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Louis XVI Bourbon 1
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Le 23 août 1754 naît Louis XVI à Versailles roi de France

de la maison Bourbon, mort à Paris le 21 janvier 1793, à 38 ans, roi de France et de Navarre. Il est couronné le 11 juin 1775 en la cathédrale de Reims, son prédécesseur est son grand-père Louis XV. Roi de France et de Navarre du 10 mai 1774 au 4 septembre 1791 soit 17 ans 3 mois et 25 jours. Puis roi des Français du 4 septembre 1791 au 10 août 1792 soit pendant 11 mois et 6 jour, un Conseil exécutif provisoire lui succédera dite Commune insurrectionnelle de Paris ou Convention nationale Ire République. Louis XVI est le fils du Dauphin Louis-Ferdinand de France et de Marie-Josèphe de Saxe, il est l'époux de Marie-Antoinette d'Autriche, ils ont 4 enfants : Marie-Thérèse de France, Louis-Joseph de France, Louis XVII , Sophie de France, ils résident au château de Versailles, puis seront emprisonnés au palias des Tuileries. Il est le frère aîné des futurs rois Louis XVIII et Charles X.

En bref

La personnalité de Louis XVI, dernier roi de l'Ancien Régime, se confond avec les légendes qui se sont attachées à lui : roi faible et incapable, roi-martyr, roi-serrurier... Exécuté pour des raisons politiques, il est accusé d'avoir trahi mais aussi d'avoir été simplement roi. Sa mort marque l'histoire de France durablement, parce qu'elle est liée à l'inauguration d'un nouveau régime, parce que les royalistes en portent toujours le deuil et surtout parce qu'elle illustre les contradictions de l'usage de la violence en politique. Cela est peut-être la clé explicative du destin d'un homme qui, se trouvant à la charnière de temps nouveaux, n'a pas su résoudre les contradictions entre les nécessités de réformes, le besoin de conserver des traditions, la naissance de la vie politique publique et l'abandon du système absolutiste.
Un roi déconsidéré. Petit-fils de Louis XV, devenu dauphin dès 1765, à la suite des décès successifs de son père et d'un frère aîné, il grandit dans une atmosphère familiale difficile, jalonnée de jalousies, qui renforcent les inhibitions dont il souffre. Il a du goût pour l'étude, mais peu pour les représentations sociales inhérentes au métier de roi » auquel il est mal préparé. Son mariage en 1770 avec l'archiduchesse autrichienne, Marie-Antoinette, alors qu'il a seize ans et elle quinze, met en lumière ses incapacités. Il est aussi gauche et timide qu'elle est pétulante et charmeuse. Louis XV mourant isolé et détesté de tous, leur accession au trône, en 1774, suscite la liesse populaire mais les espoirs qui se portent sur eux sont sans réels fondements et retombent vite. La vie privée de Louis XVI est à l'image de ce revirement. Souffrant d'une légère malformation, il ne consomme son mariage qu'en 1777, délai qui en fait la risée des cours d'Europe d'abord, de ses sujets ensuite, car l'embarras du roi devient vite l'objet de multiples écrits graveleux, voire carrément pornographiques. Louis n'aura été le Désiré que peu de temps, en 1774.
Père d'une fille en 1778, d'un garçon en 1781, qui meurt en juin 1789 – ce qui ne sera pas sans incidences sur la politique royale au moment des États généraux –, d'un second en 1785 – le futur Louis XVII – et d'une fille en 1786 qui meurt peu après, il vit dans une cour traversée de conflits personnels et politiques, marquée par la mort, affaiblie enfin par le jeu des coteries. Louis, présenté comme cocu impuissant, est en butte aux attaques venant de tous côtés, de ses frères d'abord, le comte de Provence et le comte d'Artois, jaloux de sa situation, des partisans d'un retour aux traditions aristocratiques tuées par ses prédécesseurs, des réformateurs qui n'obtiennent du roi que des soutiens épisodiques. Ces accusations sont aggravées par la conduite de la reine, qui vit de son côté dans le palais du Trianon, au milieu d'une cour choisie ; elle acquiert une telle réputation de frivolité, que des escrocs pourront faire croire à un prince crédule, abbé de surcroît – le cardinal de Rohan –, qu'elle se livre pour un collier 1785. Cette affaire serait ridicule si elle n'attestait du profond discrédit dans lequel le couple royal est tombé à partir de 1785. La ligne de conduite politique du roi n'est guère mieux comprise.
Une politique velléitaire. Il commence par faire confiance au comte de Maurepas, qui rétablit les Parlements dans les pouvoirs que Louis XV avait limités, ce qui revient à mettre à mal la poursuite de la centralisation absolutiste. Parallèlement, il suit les recommandations du ministre Turgot, qui veut entreprendre une réforme radicale de l'économie et de la société françaises, en pratiquant des réductions d'impôts, une saine gestion des finances royales et en laissant la liberté de circulation aux produits de l'industrie et de l'agriculture. L'édit qu'il prend en ce sens, en 1774, provoque des troubles, appelés guerre des farines ; mais ils ne sont rien à côté de l'opposition qui naît des édits suivants, supprimant la corvée et les corporations. Les parlementaires y voient l'annonce de la fin de la société d'ordres, si bien que, devant leur résistance, Turgot est sacrifié par Louis XVI, en 1776, celui-ci montrant les limites de son soutien aux réformes et sa dépendance envers les tenants de la France traditionnelle. La démission concomitante de Malesherbes atteste de l'échec de cette tentative de révolution par en haut.
Alors que Beaumarchais triomphe à la cour comme à la ville, avec Le Barbier de Séville, en 1775, Louis XVI, qui redoute la liberté d'expression de Figaro, entame une politique incertaine. Il appelle Necker aux Finances pour trouver des solutions miraculeuses aux difficultés du royaume. Le financier genevois développe le système de régie pour la perception des impôts, propose la création d'assemblées provinciales. Il se heurte à la résistance des parlementaires à nouveau mobilisés contre cette atteinte à leurs pouvoirs, et démissionne en 1781, non sans en avoir appelé à la nation en divulguant les comptes du royaume, qui soulignent de façon exagérée les dépenses de la cour.
Ces tensions entre novations et permanences, pour répondre aux défis de l'époque, se retrouvent de façon exemplaire dans la participation à la guerre d'indépendance des colonies d'Amérique, dans laquelle la France s'engage à partir de 1778. La volonté de contrer l'Angleterre et de faire oublier le traité de Paris de 1763 se combine avec le courant favorable aux Insurgents. Celui-ci se répand parmi nombre de jeunes nobles partisans de libertés ; les uns sont en faveur d'une évolution parlementariste, les autres d'une évolution aristocratique qui supprimerait l'absolutisme royal. Tous cependant s'engagent dans une opération idéologique d'une dimension nouvelle, puisqu'il ne s'agit rien de moins que de délier des sujets de leur obéissance envers un souverain européen au nom de principes universels. En outre, la France participe à la guerre en subventionnant les Américains, ce qui obère lourdement son budget. Lorsque la paix est signée à Versailles en 1783, Louis XVI peut apparaître comme l'un des vainqueurs de ce conflit qu'il a arbitré, mais les gains territoriaux sont faibles, en comparaison des coûts financiers et des mutations intervenues dans les esprits. L'introduction dans le vocabulaire de mots comme patriote ou convention témoigne assez des changements qui affectent l'opinion publique, dont la puissance est en train de grandir considérablement.
Une conduite ambiguë? Devant la persistance des difficultés financières, Louis XVI appelle Calonne qui, après avoir dénoncé son prédécesseur Maurepas et relancé une politique libérale, élabore un plan d'amélioration des finances, dont l'essentiel est l'introduction d'impôts sur les biens fonciers, la subvention territoriale, fixée selon une répartition effectuée par des propriétaires, élus au sein d'assemblées consultatives sans distinction d'ordres. La protestation des élites traditionnelles contre ce qui apparaît une nouvelle fois comme une contestation de l'ordre établi fait chuter Calonne en 1787, qui n'est pas non plus soutenu par les vrais réformistes, déçus de la volonté de contrôle par l'exécutif. Louis XVI fait alors appel à Loménie de Brienne, mais ce dernier échoue à son tour en convoquant une Assemblée des notables qui se déclare incompétente. Les États généraux s'imposent ainsi dans une succession de tergiversations et d'absence de culture politique.
Cette situation se révèle particulièrement criante en 1788, lorsque le roi et son entourage Necker a été rappelé en août 1788 sont incapables de fixer les règles de fonctionnement de l'Assemblée, qui ne s'est pas réunie depuis 1614, et qu'ils laissent s'instaurer une totale liberté de parole, en même temps qu'ils manœuvrent pour ne pas dépendre des privilégiés. Le résultat est catastrophique. Le doublement du Tiers imposé par le roi contre la prééminence des nobles et des grands clercs n'est pas accompagné de mesures réglementaires, si bien que Louis XVI, qui n'a pas tenu compte des demandes exprimées dans les cahiers de doléances remplis dans tout le pays, déconcerte les députés dès la première séance des États généraux 5 mai 1789, ne paraissant faire aucun droit aux revendications réformatrices. Privé du soutien des privilégiés, déconsidéré aux yeux des patriotes, les éléments les plus réformateurs du Tiers, le roi perd rapidement toute autorité, d'autant que la mort de son fils aîné le distrait des préoccupations politiques. Il ne sait pas faire face aux demandes du Tiers en mai-juin 1789, sauf à agiter la menace de la répression. Dans cet esprit, il renvoie à nouveau Necker le 11 juillet et accepte la concentration de troupes autour de Paris.
La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, ruine tous ses efforts, et il se rallie à un compromis que son frère cadet, le comte d'Artois, rejette violemment en quittant le pays. Par la suite, son désir de réformer le royaume sans perdre son pouvoir, ni au profit des révolutionnaires, ni à celui des aristocrates – et encore moins des émigrés – fait qu'il est confronté à la force en octobre 1789, lorsque la foule parisienne l'oblige à accepter les décrets d'août 1789 et à s'installer à Paris avec sa famille. En 1790, il ratifie la Constitution civile du clergé, tout en marquant ses réticences ; il soudoye des agents, comme Mirabeau, pour mener une politique secrète, à l'intérieur comme à l'extérieur, en demeurant en contact direct avec les souverains étrangers. Cette duplicité, aggravée par la politique de la reine, éclate au grand jour lorsque, le 21 juin 1791, toute la famille royale quitte Paris dans l'espoir de passer sous la protection de l'empereur d'Autriche. Reconnu à Varennes, ramené à Paris, où l'Assemblée obtient que la version officielle insiste sur l'enlèvement du roi, celui-ci est véritablement en liberté surveillée.
Contre-révolutionnaire. Il n'a pas perdu toute initiative cependant. Correspondant avec les autres souverains européens, menant une politique étrangère secrète, manipulant les factions révolutionnaires opposées les unes aux autres, il peut, en avril 1792, engager la France dans la guerre contre l'Autriche et la Prusse espérant que la défaite, prévisible, des armées françaises lui permettra de reprendre le pouvoir. Le calcul est déjoué par la force du nationalisme populaire qui défend la Révolution et par la maladresse et la division de ses partisans. La journée d'émeute du 20 juin 1792 montre l'opposition radicale du roi et de son entourage à la Révolution, le roi refusant tout compromis, notamment sur le plan religieux. Le 10 août est l'occasion d'un affrontement armé entre l'aile radicale de la Révolution et les défenseurs du roi, regroupés aux Tuileries, qui préparent un coup de force. Leur défaite, donc celle du roi, marque la fin de la monarchie. Incarcéré au Temple avec sa famille dans un premier temps, le roi est traduit devant la Convention, transformée en tribunal, en décembre 1792. Accusé de trahison, le roi refuse de reconnaître la légitimité de ses juges, dont la partie la plus extrémiste réclame la mort, pour empêcher tout retour en arrière de la Révolution.
La condamnation du roi est acquise à une faible majorité ; il est exécuté le 21 janvier 1793. Sa mort courageuse fait oublier ses faiblesses passées en même temps qu'elle frappe de stupeur les élites européennes, nombreuses à se détourner de la Révolution, dont la violence dérange. Elle sert aussi les émigrés, jusque-là tenus en lisière par les souverains étrangers, et qui doivent reconnaître le comte de Provence comme régent, puis comme roi en exil. Elle ne permet pas à la Révolution de se stabiliser, car les luttes internes demeurent considérables. Aucun chef politique ne réussit à imposer une légitimité durable, si bien que l'idéal de la monarchie, aussi mis à mal qu'il ait été, ne disparaît pas avec la mort de Louis XVI. Jean-Clément Martin

Sa vie

Dauphin de France à la mort de son père, marié à Marie-Antoinette d'Autriche, il monte sur le trône à vingt ans. Il y est confronté, en particulier après l'intervention française aux côtés des colons américains, à des difficultés financières importantes accompagnées de spéculations boursières. Réformateur prudent, parfois hésitant, il tente de conduire avec ses ministres successifs des réformes à la monarchie. Il rétablit les parlements, réforme le droit des personnes abolition de la torture en 1781 et 1788, abolition du servage dans le domaine royal en 1779, abolition du péage corporel des juifs d'Alsace en 1784, édit de tolérance des protestants en 1787 mais butte sur les réformes de la fiscalité et les finances du Royaume réformes en 1774-1776, 1781, 1787 par deux fois. Son projet d'instaurer un impôt direct égalitaire en remplacement de la taille inégalitaire contrôlé par des assemblées provinciales élues, bute sur l'hostilité des privilégiés, en particulier celle de la noblesse de robe, celle du Parlement de Paris et celle de la Cour de Versailles. Louis XVI essaie alors de passer outre leur opposition en présentant ses réformes devant une assemblée des notables 1787 puis devant les états généraux 1789.
Les exigences du tiers état et la révolte du peuple provoquent la Révolution française qui transforme le rôle politique du roi et le système de gouvernement de la France en mettant fin à la monarchie absolue de droit divin. Dans un premier temps, le roi Louis XVI accepte de devenir un monarque constitutionnel, mais en butte à une opposition de plus en plus hostile et après avoir tenté de quitter Paris où il avait été conduit sous la contrainte populaire, il contribue au déclenchement d'une guerre entre les monarchies absolues et les révolutionnaires. La progression des armées étrangères et monarchistes vers Paris provoque son renversement, le 10 août 1792, par les sections républicaines : la monarchie est abolie le 21 septembre. Dès lors, emprisonné, surnommé Louis le Dernier ou Louis Capet par les révolutionnaires, Louis XVI est inculpé pour trahison sur l'accusation de ne pas avoir respecté son rôle constitutionnel, d'avoir manœuvré secrètement contre la Révolution et d'avoir tenté de fuir la France en juin 1791. Jugé coupable par la Convention nationale, il est condamné à mort et guillotiné le 21 janvier 1793 sur la place de la Révolution à Paris, quelques mois avant Marie-Antoinette. Les monarchistes reconnaissent alors son fils, emprisonné à Paris, comme roi de France sous le nom de Louis XVII, mais l'enfant meurt en détention deux ans plus tard. Ce n'est qu'en 1814, lors de la chute de Napoléon, que la famille royale pourra revenir en France : le frère de Louis XVI règnera alors sous le nom de Louis XVIII.
Après l'avoir considéré d'abord soit comme un traître à la patrie soit comme un martyr, les historiens français ont fini par globalement adopter une vue nuancée de la personnalité et du rôle de Louis XVI, décrit comme un honnête homme mû par de bonnes intentions, mais qui n'était pas à la hauteur de la tâche herculéenne qu'aurait représenté une profonde réforme de la monarchie.
Louis-Auguste de France naît au château de Versailles le 23 août 1754 à 6 h 24 du matin .
Il est le quatrième enfant et troisième fils du dauphin Louis-Ferdinand de France 1729-1765 et de sa seconde épouse Marie-Josèphe de Saxe. De l'union de ce couple sont nés au total huit enfants :
Marie-Zéphyrine de France 1750-1755 ;
Louis de France 1751-1761, duc de Bourgogne ;
Xavier de France 1753-1754, duc d'Aquitaine ;
Louis-Auguste de France, duc de Berry, futur Louis XVI ;
Louis Stanislas Xavier de France 1755-1824, comte de Provence, qui deviendra roi sous le nom de Louis XVIII en 1814 reconnu comme tel dès la mort de Louis XVII en 1795 par certaines puissances européennes ;
Charles Philippe de France 1757-1836, comte d'Artois, qui deviendra roi sous le nom de Charles X à la mort du précédent ;
Clotilde de France 1759 – 1802, reine de Sardaigne de 1796 à 1802 par son mariage avec le roi Charles-Emmanuel IV de Sardaigne ;
Élisabeth de France 1764-1794, elle partage jusqu'aux derniers instants le sort de la famille royale. Elle est guillotinée.
D'un premier mariage avec Marie-Thérèse d'Espagne, Louis-Ferdinand avait eu une fille Marie-Thérèse de France 1746-1748.
De nombreuses personnes sont là pour constater la venue du nouveau-né : l'accoucheur de la famille royale Jard ; le chancelier Guillaume de Lamoignon de Blancmesnil, le garde des sceaux Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville et le contrôleur général des finances Jean Moreau de Séchelles des porteurs, gardes du corps et la sentinelle. Le dauphin, en robe de chambre, accueille chacun en disant : Entrez, mon ami, entrez vite, pour voir accoucher ma femme.
Peu avant la naissance, Binet, le premier valet de chambre du dauphin, a dépêché auprès de Louis XV, le grand-père du futur bébé, un piqueur de la Petite Écurie pour lui annoncer la naissance imminente alors que le roi avait pris ses quartiers d'été au château de Choisy-le-Roi. Juste après la naissance, le dauphin envoya quant à lui l'un de ses écuyers M. de Montfaucon annoncer cette fois-ci la nouvelle de la naissance proprement dite. Sur la route, Montfaucon croisa le piqueur qui, tombé de cheval puis mort peu de temps après, n'avait pu porter le premier message. L'écuyer apporta donc au roi les deux messages simultanément : celui de la naissance à venir et celui de la naissance survenue. Ainsi averti, Louis XV donna 10 louis au piqueur et 1 000 livres à l'écuyer avant de se rendre immédiatement à Versailles
Immédiatement après sa naissance, le bébé est ondoyé à l'église Notre-Dame de Versailles par Sylvain-Léonard de Chabannes 1718-1812, aumônier du roi.
Quand le roi entre dans la chambre, il saisit le nouveau-né et le prénomme Louis-Auguste avant de le nommer immédiatement duc de Berry. Le bébé est aussitôt confié à Marie Louise de Rohan connue sous le nom de Madame de Marsan, gouvernante des enfants de France, avant d'être conduit dans son appartement par Louis François Anne de Neufville de Villeroy, duc de Villeroy et capitaine des gardes du corps du roi
La nouvelle de la naissance est annoncée aux souverains d'Europe amis de la couronne ainsi qu'au pape Benoît XIV. Vers 13 heures, le roi et la reine Marie Leszczyńska assistent à un Te Deum dans la chapelle du château. Les cloches des églises de Paris se mettent à sonner et, le soir, un feu d'artifice est tiré de la place d'armes et allumé de la main du roi au moyen d'une fusée courante, de son balcon.

Jeunesse 1754-1774 Dans l'ombre du duc de Bourgogne

Le nouveau-né souffre d'une santé assez fragile durant les premiers mois de sa vie. On dit de lui qu'il a un « tempérament faible et valétudinaire. Sa nourrice, la maîtresse de Louis Phélypeaux de Saint-Florentin, marquis de la Vrillière, ne donne pas assez de lait. Sur l'insistance de la dauphine, elle est remplacée par Madame Mallarda 3. Du 17 mai au 27 septembre 1756, Louis-Auguste et son frère aîné sont envoyés au château de Bellevue sur les conseils du médecin genevois Théodore Tronchin, afin d'y respirer un air plus pur qu'à Versailles.
À l'instar de ses frères, Louis-Auguste a pour gouvernante Madame de Marsan, gouvernante des enfants royaux. Cette dernière favorise, d'une part, le duc de Bourgogne en tant qu'héritier du trône, et d'autre part le comte de Provence, qu'elle préfère à ses frères. Se sentant délaissé, le duc de Berry ne la portera jamais vraiment dans son cœur et, une fois sacré roi, il refusera toujours d'assister aux fêtes qu'elle organisait pour la famille royale. La gouvernante est notamment chargée d'apprendre aux enfants la lecture, l'écriture et l'histoire sainte. Leurs parents surveillent de près cette éducation, la dauphine leur enseignant l'histoire des religions et le dauphin les langues et les leçons de morale. Il leur apprend notamment que « tous les hommes sont égaux par droit de nature et aux yeux de Dieu qui les a créés.
En tant que petit-fils du roi, Louis-Auguste est tenu comme ses frères à un certain nombre d'obligations et de rituels : ils assistent tant aux enterrements royaux qu'aux mariages importants, et reçoivent la visite de souverains étrangers et d'hommes d'Église notamment. C'est ainsi qu'en mai 1756, trois nouveaux cardinaux leur rendent visite : Bourgogne âgé de 5 ans les reçut, écouta leurs discours et les harangua, tandis que Berry 22 mois et Provence 6 mois, gravement assis sur des fauteuils, avec leur robe et leur petit bonnet, imitaient les gestes de leurs aînés .
En grandissant, les petits-fils du roi doivent passer des jupons de leur gouvernante aux mains d'un gouverneur chargé de l'ensemble des activités éducatives. Après avoir pensé à Victor Riqueti de Mirabeau, comte de Mirabeau et père du célèbre révolutionnaire, le dauphin choisit pour ses enfants en 1758 un homme plus proche des idées monarchiques : Antoine de Quélen de Stuer de Caussade, Duc de la Vauguyon, prince de Carency et pair de France. Ce dernier appellera ses élèves les " Quatre F : le Fin duc de Bourgogne, le Faible duc de Berry, le Faux comte de Provence et le Franc comte d'Artois. La Vauguyon est assisté de quatre adjoints : Jean-Gilles du Coëtlosquet précepteur, André-Louis-Esprit de Sinéty de Puylon sous-gouverneur, Claude-François Lizarde de Radonvilliers sous-précepteur et Jean-Baptiste du Plessis d'Argentré lecteur. Le dauphin demande à La Vauguyon de s'appuyer sur les Saintes Écritures et le modèle d'Idoménée, héros du Télémaque de Fénelon : Vous y trouverez tout ce qui convient à la direction d'un roi qui veut remplir parfaitement tous les devoirs de la royauté. Ce dernier aspect est privilégié car le futur Louis XVI est tenu à l'écart des affaires, on ne lui apprend pas à gouverner.
L'usage de la cour était que les enfants royaux passassent de leur gouvernante au gouverneur à l'âge de 7 ans. C'est ainsi que le duc de Bourgogne est remis au duc de La Vauguyon le 1er mai 1758, peu avant son septième anniversaire, quittant ainsi les robes d'enfant pour les habits masculins. Cette séparation d'avec sa gouvernante est difficile pour elle comme pour lui, et le duc de Berry se trouve lui aussi attristé par ce déchirement soudain. Le duc de Bourgogne est admiré par ses parents et par la cour. Intelligent et sûr de lui, il n'en demeure pas moins capricieux et convaincu de sa supériorité. Il questionne un jour ses proches en leur disant Pourquoi ne suis-je pas né Dieu ? Tout semble montrer qu'il sera un grand roi.
Un événement anodin va pourtant changer la destinée de la famille royale : au printemps 1760, le duc de Bourgogne tombe du haut d'un cheval en carton qu'on lui avait offert quelque temps plus tôt. Il se met à boiter et les médecins lui découvrent une grosseur à la hanche. L'opération qu'il subit n'y fait rien. Le prince est alors condamné à rester dans sa chambre et ses études sont interrompues. Il souhaite pour être consolé retrouver son petit frère, le duc de Berry. C'est ainsi que dès 1760, le futur roi passe exceptionnellement aux mains du gouverneur avant d'atteindre l'âge de 7 ans. La Vauguyon recrute pour lui un second sous-précepteur. Les deux frères sont dès lors éduqués ensemble, le duc de Bourgogne se distrayant en collaborant à l'éducation de son jeune frère, et ce dernier s'intéressant davantage à la géographie et aux arts mécaniques. L'état de santé du duc de Bourgogne s'aggrave néanmoins et on lui diagnostique en novembre 1760 une double tuberculose pulmonaire et osseuse. La cour doit se rendre à l'évidence : la mort du prince est aussi imminente qu'inéluctable. Ses parents se trouvent dans un accablement de douleur qu'on ne peut se représenter. Dans l'urgence, l'enfant est baptisé le 29 novembre 1760, fait sa première communion le lendemain et reçoit l'Extrême-onction le 16 mars 1761 avant de mourir en odeur de sainteté dans la nuit du 20 au 21 mars suivant, en l'absence de son petit-frère, alité lui aussi par une forte fièvre.

Héritier de la couronne de France

La mort du duc de Bourgogne est vécue comme un drame pour le dauphin et la dauphine. Cette dernière déclarera : rien ne peut arracher de mon cœur la douleur qui y est gravée à jamais. On installe le duc de Berry dans les appartements de feu son grand frère.
Le 18 octobre 1761, le même jour que son frère Louis Stanislas Xavier, Louis Auguste est baptisé par l'archevêque Charles Antoine de La Roche-Aymon dans la chapelle royale du château de Versailles, en présence de Jean-François Allart, curé de l'église Notre-Dame de Versailles. Son parrain est son grand-père Auguste III de Pologne, représenté par Louis Philippe, duc d'Orléans, et sa marraine est Marie Adélaïde de France.
Louis-Auguste se distingue déjà par une grande timidité ; certains y voient un manque de caractère, comme le duc de Croÿ en 1762 : Nous remarquâmes que des trois Enfants de France, il n'y avait que Monsieur de Provence qui montrât de l'esprit et un ton résolu. Monsieur de Berry, qui était l'aîné et le seul entre les mains des hommes, paraissait bien engoncé. Il se montre néanmoins parfois à son aise devant les historiens et philosophes se présentant à la cour. Il fait également preuve d'humour et de repartie. La Vauguyon et le prédicateur Charles Frey de Neuville15 remarquent même chez le jeune homme d'assez grandes qualités pour en faire un bon roi.
Sur le plan intellectuel, Berry est un élève doué et consciencieux. Il excelle dans les matières suivantes : géographie, physique, écriture, morale, droit public, histoire, danse, dessin, escrime, religion et mathématiques. Il apprend plusieurs langues latin, allemand, italien et anglais et savoure quelques grands classiques de la littérature comme La Jérusalem délivrée, Robinson Crusoé ou encore Athalie de Jean Racine. Son père se montre néanmoins intransigeant et le prive parfois de chasse au moindre relâchement. Élève studieux, il se passionne pour plusieurs disciplines scientifiques. Selon l'historien français Ran Halévi : Louis XVI a reçu l’éducation d’un prince des Lumières — C’était un monarque éclairé. Les professeurs d'histoire Philippe Bleuzé et Muriel Rzeszutek précisent que : Louis XVI connaissait le latin, l’allemand, l’espagnol, maîtrisait l’anglais parfaitement, pratiquait la logique, la grammaire, la rhétorique, la géométrie, l’astronomie. Il avait une culture historique et géographique incontestable et des compétences en économie. Ils estiment qu’il est très influencé par Montesquieu, qui lui inspire une conception moderne de la monarchie détachée du droit divin.
Le destin du duc de Berry allait encore être bouleversé par un événement anodin. Le 11 août 1765, le dauphin son père fait une visite à l'abbaye de Royallieu et revient à Versailles sous la pluie. D'une santé déjà précaire et affublé d'un rhume, il est pris d'une violente fièvre. Il parvient à faire transporter la cour au château de Fontainebleau pour changer d'air, mais rien n'y fait et son état s'empire au fil des mois. Après une agonie de 35 jours, le dauphin meurt le 20 décembre 1765 à l'âge de 36 ans.
À la mort de son père, le duc de Berry devient donc dauphin de France. Il a 11 ans et a vocation à succéder immédiatement au roi, son grand-père, qui en a 56.
Dauphin de France 20 décembre 1765 - 10 mai 1774

Fin de l'éducation

Louis-Auguste est désormais dauphin, mais ce changement de statut ne l'exonère pas de poursuivre son éducation, bien au contraire. La Vauguyon recrute un adjoint supplémentaire pour enseigner au dauphin la morale et le droit public : le père Guillaume François Berthier. Le gouverneur incite le duc de Berry à penser de lui-même en lui appliquant la méthode du libre examen. Pour ce faire, il lui demande de rédiger dix-huit maximes morales et politiques ; le dauphin s'y emploie avec efficacité et parvient à y prôner notamment le libre commerce, la récompense des citoyens ou encore l'exemple moral que se doit d'afficher le roi allusion à peine voilée aux frasques de Louis XV. L'ouvrage est récompensé par La Vauguyon, qui le fait même imprimer. Le dauphin rédige même un ouvrage dans lequel sont relatées les idées inspirées par son gouverneur : Réflexions sur mes Entretiens avec M. le duc de La Vauguyon ; il y forge notamment sa vision de la monarchie en énonçant par exemple que les rois eux-mêmes sont responsables de toutes les injustices qu'ils n'ont pas pu empêcher. Sa mère tempère cet élan libéral en lui inculquant plus encore les préceptes de la religion catholique ; c'est ainsi que le dauphin reçoit le sacrement de confirmation le 21 décembre 1766 et fait sa première communion le 24 décembre suivant. En grandissant, Berry commence à sortir davantage et pratique l'équitation. Il commence également à se passionner pour l'horlogerie et la serrurerie, deux loisirs qui ne le quitteront plus. L'abbé Jacques-Antoine Soldini vient conforter l'éducation religieuse du jeune homme
L'éducation proprement dite du dauphin s'arrêtera avec son établissement, c'est-à-dire son mariage. Celui-ci sera célébré à Versailles le 16 mai 1770 avec la jeune Marie-Antoinette d'Autriche. À cette occasion, l'abbé Soldini adresse au dauphin une longue lettre de conseils et recommandations pour sa vie à venir, et notamment sur les mauvaises lectures à éviter et sur l'attention à porter à son alimentation. Il l'exhorte enfin à toujours rester ponctuel, bon, affable, franc, ouvert mais prudent dans ses paroles. Soldini deviendra plus tard le confesseur du dauphin devenu roi.

Mariage avec Marie-Antoinette d'Autriche

Le mariage du dauphin est envisagé dès l'année 1766 par Étienne-François de Choiseul alors que le futur roi n'a que 12 ans. Le royaume de France étant sorti fragilisé de la Guerre de Sept Ans, le secrétaire d'État trouve judicieuse l'idée de s'allier avec l'Autriche face au puissant royaume de Grande-Bretagne. Le roi est convaincu du projet, et dès le 24 mai 1766, l'ambassadeur d'Autriche à Paris écrit à l'archiduchesse Marie-Thérèse qu'elle peut de ce moment regarder comme décidé et assuré le mariage du dauphin et de l'archiduchesse Marie-Antoinette. La mère du dauphin fait néanmoins suspendre le projet dans le but de maintenir la cour de Vienne dans l'expectative, entre la crainte et l'espérance. "Suspendre" est le terme approprié, puisqu'elle va mourir quelques mois plus tard, le 13 mars 1767. Le projet de mariage est alors remis sur la table.
Peu après la mort de Marie-Josèphe de Saxe, le marquis de Durfort est envoyé en mission à Vienne pour convaincre l'archiduchesse et son fils des bienfaits politiques de cette union. Les négociations durent plusieurs années, et l'image donnée par le dauphin n'est pas toujours reluisante : Florimond de Mercy-Argenteau, l'ambassadeur d'Autriche à Paris, lui signale notamment que la nature semble avoir refusé tout don à Monsieur le Dauphin, ..., par sa contenance et ses propos ce prince n'annonce qu'un sens très borné, beaucoup de disgrâce et nulle sensibilité. Malgré ces avis, et malgré le jeune âge des intéressés 15 ans pour Louis-Auguste et 14 pour Marie-Antoinette, l'impératrice voit dans ce mariage l'intérêt de son pays et y donne son accord. Le 17 avril 1770, Marie-Antoinette renonce officiellement à la succession du trône autrichien et, le 19 avril, une cérémonie nuptiale est célébrée à Vienne, le marquis de Durfort signant l'acte de mariage au nom du dauphin.
Marie-Antoinette part pour la France le 21 avril 1770 au cours d'un voyage qui durera plus de 20 jours et qui comportera un cortège d'une quarantaine de véhicules. Le cortège arrive à Strasbourg le 7 mai. La cérémonie de « remise de l'épouse s'effectuera au milieu du Rhin, à égale distance entre les deux rives, sur l'Île aux Épis. Dans un pavillon construit sur cet îlot, la jeune femme troque ses vêtements autrichiens pour des vêtements français, avant de ressortir outre-Rhin, vers un cortège français et à côté de la comtesse de Noailles, sa nouvelle dame d'honneur . La rencontre entre le dauphin et sa future épouse a lieu le 14 mai 1770, au pont de Berne, dans la forêt de Compiègne. Le roi, le dauphin et la cour sont là pour accueillir le cortège. À sa descente du carrosse, la future dauphine fait la révérence au roi et est présentée par lui au duc de Berry, lequel lui fait un discret baiser sur la joue. Le carrosse royal emmène ensuite le roi, le dauphin et sa future épouse au château de Compiègne, où une réception officielle est organisée le soir même pour présenter l'Autrichienne aux principaux membres de la cour. Le lendemain, le cortège s'arrête au Carmel de Saint Denis où Madame Louise s'est retirée depuis quelques mois, puis il se rend au Château de la Muette où Marie-Antoinette est présentée au comte de Provence et au comte d'Artois, et où elle fait connaissance avec la nouvelle et dernière favorite du roi, la comtesse du Barry.
Le mariage officiel est célébré le lendemain 16 mai 1770 à la chapelle du château de Versailles, où se sont pressés 5 000 invités. Là, Marie-Antoinette traverse la galerie des glaces en compagnie du roi et de son futur époux jusqu'à la chapelle. Le mariage est béni par Charles Antoine de La Roche-Aymon, archevêque de Reims. Le dauphin, ceint du cordon bleu de l'Ordre du Saint-Esprit, passe l'anneau au doigt de sa femme et obtient du roi le signe rituel d'assentiment. Puis, les époux et témoins signent les registres paroissiaux. Dans l'après-midi, les Parisiens venus nombreux assister au mariage sont autorisés à se promener dans le parc du château où les jeux d'eau ont été actionnés. Le feu d'artifice prévu le soir même a été annulé à cause d'un violent orage. Le dîner est organisé dans la toute nouvelle salle de spectacle du château ; le repas est accompagné par 24 musiciens habillés à la turque. Les époux, eux, mangent très peu. Peu après minuit, ils sont accompagnés à la chambre nuptiale. L'archevêque bénit le lit, le dauphin reçoit sa chemise nuptiale des mains du roi et la dauphine des mains de Marie-Adélaïde de Bourbon, duchesse de Chartres, la plus haut placée des femmes mariées de la cour. L'assistance assiste au coucher des époux, le roi lance quelques grivoiseries et les mariés sont laissés à eux-mêmes. Le mariage ne sera pas consommé cette nuit-là. Il ne le sera que sept ans plus tard.
Les noces continuent d'être célébrées les jours suivants : les époux assistent à des opéras Persée de Lully, des pièces de théâtre Athalie, Tancrède et Sémiramis. Ils ouvrent le bal organisé en leur honneur le 19 mai. Les festivités se terminent le 30 mai où l'on a prévu de tirer un feu d'artifice depuis la Place Louis XV là où quelques années plus tard le roi Louis XVI et son épouse seront guillotinés. Seule la dauphine a fait le déplacement, le roi ayant voulu rester à Versailles et le dauphin étant devenu las de ces festivités. Alors que Marie-Antoinette et Mesdames débouchent sur le Cours la Reine, on leur demande de rebrousser chemin. Ce n'est que le lendemain que la dauphine apprendra ce qui s'est passé : durant le feu d'artifice, un incendie s'est déclaré rue Royale, créant un mouvement de panique ; de nombreux passants ont été écrasés par des voitures et piétinés par des chevaux. Le bilan officiel fait état de 132 morts et des centaines de blessés. Les jeunes époux sont atterrés. Le dauphin écrit aussitôt au lieutenant général de police Antoine de Sartine : J'ai appris les malheurs arrivés à mon occasion ; j'en suis pénétré. On m'apporte en ce moment ce que le Roi me donne tous les mois pour mes menus plaisirs. Je ne puis disposer que de cela. Je vous l'envoie : secourez les plus malheureux. La lettre est accompagnée d'une somme de 6 000 livres.

Le délicat sujet de la consommation du mariage

La consommation du mariage du dauphin, loin d'être une affaire privée, va rapidement devenir une affaire d'État : par sa descendance, ce n'est pas uniquement sa famille mais la monarchie tout entière que le futur roi doit pérenniser. Mais cette consommation ne sera effective que le 18 août 1777, soit plus de 7 ans après le mariage du dauphin.
Pourquoi une telle attente ? Selon l'écrivain Stefan Zweig, Louis-Auguste est le seul responsable. Victime d'une malformation des organes génitaux, il aurait tenté chaque nuit d'accomplir son devoir conjugal, en vain. Ces échecs quotidiens se répercutent dans la vie de cour, le dauphin devenu roi étant incapable de prendre des décisions importantes et la reine compensant son malheur dans des bals et des fêtes. L'auteur avance même que le roi est incapable de virilité et qu'il lui est donc impossible de se comporter en roi. Puis, toujours selon l'auteur, la vie du couple est rentrée dans l'ordre le jour où Louis XVI a enfin daigné accepter de faire confiance à la chirurgie. Néanmoins selon Simone Bertière, l'une des biographes de Marie-Antoinette, cette infirmité physique n'a pas été la cause de la longue abstinence des époux, puisque le dauphin ne souffrait justement d'aucune infirmité de ce type. Certes, dès juillet 1770 soit deux mois seulement après le mariage, le roi Louis XV profite d'une absence momentanée du dauphin pour convoquer Germain Pichault de La Martinière, un chirurgien alors réputé. Il lui pose deux questions médicales très précises : Le jeune prince souffre-t-il d'un phimosis et est-il nécessaire de le circoncire ? Ses érections sont-elles entravées par un frein trop court ou trop résistant qu'un simple coup de lancette pourrait libérer ?. Le chirurgien est clair : le dauphin n'a aucun défaut naturel qui s'oppose à la consommation du mariage. Le même chirurgien le redira deux ans plus tard en disant que nul obstacle physique ne s'oppose à la consommation. L'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche s'empare du sujet, refusant de croire que sa fille pourrait être la cause de cet échec, disant Je ne saurais me persuader que c'est de sa part que cela manque. En décembre 1774, devenu roi, Louis XVI se fait à nouveau examiner, cette fois-ci par Joseph-Marie-François de Lassone, médecin de la cour ; et en janvier 1776, c'est au docteur Moreau, chirurgien à l'Hôtel-Dieu de Paris, que revient la tâche d'examiner à nouveau le souverain. Les deux médecins sont formels : l'opération n'est pas nécessaire, le roi n'a aucune malformation.
Les docteurs Lassone et Moreau avancent néanmoins plusieurs raisons à ce retard conjugal, le premier parlant d'une timidité naturelle du monarque et le second d'un corps fragile qui semble néanmoins prendre plus de consistance. D'autres auteurs, comme le biographe Bernard Vincent, dénoncent quant à eux les coutumes de la cour qui, ajoutées à la timidité du roi et à la fragilité de son corps, ne pouvaient que retarder le moment suprême. En effet, les époux vivent dans des appartements séparés, et seul le roi a le droit de rendre visite à son épouse quand il s'agit de remplir le devoir conjugal. Une fois devenu roi, Louis XVI vit dans des appartements encore plus éloignés de ceux de sa femme qu'auparavant, et les allées et venues vers son épouse se font toujours sous le regard de courtisans curieux, notamment par la traversée du salon de l'Œil-de-bœuf. L'auteur ajoute que l'éducation prude et pudibonde des deux jeunes époux, au moment où ils étaient éduqués chacun dans leur pays, ne les avait pas disposés à s'abandonner du jour au lendemain aux audaces des relations conjugales. Car les adolescents, en étant tenus de passer leur première nuit ensemble, furent subitement confrontés à la vie adulte sans y avoir été préalablement préparés. Et ni leur éducation, ni leur corps à peine pubère ne pouvaient les aider à surmonter cette étape. Peu confident et peu romantique, Louis XVI trouvera refuge dans l'une de ses activités préférées : la chasse.
Les mois et les années passent sans que de réels progrès soient perçus, le couple delphinal et ensuite royal commençant à s'habituer à cette situation. Marie-Antoinette voit dans cette période une occasion de jouir un peu du temps de la jeunesse, explique-t-elle à Mercy-Argenteau. Un semblant de consommation survient en juillet 1773 où la dauphine confie à sa mère : je crois le mariage consommé mais pas dans le cas d'être grosse. Le dauphin se précipite quant à lui chez le roi pour lui annoncer la nouvelle. Il semble en vérité que le dauphin n'a pu que déflorer son épouse sans aller jusqu'au bout. L'attente est récompensée le 18 août 1777. Le 30 août suivant, la princesse écrit à sa mère : Je suis dans le bonheur le plus essentiel pour toute ma vie. Il y a déjà plus de huit jours que mon mariage est consommé ; l'épreuve a été réitérée, et encore hier soir plus complètement que la première fois .... Je ne crois pas être grosse encore mais au moins j'ai l'espérance de pouvoir l'être d'un moment à l'autre. L'accomplissement du devoir conjugal portera son fruit à quatre reprises puisque le couple royal aura autant d'enfants, sans compter une fausse couche en novembre 1780 : Marie-Thérèse Charlotte née en 1778, Louis-Joseph né en 1781, Louis-Charles né en 1785 et Marie-Sophie-Béatrice née en 1786. Après ces quatre naissances, les époux n'entretiendront plus de relations conjugales. Ces échecs et cette nouvelle abstinence donneront au roi l'image d'un roi soumis aux volontés de sa femme. La longue route vers la consommation a terni au fil du temps l'image du couple. Et l'écrivain Simone Bertière d'affirmer : une chasteté volontaire, respectueuse du sacrement conjugal, aurait pu être portée à son celui de Louis XVI crédit après le libertinage de son grand-père. Mais le ridicule des années stériles collera à son image, tandis que celle de la reine ne se remettra pas de sa course imprudente aux plaisirs frelatés.

Les quatre années de vie du couple delphinal

Entre le mariage du dauphin et son sacre s'écoulent quatre années, pendant lesquelles Louis-Auguste est resté volontairement éloigné du pouvoir par le roi, comme ce dernier le faisait auparavant avec son propre fils. Il met donc son temps à profit pour les cérémonies officielles, la chasse à courre ou au fusil, la fabrication de clés et de serrures et les salons de Mesdames. C'est dans ceux-ci que le dauphin rencontre ses tantes et ses frères accompagnés le moment venu par leur épouse. Les jeux, divertissements et pièces de théâtre du répertoire français y occupent une place importante. Chaque participant y fait souvent l'acteur, y compris la dauphine ; le dauphin, lui, y est peu enclin.
Le couple se montre volontiers en public, notamment en prodiguant quelques instants de réconfort auprès des plus pauvres. L'historien Pierre Lafue écrit que populaires sans l'avoir cherché, les deux époux frémissaient de joie en écoutant les acclamations monter vers eux, dès qu'ils paraissaient en public. Leur première visite officielle à Paris et au peuple parisien se déroule le 8 juin 1773. Lors de cette journée, le couple a reçu un accueil des plus chaleureux et la foule nombreuse n'a cessé de les acclamer. Au programme de cette longue journée, Louis-Auguste et son épouse ont été reçus à Notre-Dame, sont montés prier devant la châsse de Sainte Geneviève dans l'abbaye du même nom avant de finir par une promenade dans les Tuileries, ouvertes à tous pour l'occasion. L'ambassadeur de Mercy résume la journée en affirmant que cette entrée est d'une grande conséquence pour fixer l'opinion publique. Le couple prend goût à ces accueils triomphaux et n'hésite pas, dans les semaines suivantes, à sortir à l'Opéra, à la Comédie-Française ou encore à la Comédie-Italienne.

Mort de Louis XV

Louis XV meurt à Versailles le 10 mai 1774 à l'âge de 64 ans, de la petite vérole.
Les premiers symptômes de la maladie apparaissent le 27 avril précédent. Ce jour-là, le roi est à Trianon et a prévu d'aller chasser avec son petit-fils, le duc de Berry. Se sentant fiévreux, le monarque suit la chasse à bord d'une calèche. Quelques heures plus tard, son état s'aggrave et La Martinière l'ordonne de retourner à Versailles. Il y subit une saignée mais celle-ci ne porte aucun effet ; deux jours plus tard, le 29 avril, les médecins font savoir que le roi a contracté la variole comme plusieurs membres de sa famille auparavant notamment Hugues Capet ou encore le Grand Dauphin. Pour éviter la contagion, le dauphin et ses deux frères sont maintenus à distance de la chambre royale. Le visage du roi est couvert de pustules le 30 avril. Ne se faisant plus guère d'illusions sur son état de santé, il fait venir son confesseur, l'abbé Louis Maudoux, dans la nuit du 7 mai. L'Extrême-Onction lui est administrée le 9 mai au soir.
Vers 16 heures le lendemain, le roi rend son dernier soupir. Le duc de Bouillon, grand chambellan de France, descend alors dans le salon de l'Œil-de-bœuf pour y crier la célèbre formule : Le roi est mort, vive le roi ! Entendant cela de l'autre bout du château, le tout nouveau monarque jette un grand cri et voit accourir vers lui les courtisans venus le saluer ; parmi eux la comtesse de Noailles, qui sera la première à lui décerner le titre de Majesté. Le roi s'écrie : Quel fardeau ! Et l'on ne m'a rien appris ! Il me semble que l'univers va tomber sur moi ! La reine Marie-Antoinette aurait quant à elle soupiré : Mon Dieu ! protégez-nous, nous régnons trop jeunes.

Le règne avant la Révolution 1774-1789 Premières décisions

Aussitôt après la mort de Louis XV, la cour se réfugie provisoirement au château de Choisy-le-Roi, afin d'éviter tout risque de contagion et de quitter l'atmosphère empuantie du château de Versailles. C'est à cette occasion que le nouveau roi prend l'une de ses premières décisions : celle d'inoculer l'ensemble de la famille royale contre la variolea 14. Le but de cette opération est d'administrer à très faible dose dans le corps humain des substances contaminées, le sujet devenant par la suite immunisé à vie. Néanmoins, le risque est réel puisqu'une dose trop importante peut faire contracter la maladie et par là causer la mort du patient. Le 18 juin 1774, le roi reçoit donc cinq injections et ses frères seulement deux chacun. Les premiers symptômes de la variole apparaissent rapidement chez le roi : il souffre de douleurs aux aisselles le 22 juin, est pris de fièvre et de nausée le 24 ; quelques boutons apparaissent le 27 et une légère suppuration survient le 30. Mais la fièvre retombe le 1er juillet et le roi est définitivement hors de danger. L'opération est donc un succès, tant pour lui que pour ses deux frères chez qui les symptômes ont été presque imperceptibles.
Parmi les premières décisions notables du nouveau monarque, nous pouvons en relever trois autres : il fait enfermer Madame du Barry et prend le nom de Louis XVI, et non Louis-Auguste Ier comme la logique le voudrait. Enfin, il convoque tous les ministres en place, intendants de province et commandants des forces armées neuf jours plus tard. Pour l'heure, il s'isole dans son bureau pour travailler, correspondre avec les ministres, lire des rapports et écrire des lettres aux monarques européens.
L'économie du Royaume de France était entrée en récession depuis 1770. Ainsi, Louis XVI commence immédiatement à diminuer les dépenses de la cour : il diminue les frais de bouche et les frais de garde-robe, le département des Menus-Plaisirs, les équipages de chasse comme ceux du daim et du sanglier, la Petite Écurie passant ainsi le contingent de 6 000 à 1 800 chevaux, et enfin le nombre de mousquetaires et de gendarmes affectés à la protection du roi. Son frère le comte d'Artois le soupçonne d'avarice en le qualifiant de Roi de France et avare. Le roi fait profiter les plus pauvres de ces économies en faisant distribuer 100 000 livres aux parisiens particulièrement démunis. De surcroît son premier édit, daté du 30 mai, exempta ses sujets du "don de joyeux avènement", impôt perçu lors de l'accession au trône d'un nouveau roi, et dont le montant s'élevait à vingt-quatre millions de livres. D'après Metra "Louis XVI semble promettre à la nation le règne le plus doux et le plus fortuné".

Sacre

Le 11 juin 1775 en la cathédrale de Reims, il est sacré selon la tradition remontant à Pépin le Bref. Le contrôleur général des finances, Turgot, reproche au monarque cette cérémonie coûteuse évaluée à 760 000 livres ; cependant, le roi ne recule pas et maintient la cérémonie avec autant de faste que prévu.
La cérémonie est présidée par l'archevêque de Reims Charles Antoine de La Roche-Aymon, celui-là même qui avait baptisé et marié le dauphin. Selon la tradition, le prélat prononce la formule suivante en posant la couronne de Charlemagne sur la tête du souverain : Que Dieu vous couronne de la gloire et de la justice, et vous arriverez à la couronne éternelle. Conformément au rituel, le roi se rend ensuite dans le parc de la ville pour guérir les écrouelles des quelques 2 400 scrofuleux venus pour l'occasion, leur adressant à chacun la formule cérémoniale : Le roi te touche, Dieu te guérisse.
Le couple royal gardera un très bon souvenir de la cérémonie et des festivités consécutives. Marie-Antoinette écrira à sa mère que le sacre a été parfait .... Les cérémonies de l'Église furent interrompues au moment du couronnement par les acclamations les plus touchantes. Je n'ai pu y tenir, mes larmes ont coulé malgré moi, et on m'en a su gré .... C'est une chose étonnante et bien heureuse en même temps d'être si bien reçu deux mois après la révolte, et malgré la cherté du pain, qui malheureusement continue.

Politique intérieure

Le nouveau roi décide de gouverner seul et n'envisage pas de déléguer cette tâche à un chef de gouvernement. Néanmoins, il lui faut un homme de confiance et d'expérience pour le conseiller dans les décisions importantes qu'il aura à prendre. C'est la tâche de l'homme qu'on appelle officieusement le Principal ministre d'État. Louis XVI en nommera successivement sept pendant son règne :
Jean Frédéric Phélypeaux de Maurepas 1774-1781 ;
Charles Gravier de Vergennes 1781-1787 : il exerce ce pouvoir de facto car officiellement le roi se passe de principal ministre pendant cette période ;
Étienne-Charles de Loménie de Brienne 1787-1788;
Jacques Necker 1788-1789 ;
Louis Auguste Le Tonnelier de Breteuil 1789 ;
Jacques Necker à nouveau 1789-1790 ;
et enfin Armand Marc de Montmorin Saint-Hérem 1790-1791.
La fonction prend fin avec la promulgation de la Constitution de 1791.
Marie-Antoinette suggère au roi de nommer à cette fonction le duc de Choiseul, ancien ministre de Louis XV tombé en disgrâce en 1770. Le roi refuse de le nommer principal ministre d'État mais consent tout de même à le réintégrer à la cour. Il assiste à l'entrevue entre celui-ci et la reine et lui lance en guise d'affront : Vous avez perdu vos cheveux, vous devenez chauve, votre toupet est mal garni.
Selon l'historien Jean de Viguerie dans son ouvrage intitulé Louis XVI, le roi bienfaisant, les deux ministres qui auront le plus d'influence auprès du roi Louis XVI durant la majeure partie de son règne sont, dans un premier temps, le comte de Maurepas, puis à la mort de ce dernier en 1781, le comte de Vergennes.

Le ministère Maurepas 13 mai 1774 - 21 novembre 1781

À défaut de suivre l'avis de son épouse, le roi choisit d'opter pour le comte de Maurepas, sur les conseils de ses tantes. Cet homme d'expérience, disgracié par Louis XV en 1747, avait pour beau-frère Louis Phélypeaux de Saint-Florentin et pour cousin René Nicolas de Maupeou.
Le 11 mai 1774, soit dès le lendemain de la mort du monarque, Louis XVI écrit à Maurepas la lettre suivante :
Monsieur, dans la juste douleur qui m'accable et que je partage avec tout le Royaume, j'ai pourtant des devoirs à remplir. Je suis Roi : ce seul mot renferme bien des obligations, mais je n'ai que vingt ans. Je ne pense pas avoir acquis toutes les connaissances nécessaires. De plus, je ne puis voir aucun ministre, ayant tous été enfermés avec le Roi dans sa maladie. J'ai toujours entendu parler de votre probité et de la réputation que votre connaissance profonde des affaires vous a si justement acquise. C'est ce qui m'engage à vous prier de vouloir bien m'aider de vos conseils et de vos lumières. Je vous serai obligé, Monsieur, de venir le plus tôt que vous pourrez à Choisy, où je vous verrai avec le plus grand plaisir.
Deux jours plus tard, le 13 mai 1774, le comte de Maurepas vient auprès du roi à Choisy pour lui témoigner sa reconnaissance et s'engager à son service. Ayant à ses côtés un ministre d'État, il ne reste plus au roi qu'à convoquer le premier conseil au cours duquel il lui faudra décider s'il garde ou non les ministres déjà en place. Ce premier conseil n'aura pas lieu à Choisy mais au château de la Muette, la cour ayant dû à nouveau déménager car Mesdames souffrent des symptômes de la variole.
Le premier conseil se tient donc au château de la Muette, le 20 mai 1774. Le nouveau roi n'y prend aucune décision, se limitant à faire plus ample connaissance avec les ministres en place et à leur donner la ligne de conduite qui doit être la leur : Comme je ne veux m'occuper que de la gloire du royaume et du bonheur de mes peuples, ce n'est qu'en vous conformant à ces principes que votre travail aura mon approbation. .

Remaniement ministériel

Le remaniement des ministres du roi ne fut pas immédiat mais progressif. Le changement commence le 2 juin 1774 par la démission du duc d'Aiguillon, Secrétaire d'État de la Guerre et des Affaires étrangères. Loin de l'exiler comme le veut la coutume, le roi lui alloue la somme de 500 000 francs. D'Aiguillon est remplacé aux Affaires Étrangères par le comte de Vergennes, diplomate réputé pour être compétent et travailleur, le plus sage ministre que la France eût rencontré depuis longtemps, et le plus habile qui se trouvât aux affaires en Europe selon l'historien Albert Sorel.
Résidant au château de Compiègne pour l'été, le roi, conseillé par Maurepas, entreprend de remplacer quelques ministres à des postes où une grande compétence est nécessaire. C'est ainsi que Pierre Étienne Bourgeois de Boynes est remplacé par Turgot à la Marine, le premier étant écarté pour incompétence et légèreté manifestes, le second nommé à ce poste avant tout pour son administration efficace en tant qu'intendant de la généralité de Limoges. Turgot est néanmoins retiré très rapidement de la Marine pour devenir Contrôleur général des finances en remplacement de Joseph Marie Terray ; il est remplacé dans son précédent poste par Antoine de Sartine, ancien lieutenant-général de police. Le portefeuille de la Justice passe de Maupeou à Miromesnil. Le duc de la Vrillière reste à la Maison du Roi tandis que le Secrétariat d'État à la Guerre est confié au comte de Muy en remplacement d'Aiguillon. Muy mourra un an plus tard et sera alors remplacé par le comte de Saint-Germain.

Au 24 août 1774, date à laquelle le nouveau gouvernement est entièrement formé, les ministres en place sont donc les suivants :
Principal ministre d'État : le comte de Maurepas ;
Contrôleur général des finances : Turgot ;
Garde des Sceaux : Armand Thomas Hue de Miromesnil ;
Secrétaire d'État à la Guerre : Louis Nicolas Victor de Félix d'Ollières, comte de Muy ;
Secrétaire d'État à la Marine : Antoine de Sartine ;
Secrétaire d'État aux Affaires étrangères : Charles Gravier de Vergennes ;
Secrétaire d'État à la Maison du Roi : Louis Phélypeaux de Saint-Florentin, duc de la Vrillière.
L'annonce du nouveau gouvernement est largement saluée et le peuple danse en foule dans les rues.

Premières mesures économiques et financières de Turgot

À peine la cour revenue à Versailles le 1er septembre 1774, le roi s'entretient quotidiennement avec Turgot pour préparer les mesures de redressement économique du pays. L'ancien contrôleur général des finances, l'abbé Terray, avait suggéré une proclamation officielle de banqueroute de la France, devant le déficit de 22 millions de livres existant à l'époque. Turgot refuse de proposer la banqueroute et suggère un plan plus simple : faire des économies. Il dit pour cela au monarque : Si l'économie n'a précédé, aucune réforme n'est possible. Il encourage donc le roi à poursuivre la réduction des dépenses de la cour qu'il avait déjà commencée.
Turgot est par ailleurs un partisan du libéralisme économique. Le 13 septembre 1774, il fait adopter par le conseil du roi un texte décrétant la liberté du commerce intérieur des grains et la libre importation des céréales étrangères. Le risque d'augmentation soudaine des prix en cas de mauvaise récolte est néanmoins réel. C'est ce qui surviendra au printemps 1775 : une rumeur de famine imminente emplit le pays ; les prix flambent et les boulangeries de Paris, Versailles et quelques villes de province sont pillées ; des émeutes surviennent mais sont vite réprimées. Cet épisode est aujourd'hui connu sous le nom de guerre des farines. Cette révolte populaire du règne de Louis XVI est considérée comme le premier avertissement du peuple face aux difficultés économiques du pays et aux réformes inefficaces du pouvoir royal à les résorber.

Rappel des parlements

Depuis le xive siècle jusqu'en 1771, les Parlements disposaient d'importants pouvoirs en matière civile, politique et judiciaire. Parmi les 15 parlements existant à la fin du règne de Louis XV, la compétence du Parlement de Paris s'étendait sur les 75 % du Royaume de France. Chaque décision d'un parlement avait valeur de loi ; de plus, chaque décret royal ne pouvait être applicable que s'il avait préalablement été enregistré c'est-à-dire avalisé par le parlement compétent. Au fil des siècles, le pouvoir des parlements n'avait cessé de s'étendre au point de devenir un pouvoir autonome pouvant rivaliser avec l'absolutisme royal. Une brochure parlementaire de 1732 ira loin dans ce sens en précisant que le roi ne peut contracter avec ses peuples que dans le sein du parlement, lequel, aussi ancien que la Couronne et né avec l'État, est la représentation de la monarchie tout entière. Las devant cet accroissement des pouvoirs des parlements, Louis XV et avec lui Maupeou entreprennent en 1771 de retirer purement et simplement aux parlements leurs pouvoirs, charges et privilèges qu'ils s'étaient octroyés au fil du temps.
Dès son avènement, Louis XVI va revenir sur cette réforme. Le 25 octobre 1774, il convoque tous les magistrats exilés à une réunion qu'il présidera le 12 novembre suivant au Palais de justice de Paris. Devant les parlementaires réunis, il leur adresse ces mots : Je vous rappelle aujourd'hui à des fonctions que vous n'auriez jamais dû quitter. Sentez le prix de mes bontés et ne les oubliez jamais ! ... Je veux ensevelir dans l'oubli tout ce qui s'est passé, et je verrais avec le plus grand mécontentement des divisions intestines troubler le bon ordre et la tranquillité de mon parlement. Ne vous occupez que du soin de remplir vos fonctions et de répondre à mes vues pour le bonheur de mes sujets qui sera toujours mon unique objet. Le soir même, des feux d'artifice sont lancés au Pont Neuf et au Palais de justice pour saluer ce retour.
Face à un tel revirement, il est nécessaire de s'interroger sur les motifs ayant poussé Louis XVI à rappeler et rétablir les parlements. Il peut sembler étrange en effet que le roi ait de lui-même choisi d'affaiblir son pouvoir. Dauphin, il avait écrit à plusieurs reprises son opposition à la puissance étendue des parlements, affirmant notamment qu'ils ne sont point représentants de la nation, qu'ils n'ont jamais été et ne peuvent jamais être l'organe de la Nation vis-à-vis du Roi, ni l'organe souverain vis-à-vis de la Nation, et que leurs membres sont simples dépositaires d'une partie de l'autorité royale. Une des raisons peut résider dans la popularité qu'avaient alors les parlements exilés. En effet, malgré leur manque de représentativité du peuple, ils étaient soutenus par celui-ci.Ils affichaient publiquement leur adhésion aux idées nouvelles et à la nécessité de respecter les droits naturels : le roi ne devrait donc plus être qu'un simple mandataire du peuple et non un souverain absolu. Le roi, dans sa jeunesse et dans l'inexpérience caractérisant son début de règne, aurait donc en partie agi pour recueillir un important soutien populaire ; c'est, rappelons-le, ce qui s'est passé dans les rues de Paris immédiatement après l'annonce du rappel des parlements. L'autre raison résiderait dans l'écoute attentive et suivie des conseils du comte de Maurepas, qui estimait que « sans parlement, pas de monarchie !
Attentif à son image auprès du peuple et confiant dans les conseils de Maurepas face à la complexité du sujet, Louis XVI revient donc sur des privilèges que Maupeou qualifiait au moment de son renvoi de procès qui durait depuis trois cents ans et qu'il avait fait gagner au roi. Ce rappel des parlements va rendre illusoires les tentatives de réformes profondes que le roi envisagera d'entreprendre les années suivantes, ce qui contribuera à nourrir le climat révolutionnaire qui se prépare déjà. Madame Campan, femme de chambre de Marie-Antoinette, écrira plus tard que le siècle ne s'achèverait pas sans que quelque grande secousse vînt ébranler la France et changer le cours de ses destinées.

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Posté le : 21/08/2015 17:13
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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