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Carl Jung 1
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Le 26 juillet 1875 naît Carl Gustav Jung

à Kesswil, canton de Thurgovie en Suisse, médecin psychiatre suisse, mort, à 85 ans le 6 juin 1961 à Küsnacht, canton de Zurich, en Suisse alémanique.Fondateur de la psychologie analytique et penseur influent, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la Psychologie analytique, l'inconscient collectif, les archétypes, ombre, anima/animus, persona; individuation. Ses Œuvres principales sont L'Homme et ses symboles, Le Livre rouge. Il est influencé par Sigmund Freud. Il a influencé Marie-Louise von Franz, Wolfgang Ernst Pauli, Franz Riklin, Erich Neumann, James Hillman, Clarissa Pinkola Estés
ses principaux détracteurs et Critiques sont Richard Noll et Sigmund Freud lui-mêm.
Son œuvre est liée à la psychanalyse de Sigmund Freud dont il a été l’un des premiers défenseurs et dont il se sépara par la suite en raison de divergences théoriques et personnelles.Dans ses ouvrages, il mêle réflexions métapsychologiques et pratiques à propos de la cure analytique. Jung a consacré sa vie à la pratique clinique ainsi qu'à l'élaboration de théories psychologiques, mais a aussi exploré d'autres domaines des humanités : depuis l'étude comparative des religions, la philosophie et la sociologie jusqu'à la critique de l'art et de la littérature.
Carl Gustav Jung a été un pionnier de la psychologie des profondeurs : il a souligné le lien existant entre la structure de la psyché, c'est-à-dire l'âme, dans le vocabulaire jungien et ses productions et manifestations culturelles. Il a introduit dans sa méthode des notions de sciences humaines puisées dans des champs de connaissance aussi divers que l'anthropologie, l'alchimie, l'étude des rêves, la mythologie et la religion, ce qui lui a permis d'appréhender la réalité de l'âme. Si Jung n'a pas été le premier à étudier les rêves, ses contributions dans ce domaine ont été déterminantes. On lui doit également, entre autres, les concepts d' inconscient collectif, d archétypes, d'individuation, de types psychologiques, de "complexe", d'imagination active et de synchronicité.
En dépit de la polémique concernant ses relations avec le régime nazi, il a marqué les sciences humaines du XXe siècle.

En bref

Jung n'est pas seulement un psychiatre rival de Freud ou son continuateur. Il est avant tout le témoin d'une réalisation intérieure dont sa méthode psychologique et son œuvre sont les fruits. Cette aventure fait rentrer dans le domaine scientifique l'antique quête du Graal et l'audacieuse descente aux enfers de Faust. Jung a rencontré sur son chemin d'adolescent la figure fascinante qui avait conduit à la folie Frédéric Nietzsche, comme lui bâlois d'adoption : celle de Zarathoustra, le messager du surhumain. À son tour il s'est vu contraint par le destin d'affronter ce qui est, en définitive, l'unique problème de l'âme moderne : l'homme peut-il être surmonté et par quelle voie ? Plus heureux que son devancier, il lui a été donné de conjurer les périls de cette entreprise herculéenne et de la rendre à nouveau possible. Au terme de sa carrière, il présente en modèle, non le héros, qu'il ait nom Siegfried, Faust ou le Surhomme, mais un paisible couple de vieillards, Philémon et Baucis, hôtes humbles et bienheureux des dieux, promis par eux à l'immortalité.
Le psychiatre suisse Carl Gustav Jung 1875-1961. Un temps séduit par les conceptions freudiennes, il les rejeta finalement au profit d'une psychologie des profondeurs qui niait toute détermination sexuelle des pulsions.
Carl Gustav Jung est né à Kesswill, sur la rive suisse du lac de Constance. Son père, pasteur, s'installa peu après à Schloss-Laufen, au bord de la chute du Rhin, puis à proximité de Bâle, ville où le jeune Carl Gustav fit ses études et acquit le titre de médecin. Jung vit se poser à lui, dès ses premières années, la double question qui domina sa vie : Qu'est le monde et qui suis-je ? et, malgré l'intense curiosité qui le portait vers la réalité extérieure, il devina d'emblée que la réponse se trouvait au-dedans de lui et non au-dehors. L'insuffisance du cadre religieux éclata aux yeux de ce fils d'un pasteur torturé par le doute. La notion chrétienne d'un Dieu tout amour ne résista pas à ses premières expériences intimes, qui lui révélèrent au fond de lui-même un mysterium tremendum, une source d'effroi sacré. Mais, avec le bon sens qui accompagna toujours chez lui l'audace et lui évita de connaître le sort d'un Nietzsche, il comprit que l'homme doit d'abord se forger une personnalité solide. Aussi, pendant une longue période, il tint vigoureusement à l'arrière-plan l'hôte dangereux qui le sollicitait pour se consacrer à l'étude de la science de son temps. La psychiatrie lui parut offrir un moyen d'aborder la totalité de l'homme. Ses études achevées, il entra au Burghölzli, hôpital psychiatrique du canton de Zurich où il fut l'élève d'Eugen Bleuler. Après avoir soutenu sa thèse sur la psychopathologie des phénomènes dits occultes 1902, il y prépara ses premières publications : études sur les associations 1903 et la démence précoce 1907. Jung s'efforça de dépasser une attitude purement descriptive de la maladie mentale et de la comprendre de l'intérieur.
Les travaux de Freud ayant attiré son attention, il lia avec l'auteur de L'Interprétation des rêves une amitié féconde qui dura sept ans. L'esprit de système de son aîné l'éloigna peu à peu de lui : Jung ne pouvait accepter une conception de l'énergie psychique libido limitée, pour les besoins d'une théorie, à l'impulsion sexuelle. La rupture entre les deux hommes devint inévitable après la parution de Métamorphoses et symboles de la libido 1912 où Jung examinait les matériaux fournis par une jeune Américaine et les rattachait aux grands mythes de l'humanité. Elle fut consommée l'année suivante. À la même époque, Jung, qui s'était installé à Küsnacht, près de Zurich, au bord du lac, où il exerça jusqu'à sa mort, abandonna son poste de Privatdozent à l'université de Zurich. Désormais seul et à la recherche d'une orientation, il sentit que, pour la trouver, il devait affronter en lui-même le monde obscur. Si mystérieuse que fût sa décision d'accepter la confrontation avec l'inconscient, la solennité avec laquelle il en parle, la situe et la date 12 décembre 1913 oblige à y voir un tournant de son destin.
C'est en fait la metanoia, la conversio, point de départ de toutes les aventures de l'âme, l'abandon des normes de la vie courante pour se tourner vers l'intérieur afin d'y enfanter un nouvel ordre. Cette périlleuse descente faustienne dans le monde des mères se termine, vers 1918, par l'atteinte d'un nouvel équilibre fait de communication entre la conscience et l'inconscient. Jung entre alors dans sa période de création définitive. Cette épreuve fut, dit-il, « la matière première de l'œuvre d'une vie.

Sa vie

La vie de Carl Gustav Jung n'est pas parfaitement connue. Carl Gustav Jung a toujours refusé de rédiger lui-même l'intégralité de ses mémoires. Sa biographie dite officielle a été écrite en grande partie par Aniéla Jaffé, qui a obtenu de Jung qu'il lui confie des éléments de sa vie à partir de 1957, alors qu'il était âgé de 83 ans. Il en a résulté l'ouvrage Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, sous titré recueillis par Aniéla Jaffé et publié en allemand en 1961 sous le titre Erinnerungen, Träume, Gedanken, et dans lequel au moins quatre chapitres sont de la plume de Jung lui-même. Cette œuvre profondément personnelle a été dès lors acceptée comme son autobiographie officielle par ses proches collaborateurs. Elle est célèbre par les premiers mots avec lesquels Jung l'ouvre : Ma vie est l’histoire d'un inconscient qui a accompli sa réalisation. C'est aussi précisément en raison de son caractère personnel que Jung n'a pas voulu la faire figurer dans la liste de ses œuvres complètes.
Tous les biographes de Jung insistent sur la difficulté à relier entre eux les événements de sa vie, d'autant que nombre de ses écrits, notamment sa volumineuse correspondance, sont encore inexploités. De plus, les informations fournies sont souvent contradictoires, selon les sources, notamment en ce qui concerne les relations de Jung avec le régime nazi. Plusieurs de ses collaboratrices ont publié des biographies, comme Marie-Louise von Franz C. G. Jung son mythe en notre temps, 1972 et Barbara Hannah, Jung, sa vie et son œuvre, publié en français en 2005. D'autres auteurs, comme Charles Baudouin, dans L'Œuvre de Jung et Henri F. Ellenberger dans le chapitre consacré à Jung de son Histoire de la découverte de l'inconscient, ont commenté son œuvre tout en faisant le parallèle avec les événements de sa vie. Leurs ouvrages contiennent des détails qui complètent les propos recueillis dans Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées. Ils mettent en perspective certains passages en les clarifiant et en les contextualisant.
Le travail de Deirdre Bair, traduit en français en 2007 sous le titre Jung. Une biographie, donne de nombreux détails et précisions ne figurant pas dans les ouvrages précédents. Deirdre Bair, qui n'appartient pas à une société jungienne, a en effet obtenu un accès quasi total aux archives familiales et a bénéficié de nombreux entretiens avec des personnes ayant rencontré Jung.

Premières années

Carl ou Karl Gustav Jung naît en 1875, à Kesswil, en Suisse alémanique, au sein d'une famille d'ascendance allemande et de tradition cléricale du côté paternel, son père est en effet pasteur luthérien. De son côté maternel, Jung compte parmi ses ascendants des médecins éminents. Jung explique dans Ma Vie que cette double filiation prestigieuse éclaire son attrait à la fois pour la théologie et pour la médecine, et qu'elle a modelé sa pensée. Il y voit la raison de sa passion pour l'introspection et de l'existence de ses deux personnalités. Très tôt en effet, Jung sent en lui deux attitudes qui cohabitent, qu'il nomme personnalité no 1 et personnalité no 2. Sa mère, férue de spiritisme, est la première à parler de cet état dissocié de conscience. Plus tard, C. G. Jung, dans son autobiographie, décrit la personnalité no 1 comme consciente et conventionnelle, inoffensive et humaine, identifiée à son père, et la no 2 comme inconsciente, redoutable ... ne se manifestant que par moments mais toujours à l'improviste et faisant peur. Cette dualité entraîne des répercussions sur de nombreux aspects de la vie de Jung, expliquant son comportement dans ses relations avec les femmes ou avec ses collègues masculins par la suite ainsi que son intérêt pour le paranormal.
Dans Ma Vie, Jung parle de son mythe personnel. Il se plaît à rappeler qu'il remonte par parenté à Goethe ; son grand-père paternel et homonyme, Karl Gustav Jung, affirme en effet être le fils illégitime du poète allemand. Chirurgien d'avant-garde, franc-maçon, ce grand-père a été recteur de l'université de Bâle et titulaire d'une chaire d'anatomie. Il a aussi été le fondateur d'un établissement pour les enfants handicapés mentaux : la Fondation de l'espérance, Zur Hoffnung, en 1857. Très moderne, il a écrit un article préfigurant la psychothérapie, en y parlant de la dimension psychologique de la médecine. Le père de Carl Gustav, Paul Jung, se consacre lui au sacerdoce et devient pasteur de campagne et aumônier de l'hôpital psychiatrique de Friedmatt, à Bâle.
Sa mère Émilie, née Preiswerk, est originaire de Nürtingen et appartient à une fratrie de douze enfants. Elle descend de protestants français établis en Allemagne après la révocation de l'édit de Nantes. C'est une femme passionnée d'occultisme, ce qui explique l'intérêt de Carl Gustav pour ces phénomènes au cours de sa carrière. Deirdre Bair rapporte plusieurs épisodes étranges vécus par Jung auprès de sa mère, qui se passionne pour les tables tournantes et pour le dialogue avec l'au-delà. Jeune homme, Carl Gustav participe lui-même à des séances de spiritisme. Il fera du spiritisme le sujet de sa thèse de médecine et, devenu psychiatre, sera même l'initiateur de plusieurs séances.

Enfance et adolescence

Portrait de Goethe, dont Jung est un grand lecteur et dont une légende familiale dit qu'il serait l'arrière-petit-fils du côté paternel.
Enfant introverti et solitaire, Jung est très tôt témoin de scènes violentes ou macabres, en rapport avec le métier de pasteur exercé par son père. Il raconte par exemple avoir été fasciné par le sang s'écoulant de cadavres de noyés. Sa mère dépressive fait des séjours fréquents et prolongés en maison de repos, ce qui nourrit la culpabilité de l'enfant et ébranle sa confiance envers le sexe féminin. Souvent livré à lui-même, Carl Gustav est de fait éduqué par ses servantes. Il ne pouvait compter que sur son imagination pour se distraire et il avait fréquemment recours aux rêves et aux songes pour inventer des jeux et des rituels secrets auxquels lui seul pouvait participer explique Deirdre Bair. Le jeune Jung se passionne pour les romans de chevalerie, les traités de théologie et surtout les textes fondateurs de la religion catholique et de la littérature que contient la bibliothèque paternelle. À l'âge de quatre ans, il apprend le latin, dont il se plaît par la suite, durant sa scolarité, à parsemer ses devoirs.
Son attitude renfermée lui vaut d'être stigmatisé comme un monstre asocial selon le mot de son ami d'enfance Albert Oeri, mais elle lui permet de se concentrer sur sa vie intérieure. Ses rêves à cette époque ont souvent des contenus macabres ou sexuels. Le rêve dit du phallus notamment, première confrontation pour lui avec le complexe du Soi, est pour Jung un message destiné au monde … parvenu avec une force écrasante... Et de là émergea son œuvre scientifique.
Son enfance est marquée par une peur des églises et des curés en soutane, consécutive à une chute dans une église au cours de laquelle il s'était blessé au menton. Assimilant sa blessure à une punition pour sa curiosité, il amalgame ce souvenir négatif à une peur secrète du sang, des chutes et des Jésuites dit-il dans Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées. Bagarreur et agressif, il est constamment puni par ses professeurs, parfois injustement : il garde le souvenir traumatisant d'avoir été accusé à tort d'avoir copié une composition d'allemand. Ses camarades de classe le surnomment, en raison de sa vaste culture personnelle, le patriarche Abraham.
Son père est ensuite affecté comme aumônier à la clinique psychiatrique universitaire de Bâle, car à cette époque, en Suisse, les pasteurs sont tenus d'avoir une activité complémentaire. Carl Gustav découvre alors secrètement les lectures de son père sur les maladies mentales. Il est sujet, à cette époque, à de nombreuses syncopes inexpliquées qui perturbent sa vie quotidienne, au point que son père l'envoie chez son frère, Ernst Jung. Carl Gustav Jung raconte que, ayant entendu ses parents parler de son cas et de son incurabilité, le jeune homme réussit, par la seule force de sa volonté, à surmonter une autre crise. Cet épisode l'initie à la notion de névrose. Dès lors, il intensifie ses lectures, et montre un profond intérêt pour les essais de philosophes comme Hartmann, Nietzsche (notamment Ainsi parlait Zarathoustra, mais aussi pour le sociologue Bachofen, ainsi que pour Goethe qu'il admire. Il lit également Schopenhauer et Kant, Hölderlin et les légendes du Graal qu'il connaît par cœur. Tous les mythes – de tous les pays et de toutes les cultures – devinrent ses thèmes de prédilection explique Deirdre Bair.
De cette époque, il garde une certaine déception concernant la manière avec laquelle son père aborde le sujet de la foi. Un rêve déterminant témoigne alors de sa relation au religieux : il voit Dieu déféquer sur une église. Cette image le marque à vie et explique, selon lui, sa recherche d'une spiritualité fondée avant tout sur l'homme dans son entier. Pourtant, pour son entourage, il va de soi que Carl Gustav Jung serait un jour ministre du culte. Mais, en raison des problèmes financiers de ses parents, il décide, par opportunisme » dit-il, de s'orienter vers la médecine, décision renforcée par la mort de son père, décédé brutalement d'un cancer le 28 janvier 1896 et qui l'intronise de fait responsable de la famille.

Études et rencontres formatrices

Jung s'inscrit en 1895 à la faculté de médecine de l'université de Bâle où il étudie durant les deux premières années l'anatomie et la physiologie, deux matières qui ont pour lui un attrait particulier. Mais l'anthropologie et surtout l'archéologie l'intéressent encore davantage. Stimulé par le milieu universitaire, l'étudiant introverti s'épanouit progressivement. Mais sa famille, faute de moyens, le presse d'abandonner la médecine et de se tourner vers un métier plus rapidement rémunérateur. Jung, pour ne pas renoncer à son ambition, contracte alors un accord avec son oncle Ernst Jung, par lequel celui-ci lui prête de l'argent à intervalles réguliers jusqu'à l'obtention du titre universitaire de privat-Dozent.
Durant ses années d'études, Jung donne cinq conférences auprès de la Zofingiaverein, une fraternité d'étudiants fondée en 1820. Jung en est membre et secrétaire à la section de Bâle. Ses conférences dévoilent sa parfaite assimilation de la pensée kantienne et particulièrement des textes Les rêves d'un visionnaire qui propose une critique des thèses de Emmanuel Swedenborg, Critique de la raison pure et Critique de la raison pratique, lesquels ont profondément influencé son système de pensée, selon Luigi Aurigemma. Jung suit les cours de Ludwig Wille 1834–1912 puis il obtient son diplôme le 28 septembre 1900.
Vers la fin de ses études, devant choisir une spécialité, ses lectures de Krafft-Ebing et de son livre fondateur de la sexologie, Psychopathia Sexualis 1886, le convainquent d'opter pour la médecine psychiatrique. Néanmoins ce sont peut-être deux phénomènes occultes d'alors qui orientent son choix, la psychiatrie ne s'intéressant alors pas du tout aux phénomènes dits occultes. La thèse de doctorat choisie par Jung porte en effet sur le cas d'une jeune médium, Hélène Preiswerk 1880–1911. Cet intérêt pour ce domaine méprisé est conforté par des lectures d'ouvrages spirites tels que ceux de Johann Zöllner, de Crookes ou de Swedenborg.
Jung exerce parallèlement comme généraliste un temps dans le village de Männedorf, près du lac de Zurich, ne pouvant être psychiatre qu'une fois sa thèse validée. Il fait ainsi sa première conférence, en novembre 1896, à la société de Zofingue sur, Les frontières des sciences exactes. Cependant, son attrait pour la théologie est toujours vivace ; il donne une autre conférence sur le théologien Albrecht Ritschl qui dénie la dimension mystique dans la religion. La lecture de la Vie de Jésus de Renan amorce son intérêt pour le personnage historique de Jésus. À côté de ses activités scientifiques, il participe toujours à des séances de spiritisme organisées par la société de Zofingue et qui constituent la matière première pour sa thèse, consacrée aux phénomènes dits occultes. En juin 1895, il étudie le phénomène des tables tournantes au sein même de sa famille, observant le cas de sa cousine Helly, reconnue comme médium et rassemblant des matériaux qu'il utilisera durant toute sa carrière.

Le Burghölzli Débuts

La clinique psychiatrique universitaire de Zurich, dit le Burghölzli, vers 1890.
Désireux de continuer sa thèse tout en pratiquant la psychiatrie, Jung s'inscrit à l'université de Zurich en 1900. Il est engagé par Eugen Bleuler comme second assistant psychiatre à la clinique psychiatrique universitaire surnommée le Burghölzli, considérée à l'époque comme un établissement d'avant-garde. Des difficultés financières l'incitent à s'absorber dans son travail, à tel point qu'il ne quitte pas l'institut pendant les six premiers mois. Devenant rapidement un objet de méfiance de la part de ses collègues, Jung se retranche dans les lectures : il entreprend de lire la totalité des cinquante volumes de la prestigieuse revue Allgemeine Zeitschrift für Psychiatrie, fondée en 1836, afin de parfaire ses connaissances. Eugen Bleuler se montre intéressé par les recherches de Jung sur le cas de sa cousine Helly mais ne donne à son élève aucune orientation dans son travail. Jung accorde dans sa thèse une large part aux étrangetés psychiatriques observées chez les médiums et à l'étude des phénomènes de conscience modifiée comme la cryptomnésie dont Nietzsche a fait l'expérience. Pour le besoin de ses recherches, il entretient des liens épistolaires avec la sœur du philosophe, Elisabeth Förster-Nietzsche. Parallèlement, il effectue son service militaire et en sort en 1901 avec le grade de lieutenant de l'armée suisse.
Sa thèse achevée, Jung collabore, de 1901 à 1904, avec son cousin Franz Riklin, à la mise au point de la méthode dite des associations de mots ou associations verbales. Avec Franz Riklin, Jung observe que les patients confrontés à des mots liés à un vécu personnel douloureux ont des temps de réaction variables. Les deux chercheurs proposent le terme de complexe gefühlsbetonte Komplexe pour désigner ces fragments psychiques à forte charge affective, séparés du conscient et constitués d'un élément central et d'un grand nombre d'associations secondaires constellées. Pour améliorer les résultats de la méthode des associations verbales, Jung met au point un modèle de galvanomètrenommé plus tard le psycho-galvanomètre permettant l'enregistrement de la réponse électrodermique du sujet aux mots inducteurs selon les effets galvaniques », en même temps que d'autres phénomènes végétatifs comme le rythme respiratoire, le pouls et la transpiration. Leurs travaux sont publiés sous le titre de Diagnostische Assoziationsstudien, préfacé par Eugen Bleuler.
Le 14 février 1903, il épouse Emma Rauschenbach, avec qui il aura cinq enfants. Emma est issue d'une famille aisée de fabricants de montres du canton de Schaffhouse, ce qui met dès lors Jung à l'abri des soucis financiers. Leur relation conjugale est cependant troublée par les infidélités de Jung dont la plus connue est sa liaison avec une de ses anciennes patientes, elle-même devenue analyste par la suite, Toni Wolff, et avec laquelle il entretient durant des années une relation intellectuelle fertile.
À la même époque, Jung se penche sur le phénomène du somnambulisme médiumnique, après avoir lu l'ouvrage du Genevois Théodore Flournoy consacré à ce sujet, Des Indes à la planète Mars. En 1902, le jeune psychiatre prend un congé sabbatique pour approfondir ses connaissances dans ce domaine. Il passe l'hiver 1902–1903, d'abord à Paris où il assiste aux cours de Pierre Janet au Collège de France, participe aux activités de son laboratoire à la Salpêtrière, et prend part aux travaux du laboratoire d'Alfred Binet à la Sorbonne puis à Londres. À son retour en 1904, Jung est nommé professeur adjoint à l'université de Zurich et le jeune couple emménage non loin du Burghölzli. Carl Gustav travaillant toujours davantage, les Jung n'ont pas de vie sociale. La même année naît leur première fille, Agathe Regina. À partir de ce moment, Emma Jung se consacre au foyer, délaissant ses propres travaux de recherche sur la symbolique de la légende du Graal.

Confirmation

Au Bürghölzi, Jung continue ses recherches sur les complexes, s'efforçant de trouver dans l'esprit de chacun l'intrus responsable du blocage de la libido, une problématique souvent attribuée à Freud seul, et dont l'influence devient dès lors déterminante. Jung a en effet lu L'Interprétation des rêves paru en 1900 et sa thèse recèle des références au fondateur de la psychanalyse qui, à son tour, considère les recherches de Jung et de Riklin comme étant des constatations a posteriori des siennes. La théorie de la névrose et du refoulement lui fournit les outils conceptuels pour continuer ses recherches, même s'il ne partage pas l'opinion de Freud sur l'origine traumatique des refoulements névrotiques. La psychanalyse l'attire toujours davantage, et peu à peu, les deux hommes s'écrivent. Jung se confie à Freud dès le début. Dans une lettre du 23 octobre 1906, la deuxième de leur correspondance, Jung expose le cas d'une de ses patientes en analyse, Sabina Spielrein, hospitalisée pour des crises d'hystérie, sans toutefois mentionner son nom, ni, surtout, lui révéler qu'elle est devenue sa maîtresse. Alors que leur liaison est à son apogée, vers 1908–1909, une lettre anonyme informe les parents de Sabina de la situation : ils exigent dès lors que Jung y mette fin. Le 7 mars 1909, pris de panique, il avoue à Freud avoir une liaison avec une patiente qu'il a autrefois sauvée d'une très difficile névrose et qui maintenant menace de déclencher un scandale. Freud minimise la gravité de l'affaire. Jung ayant compris que c'est sa femme et non Sabina Spielrein qui a ébruité le secret, il écrit le 21 juin à son mentor Freud : Ma façon d'agir était une muflerie dictée par la peur, et je ne vous l'avoue guère volontiers, à vous que je considère comme mon père.
Lorsqu'en 1905, Jung accède à la Chaire de psychiatrie de l'université de Zurich, il a déjà avec Franz Riklin publié deux volumes sur les associations verbales. Mais la même année Franz Riklin quitte Zurich et Jung fait alors appel à d'autres médecins pour continuer ses recherches : Karl Abraham, Alphonse Maeder, Hans Maier et Emma Fürst. Ses premiers cours portent sur la signification psychopathologique des expériences d'associations. Dès lors, Jung commence à acquérir une solide réputation, recevant la visite de plusieurs collègues étrangers. Le succès de son psycho-galvanomètre le conduit à accepter également le poste d'expert-psychiatre auprès des tribunaux du canton de Zurich : l'examen des témoignages en justice selon ses méthodes permet en effet la résolution d'affaires difficiles, notamment pour détecter une voleuse parmi trois infirmières. Hugo Münsterberg, professeur de psychologie à Harvard utilise lui aussi ses expériences d'associations de mots en milieu judiciaire en s'en attribuant la primauté. Lorsque Jung apprend ce détournement, il exige et obtient de Munsterberg des excuses publique
Le galvanomètre mis au point et utilisé par Jung au Burghölzli pour enregistrer la réponse électrodermale aux mots de l'inducteur. Les plans sont de la main de Jung.
Dans les années 1900, l'enseignement universitaire de Jung devient très populaire en raison de sa diversité et de ses qualités didactiques. Jung aborde en effet des thèmes aussi divers que l'hypnose ou le processus de création chez les écrivains tels Conrad Ferdinand Meyer, autre personnalité de Zurich ou chez les musiciens avec Robert Schumann. Ses cours sont fréquentés par des femmes de la bourgeoisie surtout zurichoise, que ses détracteurs surnomment les Zürichberg Pelzmäntel, les manteaux de fourrure des beaux quartiers de Zurich, qui lui font une renommée locale de magicien en même temps que Sabina Spielrein rend publique leur liaison adultérine.
En 1906, malgré la réticence de Bleuler, Jung est nommé Oberarzt, médecin adjoint, et doit alors assumer des tâches administratives. Ses détracteurs fustigent son manque de considération pour ses patients qui ne sont pour lui que des matériaux de travail. La brouille avec Bleuler s'exacerbe en 1906, lorsque Jung décide d'entrer en contact avec Freud, alors persona non grata dans le monde universitaire et clinique, même si les deux hommes ne se rencontrent qu'en 1907. Son implication active dans la psychanalyse naissante débute alors. Lucide, Jung est conscient des risques qu'il prend : Quand j'ai commencé avec Freud, je savais que je risquais ma carrière »D 8 explique-t-il. En 1906, il publie, en se référant abondamment à Freud, ses Études diagnostiques sur les associations, qui font la synthèse de ses recherches depuis son entrée au Burghölzli. Il donne en même temps des cours sur l'hystérie, l'hypnose et la démence précoce. Concernant l'hypnose, à l'instar de Freud, et bien que Jung lui doive ses premiers succès, avec le cas d'une femme venue le consulter et présentant une paralysie hystérique d'une jambe il considère qu'elle appartient au phénomène du transfert et en abandonne donc la pratique.
La correspondance entre Freud et Jung est alors intense et dure jusqu'en 1914, date de leur rupture officielle. Jung a toujours manifesté une grande émotion en évoquant Freud, en dépit de leurs différences d'âge, Freud a alors cinquante ans, Jung trente-et-un an. Peu après, Bleuler rejoint le mouvement psychanalytique, faisant de Zurich, après Vienne, le second pôle acquis aux théories de Freud. Pourtant, dès ses débuts, la divergence qui conduit les deux hommes à la rupture existe déjà de manière latente. Dans un article défendant Freud contre son détracteur Gustav Aschaffenburg, Jung se montre en effet peu enclin à admettre le fondement sexuel de l'hystérie et il écrit plus tard à Freud qu'un grand nombre de cas ont une origine sexuelle, mais pas la totalité. Le rythme de la correspondance entre les deux hommes témoigne également de leur différence : Freud répond le jour même aux questions de Jung alors que celui-ci attend plusieurs jours voire des semaines avant d'envoyer sa réponse, étant toujours accaparé par des tâches administratives ou des travaux de recherche.

Relation avec Sigmund Freud Rencontre et amitié

En septembre 1909, lors de la série de conférence faite à la Clark University, à Worcester, Massachusetts. De gauche à droite en bas Sigmund Freud, G. Stanley Hall, C. G. Jung ; derrière : Abraham A. Brill, Ernest Jones, Sandor Ferenczi.
En 1906, Jung publie sa Psychologie de la démence précocen un ouvrage dans lequel il soutient, à l'encontre de l'opinion de Bleuler, l'hypothèse de l'origine neurotoxique de la démence précoce. Il fait parvenir un exemplaire de son livre à Freud qui l'accueille favorablement. Les propos de Jung en faveur de la psychanalyse provoquent l'enthousiasme de Freud qui cherche alors à établir une relation plus soutenue. Il s'ensuit une amitié intense mais conflictuelle, selon le mot de Freud, car ce dernier remarque vite chez son correspondant des propos équivoques et une absence d'adhésion totale à ses vues. Freud néanmoins évite de relever les points de désaccord, conscient de l'intérêt stratégique de l'école de Zurich pour le développement de la psychanalyse naissante en Europe. Dans une lettre datée du 29 décembre 1906, Jung analyse la nature de leurs divergences, énumérant cinq points polémiques. Linda Donn, dans Freud et Jung. De l'amitié à la rupture, voit dans cette lettre le point de départ de la querelle entre les deux hommes.
C'est également à cette époque que les relations entre Jung et Eugène Bleuler se détériorent définitivement. Emma Jung suggère alors à son mari de quitter le Burghölzli pour ouvrir un cabinet et acquérir sa propre clientèle. Pour éviter de rendre publics leurs différends, Jung et Bleuler se mettent d'accord pour ne pas précipiter le départ du jeune psychiatre. Cette ambiance conflictuelle ne l'empêche pas de continuer ses recherches sur les associations, qu'il expérimente aussi sur lui-même, avec l'assistance du médecin Ludwig Binswanger. En 1907, Jung décide de s'éloigner de Bleuler, en allant rendre visite à Freud à Vienne. Il réalise alors son intronisation à la psychanalyse ; ce faisant, il est comme le trait d'union entre ses deux maîtres, Bleuler et Freud. Les deux hommes se rencontrent le dimanche 3 mars 1907, chez Freud, en famille. La relation avec l'homme de Vienne se consolide durant l'année 1907 et cette rencontre avec le père de la psychanalyse, de 19 ans son aîné est pour Jung déterminante. Les deux hommes échangent près de 360 lettres en l'espace de huit ans. Intégrant les postulats de la psychanalyse, Jung n'en demeure pas moins sceptique sur divers points. Il écrit par exemple : Un coup d'œil superficiel sur mon travail suffit pour voir ce que je dois aux géniales conceptions de Freud. Je puis assurer qu'au départ, j'ai passé en revue toutes les objections qui ont été lancées par les spécialistes contre Freud. Mais je me suis dit qu'on ne pouvait réfuter Freud qu'à condition d'avoir soi-même utilisé souvent la méthode psychanalytique et d'avoir vraiment fait des recherches de la même manière que Freud, c'est-à-dire en considérant la vie quotidienne, l'hystérie et le rêve de son point de vue, sur une longue période et avec patience. Si on ne peut pas le faire, on n'a pas le droit de porter un jugement sur Freud à moins de vouloir agir comme ces fameux hommes de science qui refusaient de regarder à travers la lunette de Galilée. D'emblée, Freud le désigne comme son fils et héritier scientifique, comme son dauphin selon l'expression d'un de ses biographes, Ernest Jones, qui a suivi la relation des deux hommes. En 1910, Freud écrit en parlant de Jung : Je suis plus que jamais convaincu qu'il est l'homme de demain alors qu'Ernest Jones dit de lui qu'il avait cru trouver en Jung son successeur direct, le seul apte à soustraire la psychanalyse au danger de devenir une affaire nationale juive, en effet la quasi-totalité des membres de l'entourage de Freud étaient juifs comme lui. S'ensuivent treize heures de discussions intenses qui se terminent sur une polémique. Jung veut en effet connaître l'opinion de Freud sur les phénomènes parapsychologiques. Freud dénigre cet intérêt pour un sujet qu'il considère comme appartenant au folklore. Cependant, alors qu'ils argumentent, un bruit de craquement se fait entendre à deux reprises dans la bibliothèque. Jung y voit une manifestation parapsychologique, ce qui terrifie Freud et lui inspire dès lors une certaine méfiance envers Jung. Plus tard, celui-ci y voit une manifestation de la synchronicité. Jung a l'intuition dès ce moment qu'il doit exister un complexe tout à fait particulier, universel et en rapport avec les tendances prospectives des hommes. Selon Linda Donn Jung avait franchi un pas hors de l'orbite de Freud et avait perçu quelque chose de ses propres possibilités créatrices. L'entrevue se termine sur une supplique solennelle de l'homme de Vienne, racontée par Jung lui-même : J'ai encore un vif souvenir de Freud me disant : 'Mon cher Jung, promettez-moi de ne jamais abandonner la théorie sexuelle. C'est le plus essentiel ! Voyez-vous, nous devons en faire un dogme, un bastion inébranlable.' Il me disait cela plein de passion et sur le ton d'un père disant : 'Promets-moi une chose, mon fils : va tous les dimanches à l'église !' Quelque peu étonné, je lui demandai : 'Un bastion - contre quoi ?' Il me répondit : 'Contre le flot de vase noir de ...' Ici il hésita un moment pour ajouter : '... de l'occultisme !' Ce qui m'alarma d'abord, c'était le 'bastion' et le 'dogme' ; un dogme c'est-à-dire une profession de foi indiscutable, on ne l'impose que là où l'on veut une fois pour toutes écraser un doute. Cela n'a plus rien d'un jugement scientifique, mais relève uniquement d'une volonté personnelle de puissance. Ce choc frappa au coeur notre amitié. Pour Jung, ce comportement démontre la névrose de Freud, son ambition de se comporter en patriarche de la psychanalyse, et prouve son matérialisme scientifique qui est à la source de leur rupture à venir, en 1914. Cependant, en dehors de ces divergences, la communion est totale à l'issue de cette première rencontre et il s'établit dès ce moment un pacte d'amitié entre les deux hommes. Selon Linda Donn, Freud et Jung essaieraient ensemble de dévoiler les mystères de la psyché et défieraient l'ordre psychiatrique établi.

Psychanalyse et reconnaissance

Peu après cette visite, Jung devient membre de la Société psychanalytique de Vienne qui vient d'être fondée en 1908 et qui réunit tous les partisans de Freud. Il révèle également un de ses rêves à Freud que ce dernier interprète comme antisémite et qui constitue pour nombre de ses détracteurs un des premiers éléments à l'origine de sa dissidence d'avec Freud. La même année, Jung décide de créer son propre cabinet d'analyse. Il fait construire à cet effet une solide bâtisse, à Küsnacht, en bordure du lac. Il en dessine lui-même les plans et confie la réalisation à son cousin architecte, Ernst Fiecher. Il souhaite avant tout une maison inspirant la sécurité pour favoriser le développement de sa vie intérieure et fait graver au-dessus de l'entrée un adage d'Érasme symbolisant sa pensée : Vocatus atque non vocatus, Deus aderit, qui signifie : Qu'on l'invoque ou non, Dieu sera présent.
Au printemps 1908, Jung organise à Salzbourg le premier congrès international de psychanalyse. C'est au cours de ce congrès qu'est créée une revue spécialisée, destinée à faire le lien entre Vienne et Zurich, la Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen, Annales de recherches psychanalytiques et psychopathologiques, abrégée en Jahrbuch, éditée chez Deuticke, à Vienne et à Leipzig. Bleuler, Freud et Jung en sont les directeurs. Jung participe ensuite à la création d'une société suisse de recherches freudiennes, réunissant psychiatres et médecins. Sa proximité avec Freud s'accroît encore lorsqu'il donne une conférence au vif succès intitulée L'importance de la théorie de Freud en neurologie et en psychiatrie. En 1909, le premier numéro de la revue est édité ; Jung en est alors le rédacteur en chef. Sa notoriété internationale permet à cette revue naissante de toucher rapidement nombre de scientifiques, en particulier aux États-Unis, grâce à ses recherches sur les associations surtout. Alors que Freud souhaite que Jung mette toute son énergie et son temps dans la promotion de la psychanalyse, le psychiatre suisse nourrit d'autres préoccupations, notamment pour les phénomènes occultes. Il est ainsi élu membre honoraire de la Société américaine de recherches psychiques pour ses mérites comme occultiste .
Jung travaille alors au cas d'Emil Schwyzer, dit l'homme au soleil phallique, interné au Burghölzli, où Jung continue ses travaux de recherche. Il souhaite faire de Schwyzer le cas exemplaire d'une nouvelle théorie de la démence précoce. Un autre cas pathologique, celui d'Otto Gross, fils d'Hans Gross, un célèbre magistrat autrichien lui permet d'appliquer sa théorie des types psychologiques qu'il présente la première fois dans un article de la Jahrbuch intitulé De l'influence du père sur la destinée de ses enfants. Cet article mentionne aussi la possibilité d'un inconscient collectif, une théorie en germe dès 1908 et s'appuyant sur le cas Schwyzer, voir infra. Jung a psychanalysé Otto Gross en deux semaines ce qui fait dire à Freud qu'il est étonné du rythme juvénile de son collègue zurichois et d'ajouter qu'avec lui, à Vienne, le traitement aurait été plus long. Gross s'est ensuite enfui du Burghölzli, ce qui fait de ce traitement un échec dont Jung s'explique longuement dans une lettre à Freud datée du 26 juin 1908.
Parallèlement, sa relation avec Sabina Spielrein tourne en un cercle vicieux dont Jung peine à sortir. Spielrein correspond également avec Freud, lui donnant sa version de sa relation. Jung se défend alors en disant que Spielrein a transféré sur lui la figure du sauveur et de l'amant. Néanmoins il n'accepte pas de parler de relation adultérine lorsque Freud lui demande de s'expliquer. Voici ce qu'il écrit à Freud en guise de justification : S. Spielrein est précisément la personne dont je vous ai parlé … Elle a été pour moi mon cas psychanalytique d'apprentissage, et c'est pourquoi je lui ai gardé une reconnaissance et une affection particulières.
À son cabinet privé, Jung se fait connaître en soignant l'Américain fortuné Joseph Medill McCormick, fils du magnat de la presse de Chicago. Dès lors, son cabinet ne cesse d'accueillir des Américains impressionnés par ses théories et sa cure. Il se rend donc aux États-Unis, accompagnant Freud, Sándor Ferenczi, présenté à Freud par Jung et Ernest Jones, pour une série de conférences à l'université Clark à Worcester, Massachusetts, invité par son président G. Stanley Hall. Les deux hommes se voient honorés du titre de LL. D. docteur des deux droits. C'est durant cette période que Freud désigne explicitement Jung comme son successeur et prince héritier. Freud se méfie des États-Unis, incapables pour lui d'accueillir la psychanalyse. La notoriété de Jung dans ce pays accroît encore sa méfiance. Pour Jung, la méfiance de Freud s'explique par des motifs personnels : Au cours de toutes ces années où nous fûmes si proches, il n'y eut que des projections » explique-t-il dans Ma Vie. Réfractaire donc, Freud ne se sent pas à l'aise et, lors de leur retour, sur le port, le médecin viennois défèque dans son pantalon. Secouru par Jung, celui-ci lui dit vouloir l'analyser. Freud refuse, arguant ne pas vouloir risquer son autorité. Cet épisode accroît davantage la mésentente entre les deux hommes. Reclus dans sa chambre d'hôtel, Freud ne voit rien des États-Unis alors que Jung, enjoué, rencontre Stanley Hall, William Stern, Albert Michelson, Franz Boas l'anthropologue, Adolf Meyer, Ernst Neumann, John Dewey et Wilhelm Wundt ; il développe donc ses relations outre-Atlantique. Avec William James, qu'il rencontre lors d'une conférence à l'université Clark, Jung s'entretient à propos des phénomènes parapsychologiques et de leur volonté commune d'œuvrer dans leur étude, en vain puisque James meurt en 1910.

L'inconscient collectif et la contribution de Honneger :

Inconscient collectif et Joahann Jakob Honneger.

Sous l'autorité de Jung depuis son entrée au Burghölzli en 1909, un jeune psychiatre en formation, Johann Jakob Honneger 1885–1911, se passionne pour la psychanalyse. Jung lui donne alors à étudier le cas d'Emil Schwyzer, pensionnaire de la clinique zurichoise depuis 1901. Un délire de ce patient intéresse particulièrement Jung : Schwyzer y voit le soleil comme un astre sexué, possédant un phallus dont le mouvement érotique produit le vent. Très vite, Honneger et Jung y reconnaissent l'expression de mythes inconnus du patient, comme celui lié à la liturgie de Mithra.
Un rêve de Jung l'oriente alors vers le concept d'archétype, qu'il développe formellement à partir de 1911, dans l'ouvrage fondateur de la psychologie analytique, Métamorphoses et symboles de la libido qui traite des images mythologiques dans les rêves et les hallucinations. Jung demande à Honneger de recueillir le maximum de renseignements cliniques de ce patient, dont l'observation est ensuite utilisée par le jeune assistant pour rédiger sa thèse de psychiatrie. Entrevoyant l'importance de ses découvertes, Jung impose à Honneger un rythme de travail extrême, à tel point que l'étudiant sera plus tard considéré par certains critiques de Jung comme le véritable découvreur du concept d'inconscient collectif : l'appropriation des travaux d'Honneger par Jung est par exemple un thème central dans la rhétorique de Richard Noll, son principal détracteur. Cependant, la théorie culturelle de Jung a précédé les conclusions d'Honneger puisqu'elle est déjà formulée dans une lettre adressée à Freud, dans laquelle Jung résume sa position en ces termes : Nous ne résoudrons pas le fond de la névrose et de la psychose sans la mythologie et l'histoire des civilisations
En 1910, dans une conférence intitulée « La formation du délire paranoïaque » donnée à Nuremberg, Honneger expose ses propres conclusions relatives au cas de Schwyzer. Mais souffrant de dépression, il se suicide l'année suivante, en mars 1911 et Jung récupère les notes de son élève pour terminer son travail. Ces documents ayant par la suite disparu, Jung a été accusé d'avoir repris à son propre compte le travail de Honneger. C'est cependant lui qui avait orienté son jeune assistant vers des ouvrages lui permettant de comprendre le cas Schwyzer. Pour Deirdre Bair, il n'existe aucun document permettant d'élucider cette question, et l'on en est réduit aux conjectures. Il reste certain que Jung s'est penché sur le cas d'Emil Schwyzer dès 1901.

Rupture avec Freud Mésententes et divergences

En 1911, Jung commence sa relation adultérine avec Toni Wolff, qui le fascine notamment parce qu'elle est férue de mythologie. Jung entretient alors une relation triangulaire avec elle et sa femme. Pour Deirdre Bair, Toni Wolff devint la première d'une longue série de femmes qui gravitèrent autour de Jung parce qu'il leur permettait de mettre leurs intérêts et leurs capacités intellectuelles au service de la psychologie analytique. Cette année-là, la psychanalyse a acquis une renommée mondiale, grâce notamment au Congrès de Weimar. Parallèlement Jung consacre de moins en moins de temps à éditer les Jahrbuch ; selon le biographe de Freud, Ernest Jones, la dégradation de leur relation commence réellement en 1911, au congrès de Weimar et à la fondation de la Société Internationale de Psychanalyse, mais elle ne porte pas sur le concept de libido ou sur l'utilisation des mythes comme souvent on a pu le penser. Selon Jones, le problème vient plutôt de ce que Jung était si absorbé dans ses recherches, que celles-ci nuisaient gravement à ses obligations de président de l'Association psychanalytique internationale. La critique de Freud porte sur le fait que Jung s'appuie sur trop de sources extérieures, du domaine religieux ou mythologique. Jung réplique en expliquant qu'il trouve trop inquiétant de laisser de côté de larges domaines du savoir humain. La méthode dite circulaire de Jung, qui revient sans cesse sur ses écrits antérieurs, dérange également Freud. Jung est par ailleurs de plus en plus accaparé par des tâches administratives, trouvant peu de temps pour continuer ses recherches, notamment sur l'origine de la religion. Président de la Société Internationale de Psychanalyse, rédacteur en chef des Jahrbuch, il ne peut assurer une correspondance avec Freud qui le soupçonne de vouloir créer son propre mouvement psychanalytique et d'échapper à son autorité. Le psychanalyste anglais Ernest Jones, fervent défenseur de Freud, est le premier à entrevoir la future rupture entre les deux hommes, dont les causes mêlent mésententes personnelles, divergences théoriques et conflit de caractères.
L'étude des imaginations créatrices subconscientes de Miss Miller dont le nom exact est Frank Miller lui procure les matériaux nécessaires pour développer sa théorie de l'inconscient collectif dans Métamorphoses de l'âme et ses symboles. Freud parle alors d'hérésie, ce qui précipite leur rupture. Néanmoins celle-ci fut largement consommée par ce qui a été appelé le geste de Kreuzlingen : un malentendu sur l'envoi d'une lettre entre les deux hommes, et qui disparaît, renvoyant chacun sur sa position. Deirdre Bair note que Dans les courriers échangés entre le 8 juin et la fin du mois de novembre 1912, on ne trouve plus qu'amertume, récriminations et désir de vengeance. De plus, le débat autour du concept de libido, en 1912, met le feu aux poudres, à propos du cas célèbre de Daniel Paul Schreber, auteur des Mémoires d'un névropathe. Freud y voit l'illustration de son concept exclusivement sexuel de libido, or, pour Jung : la suppression de la fonction de réalité dans la demencia praecox ne se laisse pas réduire au refoulement de la libido définie comme faim sexuelle, du moins, moi, je n'y arrive pas avoue-t-il. Freud voit donc en Jung un dissident, comme le fut Alfred Adler au début du mouvement psychanalytique ; néanmoins, contrairement à ce dernier, il considère que c'est le désir d'éliminer ce qu'il y a de choquant dans les complexes familiaux, afin de ne pas retrouver ces éléments choquants dans la religion et la morale, qui a dicté à Jung toutes les modifications qu'il a fait subir à la psychanalyse.

Vers la rupture officielle

Une série de conférences aux États-Unis, en 1912, à la Fordham University, intitulée La Théorie psychanalytique, et le livre qu'en tire Jung, Métamorphose et symboles de la libido, envenime sérieusement la situation. Jung profite de l'occasion pour expliquer en quoi ses idées diffèrent de celles de Freud. Il se grandit en prétendant avoir analysé aux États-Unis des patients noirs et même avoir rendu visite au président Theodore Roosevelt. À cela s'ajoute une fausse lettre écrite par Ernest Jones, prétendument envoyée par Jung à son père au Pays de Galles, qui discrédite l'autorité de Freud. Cela motive son bannissement officiel dès le mois d'août 1912. Dès lors, le mouvement psychanalytique se divise en deux obédiences : les partisans de Freud d'un côté, avec Karl Abraham, qui écrit une sévère critique de Jung et Ernest Jones en défenseurs de l'orthodoxie freudienne et ceux de Jung de l'autre dont Leonhard Seif, Franz Riklin, Johan Van Ophuijsen, Alphonse Maeder, entre autres.
En 1913, comme pour officialiser cette rupture, Jung présente succinctement au XVIIe Congrès international de médecine organisé à Londres, en août, sa nouvelle approche qu'il nomme la psychologie analytique, la distinguant de la psychanalyse de Freud et de la psychologie des profondeurs d'Eugène Bleuler. Jung y suggère de libérer la théorie psychanalytique de son point de vue exclusivement sexuel en se focalisant sur un nouveau point de vue énergétique se fondant sur celui développé par Henri Bergson. Jung y fait ensuite une intervention intitulée Contribution au problème des types psychologiques. Cette nouvelle typologie de la personnalité est une autre façon de se démarquer de Freud. Néanmoins, Jung est réélu pour un second mandat en tant que président de l'Association psychanalytique internationale. Cette conférence porte un coup fatal à la collaboration de Jung avec Freud, qui y voit un geste de trahison. Ainsi, la lettre de Freud du 27 octobre 1913 entérine la rupture : Votre allégation, comme quoi, je traiterais mes partisans comme des patients est évidemment fausse … Par conséquent, je propose que nous abandonnions nos relations personnelles complètement.
Les deux hommes continuent néanmoins de correspondre toute l'année 1913, mais sous le style formel de ces échanges, l'amertume est manifeste. Jung préside toujours l'Association psychanalytique internationale, et coordonne les Jahrbuch. Dans ses écrits ultérieurs, Freud considère que Jung a voulu le supplanter comme créateur de la psychanalyse. Par la suite, Jung refuse de reconnaître l'importance de la psychanalyse de Freud dans sa propre conception.
Les deux hommes ne se remettent jamais de cette rupture qui clôt une amitié certaine. Elle marque surtout deux visions différentes mais complémentaires, dans une certaine mesure, de la psyché. La cause du conflit entre Freud et Jung conditionne bien plus que l'histoire des relations entre la psychanalyse et la psychologie analytique : elle exerce une profonde influence également sur les raisons du rejet médiatique et institutionnel des théories de Jung.

Confrontation à l'inconscient

Saint Michel combattant le dragon. Jean Fouquet, livre d'heures d'Étienne Chevalier.
Notre âme, comme notre corps, est composée d'éléments qui tous ont déjà existé dans la lignée des ancêtres. Le nouveau dans l'âme individuelle est une recombinaison, variée à l'infini, de composantes extrêmement anciennes
L'année 1913 marque pour Jung un retour sur lui-même : la rupture avec Freud le confronte personnellement à une désorientation totale, à l'impression de faire un terrible saut dans l'inconnu. À cette époque, Jung dit faire face à l'inconscient, et c'est à ce moment qu'il prend conscience de son Soi/la totalité de lui-même, au travers de son travail, confrontation qui ne s'achève qu'en 1919. Pour la biographe Deirdre Bair, Tout se passa à travers des visions et des rêves qu'il était incapable de comprendre. L'interprétation de certains rêves lui donne l'idée, pour ne pas perdre sa raison, de revivre ses expériences de petit garçon afin d'en retrouver les émotions. Jung dit en effet n'avoir aucune capacité, lors de cette période, de se comporter en adulte et de mener des activités de recherche. Il démissionne alors de son poste à l'université de Zurich et se tourne vers sa famille pour savoir s'il est encore normal et pour reprendre pied dans la réalité. Il commence alors à écrire ses rêves et à construire des petits villages avec des éléments naturels afin de donner forme à ses visions, activités ponctuées par la visite de patients qu'il a le plus grand mal à écouter. J'étais sur la voie qui me menait vers mon mythe, explique-t-il plus tard. En secret, il rédige spontanément en trois nuits, dans un événement extatique, Les Sept sermons aux morts, son écrit le plus mystique dans lequel il se perçoit sous les traits du gnostique Basilide, créateur de l'abraxas. Néanmoins, la dimension hermétique de ce livre et ses conditions de rédaction, poussent Jung à ne pas en parler, craignant d'être accusé de se considérer comme un visionnaire.
Ses expériences de régression sont compilées dans Le Livre noir, intitulé peu après Le Livre rouge, qu'il garde à sa discrétion seule et qui n'est publié qu'en 2009. Sa façon de diriger la cure analytique s'en ressent ; il cherche alors chez ses patients les éléments de leurs « mythes personnels et donne là les premiers signes d'une future théorie cohérente et distincte de celle de Freud et qu'il appelle à cette époque alternativement psychologie analytique ou psychologie prospective . Durant cette période de retour sur lui, Jung continue néanmoins de travailler à la rédaction de Types psychologiques (que de nombreux spécialistes considèrent comme sa plus importante contribution au mouvement psychanalytique. Puis il démissionne de son poste aux Jahrbuch, s'accordant ainsi du temps supplémentaire à sa recherche intérieure. Celle-ci passe par une méthode inventée par Jung, qui consiste à se laisser aller aux fantasmes et visions diurnes, ce qu'il nomme l'imagination active et qu'il désigne d'abord comme fonction transcendante. Ces dernières sont également consignées dans Le Livre rouge, qui marque aussi le début de son intérêt pour le gnosticisme. Il y narre notamment la confrontation avec trois personnages imaginaires représentant des complexes inconscients projetés : Salomé, une femme, et Elie puis Philémon. Des recherches avec Toni Wolff naissent les concepts d'anima, d'animus et de persona également.
En 1914, Jung donne une série de conférences au Bedford College de Londres, puis participe à un congrès médical à Aberdeen, en Écosse. Il doit ensuite rentrer rapidement en Suisse, à la suite de la déclaration de guerre. Il occupe alors un poste de capitaine dans l'armée, puis, de 1917 à 1918, il est commandant du camp de prisonniers de guerre anglais internés à Château-d'Œx. Il exerce ensuite à Mürren.

Fondation et développements de la psychologie analytique.

Peu à peu, Jung constitue autour de lui et de sa femme Emma Jung un cercle de partisans, des couples la plupart du temps : les Maeder, les Riklin, les Sigg-Böddinghaus, Maria Moltzer et Oskar Pfister ainsi que des médecins du Burghölzli. Eugène Bleuler, réticent à l'égard de Freud, rejoint Jung et organise alors des réunions de psychologie. Jung reçoit à cette époque plusieurs fois, chez lui, le physicien Albert Einstein alors à Zurich. Parallèlement, sa clientèle augmente considérablement et il en tire de formidables revenus. Nombre de ses clients fortunés sont alors américains. Il est ainsi l'analyste de David et Edith Eder qui deviennent ses premiers traducteurs en anglais et il fait la connaissance d'Edith Rockefeller qui le consulte pour une dépression nerveuse. Ses patients comptent nombre de célébrités de l'époque également : la directrice de l'école de danse Suzanne Perrottet, le maître de ballet de l'opéra de Berlin Max Pfister. À cette époque, Zurich devient le berceau de la psychologie analytique. Jung et ses partisans fondent donc le Club psychologique de Zurich qui réunit des personnes différentes, devenant, sous le succès des ralliements, l'Association de psychologie analytique et dont Jung est le premier président en 1916. Cette association a pour but avoué de promouvoir les théories de Jung et rassemble la plupart des analystes zurichois qui ont rompu avec Freud, parmi lesquels : Franz Riklin, Alphonse Maeder, Adolf Keller, Emma Jung, Toni Wolff, Hans Trüb, médecin et psychanalyste du Burghölzli qui devient le psychanalyste d'Emma Jung et Herbert Oczeret. Jung réunit également chez lui des sommités du monde intellectuel comme le chimiste Eduard Fierz, ainsi que le mystique juif Siegmund Hurwitz.
Le Club de psychologie analytique organise dès 1916 des conférences ; la première est intitulée L'individu et la société et a pour but de présenter et de vulgariser les thèses de Jung. La question des types psychologiques entraîne cependant des dissidences au sein du club. Jung travaille alors lui-même avec l'analyste bâlois Hans Schmid qui l'aide à définir les fonctions psychiques mais leur collaboration cesse en 1915, après une brouille théorique relative à l'individuation et surtout aux types supplémentaires ajoutés par Jung du conscient et de l'inconscient. Ce dernier reprend ensuite sa correspondance avec Sabina Spielrein devenue psychanalyste et restée fidèle à Freud, s'axant principalement sur le thème des types psychologiques. Il publie par la suite son ouvrage de synthèse en la matière, Types psychologiques, en 1921 dans lequel il y définit plusieurs concepts capitaux de sa théorie : les types introvertis et extravertis d'une part, les quatre fonctions psychiques de l'autre, le modèle aboutissant donc à huit types psychologiques possibles. Freud lit alors l'ouvrage et le déclare comme étant le travail d'un snob et d'un mystique. Pour Jung, cette approche pose les fondements de son cadre théorique, le poussant vers la philosophie, la théologie, l'art, la chiromancie, l'astrologie. Par ailleurs, il offre, selon lui un système de comparaison et d'orientation rendant possible … une psychologie critique. À ce moment-là de sa vie, il est considéré comme le seul théoricien analytique capable de rivaliser avec Freud.
Jung a comme patient entre 1921 et 1922, l'écrivain Hermann Hesse qui vient le consulter pour dépression nerveuse. En effet, la mort de son père et la maladie de sa femme et de son fils le poussent à décompenser. Il consulte d'abord chez J. B. Lang, élève de Jung, en 1916, puis est pris en charge par le psychiatre suisse. Ils se brouillent en 1934 quant à la notion de sublimation, Hesse étant du même avis que Freud. Un autre écrivain s'adresse également à Jung à cette époque : l'Irlandais James Joyce, mais le psychiatre ne peut le recevoir et l'envoie donc vers un confrère. Dépité, Joyce retourne en Irlande sans avoir rencontré Jung, trop occupé. L'auteur se moque de la psychanalyse de Jung, en mémoire de cet événement, dans son roman Finnegans Wake.
Autour de Jung, trois femmes dont deux Américaines, Kristine Mann et Eleanor Bertine et une Anglaise, Mary Esther Harding, qui fonde en 1922 le Club Psychanalytique de Londres deviennent les principales militantes de son œuvre aux États-Unis et en Angleterre. Par ailleurs, le docteur Helton Godwin Baynes traduit les œuvres de Jung en langue anglaise. Au Club de Zurich, certaines dissensions aboutissent à des départs. Oskar Pfister notamment dénonce le culte de la personnalité autour de Jung. Face à ces critiques, Jung, Emma et Toni Wolff quittent un temps le Club pour n'y revenir qu'en 1924. Cette année, Jung, que l'on surnomme alors « le sage de Zurich, fait la connaissance de l'excentrique Comte Hermann von Keyserling, fondateur de la Maison de la sagesse, Schule der Weisheit à Darmstadt, où il est souvent invité.

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Posté le : 25/07/2015 21:56
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Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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