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Le salon des refusés
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Le 15 mai 1863 s'ouvre le Salon des refusés

à Paris en marge du Salon officiel. Ce salon expose, dans douze salles annexes du Palais de l'Industrie, 1 200 œuvres d'artistes,à l'initiative de Napoléon III lui-même, qui jugeait le jury officiel trop sévère, ce dernier ayant refusé 3 000 œuvres sur les 5 000 qui lui furent présentées. Ce Salon est l'une des illustrations de l'émergence, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d'une modernité en peinture, en opposition avec le goût officiel.

En bref les salons libertés de sélections.

La Révolution française consacra le principe des Salons, mais en transforma l'esprit en en faisant une exposition publique et internationale des artistes vivants et non plus des seuls membres d'une corporation. Le 21 août 1791, l'Assemblée nationale, « considérant qu'il n'y avait plus pour aucune partie de la nation ni pour aucun individu aucun privilège, qu'il n'y avait plus ni jurandes ni corporations [...] décrète que tous les artistes français ou étrangers, membres ou non de l'Académie de peinture et sculpture, seraient également admis à exposer leurs ouvrages dans la partie du Louvre destinée à cet effet ». Cette mesure émancipatrice est lourde d'avenir. Désormais la bataille des Salons se pose dans les termes nouveaux de liberté ou de jury. La conséquence en effet fut immédiate : 247 artistes exposent 767 œuvres dont 590 peintures, 121 sculptures, 9 plans, 47 gravures. L'impression de « chaos » est telle qu'en 1798, et malgré les protestations, l'accès est subordonné à l'examen d'un jury de 15 membres nommés par le gouvernement. De 1793 à 1802, on compte neuf expositions annuelles. Sous l'Empire, elles redeviennent bisannuelles avec six Salons de 1804 à 1814. De 1817 à 1831, avec une interruption en 1819, les Salons sont bisannuels, mais à partir de 1833, conséquence directe du nouveau régime, ils furent annuels. L'exposition de 1873 fut ainsi la 100e, celle de 1937 la 150e, la 182e étant celle de 1969, dans cette longue histoire pratiquement continue.
Aussi bien, la succession régulière des numéros ne doit-elle pas cacher les changements essentiels survenus dans un combat mené contre le fait du jury et l'influence de l' Académie des beaux-arts, finalement conclu par l'éclatement du Salon et la perte de son caractère de manifestation principale sinon unique. Sous le premier Empire et la Restauration, le jury est composé du directeur des Musées, d'artistes et d'amateurs, puis, sous la monarchie de Juillet, il est constitué uniquement de membres de l'Académie, soucieux de maintenir la tradition du chef-d'œuvre, assurément opposés aux innovations. Sous la monarchie de Juillet, les victimes sont célèbres : les peintres Théodore Rousseau, Delacroix, le sculpteur Préault, mais ne sauraient faire oublier l'éclectisme raisonnable d'un jury, qui, pour avoir été trop vilipendé, mérite d'être réhabilité. Autant que de refus ou d'acceptation du mouvement des arts, le problème est aussi bien celui du nombre. 563 peintures sont exposées en 1806 ; il y en eut 1761 en 1824, le nombre de 2 000 donnant environ la moyenne générale. En 1848, le jury est supprimé, et l'arrêté du 25 février proclame que « tous les ouvrages envoyés cette année seront reçus sans exception ». Ainsi compte-t-on 5 180 numéros dont 4 598 peintures. L'abondance effraya et rendit insupportable la liberté totale.
Dès 1849, un règlement du 20 avril prévoit « un jury spécial pour statuer sur l'admission des ouvrages présentés [...] nommés à l'élection des artistes exposants ». Le choix des élus est très instructif. Par ordre viennent Léon Cogniet, Paul Delaroche, Decamps, Delacroix, Ingres, Robert-Fleury, Isabey, Meissonier, Corot, Abel de Pujol, Picot : soit des victimes illustres du jury comme Decamps ou Delacroix, mais en fait moins de classiques de stricte obédience comme Abel de Pujol et Picot que de tenants du parti du milieu, tel Delaroche. Sous le second Empire, le jury fut pour moitié nommé par « l'administration », mesure plus progressiste que conservatrice. C'est du reste Napoléon III, « voulant laisser le public juge de la légitimité des réclamations », qui, en 1863, permit le Salon des refusés, expression du mouvement de révolte contre la sévérité du jury. Le résultat fut mitigé, Manet et Courbet, « les plus refusés des refusés », devant courir le risque d'exposer à côté des simples médiocres, et le public, dans une réaction conservatrice, ayant donné raison au jury. Mais les conséquences sont grandes : 1863, année de la réforme de l'Académie des beaux-arts, marque en fait la fin du Salon, institution nationale et unique, et annonce le retour à la véritable tradition, celle du Salon corporatif, groupant des artistes reconnaissant une même autorité ou se réclamant des mêmes tendances, désormais obligés d'accepter en contrepartie la multiplication de leurs associations.
C'est ainsi qu'en 1881 le Salon des artistes français, organisé par la Société nationale des artistes français, réunissant tous ceux qui avaient été une fois admis à exposer, succède au Salon des artistes vivants qui avait toujours été officiellement pris en charge par l'administration des Beaux-Arts, mais reste l'expression des maîtres en place. De même, la séparation de 1890 et la création de la Société nationale des beaux-arts sont plus une question de personnes que de doctrine. Meissonier fait sécession, suivi de Puvis de Chavannes, Carolus-Duran, Carrière, Besnard, Gervex, Rafaëlli, Boldini, Roll, Béraud, et s'installe au Champ-de-Mars dans un pavillon de l'exposition de 1884. La qualité des partants, le rejet des médailles et récompenses promettaient une belle destinée, mais en vain. En 1919, Artistes français et Nationale se regroupent, puis ouvrent une section à la Société des beaux-arts de la France d'outre-mer, réunissant tous les artistes qui n'appartiennent pas à une école ou à un groupe cohérent.
Ce que le Salon des refusés de 1863 ne put être, les impressionnistes le réalisèrent avec leurs propres expositions. En 1867, après l'exclusion des Femmes au jardin de Monet, Zola écrivait à Valabrègue : « Paul (Cézanne) est refusé, [...] tout le monde est refusé [...] le jury a fermé la porte à tous ceux qui prennent la route nouvelle. » Ainsi Manet décide-t-il, comme avait fait Courbet en 1855 – et il recommençait cette même année 1867 –, de présenter à part ses propres tableaux. Bazille et ses amis renoncèrent pour des raisons financières au projet d'une exposition commune dès alors formulé, mais, en 1874, la première exposition de ceux qui allaient être appelés les impressionnistes est ouverte avec 165 toiles boulevard des Capucines chez Nadar. « Le mouvement réaliste n'a plus besoin de luttes avec d'autres. Il est, il existe, il doit se montrer à part. Il doit y avoir un Salon réaliste », avait assuré Degas. La huitième et dernière exposition (après celles de 1874, 1876, 1877, 1879, 1880, 1881, 1882) se tint en 1886, mais sans Monet, Renoir et Sisley, qui acceptent difficilement la présence de Seurat et de Signac. La difficulté de maintenir l'homogénéité d'un groupe est évidemment grande, et l'exemple des impressionnistes explique la multiplication des Salons de groupes, comme, par une paradoxale réaction, le maintien d'un Salon national à l'accueil parfaitement éclectique, même s'il est jugé de moins en moins intéressant. Ainsi l'académisme agressif, de par l'hostilité même qu'il suscitait, apparaît à présent comme la justification du Salon officiel.
Dans cette éclosion de Salons, il faut réserver une place de choix à celui dit des Artistes indépendants, fondé en 1884 avec l'aide de la Ville de Paris, qui, excluant jury et récompenses, put véritablement rivaliser par son ampleur (1 000 œuvres environ) avec le Salon des artistes français que la tradition exténuée de l'Académie ne soutenait qu'à peine. L'exposition de 1970 fut la 84e en date. Il permit au divisionnisme de se manifester comme école, et Signac en fut le président de 1908 à 1934. Redon, Guillaumin, H. E. Cross, Angrand y exposent. Les nabis y sont accueillis avec Émile Bernard, Anquetin, Maurice Denis, comme les symbolistes. Ce sont les Indépendants qui, en 1908, montrent les « bizarreries cubistes » de Braque, alors même que les marchands et leurs galeries, avec Durand-Ruel et Kahnweiler, ont pris le relais. Le Salon des indépendants de 1911 est le lieu de la première exposition d'ensemble du groupe cubiste, dans la salle no 41 désormais fameuse. Enfin le Salon d'automne est créé en 1903 avec 990 envois, et se tient au Petit-Palais. Frantz Jourdain est l'animateur, Carrière et Besnard les présidents d'honneur. Il pouvait, en 1925, s'affirmer comme l'organe en France de la tendance dite « art déco » ou « art nouveau ».
Si le Salon se déconsidère définitivement après 1870, les Salons ne manquèrent finalement jamais aux artistes. Le rôle joué actuellement par les galeries et le marché de l'art, l'intervention nouvelle de l'État et des musées désireux par des expositions systématiques de faciliter ou de suivre la vie artistique, par crainte de retomber dans les erreurs du XIXe siècle, en renforcent même la salutaire nécessité qui est d'assurer la liberté. Salon de mai, Salon d'hiver, Salon d'automne, Réalités nouvelles en témoignent par exemple aujourd'hui.

Historique du Salon des refusés Raisons de la création

Cette année-là le jury du Salon de peinture et de sculpture, désigné par les membres de l'Académie, refusa plus de 3 000 œuvres sur les 5 000 envoyées. Face à cette hécatombe, le Salon fut vigoureusement contesté par les postulants exclus, dont Antoine Chintreuil ou encore Édouard Manet qui seront des initiateurs du Salon des refusés.
À l'époque, le Salon est la seule façon pour un artiste de se faire connaître et d'acquérir une reconnaissance officielle, unique moyen d'obtenir des commandes publiques et une clientèle.
L’empereur Napoléon III, informé du conflit, décide qu’une exposition des refusés se tiendra au Palais de l'Industrie, bâtiment construit pour l’exposition universelle de 1855 et qui précède le Grand Palais Monument consacré à la Gloire de l'art français ainsi qu’il est gravé sur son fronton, construit pour l’Exposition universelle de 1900, et où se tiennent les Salons d'artistes vivants depuis lors.
La décision de Napoléon III fut publiée dans Le Moniteur universel du 24 avril 1863 :
« De nombreuses réclamations sont parvenues à l’Empereur au sujet des œuvres d’art qui ont été refusées par le jury de l’Exposition. Sa Majesté, voulant laisser le public juge de la légitimité de ces réclamations, a décidé que les œuvres d’art refusées seraient exposées dans une autre partie du Palais de l’Industrie.
Cette exposition sera facultative, et les artistes qui ne voudraient pas y prendre part n’auront qu’à informer l’administration qui s’empressera de leur restituer leurs œuvres. »
Cette décision fut largement contestée par l’Académie et les artistes officiels de l’époque.

Organisation de l'exposition

Un catalogue des artistes refusés ayant accepté de présenter leurs œuvres fut composé par le comité des artistes refusés qui s’était constitué entre temps. Néanmoins, nombreux furent ceux qui retirèrent leurs œuvres et n’exposèrent pas cette année-là. On dénombre cependant 871 participants.
La préface du catalogue manifestait la détermination des non-admis et leur regret du désistement de nombreux refusés :
« Ce catalogue a été composé en dehors de toute spéculation de librairie, par les soins du comité des artistes refusés par le jury d’admission au salon de 1863 ; sans le secours de l’administration et sur des notices recueillies de tous côtés à la hâte. (…)
En livrant la dernière page de ce catalogue à l’impression, le comité a accompli sa mission tout entière ; mais en la terminant, il éprouve le besoin d’exprimer le regret profond qu’il a ressenti, en constatant le nombre considérable des artistes qui n’ont pas cru devoir maintenir leurs ouvrages à la contre-exposition. Cette abstention est d’autant plus regrettable, qu’elle prive le public et la critique de bien des œuvres dont la valeur eût été précieuse, autant pour répondre à la pensée qui a inspiré la contre-exposition, que l’édification entière de cette épreuve, peut-être unique, qui nous est offerte. »
L’exposition se tint donc dans le Palais de l'Industrie en 1863, et a permis à certains artistes de devenir célèbres, tel que Manet qui a exposé Le Déjeuner sur l'herbe, qui a déclenché l'une des polémiques les plus violentes de l'histoire de l'art du xixe siècle. Cependant, l’exposition des refusés n’eut pas lieu les années suivantes. Il faudra attendre 1884, avec la création du Salon des artistes indépendants pour que tous les artistes puissent présenter leurs œuvres librement, sans qu’elles soient soumises à l’appréciation d’un jury. La devise de ce Salon, « Sans jury ni récompenses », témoignait de son désir de liberté. Le Salon des Indépendants poursuit aujourd’hui encore la mission qu’il s’était donnée alors.

Commentaires

Il y a peu de réactions de la part de la presse, à l’égard de ces refusés, parmi lesquels se trouvent les « peintres de la modernité » : Pissarro, Manet avec trois tableaux : Le Bain (appelé aujourd’hui Le Déjeuner sur l'herbe, Mademoiselle V. en costume d’Espada, Un jeune homme en costume de majo), Harpignies, Fantin-Latour, Whistler, Jongkind.
Quelques articles, probablement inspirés par l’Académie des beaux-arts, sont là pour tourner cette affaire à son avantage et plus spécifiquement à l'avantage du jury, tel l'article de Maxime Du Camp, ami de Gustave Flaubert, dans la Revue des deux Mondes :
… Cette exhibition à la fois triste et grotesque est une des plus curieuses qu’on puisse voir. Elle prouve surabondamment, ce que du reste on savait déjà, que le jury se montre toujours d’une inconcevable indulgence. Sauf une ou deux exceptions très discutables (…) on y rit comme aux farces du Palais-Royal (…).
Cette réaction du public fait l'objet d'un chapitre de L'Œuvre d'Émile Zola, roman de la série des Rougon-Macquart, construit autour de la vie du peintre Claude Lantier. La sympathie de l'écrivain, ami de Paul Cézanne, était-elle acquise aux « paysagistes » qui allaient devenir les impressionnistes…

Discours de Jules Ferry de 1881

En 1881, la Troisième République, par la voix de Jules Ferry, libère les artistes de la tutelle de l'État, lors de l'inauguration du Salon.
M. Jules Ferry, président du Conseil des Ministres, a pris ensuite la parole et s'est exprimé en ces termes :
Mesdames et Messieurs,
Bien que nous soyons dans un bâtiment de l'État, l'État est aujourd'hui votre hôte en ma personne, et je tiens à bien le dire et à bien le préciser, ce qui s'est fait cette année n'est pas seulement un essai, c'est à nos yeux une situation définitive et qui se perpétuera.
Messieurs, vous voilà en République vous aussi, et, bien que vous ayez été un peu surpris au premier abord, je crois que vous commencez déjà à vous y accoutumer.
C'est, en effet, un très bon régime, que celui qui consiste à se gouverner soi-même ; vous venez d'en donner la preuve dans des conditions nouvelles, difficiles, mais que je considère, quant à moi, comme absolument satisfaisantes.
On est particulièrement propre, en effet, à vivre en République, quand on est, comme vous, une élite intellectuelle assez nombreuse, assez fortement constituée pour avoir un idéal élevé et pour faire passer, avant les visées particulières et avant les intérêts privés, les grands intérêts de l’Art français.
Vous avez essayé de ce régime, et vous avez montré du premier coup, que vous en étiez capables, Vous aviez à élire un jury sur les bases d'un suffrage, le plus large et le plus étendu qui ait encore été expérimenté. Qu'en est-il sorti ? Une assemblée qui comprend les plus respectés parmi les anciens et les premiers parmi les jeunes, et, du premier coup, votre suffrage universel a su mettre la main sur les meilleurs, dans tous les ordres et sans distinction d'école.
Puis, vous avez eu à décerner des récompenses, ou, du moins, vos élus, ces élus d'un choix si spontané et si excellent, ont eu à décerner des récompenses... Qui ont-ils choisi pour le placer au premier rang? Ils ont donné leur plus haute couronne à la grande tradition du grand art décoratif, au plus brillant représentant qui soit parmi nous de la grande école florentine, à Baudry !
Ce sont là, pour des premiers pas, des pas virils, et véritablement nous méconnaissions, à la fois et l'idée que nous nous sommes faite du rôle de l'État vis-à-vis des beaux-arts, et le grand exemple que vous venez de donner, si nous considérions comme une simple expérience ce qui est, je le répète, un régime définitif. Oui, Messieurs, nous avons abdiqué pour tout de bon, abdiqué pour jamais. Ce n'est pas là la fausse abdication de Charles-Quint, s'enterrant vivant au monastère de Saint-Just ; c'est une abdication définitive, j'ai l'honneur de vous le signifier.
Il faudra donc désormais et à tout jamais faire vos affaires, en matières d'expositions, comme vous les avez faites cette année, Car nous ne voulons plus en reprendre le gouvernement. Non pas qu'il nous fût incommode: mais il reposait sur une base essentiellement fausse, et l'on voyait plus clairement, d'année en année, ce qu'il y avait de contradictoire au fond de cette organisation. Qu'était-ce, en effet, Messieurs, qu'un jury, élu pour la plus grande partie, maître des récompenses et des admissions, maître du placement des ouvrages, puisqu'il donnait des numéros... Qu'était-ce qu'un jury élu, ayant la puissance de fait et n'ayant pas la responsabilité qu'il laissait tout entière à l'État.
Ne valait-il pas beaucoup mieux se résoudre à ce que nous avons fait, à ce que le Conseil supérieur des Beaux-Arts, après une longue et sérieuse discussion, a posé en principe ?
Le rôle de l'État n'est pas de faire les affaires des artistes ; le rôle de l'État n'est pas d'être votre ménagère, Messieurs ; vous devez régler vous-mêmes vos propres affaires. Le rôle de l'État est exclusivement un rôle d'enseignement et un rôle d'encouragement. Il doit bien concevoir et bien définir ce rôle d'encouragement : qu'il se garde bien d'encourager les fausses vocations, de multiplier les médiocrités besogneuses ; la séparation que nous avons faite a précisément pour but de couper court, en enfermant l'État dans sa véritable fonction, à des abus sur lesquels je n'insiste pas.

Abandon progressif des salons par l'État

À partir de 1882, les critiques à l’égard du jury se font de plus en plus ressentir. En 1895, Raymond Poincaré inaugurant à son tour le Salon, évoque le discours de Jules Ferry :
Fermer ou suspendre vos expositions, ce serait un peu, pardonnez-moi la comparaison, comme si l’on s’avisait, sous le régime parlementaire, d’interdire l’accès de la tribune. (…) L’État, messieurs, est impartial et éclectique. Il ne donne pas de conseils, il ne propage pas de théories. (…) La tâche de l’État n’est donc pas de favoriser des genres, de donner des directions, d’immobiliser la vie dans le cadre des leçons artificielles...
L’État en laissant aux artistes la liberté de se gouverner eux-mêmes et en les abritant sous la verrière du Grand Palais, donne ainsi à Paris l'occasion d’accéder au titre de Capitale des arts.

Un salon, un lieu d'exposition pour un franc symbolique

Le 27 décembre 1880, Jules Ferry demande aux artistes admis une fois au Salon de constituer la Société des artistes français, héritière du Salon créé en 1663 par Colbert.
1881: La Société des artistes français reçoit la mission d’organiser en lieu et place de l’État, l’exposition annuelle des Beaux-Arts.
1883 : Le Palais de l’Industrie est mis à disposition des artistes pour 1 franc symbolique.
Le Président de la République assistera au vernissage.

Construction du Grand-Palais

Un concours d’idées est ouvert le 9 août 1894. Son but est de concevoir un bâtiment mieux adapté à l’art que ne l’est le Palais de l’Industrie : Projet du concours… Arrêté du ministre du commerce… Tout l’édifice s’y résume en un palais des Arts destiné à des expositions de sculpture et de peinture… Les projets retenus sont ceux d’architectes sociétaires du Salon des artistes français qui font appel à des sculpteurs et à des peintres également sociétaires des Artistes Français. On peut donc affirmer que ce sont les artistes eux-mêmes qui ont conçu et réalisé le Grand Palais pour abriter leurs expositions.
En 1897 est commencée la construction du Grand Palais. Celui-ci est inauguré en 1900 à l’occasion de l’Exposition universelle, un peu plus de deux ans auront suffi pour le construire.
Extrait du Journal officiel du 6 mai 1901
Le Président de la République…
Décrète :
Art. 1er. Le Grand-Palais des Champs-Élysées sera désormais affecté exclusivement aux divers services du ministère de l’instruction publique et des Beaux-Arts Direction des Beaux-Arts.
Fait à Paris, le 30 avril 1901.
Émile Loubet
On gravera sur le fronton côté Palais de la Découverte:
Monument consacré par la République à la Gloire de l'Art Français

Discours d'inauguration du Salon de 1901 par Raymond Poincaré

Au Grand Palais, en 1901, Raymond Poincaré prononce le discours suivant :
Nous ne sommes pas à une époque ni dans un pays où le besoin se fait sentir de stimuler les vocations artistiques. Jamais l'École française n'a été plus puissante ni plus productive ; jamais elle n'a contenu dans son sein plus de talents jeunes et audacieux !
Ce n'est donc pas de ce côté que doivent se porter les efforts de l'État ; l'État n'est pas fait pour susciter des artistes, mais avant tout pour conserver certaines traditions, pour veiller sur certains chemins difficiles et escarpés de l'Art, faire savoir qu'il est là, qu'il les garde et qu'il y ramasse les blessés; l'État a pour tâche de conserver ce que le mouvement de la société moderne pourrait bien laisser dépérir, de lutter enfin contre l'invasion de l'Art par l'industrialisme, le péril, le fléau des sociétés riches et laborieuses comme la nôtre.
Voilà le rôle de l'État. C'est pour cela que quand l'État fera ses expositions - et il en fera non pas de fréquentes, car nous ne devons pas être pour vous une concurrence ; mais quand l'État ouvrira ses expositions, il devra les faire sous sa responsabilité, peu nombreuses et bien choisies.
Quant à vous, Messieurs, qu'allez-vous faire, dans les années qui vont suivre, de l'autorité qui vous est rendue ?
Qu'allez-vous faire de cette émancipation dont vous êtes si justement fiers ?
C'est là un problème que vous aurez à vous poser.
Considérez-vous les expositions comme de vastes bazars où 1'on entasse presque sans choix ni distinction toutes les œuvres qui se présentent ?
Est-ce le point de vue mercantile qui dominera ? Je ne le crois pas... et je suis très frappé de ce qu'a fait votre Comité ; il a eu un courage que nous ne nous sentions pas, nous.
Il a limité le nombre des œuvres... Il ne l'a peut-être pas assez limité, bien qu'il ait considérablement réduit le nombre des ouvrages exposés, et qu'il ait de la sorte offert au public une Exposition beaucoup plus claire, et dont le public a été beaucoup plus satisfait.
Il a peut-être — la transition le voulait — lâché parfois la bride un peu à la bienveillance... mais je compte que, par la force même des choses, par la pression de l'opinion publique artistique que représentera le prochain jury, on sera plus sévère, et l'on réduira encore notablement le nombre des admis.
C'est qu'en effet, Messieurs, c'est le propre des artistes, lorsqu'ils sont groupés, associés dans une œuvre commune, lorsqu'ils ont le sentiment de leur responsabilité, de comprendre qu'ils ont, comme on dit, charge d'âmes, qu'ils sont désormais pour quelque chose dans le développement de l'Art français, et que rien ne saurait être, à ce point de vue, plus utile et plus naturel que de faire de l'admission au Salon le premier grade, en quelque sorte, la première initiation dans la carrière des récompenses.
Je crois, Messieurs, que ce point de vue là entrera de plus en plus dans l'esprit des artistes, précisément parce qu'ils sont désormais responsables du Salon, et qu'ils le savent.
Quant à nous, Messieurs, nous ne pouvions qu'applaudir à un parti pris de ce genre, et nous vous promettons, en échange de tout le bien que vous allez faire courageusement, en échange des sacrifices que vous saurez imposer, et vous êtes mieux que nous en état de les imposer, parce qu'étant les élus de tous et parlant au nom de tous, vos décisions ferment la bouche à toutes les protestations, nous vous promettons en échange notre concours le plus absolu.
Messieurs, voilà votre tâche !
Quant à nous, vous nous trouverez toujours fidèles à notre rôle, qui n'est pas, je l'ai dit bien souvent, de vous gouverner, nous n'avons ni cette ambition, ni cette audace, mais d'encourager les vocations artistiques élevées, qui ne peuvent se passer du concours de l'État pour se maintenir dans notre pays.
Messieurs, on peut le dire, sans fatuité nationale, c'est encore l'Art français qui tient de nos jours le premier rang ; oui ! vous êtes encore en état de tenir école ouverte pour tout l'art européen.
Mais vous n'êtes pas sans avoir remarqué que vos élèves, eux aussi, ont pris du champ et qu'ils ont grandi, qu'ils marchent à grands pas, et que, pour garder votre suprématie, vous devez redoubler d'efforts. Dans cette lutte généreuse, dans cette émulation qui sera, Messieurs, si vous le voulez, toujours victorieuse, vous nous aurez pour appui confiant et solide. Messieurs, nous sommes tout à vous, parce que nous savons que, Français, vous êtes tout à l'art français !

L'époque contemporaine

Les contestations envers la politique culturelle de l’État ont ressurgi ces dernières décennies du fait de l'attitude du ministère de la Culture qui promeut un genre artistique officiel appelé art contemporain et abandonne la grande masse des milliers d'artistes vivants, qui se manifestent dans les divers salons historiques du Grand Palais.
Ces artistes, dont 2 500 d'entre eux sont regroupés au sein du Comité de défense des artistes du Grand Palais depuis 1987, mènent une action permanente, tant auprès de leur ministère de tutelle, que des élus, afin de retrouver la place qui était la leur au sein du Grand Palais, dans les conditions d’origine, et dont l'inscription gravée dans la pierre du bâtiment témoigne de la destination.
La construction du Grand Palais a été conduite et réalisée par des artistes des Salons : les architectes émanaient du Salon des artistes français, ainsi que les sculpteurs, mosaïstes et autres décorateurs qui ornèrent le bâtiment.
Dès l'ouverture, le Salon des artistes français, dont l'origine remonte au xviie siècle), occupait l'intégralité du bâtiment, y compris le Palais de la découverte et les Galeries nationales pour son exposition annuelle, et non la nef seule qui, elle, était consacrée uniquement à la sculpture et à des compétitions et spectacles équestres. À cette époque, le Salon était ouvert chaque année plus de deux mois au public et était régulièrement inauguré par le Président de la République.
Le Président François Mitterrand a été le dernier à inaugurer le Salon des indépendants en 1985, à l'occasion de l'exposition : De la Bible à nos jours.
Depuis, Renaud Donnedieu de Vabres a été le seul ministre de la Culture présent à l'inauguration des Salons, en 2006.
En 2009, les six salons historiques du Grand Palais se sont déroulés sur moins d'une semaine et la gratuité d'occupation des lieux accordée autrefois à ceux-ci leur a été supprimée. Le Salon d'automne ayant refusé de perdre son identité, en se regroupant au Grand Palais parmi les cinq autres salons historiques, s'est tenu à l'espace Champerret.



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Posté le : 14/05/2016 22:33

Edité par Loriane sur 15-05-2016 14:22:56
Edité par Loriane sur 15-05-2016 14:24:38
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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