hanga Roa et la côte sud sont visités. Au journal et à une carte de Cook s'ajoutent les notes de William Wales, John Pickersgill, Johann et Georg Forster, ainsi que quelques dessins de Johann Forster et de William Hodges.
La population visible est estimée à six cents ou sept cents personnes ; mais les femmes et les enfants ne se montrent pas. L'impression dominante est celle d'une grande pauvreté, à peine atténuée par l'existence de plantations parfois vastes. La plus grande des maisons mesure 18 mètres de longueur. Des objets sont acquis, dont des bois sculptés. Les Forster n'observent pas plus d'une vingtaine de végétaux différents, dont deux ou trois petits arbustes. Les Pascuans sont reconnus comme étant des Polynésiens par leur aspect physique, leur langue et leurs coutumes.
En 1786, l'expédition de Jean François de Galaup de Lapérouse, forte de 220 membres à bord de deux navires, comprend sept scientifiques et trois dessinateurs. L'ancre est jetée dans la baie d'Hanga Roa les 9 et 10 avril. Soixante-dix hommes se rendent à terre, où les attendent mille deux cents Pascuans, dont trois cents femmes. Les environs du débarcadère sont soigneusement décrits, une carte en est dressée, sur laquelle figurent cinq plates-formes portant des statues, huit maisons couvertes de jonc l'une d'elles est longue de 100 m, une tour et deux maisons en pierre, deux groupes de grottes ; les jardins couvrent plus de 170 hectares. Le centre de l'île et sa côte sud sont mieux cultivés et plus peuplés que la baie de Cook ; y sont notées une maison de 100 mètres de longueur, sept plates-formes portant des statues et, dans le cratère du Rano Kau, de belles plantations de bananiers et de mûriers à papier. Les seuls bois sculptés observés alors sont trois ou quatre massues tenues par des chefs. Des porcs, des chèvres et des moutons sont donnés aux Pascuans ; le jardinier sème des légumes et des arbres fruitiers. Rien ne survivra.
Ces observations sont les dernières un peu détaillées avant celles qui seront faites par le frère Eugène Eyraud, en 1864. En effet, dans la première moitié du XIXe siècle, des centaines de baleiniers, phoquiers et santaliers envahissent le Pacifique sud ; certains équipages capturent les insulaires, quand ils ne les tuent pas ; aussi les Pascuans sont-ils souvent hostiles. Aucune expédition scientifique ne se risque à accoster (Lisiansky, 1804 ; Kotzebue, 1816 ; Dupetit-Thouars, 1838). Les échanges avec les Pascuans ont lieu à bord des navires. Le 7 septembre 1862, Joseph Laurent Lejeune, commandant le Cassini, constate, au cours d'une halte de quelques heures, la robustesse des mille deux cents à mille quatre cents personnes massées sur le rivage ; il rédige un rapport destiné aux religieux de la congrégation des Sacrés-Cœurs pour les décider à envoyer une mission.

Le déclin démographique

L'impact sanitaire de la venue des Européens est difficile à évaluer. Les vêtements obtenus des Hollandais en 1722 ont peut-être semé des germes pathogènes. En effet, Gonzáles, Cook et Lapérouse font état d'une faible population. Ensuite, malgré le passage attesté d'au moins 95 navires entre 1786 et 1862, le déclin démographique n'est pas évident ; en effet, la foule qui reçoit Lejeune est aussi nombreuse que celle que Lapérouse a décrite.
L'année 1862 marque le début d'un siècle dramatique. En décembre, huit navires péruviens raflent plusieurs centaines de Pascuans, peut-être même un millier, pour les vendre comme esclaves. La plupart meurent dans l'année sur le continent. Leur sort émeut l'opinion internationale, les pirates sont pourchassés et une douzaine de survivants rapatriés.
Au début de janvier 1864, le Suerte, venant de Tahiti, débarque six rescapés en même temps que le frère Eugène Eyraud ; ce dernier passe neuf mois très difficiles au milieu des Pascuans, qu'il ne parvient pas à convertir. Il assiste aux préparatifs de la cérémonie de l'Homme-Oiseau et signale la présence, dans toutes les maisons, de statuettes en bois et de tablettes portant des caractères hiéroglyphiques. Recueilli à moitié mort le 11 octobre 1864, il revient le 23 mars 1866 avec le père Hippolyte Roussel ; ils sont bientôt rejoints par le frère Théodule Escolan et le père Gaspard Zumbohm. La population accepte enfin d'entendre la bonne parole ; sa conversion semble totale à la mort d'Eyraud, le 19 août 1868. Le père Roussel, auteur d'un dictionnaire français-pascuan, reste, malgré de nombreuses omissions, un témoin essentiel de la vie de cette petite société.
En 1868, le capitaine norvégien Peter Arup fait une courte halte au cours de laquelle il acquiert des objets en bois sculpté. Le 31 octobre, les officiers du navire anglais Topaze sont accueillis par les missionnaires et par Onésime Dutrou-Bornier, un Français établi depuis peu sur l'île. Richard Sainthill et John Linton Palmer, le chirurgien de la Topaze, traversant l'île, parviennent à la carrière de statues du Rano Raraku. Dans le centre cérémoniel d'Orongo, ils découvrent une statue haute de 2,42 m ; ils démolissent la maison qui l'abrite et rapportent la statue en Angleterre. L'impunité de cette profanation montre que la société pascuane est alors en pleine mutation.
La population, jusqu'alors dispersée, est concentrée autour des deux missions, à Hanga Roa et à Vaihu, et aux abords de la maison de Dutrou-Bornier, à Mataveri. Depuis le retour des rescapés, une épidémie de petite vérole et la tuberculose l'ont considérablement amoindrie ; en 1869, elle est de six cent cinquante personnes. Puis Dutrou-Bornier attaque la mission qui, en 1871, abandonne le terrain. Les missionnaires emmènent cent soixante-huit Pascuans à Mangareva, puis à Tahiti ; un autre groupe de deux cent quarante-sept insulaires les y rejoint en 1872. Dès lors, il n'y a plus que deux cent trente habitants sur l'île. Dutrou-Bornier y développe des cultures maraîchères et un élevage de moutons pour le compte de la firme Salmon-Brander, de Tahiti. En 1872, ce sont des Pascuans bien peu catholiques que l'aspirant de marine Julien Viaud Pierre Loti décrit dans les notes rédigées lors de son passage à bord de La Flore. L'amiral de Lapelin fait alors décapiter un moai, exposé aujourd'hui dans le hall du musée de l'Homme, à Paris.
Entre 1879 et 1888, le destin de l'île, de ses cent onze habitants et de dizaines de milliers de moutons, est entre les mains d'Alexandre Salmon, un demi-Tahitien qui sert de guide éclairé, d'interprète et de pourvoyeur d'objets aux différentes missions scientifiques comme celles de l'Allemand Wilhelm Geiseler en 1882 et de l'Américain William Thomson en 1886 ; ce sont les premiers à sauvegarder la mémoire d'une culture moribonde.

Les Européens et l'île de Pâques Voyages de découverte XVII XVIIIe siècles

Le premier Européen qui ait aperçu l'île fut en 1687 le pirate Edward Davis sur le Bachelor’s Delight, alors qu’il contournait les Îles Galápagos en direction du cap Horn. Il aperçut l’île par hasard et crut avoir trouvé le légendaire continent du Sud mais il n'effectua pas de débarquement.
Le nom de l'île est dû au Hollandais Jakob Roggeveen qui y accosta avec trois navires au cours d'une expédition pour le compte de la Société commerciale des Indes occidentales. Il la découvrit en effet le dimanche de Pâques 1722 et l’appela Paasch-Eyland île de Pâques. Un des participants à l'expédition était le Mecklembourgeois Carl Friedrich Behrens dont le rapport publié à Leipzig orienta l’attention de l’Europe vers cette région à peine connue du Pacifique.
L’explorateur suivant fut l’Espagnol Felipe González de Haedo qui avait reçu du vice-roi du Pérou l’ordre d’annexer l’Île Roggeveens pour le compte de la Couronne espagnole. L'expédition de González de Haedo débarqua le 15 novembre 1770. Après une visite rapide et très partielle de l'île, exploration d'une demi-journée dans un seul secteur, et après un contact amical avec une population à structure sociale hiérarchisée, Felipe González de Haedo qui ne pensait pas qu'il s'agisse de l'Île de Roggeveen décida d'annexer cette terre à la Couronne d'Espagne et la nomma Île de San Carlos. Il fit planter plusieurs croix sur la pointe du volcan Poike. Durant les années qui suivirent, l’Espagne ne se soucia que très peu de sa nouvelle possession. Preuve fut faite en cartographie qu'il s'agissait bien de la découverte du Hollandais Roggeveen, donc cette terre lointaine ne pouvait appartenir à l'Espagne.
Au cours de sa deuxième expédition du Pacifique Sud, James Cook visita l'île de Pâques du 13 mars 1774 au 17 mars 1774. Il ne fut pas enthousiasmé par l’île et écrivit dans son livre de bord : Aucune nation ne combattra jamais pour l’honneur d’avoir exploré l’île de Pâques, … il n'y a pas d'autre île dans la mer qui offre moins de rafraîchissements et de commodités pour la navigation que celle-ci. Cependant, son séjour fournit des informations essentielles sur la constitution géologique, la végétation, la population et les statues — qui dans leur majorité avaient déjà été renversées. Nous avons des images témoins de cette époque grâce au naturaliste allemand Reinhold Forster et à son fils Georg Adam Forster, qui participaient à l’expédition Cook. Reinhold Forster a dessiné les premiers croquis des statues moaïs qui, gravés et publiés dans un style alors typiquement romantique, firent sensation dans les salons.
En 1786, le navigateur français La Pérouse débarqua sur l’île de Pâques au cours de sa circumnavigation terrestre, effectuée sur l’ordre du roi Louis XVI. La Pérouse avait l’ordre de dessiner des cartes précises afin de contribuer, avec l’étude des peuples du Pacifique, à la formation du dauphin.

Démographie La population avant les contacts européens

Jared Diamond estime qu’à son apogée, c’est-à-dire entre le xvie et le xviie siècle, l’île de Pâques aurait pu abriter jusqu'à 10 000 ou 15 000 habitants. Cependant, selon Daniel Taruno, ingénieur agronome, « il semble impossible qu’une société néolithique qui ne connaissait pas la roue et n’élevait pas de bêtes de trait ait pu développer la productivité agricole au point de nourrir 15 000 êtres humains sur 165 km2, soit 90 habitants/km2. Selon la monumentale Histoire des agricultures du monde de Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, une telle densité représenterait trois fois celles de la Grèce et de l’Italie antiques. L'agriculture pascuane se situerait ainsi presque au niveau de productivité du système agraire ultra-performant de l’Égypte pharaonique. Il semble exclu que de tels résultats aient été atteints dans les conditions de l’île de Pâques, que Jared Diamond décrit comme non-optimales.
La déforestation, la sécheresse et les pénuries alimentaires semblent avoir limité le nombre d’habitants à 2 000 ou 3 000 habitants avant l’arrivée des Européens. Si excédent de population il y a eu, il a probablement migré par mer vers d'autres terres, selon la tradition polynésienne : des traces d’habitations ont, entre autres, été découvertes sur Henderson et sur Pitcairn.

Les effets de la colonisation européenne

La déportation vers le Pérou d’habitants destinés aux travaux forcés fit chuter le nombre d’habitants à 900 en 1868. Quant à ceux peu nombreux qui purent revenir, les maladies qu’ils avaient contractées provoquèrent un nouveau recul démographique.
Un autre phénomène aux conséquences démographiques est à noter : l’élevage intensif de moutons mis en place par les colons français Jean-Baptiste Dutrou-Bornier et Pierre Mau : voir section Histoire supra sur une partie de l’île, eut pour conséquence des migrations d’une grande partie de la population. D’une part, des ouvriers agricoles furent amenés depuis la Polynésie française, mais d’autre part, à la suite de conflits d’intérêts entre les colons et les missionnaires également français installés peu avant, 168 habitants émigrèrent en 1871 vers la Polynésie française, accompagnant les missionnaires qui quittaient l’île de Pâques. En outre, en raison de la surface de terre exploitée par ces élevages, l’expansion démographique des Rapa-Nui se trouva fortement affaiblie, et même empêchée dans tout le Nord-Est de l’île. En 1877, le nombre d’habitants était tombé à 111. Après cette date, la population se mit à augmenter progressivement ; en 1888, année de l’annexion de l’île par le Chili, 178 habitants furent recensés.

Le XIXe siècle La catastrophe démographique

Selon Alfred Métraux, dans son Introduction à la connaissance de l’Île de Pâques de 1935, la population d’origine, les Haumaka ou Hotu Matu’a serait passée de 2500 personnes à seulement 111 en 1877. Les marchands d’esclaves de Callao au Pérou, ont, de 1859 à 1863, fait plusieurs raids et déporté environ 1500 insulaires pour les vendre aux exploitants de guano des îles Chincha. Toujours selon Métraux, la société Haumaka est totalement déstructurée par la capture et le massacre en 1861 des ariki guerriers, des prêtres et du clan Miru, revendiquant descendre de Hotu Matu'a dont faisaient partie l’ariki-nui roi Kaimakoi et son "prince héritier" Maurata, de sorte que la mémoire identitaire des autochtones est en grande partie perdue. Frappée par des épidémies, par la tuberculose et la syphilis, la population diminue encore fortement durant les années 1860 et 1870, avec pour résultat qu’après les immigrations ultérieures, en provenance essentiellement des Gambier Rapa, de Tahiti et des Tuamotu, les Haumaka d’origine ne représentaient plus que 3 % environ de la population pascuane, les autres Polynésiens, les Rapa-Nui étant la moitié, les Européens d’origine 45 %, et les Chinois 1 %. Les Polynésiens venus dans l’île après 1861, déjà pourvus d’anticorps contre les maladies des Européens et déjà christianisés, ont été amenés par les planteurs Dutrou-Bornier, Mau et Brander comme ouvriers agricoles, entre 1864 et 1888.

La mission catholique 1864

C’est en 1864 qu’a lieu l’installation sur l’île du premier Européen sédentaire: Eugène Eyraud, un Français ouvrier mécanicien à Copiapó Chili, qui a décidé de se consacrer à l’évangélisation. Après un séjour d’observation dont il a laissé un compte-rendu Eyraud retourne au Chili se faire soigner et revient en mars 1866 avec un prêtre, Hyppolite Roussel, qui se trouvait auparavant en fonction aux îles Marquises. Tous deux créent la Mission catholique. Deux autres missionnaires arrivent en novembre 1866 avec des animaux et du matériel. Cependant, Eugène Eyraud meurt en août 1868 de sa maladie.
Les nouveaux missionnaires ont été convoyés par le capitaine français Jean-Baptiste Dutrou-Bornier à qui l’île de Pâques parait très intéressante. Il revient quelques mois plus tard avec son propre matériel et sa famille afin de créer une exploitation agricole. Un autre colon s’installe en même temps, le charpentier de marine Pierre Mau. En septembre 1868 est établi un "Conseil de gouvernement", présidé par Dutrou-Bornier avec le missionnaire Gaspar Zumbohm pour secrétaire, et quatre membres indigènes. Une police formée d'indigènes, les mutoi est mise en place ainsi qu'un tribunal présidé par Hyppolite Roussel. D'autre part, la mission et les colons européens procèdent à d'importants achats de terre à bas prix.

L'association Dutrou-Bornier/Brander

En 1869, Pierre Mau quitte l'île, revendant ses propriétés à la Mission catholique. Des dissensions liées aux mœurs de Dutrou-Bornier entraînent le départ des missionnaires en 1871 ; l'ancien capitaine devenu planteur reste le seul Européen. Le 30 octobre 1871, il conclut un contrat d'association avec l'entrepreneur écossais installé à Tahiti où il a épousé Titaua Salmon en 1856, John Brander "pour l'exploitation de l'île de Pâques". De fait, il s'agira essentiellement d'un élevage de moutons de plusieurs milliers de têtes. La mort de Dutrou-Bornier en 1876, suivie de celle de John Brander en 1877 crée des problèmes juridiques, les héritiers respectifs s'engageant dans une procédure qui ne prendra fin qu'en 1893. Entre temps, la responsabilité de l'exploitation agricole de l'île de Pâques revient au beau-frère de John Brander, Alexandre Salmon, le véritable responsable sur l'île jusqu'à l'annexion par le Chili en 1888.

Autres voyages de découverte

En 1882, la canonnière allemande SMS Hyäne La Hyène visita durant cinq jours l’île de Pâques au cours d’une expédition dans le Pacifique. Le capitaine-lieutenant Geiseler avait l’ordre de l’amirauté impériale d’entreprendre des études scientifiques pour le département ethnologique des musées royaux prussiens à Berlin. L’expédition a fourni entre autres les descriptions très détaillées des us et coutumes, de la langue et de l’écriture de l’île de Pâques ainsi que des dessins exacts de différents objets culturels, des statues moaïs, des croquis de maisons et un plan détaillé du lieu de culte Orongo.

L'île de Pâques sous la domination chilienne

Le 9 septembre 1888, l’île est annexée au nom du Chili par le capitaine de corvette Policarpo Toro 1856-1921, qui y séjournait depuis 1886 et menait les négociations avec les habitants, malgré quelques tentatives de la France pour les contrecarrer. La lignée royale, descendant de Hotu Matu'a étant éteinte depuis 1861, un traité d’annexion de l’île est signé avec un certain Atamu Tekena, reconnu comme roi par le gouvernement chilien.
L’île est divisée entre la réserve de Hanga Roa, 6 % de la surface de l'île, où sont parqués les Rapa-Nui, et la Compagnie Williamson-Balfour, qui possède le reste et y élève des moutons jusqu’en 1953.
De 1953 à 1966, l’île est sous le contrôle de la Marine chilienne.
En 1966, les Pascuans reçoivent la nationalité chilienne, sont autorisés à quitter la réserve, et l’île devient un territoire de droit commun.
Enfin, le 30 juillet 2007, une réforme constitutionnelle dote l’île d’un statut de territoire spécial, mais elle continue pour le moment d’être administrée comme une province de la Région V Valparaíso.

Histoire et peuplement Peuplement de l'Océanie, Langue austronésienne et Histoire de l'île de Pâques.

De mémoire de Pascuan ...

La première véritable enquête ethnographique, qui implique le recueil de témoignages multiples, est celle qu'a menée Katherine Routledge, une Anglaise instruite et fortunée. Au cours d'un séjour de dix-sept mois, en 1914 et 1915, elle sollicite la mémoire et la fantaisie de treize insulaires nés vers 1840. Juan Tepano, le guide-traducteur de Katherine Routledge, né en 1872, est également, en 1934-1935, le principal informateur de la mission franco-belge composée de l'ethnologue suisse Alfred Métraux, dont la synthèse publiée en 1940 reste l'ouvrage de référence sur la culture pascuane, et de l'historien de l'art belge Henri Lavachery.
En 1955-1956, la mission dirigée par Thor Heyerdahl marque l'avènement de l'archéologie scientifique à Rapa Nui, grâce aux travaux de Carlyle Smith, Edwin Ferdon, Arne Skölsvold et William Mulloy ; puis les sites prestigieux de Tahai, Anakena, Orongo, Akivi et, en 1995, l'ahu Tongariki sont restaurés. L'inventaire archéologique, commencé en 1976 par les archéologues chiliens Claudio Cristino et Patricia Vargas, localise 19 000 structures réparties sur 77 p. 100 de la superficie de l'île.

L'origine des Pascuans

James Cook et Hippolyte Roussel, familiers des Polynésiens, placent sans hésiter les Pascuans dans la grande famille de ce peuple de marins. Mais leur origine amérindienne est proposée dès 1803 par le père Joaquin de Zuniga, et ensuite par quelques autres, parce que les vents et les courants dominants viennent de l'est, ou parce que la culture y serait plus développée. Thor Heyerdahl, en 1947, osa tenter l'aventure du Kon-Tiki pour prouver cette théorie. Selon lui, les premiers occupants sont amérindiens et ils ont construit les grands monuments ; les Polynésiens sont arrivés plus tard, ou peut-être même comme esclaves des premiers.
Aucune donnée archéologique ou linguistique ne sous-tend cette hypothèse et tout prouve, depuis le plus lointain passé, l'origine polynésienne des Pascuans. Tout comme les vestiges archéologiques et la linguistique, l'analyse de l'ADN mitochondrial situe sans ambiguïté l'origine des Polynésiens en Asie du Sud-Est ; Erika Hagelberg a montré, en 1994, que l'ADN contenu dans les ossements de Pascuans antérieurs au contact présente le motif polynésien caractéristique.
Les lointains ancêtres des Pascuans sont en effet issus du grand arbre austronésien dont les racines s'ancrent en Asie du Sud-Est continentale et dont le tronc, émergeant à Taiwan il y a 5 000 ans, grandit, il y a 3 500 ans, jusqu'aux Mariannes, en Nouvelle-Calédonie et aux Fidji ; trois siècles après, ses branches atteignent les Tonga et les Samoa. Entre le début de notre ère et l'an mille, alors qu'un rameau pousse vers l'ouest jusqu'à Madagascar, celui des incomparables navigateurs polynésiens franchit des milliers de kilomètres et peuple les Marquises, l'archipel de la Société, Hawaii, l'île de Pâques et enfin la Nouvelle-Zélande. Comme le prouvent des restes de patate douce découverts à Mangaia îles Cook, les Polynésiens rapportent, avant l'an mille, ce trésor végétal d'un séjour américain.

La société pascuane

Des Polynésiens, sans doute venus des Marquises via les Gambier, se sont installés un peu avant l'an mille sur l'île de Pâques. Leur organisation sociale, fortement hiérarchisée, est centrée sur l'autorité de l'ariki. Grâce à son origine divine, celui-ci garantit et contrôle la fertilité du territoire ; sa famille constitue une aristocratie où sont formés prêtres, orateurs, sculpteurs, architectes, chefs de guerre. Le territoire, placé sous la responsabilité de l'ariki, est divisé en autant de parties qu'il y a de familles nobles ; ces parts sont elles-mêmes divisées en territoires lignagers s'étendant en bandes étroites, depuis l'océan jusqu'à l'intérieur de l'île.
La principale entité du panthéon pascuan est Make Make, créateur de toutes choses, lié intimement à une autre divinité, Faua, ainsi qu'aux oiseaux. Le visage aux gros yeux ronds de Make Make figure sur les rochers d'Orongo, parmi des centaines de bas-reliefs représentant l'Homme-Oiseau. Les divinités polynésiennes principales : Tangaroa, Tu, Tane, Hiro, Hina, Rongo, n'apparaissent qu'en position secondaire, après des divinités locales : Tive, Hova, Rua Nuku.
Les aku aku sont les entités tutélaires des lignages ; nombreux et multiformes, ils se manifestent par des phénomènes naturels ou sous l'aspect d'apparitions anthropomorphes, zoomorphes ou hybrides. Leurs représentations sont sculptées dans le bois, sous forme de figurines hautes de 30 à 50 centimètres ; une insistance particulière est portée sur leurs yeux, aux pupilles d'obsidienne enchâssées dans des vertèbres de poisson ; des yeux d'obsidienne, datés du XIIe-XIVe siècle, prouvent l'antiquité de ces figurations. Ces statuettes font la fierté de leurs possesseurs lors de fêtes publiques où sont également exhibés des ornements pectoraux en croissant rei miro et des boules sculptées tahonga. Lors d'autres cérémonies sont maniées les pagaies de danse longues, ao ou courtes, rapa. En toutes occasions, les chefs portent le bâton ua, terminé par une sculpture bifrons.

L'écriture des Pascuans

Eyraud et Roussel signalent une écriture, tracée sur des tablettes de bois, ressemblant beaucoup aux hiéroglyphes égyptiens. Les Pascuans en ont perdu le sens : ils brûlent les tablettes ou les échangent contre les trésors apportés par les étrangers. En juin 1869, grâce à une de ces tablettes, remise par Roussel à Mgr Jaussen, évêque de Tahiti, l'île fournit un nouveau sujet d'étonnement : les Pascuans connaissaient l'écriture. Les travaux de dizaines d'épigraphistes sur vingt-cinq objets en bois n'ont pas permis depuis lors de déchiffrer les inscriptions dites rongorongo. Depuis 1993, Steven Roger Fischer insiste sur l'organisation de glyphes en triades. Au premier glyphe est accolé un signe phallique dirigé vers le second glyphe, le produit de cet éventuel accouplement serait représenté par le troisième glyphe. Il semble que ce soit une des multiples clés de déchiffrement d'un système complexe mais elle ne permet toutefois pas, à elle seule, de le traduire. Konstantin Pozdniakov a montré que la fréquence d'occurrence des différents glyphes correspond à celle des syllabes de la langue pascuane. Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas d'un simple procédé mnémotechnique. Cette écriture constitue un trait supplémentaire de l'identité pascuane.

Société de clans

Comme pour presque toutes les îles, l’origine des insulaires remonte à différentes vagues de peuplement : l’île entre dans l’histoire, c’est à dire que les historiens disposent de sources écrites, à partir de la découverte par Jakob Roggeveen. À cette époque, dix iwi clans familiaux se partageaient l’île : Aka’hanga, Anakena, Heiki’i, Mahetua, Taha’i, Tepe’u, Terevaka, Tongariki, Va’i Mata et Vinapu. Leurs territoires vai’hu se rencontraient au centre de l’île, en un lieu, sacré, et réservé aux palabres appelé Te pito o te fenua le nombril de la terre souvent traduit à tort comme le nombril du monde. Les ahu plates-formes à moaï étaient aussi appelés Mat’aki te rangi ou Mat’aki te u’rani les yeux qui regardent le ciel ou du ciel, ce qui est logique pour des représentations d’ancêtres divinisés, mais a été interprété par les Européens de manière parfois très fantaisiste.

Premiers peuplements

D’après les analyses génétiques, effectuées au XIXe siècle, la plupart des habitants sont d’origine polynésienne comme leur leur langue, austronésienne. Toutefois des mots sont communs avec les langues d’Amérique du Sud par exemple kumara, la patate douce. Leur présence, ainsi que celle de la kumara elle-même, démontre des contacts, mais ne prouve pas qu’il y a eu peuplement sud-américain en Polynésie ou peuplement polynésien en Amérique du Sud. Toutes les hypothèses sont donc envisageables.
La date du début du peuplement de l’île par des Polynésiens n'est pas déterminée avec précision. Selon l'hypothèse d'une chronologie longue, le peuplement initial daterait de 800, voire de 400 ; mais selon la thèse d'une chronologie courte, le peuplement daterait de 1200. Des mesures au radiocarbone, effectuées dans les années 1950, avaient estimé la date du peuplement de l’île vers 400 à +/- 80 ans. De nouvelles études ont mis en évidence des pollutions sur les mesures effectuées, impliquant un vieillissement des résultats. Des mesures de radiocarbone publiées en 2006 ont mis en évidence des premières implantations beaucoup plus récentes, vers 1200.
Quoi qu'il en soit, les premiers colons polynésiens, sur de grandes pirogues à balancier ou bien sur des catamarans offrant plus de charge utile, seraient partis des Îles Marquises, situées à plus de 3 200 km ou bien des îles plus proches des Tuamotu, Mangareva, à 2 600 km en passant par Pitcairn, située à 2 000 km. Une reconstitution, effectuée en 1999, à partir de Mangareva sur des embarcations polynésiennes a demandé 17 jours de navigation.
Les plus anciens moaïs ressemblent beaucoup aux tikis que l’on peut voir dans les îles de Polynésie Hiva Oa des Marquises, Tahiti…, et une partie de la flore et de la faune de l'île est très semblable à celle des autres îles polynésiennes par exemple la fougère Microlepia strigosa, le Sophora toromiro, le Hauhau Triumfetta semitrebula, le Mahute Broussonetia papyrifera ou le Ti Cordyline terminalis, les poulets, les rats…

La théorie d'une influence sud-américaine

Selon une thèse jadis défendue par Thor Heyerdahl et plus récemment par Denise Wenger, Charles-Edouard Duflon ou Jean-Hervé Daude, mais mise en doute par la majorité de la communauté scientifique, il y aurait une particularité de la culture des anciens Pascuans, les Hotu Matu’a ou Haumaka, décimés par les esclavagistes péruviens de 1859 à 1863 par rapport au reste de la Polynésie : cette particularité serait due au contact avec l’empire Inca ou ses prédécesseurs, d’où les Haumaka auraient reçu la kumara patate douce et des connaissances concernant le travail de la pierre. La tradition orale mentionne la présence de deux populations distinctes sur l’île : les Courtes oreilles et les Longues oreilles. Selon cette thèse, le premier groupe serait d’origine polynésienne et le second d’origine sud-américaine. De plus, une expédition de l'Inca Tupac Yupanqui aurait encore touché l’île vers 1465, les Sud-Américains connaissant les vents et les courants favorables. La tradition orale mentionne la compétence des Longues oreilles pour le travail de la pierre, et selon cette thèse l’ahu Vinapu correspond au mode de construction d'une Chullpas du plateau andin, ainsi que certains éléments de la statuaire de bois : les statuettes Moko représenteraient le Cuy, un animal typiquement andin. Cette thèse a évidemment reçu un accueil très favorable au Chili. Mais elle reste difficile à soutenir du point de vue génétique et linguistique : selon Daude, les Sud-Américains se seraient intégrés au groupe polynésien, abandonnant à peu de mots près leur langue, et si leurs caractéristiques génétiques ont en grande partie disparu, ce serait parce que les Longues oreilles ont été exterminés par les Courtes oreilles, comme le rapporte la tradition orale. Toutefois la morphologie andine à la cage thoracique très développée, serait présente dans l’île.

Haumaka et les premiers Pascuans

Les premiers immigrants avaient réussi à construire, à partir de ressources assez limitées, une société complexe et bien adaptée à son environnement. Toutefois, l’importance croissante du culte des ancêtres s’est traduite par l’érection de centaines de statues qui a consommé l’essentiel des ressources de l’île. Dans les années 1500 à 1600, l’île aurait connu une crise environnementale due peut-être à l’érosion des sols, peut-être à la sécheresse, mais qui en tout cas aboutit à une crise sociale, avec probablement des luttes tribales si l’on en croit les traditions orales, crise au terme de laquelle l’assise religieuse de la société pascuane changea. La construction des statues et des plateformes cérémonielles cessa, le culte de Make-make et de l’homme oiseau Tangata manu prit de l’importance. Les autochtones en étaient là lorsque les maladies apportées par des nouveaux venus Européens et les déportations l’esclavage pratiqué par les exploitants Péruviens de guano réduisirent à cent onze personnes leur population. Avec l’arrivée des planteurs et des missionnaires européens initialement français et de leurs ouvriers agricoles polynésiens en majorité originaires de Rapa, et qui, se mêlant aux autochtones, formèrent le peuple Rapa-Nui, les habitants de l’île sont finalement devenus catholiques.

Moaïs

Les statues proviennent d’une carrière située sur les flancs et dans le cratère du volcan nommé Rano Raraku. On peut y voir un très grand nombre de moaïs, certains terminés et dressés au pied de la pente, d’autres inachevés, à divers stades entre l’ébauche et la finition. Le plus grand qui ait été érigé mesure 10 m de haut et pèse 75 t. L’un des inachevés fait 21 m de hauteur pour une masse estimée à 270 t. Environ 400 statues ont été dressées sur l’île et un nombre équivalent est resté inachevé dans la carrière principale. L’arrêt de leur production suscite plusieurs hypothèses, pas forcément incompatibles entre elles.
Avant que l’archéologie expérimentale ne mette ses méthodes en œuvre, l’île de Pâques était surtout connue pour le mystère, longtemps inexpliqué, entourant la fabrication et le transport de blocs de basalte allant de 2,5 à 10 m de haut et l’érection des moaïs. Ce mystère ne fut éclairci que lorsque l'on comprit que l’île avait été boisée, et après que des reconstitutions des méthodes probablement employées eurent été faites sur place. Les archéologues Terry Hunt de l'Université de Hawaii et Carl Lipo de l’Université d’état de Californie, avancent une théorie qui indiquerait que les statues auraient été déplacées debout depuis le site Rano Raraku où elles étaient taillées en position horizontale dans la roche volcanique jusqu’à leur destination finale, par un mouvement de balancier régulé par des tireurs de cordes
En sept ou huit siècles, les Pascuans ont sculpté dans les tufs du Rano Raraku, volcan situé près de la pointe orientale de l'île, plus de huit cents statues géantes moai ; près de quatre cents restent dans la carrière, à l'état d'ébauche, ou sont plantées tout droit dans les flancs du cratère. La plupart des autres moai ont rejoint leur ahu ; leurs orbites sont excavées pour y insérer une sclérotique de corail blanc et une pupille de tuf noir ou rouge. Les deux moai les plus grands (9,5 m et 80 t sont sur des ahu distants de 3,6 kilomètres et 5 kilomètres de la carrière ; la dimension moyenne est de 4 mètres, pour un poids d'environ 20 tonnes. Vers la fin de la période Ahu moai, la dimension des statues augmente ; une soixantaine d'entre elles sont même rehaussées d'une coiffe cylindrique de tuf rouge ; ce pukao, mesurant 2 mètres de diamètre et 1,5 mètre de hauteur, est extrait de la carrière de Puna Pau, non loin de Hanga Roa.
Les moai, représentations des grands ancêtres du lignage, protègent de leur regard la vaste place de réunion et, au-delà, les maisons des nobles, puis celle des manants, les jardins à l'abri des embruns et, encore plus loin, le territoire et toutes ses ressources. Dans les jardins poussent la canne à sucre, la patate douce, le bananier, l'igname, le taro, l'arrow-root, la cordyline, ainsi que des gourdes destinées à faire des récipients, des morelles noires utilisées comme médicament, du curcuma pour fabriquer les colorants, et les mûriers à papier, dont le liber est battu pour confectionner les vêtements. Les moai veillent également sur les bosquets d'une forêt mésophile composée d'une vingtaine d'espèces d'arbres et d'arbustes dominés par un palmier géant, proche du palmier à sucre du Chili.

Le corps des Moaï

Les recherches menées en 1916 par Katherine Routledge, avaient révélé l’existence d’un corps sculpté sous la surface du sol ainsi que celle d’inscriptions. Ces statues mi-enfouies ont été décrites en 1935 par Alfred Métraux, dans son Introduction à la connaissance de l'Île de Pâques relatant les résultats de l'expédition franco-belge de Charles Watelin en 1934. Des fouilles plus profondes avaient été réalisées par l’équipe de Thor Heyerdahl comme on le voit sur les planches 9 et 10 de Aku Aku. Enfin, en 2010 et 2011, une expédition privée, co-dirigée par Jo Anne Van Tilburg et Cristián Arévalo Pakarati a étudié la partie inhumée dissimulant des bras et des mains. Les statues se différenciant selon le sexe des individus ou dieux représentés. Des inscriptions pétroglyphes sont gravées sur le dos des Moaï.

Mythologie

Lorsque les Européens sont arrivés dans l'île, ils ont décrit des rituels liées au culte de Make-make, dieu qui ressemble à un homme, avec une tête de sterne noir de l'île de Pâques nommé Manutara ou Mahoké. Une cérémonie annuelle avait lieu dans le sanctuaire d'Orongo à l'extrémité sud-ouest de l'île : les représentants des clans devaient sauter depuis une falaise en surplomb d'une dizaine de mètres et nager sur une sorte de planche composée de roseaux totora jusqu'à l'îlot Motu Nui, pour y arriver en même temps que les sternes venus nidifier. Là ils prenaient leurs quartiers dans différents secteurs de l'îlot et attendaient la ponte du premier œuf de Mahoké. Celui qui le trouvait et le rapportait intact à Orongo intronisait pour l'année le Tangata manu, l'homme-oiseau qui arbitrait la répartition des ressources entre les clans. Ce n'était pas une compétition mais un rituel religieux : c'est Make-make qui désignait lui-même le Tangata manu par le biais de la femelle sterne pondant la première, dans le secteur de tel ou tel clan, et c'est seulement si le nageur de ce clan ne parvenait pas à ramener intact l'œuf de Mahoké que le second, ou le troisième et ainsi de suite, ramenaient leurs œufs vers Orongo, mais la légitimité du Tangata manu était alors moindre, et ses décisions plus discutables. Leur mythologie est décrite par Irina Fedorova, première à avoir consacré une monographie à ce sujet.
Ce culte n'avait rien à voir avec celui des ancêtres, représentés par les Moai, qui avait déjà cessé à l'époque depuis assez longtemps pour que carrières, statues, maraes et ahus soient enfouis dans la terre et dans la végétation.
Après la catastrophe démographique et culturelle de 1861 qui a fait disparaître le culte de Make-make, l'Église catholique envoie sur l'île Eugène Eyraud, un mécanicien français qui a décidé de se consacrer à l'évangélisation rejoint en 1866 par un prêtre également français : Hyppolite Roussel, qui se trouvait auparavant en fonction aux îles Marquises. Tous deux créent la Mission catholique. Deux autres missionnaires arrivent en novembre 1866 avec des animaux et du matériel. La Mission catholique dépend du vicariat apostolique des îles de Tahiti jusqu'à ce que l'église pascuane soit rattachée à celle du Chili en 1911. Ainsi, c'est la France qui a christianisé l'île de Pâques, sans difficultés étant donné que la population d'origine, adepte de Make-make, avait presque disparu, et que les Polynésiens de Rapa, venus la remplacer, étaient déjà en grande partie chrétiens.

Les ahu

Les lignages principaux construisent une plate-forme monumentale, ahu en bordure de mer. Le grand axe de ce monument est en général parallèle au rivage ; sa longueur peut atteindre 150 mètres et sa hauteur 3 mètres. La construction d'un grand ahu nécessite la mise en œuvre de milliers de mètres cubes de matériaux et représente un effort collectif supérieur à celui de la sculpture, du transport et de l'érection des statues géantes moai, ouvrages les plus ostentatoires de la compétition entre les lignages.
En neuf ou dix siècles, près de trois cents plates-formes de toutes dimensions et de types divers ont été édifiées autour de l'île. Leur morphologie permet de distinguer deux grandes périodes : celle des Ahu moai, depuis le peuplement de l'île jusqu'à 1680, et la période Huri moai statues renversées, de 1680 à 1868. Aux plates-formes de la période Ahu moai, comportant souvent des pierres de plusieurs tonnes, sont associées de petites enceintes contenant les restes de crémation des défunts ; une centaine d'ahu portent alors une ou plusieurs statues. Lors de la seconde période, aucune statue n'est transportée ; celles qui sont en place tombent ou sont abattues volontairement. Les ahu construits alors sont du type semi-pyramidal ; leurs pierres les plus grosses peuvent être déplacées par deux hommes ; ils contiennent des loges où sont placés les ossements non calcinés des ancêtres. Les ahu de la période précédente sont réaménagés selon ce nouveau dispositif funéraire.

Les tablettes rongorongo et les pétroglyphes

D’autres interrogations portaient sur le sens des plaquettes de bois couvertes de signes, les tablettes Rongo-Rongo, ainsi nommées d’après le lieu de culte Orongo et qui restèrent énigmatiques durant des années, d’autant qu’on les pensait uniques dans la sphère culturelle polynésienne. Outre ces plaquettes, les premières civilisations pascuanes ont laissé des sculptures en bois et des pétroglyphes dont la signification précise est perdue, mais dont les répétitions de symboles, par exemple : oiseau-pénis-poisson-vulve-humain ont été rapprochées des refrains traditionnels dans les hymnes généalogiques polynésiens, les oiseaux ont copulé avec les poissons et ainsi ont été engendrés les premiers hommes. Elles ont fait l'objet d'un décodage par l'ethnographe russe Irina Fedorova.

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Posté le : 03/04/2015 19:35
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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