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Découverte de la Guadeloupe
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Le 28 juin 1635 à la Pointe Allègre à Nogent en Guadeloupe

des français débarquent dans l'actuelle ville de Sainte-Rose, accompagnés de 4 dominicains et de 150 hommes dont de nombreux Bretons ou Normands engagés par contrat, pour trois ans, dans le but de faire fortune.
L'histoire de la Guadeloupe, à la fois région d'outre-mer et département d'outre-mer numéro 971 français, fut marquée comme l'histoire de la Martinique et l'histoire de la Jamaïque par la déportation massive, à partir des années 1670, d'esclaves noirs africains, ancêtres de l'immense majorité de la population actuelle, phénomène qui a marqué également dès 1640 l'histoire de la Barbade puis vers 1700 l'histoire de Saint-Domingue.
Ce petit territoire des Antilles mer des Caraïbes situé à environ 600 km au nord des côtes de l'Amérique du Sud, à 600 km à l'est de la République dominicaine et à 950 km au sud-est des États-Unis fut plusieurs fois investi par les Anglais et connut la Révolution française plus longtemps que la Martinique.

Les Amérindiens en Guadeloupe

Selon les données archéologiques, les premiers signes d'occupation de la Guadeloupe datent d'environ 300 avant J.-C. Ces peuples d'Arawaks y développèrent essentiellement l'agriculture, et auraient été exterminés par des peuples plus belliqueux : les Caraïbes. Ces derniers nommèrent l'île Caloucaera Karukera, mot voulant dire l'île aux belles eaux. Ces communautés sont celles qu'ont rencontrées les premiers Européens débarqués sur l'île.

Arrivée des premiers Européens en Guadeloupe

Les cinq îles de la Guadeloupe clairement identifiées et nommées Isla de Guadalupe, Isla Deserada, Marígalante et Todos Santos sur le planisphère de Cantino datant de 1502.
21 jours après avoir quitté les îles Canaries, au cours de son deuxième voyage, Christophe Colomb aperçoit une première terre : La Désirade, qu'il baptise ainsi Desirada, tant la vue d'une terre fut désirée par l'équipage. Le dimanche 3 novembre 1493, une autre île est en vue, que Colomb nomme Maria Galanda Marie-Galante, du nom du navire amiral. Après un passage d'une nuit à la Dominique, ils reprennent la mer vers une île plus grande dont ils avaient aperçu au loin les montagnes. Colomb décide alors de jeter l'ancre devant cette île afin d'accorder quelques jours de repos à ses hommes.
Le 4 novembre 1493, il débarque sur l'île principale nommée par les Caraïbes Karukera ou Caloucaera. Il baptise cette île Guadalupe du nom du monastère royal de Santa Maria de Guadalupe en Espagne. Lors d'un pèlerinage, Colomb aurait fait la promesse aux religieux de donner le nom de leur monastère à une île ou alors, il s'était fait cette promesse à lui-même lors des tempêtes de son retour en Europe en 1492. Il semblerait également que Colomb ait été inspiré par les chutes du Carbet, lui rappelant les cascades présentes dans la région d'Estremadure Espagne où se situe le monastère.

Les débuts de la colonisation

Les Espagnols se préoccupent peu de l'île au long du XVIe siècle. En effet, cette île est relativement inhospitalière, et ne possède aucune mine d'or. Elle servira alors daiguade : point de ravitaillement en eau douce et en bois, pour les navires en route vers l'Eldorado.
Au début, les Caraïbes tolèrent ces marins de passage, et parfois même fraternisent avec eux, mais petit à petit les hostilités grandissent entre les indigènes et les Espagnols.
Les Caraïbes, aguerris au combat, résistent à la présence grandissante des Européens, jusqu'à ce qu'une cédule royale datant d'octobre 1503, autorise aux Espagnols la capture d'Indiens habitant les îles sans or. Plusieurs expéditions et raids au cours du xvie siècle ont lieu dans le but de capturer des Caraïbes et de les faire travailler, de pacifier puis de coloniser ces îles.
En 1515, Juan Ponce de León, conquérant de Porto Rico et Antonio Serrano décident de pacifier la Guadeloupe et d'y installer définitivement des colons ibériques sur l'île, avec trois navires et trois cents hommes de guerre. Cachés en embuscade, les Caraïbes foncent sur ceux qui débarquent, les tuent et en font des prisonniers.
Lassés, les Espagnols, qui préfèrent les terres plus riches de l'Amérique centrale, abandonnent progressivement les Petites Antilles aux expéditeurs et flibustiers anglais, français et hollandais. Ceux-ci font escale régulièrement à partir de 1550 pour faire du commerce avec les Amérindiens.

Les Français arrivés en 1635, et les amérindiens

Les Français, menés par Jean du Plessis d'Ossonville et Charles Liènard de l'Olive débarquent le 28 juin 1635 à la Pointe Allègre à Nogent, dans l'actuelle ville de Sainte-Rose Guadeloupe, accompagnés de 4 dominicains et de 150 hommes dont de nombreux Bretons ou Normands engagés par contrat, pour trois ans, dans le but de faire fortune.
Du Plessis et De L'Olive sont mandatés par la Compagnie des îles d'Amérique pour évangéliser les indigènes. Les premiers mois sont difficiles maladies, manque de nourriture : nombre de colons périssent. Les survivants s'installent au sud, près de l'actuel Vieux-Fort. Ils reçoivent l'aide des Caraïbes. Contre l'avis de Du Plessis, Charles Liènard de l'Olive leur déclare la guerre pour prendre vivres et femmes. Les Français vont alors pratiquement exterminer les amérindiens.
1640 : signature d'un traité de paix avec les Caraïbes. Les Français vont ensuite importer des esclaves par centaines à partir de 1641 et 1645.
1643 : la ville de Basse-Terre est fondée dans le sud de la Guadeloupe.
1649 : première révolution anglaise, le roi Charles Ier décapité, les monarchistes anglais fuient à la Barbade, poursuivis par les troupes du parlement de Cromwell. L'économie sucrière doit se développer ailleurs qu'à la Barbade. Charles Houël acquiert la Guadeloupe, la Désirade, Marie-Galante et les Saintes, après avoir laissé la Compagnie des îles d'Amérique, leur propriétaire, tomber en faillite.
1654 : temps fort de l'histoire du Pernambouc au Brésil. Les jésuites portugais gagnent la reconquête contre les Hollandais, qui doivent fuir avec 300 de leurs esclaves. Contre l'avis des jésuites français, Charles Houël leur donne 16 hectares de bonnes terres au lieu-dit Sainte-Marie, à Capesterre de Guadeloupe. La Martinique, partagée entre de nombreux propriétaires, encore peu défrichée et à moitié occupée par les caraïbes, doit leur dire non.
1656 : la Guadeloupe compte 3 000 esclaves noirs, deux fois plus qu'en Martinique
1658 : Guerre de 1658 contre les indiens caraïbes en Martinique.
1664 : Colbert augmente la taxe sur les sucres étrangers importés des Antilles via la marine hollandaise, asphyxiant les planteurs, qui ont peu de navires et sont par ailleurs privés d'approvisionnement en esclaves. La crise sucrière s'installe.
1664 : la Compagnie française des Indes Occidentales prend possession de la Guadeloupe en expropriant Houël et sa famille.
1666 : les Anglais attaquent les Saintes et se dirigent vers la Guadeloupe, mais un cyclone détruit complètement la flotte anglaise le 22 août.
1667 : fin de la Deuxième Guerre anglo-néerlandaise. Le Traité de Breda est signé entre les Français, Danois et Hollandais d'un côté, et les Anglais de l'autre.
1671 : la Guadeloupe a 4 267 esclaves noirs. Il n’y en a que 2 400 en Martinique où les chefs de la guerre contre les caraïbes, dont Pierre Dubuc de Rivery, reçoivent des terres nouvelles.
1674 : La Compagnie des indes occidentales fait faillite. La Guadeloupe devient propriété de Louis XIV. Les planteurs de tabac de Martinique et de Saint-Domingue sont chassés par la création de la ferme du tabac.
1679 : Charles François d'Angennes gouverneur de Marie-Galante, signe avec la Compagnie du Sénégal un contrat pour se faire livrer 1 600 esclaves sur ses plantations du Precheur, en Martinique. En 1682, il obtient le monopole du commerce avec l'empire espagnol.
1680 : la Martinique compte déjà 4 900 esclaves et rattrape ainsi la Guadeloupe en nombre d'esclaves. Elle en compte 15 000 dès 1700, trois ans après l'arrivée de Jean-Jacques Mithon de Senneville
1690 : le prix du sucre, miné par la concurrence, affiche une baisse de 65 % par rapport à son niveau de 1655..

Mise en place de la traite négrière et de l'esclavage

Le Père Labat décrit dans ses ouvrages la société esclavagiste. Les pratiques religieuses européennes, couplées à de longues pratiques militaires, étaient jugées plus ritualisées et ordonnancées que celle des amérindiens. Des engagés de 36 mois sont utilisés pour la fortification de l'île. Une fois affranchis, ils obtiennent des lopins de terre. Les plus riches planteurs de café, de canne à sucre et de coton recherchent alors une nouvelle main d'œuvre meilleur marché, en s'inspirant du succès des planteurs de sucre de la Barbade.
Dès 1641, les colons signent avec les indiens caraïbes un traité pour les expédier sur l'île de la Dominique, ouvrant la voie aux défrichements. En 1656, lorsque des Hollandais arrivent du Brésil et s'installent dans la baie des flammands, les esclaves étaient déjà 3 000 en Guadeloupe, mais minoritaires face aux 12 000 blancs.
En 1671, l'île est encore habitée par de nombreux petits colons blancs qui cultivent du tabac, sur des plantations nécessitant peu de capitaux, dans le cadre de la Compagnie des Indes occidentales. Mais son monopole est aboli en 1671: la traite négrière est ouverte à tous les ports français, dans le but que cette concurrence la rende plus efficace. C'est l'époque où Louis XIV rencontre la veuve Scarron, Marquise de Maintenon, grandie en Martinique, et prête l'oreille à son ministre de la Défense: Louvois dirige la guerre contre les Pays-Bas (1672-1678), jusqu'alors détenteurs de l'asiento, le monopole d'importations des esclaves vers le Nouveau-Monde, organisé par le Traité de Tordesillas, qui interdit aux espagnols de s'aventurer en Afrique, zone réservée par la papauté aux Portugais.
L'augmentation rapide de la population d'esclaves correspond aussi à la création en 1673 par Louis XIV de la Compagnie du Sénégal, ancêtre de la Compagnie de Guinée, dans le sillage de la Compagnie Royale d'Afrique, fondée en 1672 par le duc d'York Jacques Stuart, cousin et allié de Louis XIV, qui deviendra roi d'Angleterre en 1685.
L'investissement rapide et massif des Français et des Anglais dans le commerce triangulaire fait flamber le prix des esclaves sur les côtes d'Afrique, alimentant de nouvelles filières et la construction d'une multitude de forts, mais abaisse le coût de leur transport, au profit des planteurs de sucre. Ceux-ci rachètent alors des terres en Guadeloupe et en Martinique. Le nombre de petits planteurs blancs diminue d'autant plus rapidement que la création de la ferme du tabac en 1674 par Louis XIV entraîne la ruine rapide du tabac français. Moins taxé, moins cher, le tabac produit en Virginie par les grands planteurs jacobite installés par Jacques II profite de la contrebande et prend son essor.
Dès 1674, la Compagnie des Indes occidentales est en faillite, puis dissoute. La Guadeloupe et la Martinique passent sous l'autorité directe du roi de France Louis XIV, qui pousse la culture de la canne à sucre, plus gourmande en capitaux mais beaucoup plus rentable, en donnant des terres à des officiers supérieurs pour les encourager à y importer toujours plus d'esclaves. Le sucre est une culture violente, qui nécessite de grandes propriétés et consomme des esclaves jeunes, rapidement épuisés au travail de coupe et de transport des cannes, qu'il faut régulièrement remplacer par de nouvelles recrues.
La population d'esclaves avait reculé en Guadeloupe entre 1664 et 1671 passant de 6 323 à 4 627 personnes, faute de livraisons suffisantes par une Compagnie des Indes occidentales jugée trop dispersée, car elle s'investit aussi au Canada. Mais après sa dissolution en 1674, le nombre d'esclaves en Guadeloupe remonte rapidement pour atteindre 6 076 personnes dès 1700. L'essor de l'esclavage, au même moment, est encore plus rapide à la Martinique, où la population noire double entre 1673 et 1680. La traite négrière réserve à la Martinique les esclaves les plus résistants, car Louis XIV y a installé plus de nobles de rang élevé et d'anciens officiers, comme le chevallier Charles François d'Angennes.
Cette différence entre les deux îles explique aussi qu'un siècle plus tard, en 1794, Victor Hugues ait pu se rendre maître de la Guadeloupe pour le compte de la Révolution française alors que la Martinique est restée sous la domination des grands planteurs de sucre alliés aux anglais dans le cadre du Traité de Whitehall.
Le choix des noirs comme esclaves est lié à des critères géographiques, comme le climat, mais surtout théologiques, avec l’accord de la papauté. Pour perdurer, l'ère de prospérité des colons nécessitait l'institutionnalisation de l'esclavage codification. La très rentable culture du sucre, que se disputent anglais et français, rapportait beaucoup d'impôts aux Métropoles, générant des travaux de fortification, menés d'une main de maître par Louis XIV, Vauban et relayées par les anglais.
Une société opulente, très hiérarchisée, s'organise, tirant ses principes de fonctionnement des ordres à la fois militaires et religieux.
Les esclaves noirs, d'origines diverses, subirent eux des problèmes de langues et de coutumes ancestrales qui aboutirent à la création de la langue créole et de la culture du même nom.

Révolution et époque napoléonienne

Le préfet colonial François-Marie Perichou de Kerversau, est un général de brigade de l'armée française sous Napoléon Bonaparte, l'un des dragons de Saint-Domingue de l'expédition de Saint-Domingue. Avec le général Jean-Louis Ferrand, il occupe la direction de la partie orientale de Saint-Domingue, de décembre 1803 jusqu'à la bataille de Bataille de Palo Hincado, qui permet aux révolutionnaires espagnols de s'en emparer et de chasser les Français.
Le 24 décembre 1854, à bord de l'Aurélie, les premiers indiens arrivent en Guadeloupe. Ils viennent de la Côte de Coromandel, Pondichéry, de Madras, de la côte de Malabar ou de Calcutta. En 1925, Raymond Poincaré décide d'octroyer définitevement la nationalité française aux ressortissants indiens ainsi que le droit de vote11.

La Guadeloupe contemporaine

Avec 22,7 % de chômeurs12, la Guadeloupe voit ses tensions sociales s'aggraver.
Le 1er décembre 1999 : Lucette Michaux-Chevry, présidente du conseil régional de la Guadeloupe, Alfred Marie-Jeanne, président du conseil régional de la Martinique et Antoine Karam, président du conseil régional de la Guyane, signent à Basse-Terre, chef-lieu du département de la Guadeloupe, la « déclaration de Basse-Terre ». Ils proposeront au président de la République et au gouvernement, une modification législative voire constitutionnelle, visant à créer un statut nouveau de région d'outre-mer autonome doté d'un régime fiscal et social spécial pour la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique, dans le cadre de la République française et de l'Union européenne (article 299-2 du traité d'Amsterdam).
Le 18 janvier 2000 : les conseillers régionaux réunis en séance plénière approuvent la déclaration de Basse-Terre 27 voix pour et 10 voix contre et décident par une délibération d'unir leurs efforts afin de bâtir un projet de développement économique, social et culturel impliquant la prise en compte des identités propres à chaque région et basé sur l'évidence que « la dignité procède du travail et non de l'assistanat ».
Le 10 mai 2001 : le gouvernement a adopté le texte signifiant la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité.
Le 7 décembre 2003 : 72,98 % des électeurs guadeloupéens ont dit non à la réforme institutionnelle soumise par référendum.
Le 23 mai 2004 : Victorin Lurel est élu président de la région.

La Guadeloupe

La Guadeloupe est un archipel des Petites Antilles, situé à 610 de latitude ouest et 160 de latitude nord. Elle couvre une superficie de 1 703 kilomètres carrés et compte une population de 404 000 habitants 2009. Autrefois colonie française, la Guadeloupe est devenue, en 1946, un département de plein exercice, en 1982, une région administrative région mono-départementale et, en 2003, un département et région d’outre-mer D.R.O.M.. L'archipel offre une grande diversité de paysages et possède quelques-uns des milieux naturels les plus attrayants des Antilles. Au niveau de la population guadeloupéenne, la force des particularismes exprime la variété et les nuances des composantes culturelles antillaises.

Un archipel au cœur des Petites Antilles

Les deux îles principales qui composent le territoire de la Guadeloupe sont séparées par un étroit bras de mer appelé Rivière Salée et par une zone de mangroves au niveau du Grand Cul-de-Sac Marin. À l'ouest se situe l'île de la Guadeloupe proprement dite, également appelée Basse Terre, en référence à sa position par rapport à la navigation d'autrefois. C'est une île montagneuse dont la partie sud est constituée de plusieurs édifices volcaniques s'élevant au-dessus de 900 mètres d'altitude. Le plus important d'entre eux est le massif de la Soufrière dont le dôme, signalé par un cratère et des fumerolles, atteint 1 467 mètres. Ce volcan actif est équipé d'un observatoire scientifique permanent, en raison de risques sérieux. Ces massifs forment une barrière aux vents alizés, de sorte que la pluviométrie y est élevée (plus de 4 mètres de précipitations et une nébulosité constante). Sur le versant ouest s'étend une plaine littorale étroite. Le parc national de la Guadeloupe, créé en 1989, qui couvre une superficie de 173 kilomètres carrés est constitué essentiellement des forêts domaniales de l'intérieur de l'île forêt tropicale dense.
À l'inverse, la Grande Terre, située à l'est, est une plate-forme calcaire peu élevée 137 mètres au maximum, disséquée par l'érosion karstique dans la région des Grands Fonds. Au nord de cette île, la table calcaire se brise en de hautes falaises dans la région d'Anse-Bertrand. Sur les côtes est et sud se lovent de belles plages de sable, en forme d'anses, ainsi que quelques mangroves. La plate-forme se prolonge dans le domaine océanique par d'autres îles, aux abords de la Grande Terre : la Désirade et Marie Galante principalement. Plusieurs récifs coralliens bordent ces îles et forment un admirable champ d'observation sous-marin et un abri important pour les poissons et les crustacés.
La petite île de la Désirade est la plus avancée à l'est dans l'océan Atlantique ; elle est peu arrosée par les vents alizés qui la survolent ; l'hydrographie de surface y est si peu abondante que l'eau doit être acheminée par une canalisation à partir de la Grande Terre. La végétation comporte beaucoup de plantes xérophiles.
L'île de Marie Galante, de forme pratiquement circulaire, couvre 158 kilomètres carrés. La table calcaire possède un relief faiblement accidenté et est ourlée de très belles plages. Les sols conviennent à la culture de la canne à sucre et à celle des légumes tropicaux ; la pluviométrie est satisfaisante (1 370 mm à Grand-Bourg).
Les îles des Saintes se situent dans l'axe de l'arc volcanique interne des Petites Antilles et sont alignées sur les massifs de la Basse Terre et de l'île proche de la Dominique Dominica. Deux îles principales ont un modelé bosselé de volcans éteints : la Terre de Haut et la Terre de Bas. Une canalisation sous-marine, qui descend jusqu'à 320 mètres de profondeur, leur apporte l'eau, indispensable, depuis la Basse Terre.
Les deux dernières îles, Saint-Barthélemy et la partie française de Saint-Martin – l'autre partie relève du royaume des Pays-Bas –, rattachées administrativement au département de la Guadeloupe jusqu'en 2007, se situent dans un cadre géographique sensiblement différent. Alignées vers 180 de latitude nord, dans le quart nord-ouest de l'île de la Guadeloupe (Basse Terre), elles en sont séparées par plusieurs autres petites îles « Sous-le-Vent », Montserrat, Antigua-et-Barbuda, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Eustache... qui ne relèvent pas de la souveraineté française.
Saint-Barthélemy appelée souvent Saint-Barth par un raccourci familier est une petite île sèche, peu élevée sommet à 286 mètres au Morne de Vitet, qui possède un grand nombre de belles plages. L'île a été une colonie de la Suède de 1785 à 1878. La partie française de l'île de Saint-Martin fait face à l'île d'Anguilla (un territoire d'outre-mer britannique, très proche. Elle culmine à 424 mètres au Pic du Paradis et est également assez sèche (elle abritait des salines. L'ensoleillement exceptionnel de ces deux îles leur procure un grand avantage pour le tourisme balnéaire et la pratique de nombreux sports. Leur économie a connu une transformation rapide depuis les années 1970, avec un boom de la construction d'hôtels, de résidences à temps partagé et de villas cossues. Une très forte immigration antillaise Haïti et république Dominicaine a suivi. La tradition propre à ces îles Sous-le-Vent, liée aux exemptions douanières et à la contrebande – ce sont des ports francs depuis plusieurs siècles –, le dynamisme du tourisme et de la construction ont amené les collectivités locales à revendiquer davantage d'autonomie vis-à-vis du cadre préfectoral et départemental les rattachant à la Guadeloupe.
Les paysages de l'archipel dévoilent la diversité, la beauté, la violence parfois, des milieux insulaires et marins, qui ont inspiré des poètes comme Saint-John Perse et Daniel Maximin. Mais les formations naturelles, écosystèmes forestiers et savanes, milieux littoraux fragiles sont en danger face aux nouveaux usages plus intensifs, plus polluants et à la négligence des acteurs décharges sauvages. Bon nombre des mangroves ont été détruites pour permettre le creusement de chenaux et pour faire place à des ports de plaisance marinas. Quant aux récifs coralliens frangeants, qui se déploient sur une étendue de 200 kilomètres, ils sont également menacés de surexploitation par les pêcheurs et les touristes. Le Grand Cul-de-Sac Marin a été déclaré réserve de la biosphère par l'U.N.E.S.C.O. en 1992, mais beaucoup d'efforts doivent encore être réalisés pour sensibiliser la population et les acteurs économiques à la protection de cet environnement magnifique.

Un climat tropical à deux saisons

Le climat est caractérisé par une période sèche durant les premiers mois de l'année, appelée temps de carême, suivie de la saison des alizés vents océaniques de l'est qui apportent les pluies, dite aussi saison de l'hivernage – les mois de juillet à novembre recevant le plus de précipitations. Celles-ci atteignent un total de 1 780 mm/an au Raizet aéroport international de Pointe-à-Pitre et 2 460 mm/an à Gourbeyre, au nord-ouest des Trois-Rivières, sur la Basse Terre, ce qui est idéal pour les cultures tropicales. À l'inverse, dans les îles voisines, plus petites et dans les îles du nord, la pluviométrie est souvent insuffisante pour la culture des fruits, des légumes et de la canne à sucre sauf à Marie Galante. Il en va de même pour l'élevage, marginal ou de caractère extensif, car le fourrage fait défaut.
Les données climatiques favorisent le tourisme balnéaire et les activités de plein air nautisme, sports, randonnées une bonne partie de l'année, d'autant que la sensation de chaleur est atténuée par l'action des vents alizés. Cependant, l'archipel se trouve sur le parcours des ouragans ou cyclones qui peuvent causer des dommages très importants et perturber les activités économiques les cyclones David et Frédéric en 1979, et le cyclone Hugo en 1989 qui provoqua la mort d'une vingtaine de personnes.

De la conquête coloniale à la départementalisation

Le peuplement amérindien des îles est attesté depuis au moins 2 500 ans avant J.-C. Les premiers habitants, les Arawaks, sont arrivés du continent sud-américain (bassin du fleuve Orénoque en naviguant le long de la chaîne des îles. La plupart des migrations ultérieures ont suivi cette même voie. Des sites de roches gravées particulièrement importants signalent des lieux cérémoniels anciens Baillif et Trois-Rivières sur la Basse Terre. Christophe Colomb, qui débarque en 1493 dans l'île et la baptise Guadalupe en l'honneur d'un sanctuaire espagnol consacré à la Vierge, rencontre une population essentiellement composée de Karibs, dispersés en de nombreux villages, et métissés aux populations arawaks originelles. Les Espagnols ne colonisent pas ces îles face à la résistance farouche que leur opposent les Karibs. Prenant prétexte des pratiques anthropophagiques des Indiens, l'administration espagnole autorise des razzias pour les capturer et les réduire en esclavage. Ce sont des expéditions britanniques et françaises qui, à partir de 1625, marquent le début de la colonisation européenne à Saint-Christophe tout d'abord (aujourd'hui Saint Kitts), puis à la Guadeloupe et à la Martinique et enfin dans les îles voisines.
La colonisation française se fit sous le patronage du cardinal de Richelieu et de la Compagnie des îles d'Amérique. En 1635, des Français, sous le commandement de Liénart de l'Olive et de Jean Du Plessis, prennent pied à la Guadeloupe. Les premières années de la colonie sont très agitées en raison des guerres avec les Indiens et aussi des rivalités entre chefs et gouverneurs recevant des lettres de commandement tantôt de la Compagnie (qui périclite après la mort de Richelieu en 1642), tantôt directement du roi. En 1643, le Normand Charles Houël réussit à s'imposer comme gouverneur et obtient l'appui des propriétaires fonciers de la région de Basse-Terre et de Capesterre. Le sort politique de la colonie reste fragile pendant plusieurs décennies, alors que l'économie du tabac devient très prospère. Les Indiens vont se réfugier sur l'île voisine de la Dominique et sont remplacés par les premiers contingents de main-d'œuvre africaine, réduite en esclavage souvent achetée aux Hollandais à Saint-Eustache et à Curaçao, pour travailler sur les plantations de canne à sucre qui se développent rapidement. En 1674, par décision de Colbert, ministre de Louis XIV, l'administration des îles d'Amérique revient directement au pouvoir royal.
Les attaques britanniques, à la fin du XVIIe et durant le XVIIIe siècle, occasionnent de grandes pertes économiques et humaines. Les Britanniques occupent les îles de 1759 à 1763 et renforcent le site commercial de Pointe-à-Pitre. À la bataille navale des Saintes 1782, la flotte française est défaite. La marine britannique possède désormais un avantage stratégique sur les Français dans les Petites Antilles. Pendant la Révolution, les Britanniques s'emparent à nouveau de la Guadeloupe mais le commissaire de la Convention, Victor Hugues, proclame l'abolition de l'esclavage dans l'île et réussit à les chasser 1794. Il fait procéder à des exécutions massives de royalistes qui avaient pris le parti des Britanniques. Puis Napoléon Bonaparte, influencé par les milieux des planteurs, envoie des forces importantes pour rétablir l'esclavage arrêté du 22 mai 1802. Plusieurs centaines de Noirs et de Mulâtres révoltés sont férocement réprimés à Baimbridge près de Pointe-à-Pitre et à Matouba près de Basse-Terre mai 1802.
C'est finalement sous la IIe République que l'esclavage est définitivement aboli à la Guadeloupe décret du 27 avril 1848, qui avait été précédé dans l'île de manifestations ayant conduit à la libération de fait des esclaves). Dès 1848, la Guadeloupe élit des députés à l'Assemblée nationale et, au cours de la IIIe République, la vie politique locale est très animée. La colonie se rallie au Comité français de libération nationale en juillet 1943. Après la Seconde Guerre mondiale, sur proposition des députés d'outre-mer, la Guadeloupe et les autres « vieilles colonies » deviennent, en mars 1946, des départements français d'outre-mer D.O.M.. Mais sous la IVe et la Ve République, l'avenir des D.O.M. suscite de nombreuses interrogations, tandis que s'installe un certain malaise politique, notamment en Guadeloupe où des revendications autonomistes et indépendantistes se font jour manifestation violente à Pointe-à-Pitre en 1967, attentats dans les années 1970 et 1980. Les consultations politiques, caractérisées par des taux d'abstention élevés surtout à l'occasion de certaines consultations nationales ou européennes, l'implantation de fortes personnalités politiques, comme Henri Bangou, Lucette Michaux-Chevry, Victorin Lurel, témoignent des spécificités insulaires et, selon le politologue Justin Daniel, de l'autonomisation croissante de ces espaces politiques. Lors du référendum de 2003 sur la question de la fusion de la collectivité départementale et de la collectivité régionale, la Guadeloupe a massivement rejeté ce projet 73 p. 100 des suffrages. Pourtant, une évolution institutionnelle amorcée lors de cette consultation se concrétise, en 2007, lorsque Saint-Barthélemy et Saint-Martin deviennent des collectivités d'outre-mer C.O.M. et élisent, pour la première fois, leur propre Assemblée territoriale.

Des déséquilibres économiques et sociaux persistants

Les problèmes de la Guadeloupe sont perceptibles à travers les données de population et les indicateurs socio-économiques qui montrent un net décalage par rapport à la France métropolitaine. La Guadeloupe a une population jeune : 31,6 p. 100 de la population a moins de vingt ans France métropolitaine : 24,9 p. 100 mais en cours de vieillissement. Le solde naturel reste élevé parce que le comportement démographique n'a pas atteint la phase dite de transition. Par ailleurs, le solde migratoire est positif du fait de l'immigration importante venue de la Caraïbe et de l'installation de métropolitains ou d'Antillais qui prennent leur retraite dans les îles.
Le chômage, traditionnellement élevé, est considéré comme une donnée structurelle à la Guadeloupe 23,5 p. 100 de la population active en 2009, car le déclin des activités agricoles sucre, bananes n'est pas compensé par la création de nouveaux emplois dans les services en particulier dans le tourisme. La fonction publique à elle seule représente pratiquement la moitié de l'ensemble des emplois. L'analyse économique montre que le département vit des transferts de la métropole, des subventions européennes et aussi des remises des Guadeloupéens qui vivent en France métropolitaine. Le P.I.B. par tête n'est que de 17 900 euros 2009, contre 24 000 euros en métropole. Le nombre de foyers bénéficiaires du R.S.A. revenu de solidarité active est également beaucoup plus important qu'en métropole et les inégalités de revenus sont patentes. Certaines formes de marginalité sociale liées à la consommation et au trafic de stupéfiants constituent des motifs d'inquiétude.
L'État a tenté, à maintes reprises, de relancer l'activité économique par des aides et une politique de défiscalisation systématique zones franches. Grâce aux fonds d'investissement français et européens, les îles sont dotées d'infrastructures de bonne qualité routes, ports, aéroports, télécommunications... et d'équipements sanitaires et éducatifs corrects ; elles bénéficient de la continuité territoriale grâce à des transports maritimes et aériens nombreux vers la métropole en partie subventionnés. En revanche, l'insertion économique dans le cadre régional caraïbe, et plus largement nord-américain, est notoirement faible.
Sur le plan du développement des territoires, la concentration croissante de la population et des activités dans l'agglomération de Pointe-à-Pitre qui compte 172 000 habitants 2005 et concentre près de 41 p. 100 de la population totale, et dans les îles du Nord Saint-Barthélemy et Saint-Martin, aux dépens des zones rurales et des bourgs de la Basse Terre et des îles voisines demeure le principal facteur de déséquilibre. Christian Girault
Cette situation de déséquilibres et d’inégalités explose en janvier 2009, quand une grève générale est déclenchée à l’appel d’un collectif de syndicats, associations et partis de Guadeloupe. Celui-ci réclame notamment la baisse des taxes sur les produits de première nécessité et les carburants, ainsi que le relèvement des bas salaires et des minima sociaux. Les négociations entre le collectif, les représentants de l’État et le patronat aboutissent à un accord le 4 mars 2009, après quarante-quatre jours de grève.

Les autochtones des caraïbes : Arawaks et Karibs



Arawaks et Karibs n'ont cessé d'alimenter en stéréotypes, depuis le XVIe siècle, une vision occidentale, extérieure, ethnologique et anthropologique de l'espace des Caraïbes. Ces aborigènes signalés par Christophe Colomb dès son premier voyage ont fourni à la littérature, au cinéma, à la presse et à l'historiographie coloniale le thème obsédant du cannibalisme. Au service du roi de France, le capitaine florentin Giovanni da Verrazzano aurait fait escale en juillet 1528 en Guadeloupe. À peine aurait-il débarqué avec quelques marins qu'aurait surgi un groupe d'indigènes qui les auraient criblés de flèches et se seraient saisi d'eux. Les équipages de trois vaisseaux auraient assisté horrifiés au festin des cannibales qui dévorèrent leurs amis.

Le mythe

Après Christophe Colomb, le franciscain André Thevet, avec Nicolas de Villegagnon en 1555-1556 et le Hessois Hans Staden, prisonnier des Tupinamba en 1557 au Brésil, laissèrent des témoignages. Les illustrations de Théodore de Bry du récit du voyage en Floride de Jacques Le Moyne popularisèrent les scènes de cannibalisme dans l'opinion publique européenne.
L'opposition Karibs/Arawaks, la supériorité des Arawaks sur les Karibs, leurs dissemblances, comme leur cannibalisme supposé, posent des questions aux historiens. Car, au-delà des anecdotes, des scénarios de films d'horreur et des images stéréotypées, la recherche historique exige une enquête et des réponses claires. Une question se pose au préalable : qu'en est-il exactement de ces Karibs et Arawaks ?
Une première réponse peut être fournie par un examen minutieux des documents archéologiques et par la critique des données anthropologiques. Ces premiers et principaux acteurs de l'histoire des Caraïbes se dérobent. Ils n'ont pas laissé de témoignage écrit de leurs activités. L'historien est donc renvoyé à la consultation des sources disponibles qui ont déjà suscité maintes controverses. L'importance de la critique des documents espagnols, en particulier des relations de ceux qui rencontrèrent les premiers ces indigènes, n'a pas été suffisamment soulignée. Les sources doivent être replacées dans leur contexte historique. Christophe Colomb, qui souhaitait accréditer l'idée qu'il s'était rendu en Asie auprès des souverains catholiques espagnols, dut recréer le monde mythique popularisé par Marco Polo. Dans cet univers légendaire d'îles, de monstres, de magie, héritage de la géographie arabo-musulmane, s'ébauchèrent les premières visions de la dualité Karibs/Arawaks.
Des îles Karibs, dominées par les hommes, des guerriers belliqueux, se distinguèrent des îles Arawaks, habitées par des femmes, des Amazones ou des monstres femelles... Les deux communautés, karib et arawak, sortirent progressivement des limbes de la géographie médiévale et devinrent réalité.
Les monarques espagnols permirent par décret en 1503 aux colons de réduire les indigènes en esclavage pourvu qu'ils fussent des Karibs. Aussi ce fameux décret eut-il une profonde répercussion sur l'évolution du mythe. Toutes les populations qui résistèrent à la conquête espagnole entrèrent dans la catégorie des Karibs, les autres devenant Arawaks, ces « mangeurs de farine » dont on glorifia le pacifisme.
Arawaks et Karibs se laissent mieux cerner et livrent quelques-uns de leurs mystères quand on les étudie sous l'éclairage multiple de l'archéologie, de l'histoire, de l'anthropologie et de la linguistique.

Les apports de l'archéologie

L'établissement des Arawaks et des Karibs fut le résultat d'intenses mouvements de population entre les domaines continental et insulaire de l'aire des Caraïbes. Les îles de l'archipel oriental des Caraïbes furent utilisées dans le processus des migrations entre les grandes unités, de la Floride à la Terre-Ferme, des isthmes au Venezuela. L'implantation dans les milieux insulaires commença dans de grandes îles, Ayti (nom karib de Haïti) et Cuba, à la suite de la montée des eaux qui empêcha la circulation sur les passerelles reliant préalablement les îles. Des relations commerciales s'établirent entre insulaires et continentaux.
La poterie aurait été introduite dans les îles par la culture saladoïde. Des cultivateurs de manioc auraient laissé des vestiges de poteries semblables à ceux du domaine insulaire à Saladero, sur le moyen Orénoque, vers 1000 avant J.-C. Des traces de culture saladoïde remonteraient à 300 avant J.-C. sur la côte orientale du Venezuela, à Trinidad et dans l'île de Grenade. La culture barrancoïde aurait succédé au saladoïde, selon le même trajet côtier et insulaire, entre 350 et 650, puis la culture ostionoïde apparut à Porto Rico et dans les îles Vierges vers 700. Au cours de cette dernière période se seraient produites les premières migrations des Karibs, entre 650 et 950, dans les îles orientales. Les chroniqueurs du XVIe siècle ont mentionné des noms de peuplades qui auraient alors appartenu à l'ensemble insulaire : Igneris des îles orientales, Tainos et Ciguayo des grandes îles, Lucayo des Bahamas... Selon les mêmes interprétations, les Karibs seraient presque parvenus à chasser les Arawaks des îles orientales à la fin du XVe siècle. Ils pratiquaient la culture sur brûlis, l'irrigation, ainsi que la pêche. Les Karibs avaient acquis, au cours de leurs migrations, une grande pratique de la navigation en haute mer. Ils avaient élaboré une astronomie qui leur permettait de se repérer et dont les fonctions furent mises en évidence dans leurs pratiques religieuses. La poterie de ces guerriers flecheros considérée comme grossière par les archéologues, par comparaison avec celle des Arawaks sédentarisés, témoigne de leur perpétuel mouvement de migration. Le Dr Alvarez Chanca, qui accompagnait Christophe Colomb lors de son deuxième voyage vers les Amériques en 1493, décrivit le premier les Karibs de la Guadeloupe et les indigènes des îles orientales.
Ses descriptions de crânes humains – ceux des ancêtres – conservés par les habitants qu'il observa, ainsi que des têtes – celles de manati lamantins vraisemblablement – qu'il vit en cours de cuisson pour l'alimentation, déclenchèrent le processus mythique de la thèse du cannibalisme des Karibs.
L'île d'Ayti comptait, selon les travaux de l'école de Berkeley une population estimée à 8 millions d'habitants – des Arawaks Tainos – à l'arrivée des Européens. À l'époque de la conquête, Ayti était divisée en cinq caciquats ou provinces, Caizcimu, Hubaho, Cayabo, Bainoa et Guacayarima. Parmi les dirigeants les plus notoires, l'histoire a retenu les noms des caciques Behechio, Guacanagari, le Karib Caonabo, Guarionex, Mayobanex et une femme, Higuonama. Une catégorie de nobles, les nitaynos, dominait une classe de serviteurs, les naborias, employés aux travaux agricoles essentiellement. Tous les observateurs signalèrent le grand nombre des villages en Ayti, l'étendue des terres mises en valeur, le perfectionnement des techniques utilisées et la qualité des produits récoltés, manioc, arachide, maïs, patate douce, haricot, piment et fruits. Christophe Colomb chargea Fray Ramón Pane, hiéronymite, d'une enquête sur les Tainos et leur religion, pour mieux les connaître et les combattre.
Pétroglyphes, terrains de jeu de balle, pierres à trois pointes, lourds colliers de pierre sont des éléments archéologiques communs à la Terre-Ferme et aux sites insulaires. Malheureusement, dans tous les pays des Caraïbes un pillage systématique des sites archéologiques alimente un marché privé d'art précolombien particulièrement prospère.
Bartolomé de Las Casas connaissait Pane, ce missionnaire catalan qu'il qualifia de « personne simple d'esprit », parlant mal le castillan et ne comprenant quasiment rien à la langue des indigènes. Quant à ses investigations effectuées sur le terrain, de 1494 à 1496, et à son rapport que Christophe Colomb rapporta en Espagne en 1500,Las Casas ne cacha pas qu'il les considérait comme des choses confuses et de peu de substance, Apologetica Historia de las Indias, Madrid, 1909. Ramón Pane s'était contenté de transcrire ce qu'il saisissait mal des légendes sur les croyances et l'idolâtrie des Indiens, sur leur origine mythique, sur les Cimi, ces représentations divines si propres aux insulaires. En conclusion de son rapport, le moine catalan demandait que les populations de l'île d'Ayti soient soumises, évangélisées par les Espagnols et que toute résistance soit brisée par la force et le châtiment. On sait qu'il fut écouté sur ce dernier point, bien au-delà de ses espérances.
Les Karibs pratiquaient le rite de perforation de la langue, comme les Mayas. Ce rite était exécuté par le chaman, lors de l'initiation des jeunes. Leur légende évoque des arbres mythiques animés par un esprit divin, Hyruca ou Hunrakan en Guyane. Les Zemis ou Cimi des insulaires symbolisaient des dieux et renvoient indubitablement aux Kimi des Mayas, associés par eux à la mort.
Plusieurs documents permettent de connaître avec une relative précision les instruments de musique utilisés par les Amérindiens. Ils témoignent d'une réelle homogénéité de l'orchestre des indigènes dans une vaste zone allant du Guatemala à la Colombie, au Venezuela et jusqu'à l'Amazonie. La musique était associée à toutes les cérémonies religieuses et politiques. L'areyto ou mitote mêlait danses et chants selon un ordre rigoureux. Des chroniqueurs décrivirent ainsi les cérémonies auxquelles ils assistèrent en Ayti ou sur le continent. Fray Juan de Torquemada évoqua dans Veinte i un libros rituales i monarchia indiana, chronique parue en 1723, le spectacle de l'areyto donné sur la place publique d'un village : Lorsqu'ils veulent commencer la danse, trois ou quatre Indiens font retentir des sifflets très aigus, puis les tambours sont battus sourdement, la sonorité s'élevant peu à peu. La troupe des danseurs, en entendant le prélude des tambours, comprend quels sont le chant et la danse à interpréter, et elle les commence aussitôt. Les danses du début s'exécutent sur un ton grave [...] et lentement, le premier étant en conformité avec la fête ; deux coryphées l'entonnent, puis tout le chœur le poursuit, chantant et dansant à la fois.

Les données de l'anthropologie

Tous les groupements arawaks et karibs subsistent sur le continent mais ils furent détruits dans le domaine insulaire, sauf en Dominique où une réserve, Carib Reserve fut créée en 1903. Dirigés par un chef ubutu, les Karibs de la Dominique subsistent grâce à un artisanat objets de fil, de corde, fabrication des paniers caraïbes et de petite vannerie en général. Des Black Karibs, réfugiés dans l'île de Saint-Vincent au XVIIIe siècle, furent déportés à la fin de ce siècle par les Britanniques dans le golfe du Honduras, sur l'île de Roatan, d'où ils s'implantèrent sur les côtes du Honduras, du Nicaragua et de Belize, communauté des Garifunas.
Les anthropologues distinguent quatre grands groupes culturels en Amérique moyenne et en Amérique du Sud : les Tupi-Guarani, les Arawaks, les Karibs et les Gê. La grande famille des Arawaks est connue sous des noms divers : Aruak, Aroaqui, Arauaca, Aroaco, Araguaco, Arauac, Araguac, Nu-Aruak, Arowak, appelés aussi Maipure. Tous ces noms semblent provenir d'un groupe du Venezuela que les Espagnols appelaient Araguacos et qui se nommaient eux-mêmes Lukkunu. Les Arawaks occupent une zone d'habitat très étendue, qui se déploie depuis la Floride, les îles, jusqu'au Venezuela et au nord du Brésil.
Ils s'y seraient installés après un premier grand mouvement migratoire parti du berceau vénézuélien d'où auraient peu à peu essaimé tous les Arawaks. Selon certains anthropologues, ils descendraient non pas d'un noyau originel situé au Venezuela, mais d'Amazonie péruvienne, près du Marañon. On rencontre dans la forêt amazonienne des groupes méridionaux comme les Matsiguenga, les Campa-ashaninca, les Piro et les Mashco, qui constituent un groupe proto-arawak qui aurait été séparé du groupement principal et aurait donné naissance aux parlers arawaks du littoral caraïbe et de l' Amazonie. Seule l'archéologie pourrait aider à trancher cette origine controversée et à élucider le problème des migrations. On pense qu'ils atteignirent vers l'ouest les côtes du Pacifique et qu'ils essaimèrent au nord, vers les territoires isthmiques et insulaires.
Les Arawaks possèdent une grande diversité de types physiques. Ils ont en moyenne 1,60 m mais certains groupes de l'Altiplano bolivien, comme les Moxo et les Bauré, peuvent atteindre 1,70 m. Les conquérants ont très tôt associé les Arawaks à des activités agricoles et empruntèrent à leur langue des noms de plantes, d'ustensiles, d'objets de transport, maïs, tabac, piment, canoë, hamac, etc. Ils cultivaient le manioc et fabriquaient une belle céramique. Leur habitation a la forme caractéristique d'un cône tronqué, une grande case commune de forme conique couverte de feuilles de palmier autour de laquelle sont disposées des huttes en cercle.
Toutes les populations arawaks vivent de l'agriculture, cultivant surtout le manioc, le tabac, le maïs et diverses racines. Les Arawaks pratiquent la pêche, la chasse à l'arc. Ils possèdent des instruments de musique : l'ocarina ou tsinhali des Paressi, une grande trompette (hezô-hezô), une flûte, ualalocê, et le tiriaman pour accompagner les danses.
On a parlé d'une mythologie lunaire des Arawaks, sur le plan spirituel, qui renvoie aux jumeaux de la tradition du Popol-Vuh, Hunahpu et Ixbalamqué. Ces jumeaux sont des divinités mythiques qui se situent au fondement de la genèse de la population Maya-Quiché. Les anthropologues soulignent par ailleurs la base matrilinéaire de la société arawak.
La grande famille des Karibs a elle aussi des noms divers : Caribe, Cariba, Caribi, Caryba, Cariva, Caraibe. L'origine de leur nom dériverait de Calina ou de Caripuna, selon Christophe Colomb. Or, Kalina, Karina, Kallinago signifie pour les Karibs « brave » ou « compagnon ». De Karib, on sait que naquit le mot cannibale que les Espagnols appliquèrent à ces indigènes en raison, disaient-ils, de leurs tendances anthropophagiques. Leur territoire s'étend sur un vaste espace, limité au nord par les îles, au sud par le rio Xingu à hauteur du 13e parallèle de latitude sud. On distingue les groupements du sud de l'Amazonie, Apalai, Pianacoto, Pauxi, Uaieué, Voiavai, Boanari, Iauaperi et Crixana, les groupements du Venezuela et des Guyanes. Les Karibs insulaires reçurent le nom de Callinago, Calliponau, Caripura. Ils appartiennent au groupe Galibi du continent. Sur la Terre-Ferme de la côte vénézuélienne, les Cumanagoto ont subi l'influence des missions catholiques et ont vu fondre leur population. Ils regroupaient les Tamanaco, les Chaima, les Chacopata, les Piritué, les Palenque, les Pariagoto, les Cuneguava, les Guaiqueri. L'embouchure de l'Orénoque était habitée par les Tamanaque, qui ont disparu. On y trouve encore les Cariniaco, les Taparito, les Panare, les Mapoio et les Iabarana. Entre le rio Ventuari, le rio Branco et le rio Negro au Brésil, s'étend la région des Mankitari. Dans les Guyanes se côtoient d'importants groupements qui vont jusqu'au Brésil : les Acauoio, les Arecuna, les Camarocoto, les Purucoto, les Guaiamara et les Sapara. C'est sur le littoral des Guyanes que subsiste une trace des Karibs stricto sensu Caribe, Caribi, Galibi, Calina) qui vivent dans une région qui s'étend de l'Oyapock à l'Orénoque. De là ils essaimèrent vers le nord jusqu'aux îles et vers l'intérieur en remontant le cours des rivières. On a identifié dans la région du rio Repunuri, un affluent du rio Negro, des groupes connus sous le nom de Cariba, Caribi, Caribana, Carabana et Cariana. Dans la région de l'Essequibo vivent les Partamona, les Trio occupaient la vallée du Tapanahoni au XVIIIe siècle. En Guyane française, les Oyana, ou Roucouyenne, voisinent avec les Aracuiana du Brésil.

Les données de la linguistique

Au moment de la conquête, on parlait plusieurs langues dans les îles et sur le continent. Dans le domaine insulaire, le premier atteint, on distingue quatre grandes familles linguistiques : warao, arawak, karib insulaire et karib. Les parlers warao étaient ceux des indigènes de Trinidad et des habitants de l'embouchure de l'Orénoque. Plusieurs variétés de cette langue sont encore parlées aujourd'hui par 15 000 Amérindiens de l'Orénoque. Plusieurs langues appartenaient à la grande famille arawak, comme le taino, Bahamas, Ayti, Cuba, le caquetio, Curaçao et Aruba, le ciguayo Ayti, le macorixe Cuba. Le karib insulaire est une langue arawak. La famille karib comprenait les groupes karina, galibi ou carinaco, carinepagoto, parlés à Tobago, en Grenade, dans les autres îles de l'arc oriental, dans les Guyanes, de l'Orénoque à l'Amazone. On ne connaît que le nom de certaines langues qui ont disparu à l'époque de la conquête : nepuyo, Trinidad, Guyanes, shebayo ou salvaio Trinidad, yao, Trinidad et la région côtière des Guyanes, de l'Orénoque au Matacare, le guaiqueri ou waikeri, Margarita et, bien sûr, le taino, englobant le lucayo des grandes îles et des Bahamas. Ainsi, trois langues anciennes des îles sont encore parlées sur le continent : arawak, karib et karib insulaire ou igneri, parlé encore à Belize, dans le voisinage du golfe du Honduras et dans les communautés garifunas.
Dans les îles Dominique et Saint-Vincent, le créole remplaça progressivement la langue vernaculaire des Karibs au XIXe siècle. Le père de Lettre mentionna vers 1853 la présence à la Dominique de 125 indigènes Karibs qui ont peu à peu oublié leur ancienne langue, dont ils ne se servent entre eux que comme en cachette des autres personnes... Ils parlent le créole comme les autres naturels du pays. En 1879, un ornithologue nord-américain, Frederick Ober, ne comptait plus que quelques vieux et vieilles qui parlent encore l'ancienne langue karib. Pourtant, en 1898, un médecin a pu recueillir des textes de cette ancienne langue. Les derniers locuteurs moururent en 1910-1920 dans l'île, et un témoin, Douglas Taylor, signala en 1930 qu'il n'y avait plus que cinq ou six personnes ayant pu entendre dans leur enfance une langue maternelle disparue à jamais. Oruno D.Lara



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Posté le : 27/06/2015 19:44
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Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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