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Etienne de La Boétie
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Le 1er novembre 1530 à Sarlat naît Étienne de La Boétie

écrivain, philosophe humaniste et poète français, mort, à 32 ans le 18 août 1563 à Germignan dans la commune du Taillan-Médoc, près de Bordeaux. Son Œuvre principale est le " Discours de la servitude volontaire "
La Boétie célèbre pour son Discours de la servitude volontaire fut également l'ami intime de Montaigne qui lui rendit hommage dans ses Essais.Son œuvre, entièrement posthume, comprend Vingt-Neuf Sonnets, que son ami Montaigne insérera dans ses Essais, d'autres Vers françois, des traductions de Xénophon et de Plutarque, et surtout le Discours de la servitude volontaire ou Contr'un. Mort prématurément avant ses 33 ans, il doit l'essentiel de sa célébrité à Montaigne, qui publiera leur amitié et se fera le promoteur de sa reconnaissance posthume. Toutefois, La Boétie a vécu, pensé, écrit avant qu'ait lieu la rencontre légendaire. Le Discours est écrit à la suite de l'implacable répression 1548 de la révolte des provinces du Sud-Ouest par le connétable de Montmorency. Essayant de secouer la passivité des opprimés, La Boétie dénonce avec passion la tyrannie. Montaigne éprouvera le besoin de justifier son ami et de désamorcer la bombe : Parce que j'ai trouvé que cet ouvrage a été depuis mis en lumière, et à mauvaise fin, par ceux qui cherchent à troubler l'état de notre police … ce sujet fut traité par lui en son enfance par manière d'exercitation seulement … Plus prudent que cette œuvre de première jeunesse, le Mémoire sur l'édit de janvier 1562 prône une réforme catholique sans violence.
Citation : "Soyez résolus à ne plus servir et vous voilà libres."

En Bref

Fils d'un lieutenant du sénéchal du Périgord, d'une famille de magistrats, Étienne de La Boétie appartient à cette bourgeoisie cultivée sur laquelle la monarchie s'est appuyée dans ses efforts pour affermir son pouvoir contre les restes de la féodalité. Après des humanités classiques, il étudie le droit à Orléans, où professait entre autres Anne du Bourg, protestant qui fut brûlé à Paris en 1559. L'école de droit était, alors, en même temps une école de philosophie (en particulier averroïste) et constituait un foyer actif pour la diffusion de l'humanisme et même de la Réforme. Conseiller à la cour de Bordeaux à vingt-trois ans, il a pour collègue Montaigne et se distingue par sa fidélité aux thèses modérées de Michel de L'Hospital. Il meurt en 1563 à trente-trois ans.
De ses œuvres, traductions de Xénophon et de Plutarque, poèmes latins et français dans le goût pétrarquisant, seul le Discours sur la servitude volontaire a survécu. Ce texte étonnant fut publié pour la première fois, en 1574, dans un recueil collectif, d'inspiration protestante, souvent violent, le Réveille-matin des Français. Très tôt considéré comme un pamphlet contre la monarchie, ce texte fut réimprimé à chaque période de lutte pour la démocratie, en 1789, en 1835, et en 1857 à Bruxelles contre Napoléon III. On lui a donné pour titre le Contr'un. Les interprétations qu'on en a proposées diffèrent curieusement.
Certains ne veulent voir là qu'une dissertation scolaire, farcissure de citations de Plutarque, bref, un « discours » sans effets. Ils sont encouragés par le commentaire de Montaigne qui prend nettement position : « ... ce sujet fut traité par lui en son enfance, par manière d'exercitation seulement, comme sujet vulgaire et tracassé en mille endroits des livres. » Ce commentaire est sans doute trop prudent. D'autres, en revanche, attribuent à La Boétie des opinions non seulement parlementaristes, mais républicaines, voire socialistes. Cette interprétation est sans doute anachronique et même outrée. Le texte, très oratoire, est fondé sur une idée originale et qui s'est depuis beaucoup répandue : lorsqu'un homme prend le pouvoir, roi ou tyran, il ne fait que recevoir ce dont les autres se démettent ; il est impossible à un homme d'asservir un peuple si ce peuple ne s'asservit pas d'abord lui-même. « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres », dit-il. Passant ensuite à l'inventaire des moyens par lesquels un homme assure son pouvoir — ignorance, corruption, paternalisme, superstition —, le Discours décrit avec une grande rigueur logique la pyramide des intérêts qui servent le tyran : « Cinq ou six ont eu l'oreille du tyran [...]. Ces six ont six cents qui profitent sous eux [...]. Ces six cents tiennent sous eux six mille. » La fameuse question : « Qui garde le tyran quand il dort ? » termine ce curieux mélange de violence (appel au tyrannicide) et d'élévation morale.
On gagnerait sans doute à comparer ce texte avec les Discours de Machiavel, plus tranchants, plus cyniques, plus décidément politiques ; alors que, pour le théoricien florentin, fondateur réel de la théorie politique moderne, le droit n'est que l'expression humaine de la raison du plus fort, La Boétie considère des hommes abstraits, essences plus ou moins déviées qu'il s'agit d'exhorter à la dignité pour que soit restitué l'homme dans sa bonté originelle. Cette attitude volontariste, fondamentalement optimiste, suppose l'homme libre de penser à la liberté, même dans l'esclavage, suppose l'histoire produite par l'intention des hommes, sans considération de rapports de forces extérieurs à eux. Les esclaves sont des pourceaux satisfaits qu'il suffit de sermonner pour qu'ils reconquièrent leur dignité. Le texte peut ainsi apparaître comme un témoin parfait de l'idéalisme humaniste. Le commentaire qu'en fait Montaigne est peut-être moins naïvement rusé qu'on ne l'a cru, il peut être l'avis d'un homme un peu désabusé qui a reconnu au domaine politique son autonomie et sa spécificité. Le Discours sur la servitude volontaire peut sentir le fagot ; c'est, par son éloquence, comme une contre-utopie.

Sa vie

Fils d’Antoine de La Boétie, un lieutenant particulier du sénéchal du Périgord, Étienne de La Boétie grandit dans une famille de magistrats, un milieu éclairé dont l'entourage est principalement composé de bourgeois cultivés. Peu d’informations sont connues sur l'enfance, l'éducation et les études de la Boétie. Il est encore fort jeune à la mort de son père et c'est son oncle et parrain Estienne de La Boétie, sieur de Bouilhonnas et prêtre, qui prend en charge son éducation. Il est pour ce dernier un second père, ce qui fait dire à Étienne "qu’il lui doit son institution et tout ce qu’il est et pouvait être ".

Vers la fin de ses humanités, La Boétie développe une passion pour la philologie antique qui l’attire comme elle attire d’ailleurs tout son siècle. Il compose en manière de délassement, des vers français, latins ou grecs. Il rédige vingt-neuf sonnets amoureux et devient plus tard le traducteur des ouvrages de Plutarque, Virgile et L'Arioste.
Par la suite il entame des études de droit à l’université d'Orléans. C'est alors qu'il écrit son premier et plus célèbre ouvrage, le Discours de la Servitude Volontaire ou le Contr’un. Ce court réquisitoire contre la tyrannie surprend par son érudition et sa profondeur, puisque rédigé par un jeune homme d'à peine 18 ans ; il pose la question de la légitimité de toute autorité sur une population et essaie d'analyser les raisons de la soumission de celle-ci, rapport domination / servitude. Les nombreux exemples tirés de l'Antiquité qui, comme de coutume à l'époque, illustrent son texte, lui permettent de critiquer, sous couvert d'érudition, la situation politique de son temps. Son manuscrit sera publié en 1576 mais Montaigne a connaissance du manuscrit et cherche à en connaître l'auteur, dès qu'il exerce des fonctions au Parlement de Bordeaux. De sa rencontre avec La Boétie naît une amitié virile qui va durer jusqu'à la mort de ce dernier. La Boétie se lie également d'amitié avec Lambert Daneau, auquel il soumet sans doute les premières esquisses de Contr’un, Jean-Antoine de Baïf qui lui découvre les motifs secrets des conjurés de la Pléiade et Jean Dorat.
La Boétie obtient sa licence de droit le 23 septembre 1553 et, grâce à sa réputation acquise au cours de ses études, est élevé à l’office de conseiller en la cour par lettre patente d'Henri II le 13 octobre 1553. Le 17 mai 1554, il est admis en qualité de conseiller au Parlement de Bordeaux, deux ans avant l’âge légal. À partir de 1560, La Boétie est chargé par Michel de L'Hospital d’intervenir dans diverses négociations pour parvenir à la paix dans les guerres de religion opposant Catholiques et Protestants. Entre-temps La Boétie se marie avec Marguerite de Carle, fille du président du Parlement de Bordeaux Pierre de Carle, sœur de l'évêque de Riez Lancelot de Carle et veuve de Jean d'Arsac.
Le 8 août 15634, un mal terrible terrasse La Boétie : "c’est un flux de ventre avec des tranchées " – il s’agit sans doute d’une dysenterie. La Boétie tente alors de regagner le Médoc, où sont situées les terres de son épouse, pour se reposer. Il espère que l’air pur des champs hâtera son rétablissement, mais son état s'aggrave rapidement et il doit s’arrêter en route, au Taillan-Médoc, chez Richard de Lestonnac, son collègue au Parlement et beau-frère de Montaigne. Se rendant compte de la gravité de son état, La Boétie dicte son testament le 14 août et attend l’issue de la lutte avec courage et philosophie jusqu'à sa dernière heure. Dans une lettre adressée à son père, Montaigne décrit les particularités de cette maladie et de la fin de son ami. Il se met à calculer et termine sa lettre en des termes émouvants : Le 18 du mois d’août de l’an 1563, Étienne de La Boétie expire. Il n’est âgé que de 32 ans 9 mois 17 jours.
C'est à l'intention de son ami que Montaigne écrit le fameux chapitre sur l'amitié dans ses Essais. Il y livre un témoignage de leur amitié au chapitre 28 du livre 1. Après avoir longuement développé la question sur l'amitié qui le liait à La Boétie, il finit par dire : Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitié, ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié dont je parle, elles se mêlent et se confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel, qu'elles effacent, et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant : Parce que c'était lui, parce que c'était moi.

Montaigne et La Boétie

Une amitié profonde lia le brillant Estienne de La Boétie à son nouveau collègue Michel Eyquem, de leur rencontre en 1558, jusqu'à la mort, en la fleur de son âge, du conseiller au parlement de Bordeaux – sans doute de la peste en 1563. L'affection indéfectible et le talent de Montaigne en ont fait un symbole éternel de l'amitié. C'est de leur attachement que parle Montaigne lorsqu'il explique : Parce que c'était lui ; parce que c'était moi, au chapitre « De l'amitié » dans les Essais..
Après la mort de son ami, Montaigne s'occupe de l'édition de ses œuvres, notamment la traduction du de la Consolation de Plutarque, tandis qu'il publie au livre premier des Essais chapitre XXVIII les Vingt-Neuf Sonnets, dont il dit à Mme de Grammont qu'il n'en est point sorty de Gascoygne qui eussent plus d'invention et de gentillesse, et qui témoignent estre sortis d'une plus riche main.

Discours de la servitude volontaire

Lorsqu'il écrit ce texte, vers 1548, Étienne de La Boétie est un étudiant en droit de 18 ans, à l'université d'Orléans, qui se prépare à une carrière dans la magistrature. Sans doute marqué par la brutalité de la répression d'une révolte anti-fiscale en Guyenne en 1548, il traduit le désarroi de l'élite cultivée devant la réalité de l'absolutisme.
Le Discours de la servitude volontaire constitue une remise en cause de la légitimité des gouvernants, que La Boétie appelle maîtres ou tyrans. Quelle que soit la manière dont un tyran s'est hissé au pouvoir élections, violence, succession, ce n'est jamais son bon gouvernement qui explique sa domination et le fait que celle-ci perdure. Pour La Boétie, les gouvernants ont plutôt tendance à se distinguer par leur impéritie. Plus que la peur de la sanction, c'est d'abord l'habitude qu'a le peuple de la servitude qui explique que la domination du maître perdure. Ensuite viennent la religion et les superstitions. Mais ces deux moyens ne permettent de dominer que les ignorants. Vient le secret de toute domination : faire participer les dominés à leur domination. Ainsi, le tyran jette des miettes aux courtisans. Si le peuple est contraint d'obéir, les courtisans ne doivent pas se contenter d'obéir mais doivent aussi devancer les désirs du tyran. Aussi, ils sont encore moins libres que le peuple lui-même, et choisissent volontairement la servitude. Ainsi s'instaure une pyramide du pouvoir : le tyran en domine cinq, qui en dominent cent, qui eux-mêmes en dominent mille... Cette pyramide s'effondre dès lors que les courtisans cessent de se donner corps et âme au tyran. Alors celui-ci perd tout pouvoir acquis.
Dans ce texte majeur de la philosophie politique, repris à travers les âges par des partis de colorations diverses, La Boétie oppose l'équilibre de la terreur qui s'instaure entre bandits, égaux par leur puissance et qui se partagent à ce titre le butin des brigandages, à l'amitié qui seule permet de vivre libre. Le tyran, quant à lui, vit dans la crainte permanente : n'ayant pas d'égaux, tous le craignent, et par conséquent, il risque à chaque instant l'assassinat. Elias Canetti fera une peinture similaire du despote paranoïaque dans Masse et puissance.
Si La Boétie est toujours resté, par ses fonctions, serviteur fidèle de l'ordre public, il est cependant considéré par beaucoup comme un précurseur intellectuel de l'anarchisme10 et de la désobéissance civile. Également, et surtout, comme l'un des tout premiers théoriciens de l'aliénation.
Pour comprendre les intentions qui conduisent Étienne de la Boétie à écrire le Discours de la Servitude Volontaire ou le Contr’un, il faut remonter au drame qui a lieu vers 1548. En 1539, François Ier, roi de France, tente d'unifier la gabelle. Il impose des greniers à sel près de la frontière espagnole, dans les régions qui en sont dépourvues. En réaction de cette tentative des soulèvements ont lieu. Le premier en 1542, puis le plus grand en 1548 à Bordeaux. Le connétable de Montmorency rétablit l'ordre de manière impitoyable. Si l’on s’en rapporte à l’écrivain Jacques-Auguste de Thou, ce serait sous l’impression de ces horreurs et cruautés commises à Bordeaux, que la Boétie compose le Discours de Servitude Volontaire.
La Boétie s'attache a démontrer que de petites acceptations en compromis et complaisances, la soumission en vient à s'imposer à soi tel un choix volontaire fait dès les premiers instants. La question avec laquelle il interpelle ses lecteurs touche à l'essence même de la politique : pourquoi obéit-on ?. Il met en évidence les mécanismes de la mise en place des pouvoirs et interroge sur ceux de l'obéissance. Il en vient à observer qu'un homme ne peut asservir un peuple si ce peuple ne s’asservit pas d’abord lui-même par une imbrication pyramidale.
Bien que la violence soit son moyen spécifique, elle seule ne suffit pas à définir l’État. C’est à cause de la légitimité que la société lui accorde que les crimes sont commis. Il suffirait à l’homme de ne plus vouloir servir pour devenir libre ; Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. À cet égard la Boétie tente de comprendre pour quelles raisons l’homme a perdu le désir de retrouver sa liberté. Le Discours a pour but d’expliquer cette soumission.
Tout d’abord la Boétie distingue trois sortes de tyrans : « Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. Les deux premiers se comportent comme en pays conquis. Ceux qui naissent rois, en général ne sont guère meilleurs, puisqu’ils ont grandi au sein de la tyrannie. C’est ce dernier cas qui intéresse la Boétie. Comment se fait-il que le peuple continue à obéir aveuglément au tyran ? Il est possible que les hommes aient perdu leur liberté par contrainte, mais il est quand même étonnant qu’ils ne luttent pas pour regagner leur liberté.
La première raison pour laquelle les hommes servent volontairement, c’est qu’il y a ceux qui n’ont jamais connu la liberté et qui sont accoutumés à la sujétion. La Boétie décrit dans son Discours : Les hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent point avoir d’autres biens ni d’autres droits que ceux qu’ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l’état de leur naissance.
La seconde raison, c’est que sous les tyrans les gens deviennent lâches et efféminés. Les gens soumis n’ont ni ardeur ni pugnacité au combat. Ils ne combattent plus pour une cause mais par obligation. Cette envie de gagner leur est enlevée. Les tyrans essaient de stimuler cette pusillanimité et maintiennent les hommes stupides en leur donnant du pain et des jeux. Ces absolutistes iront même jusqu’à dire qu’ils ont le pouvoir de guérir certaines maladies ; par exemple Hugues Capet, le premier Roi de France, prétendait avoir le pouvoir de guérir la maladie des écrouelles.
La dernière raison est sans doute la plus importante, car elle nous dévoile le ressort et le secret de la domination, le soutien et fondement de toute tyrannie. Le tyran est soutenu par quelques hommes fidèles qui lui soumettent tout le pays. Ces hommes sont appelés par le tyran pour être les complices de ses cruautés ou se sont justement rapprochés du tyran afin de pouvoir le manipuler. Ces fidèles ont à leur tour des hommes qui leur sont obéissants. Ces derniers ont à leur dépendance d’autres hommes qu’ils élèvent en dignité. À ces derniers est donné le gouvernement des provinces ou le maniement des deniers. Ce maniement est attribué à ces hommes afin de les tenir par leur avidité ou par leur cruauté, afin qu’ils les exercent à point nommé et fassent d’ailleurs tant de mal qu’ils ne puissent se maintenir que sous leur ombre, qu’ils ne puissent s’exempter des lois et des peines que grâce à leur protection.
Tout le monde est considéré comme tyran. Ceux qui sont en bas de la pyramide, les fermiers et les ouvriers, sont dans un certain sens libres : ils exécutent les ordres de leurs supérieurs et font du reste de leur temps libre ce qui leur plaît. Mais s’approcher du tyran, est-ce autre chose que s’éloigner de sa liberté et, pour ainsi dire, embrasser et serrer à deux mains sa servitude ? En d’autres termes, ceux qui sont en bas de l’échelon sont bien plus heureux et en quelque sorte bien plus ‘libres’ que ceux qui les traitent comme des forçats ou des esclaves. Est-ce là vivre heureux ? Est-ce même vivre ?, se demande la Boétie. Ces favoris devraient moins se souvenir de ceux qui ont gagné beaucoup auprès des tyrans que de ceux qui, s’étant gorgés quelque temps, y ont perdu peu après les biens et la vie.
Par ailleurs il est impossible de se lier d’amitié avec un tyran, parce qu’il est et sera toujours au-dessus. Il ne faut pas attendre de l’amitié de celui qui a le cœur assez dur pour haïr tout un royaume qui ne fait que lui obéir. Mais ce n’est pas le tyran que le peuple accuse du mal qu’il souffre, mais bien ceux qui le gouvernent. Pour achever son Discours la Boétie a recours à la prière. Il prie un Dieu bon et libéral pour qu’il réserve là-bas tout exprès, pour les tyrans et leurs complices, quelque peine particulière.

Œuvres

Œuvres complètes, William Blake & Co., 1991
Mémoire touchant l'Édit de janvier 1562.
Discours de la servitude volontaire, Paris, Mille et Une Nuits, 1997.
Discours de la servitude volontaire, Paris, Flammarion, 1993
Discours de la Servitude volontaire, Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque », 2002 (deux versions du texte + études complémentaires Abensour, Clastres, Lefort...

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Posté le : 30/10/2015 21:37
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A bord de ce cahier volant
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Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
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Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
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