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Accueil >> newbb >> L'Odysséa vers Loria [Les Forums - Le RDV des Copains]

Parcourir ce sujet :   1 Utilisateur(s) anonymes





L'Odysséa vers Loria
Administrateur
Inscrit:
14/12/2011 15:49
De Montpellier
Messages: 8919
Niveau : 62; EXP : 64
HP : 1232 / 1541
MP : 2973 / 26778
Hors Ligne
Le voyage vers Loria



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Posté le : 21/05/2016 13:24

Edité par Loriane sur 25-05-2016 21:10:14
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Re: L'Odysséa vers Loria
Administrateur
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De Montpellier
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L'écriture de" L'Odyssée vers Loria " sur L'ORée des rêves :

http://www.loree-des-reves.com/module ... php?topic_id=155&forum=21





Odyssée vers Loria
Auteurs du livre :
Bacchus,
Christianr
Emma,
Julien Martin
Loriane
Shoupi,
---
Il avait quitté son lieu de travail dans la lumière
du couchant.
C'est avec plaisir qu'il roulait lentement sur la
route ombragée où les arbres conservaient encore
leur feuillage. Les prémisses de l'automne se
devinaient en quelques touches légères de feuilles
mordorées, parsemées et encore bien discrètes.
La route était bordée de superbes platanes aux
troncs tachés comme des pelages de léopard, de
marron plus ou moins clair allant par endroit
jusqu'au blanc.
1Il était heureux de vivre dans ce pays, dans cette
région de nature bienveillante. La variété des
paysages et des cultures offrait des richesses de
beauté qui réjouissaient son âme et ses yeux.
Un champ de verdure, soigné comme une pelouse,
côtoyait un verger qui longeait la route, plus loin
un champ offrant une chaude tonalité ocre
indiquait que les labours venaient de commencer.
La généreuse terre nourricière avait offert ses
lourds épis de blé et, attendait maintenant la venue
des premiers gels qui la préparerait aux futures
semailles.
Son regard caressait plus qu'il ne regardait les
rangées de vignes qui avaient commencé de
rougir. Alors que derrière, sur l'horizon immédiat
se déroulait un rideau de peupliers qui serpentait
dans les prés. L'œil séduit, il ralentit pour mieux
percevoir la musique du cours d'eau qui courait en
cascades successives entre les arbres.
À ce moment une bouffée de bonheur l'envahit.
Il traversa une petite bourgade qu'il connaissait
bien, le soleil rasant allumait de tendres incendies
de rouges, ors et jaunes sur les vieilles pierres des
maisons aux hauts toits de lauze.
La vue de ces maisons paisibles et rassurantes
ramena son esprit vagabond à son but du jour, à ce
qui avait motivé ce déplacement imprévu, c'est à
dire cette visite à sa propre maison.
2Car pour l'heure il se rendait dans sa vieille
propriété perdue là-bas au fond d'une campagne
déserte, ignorée des grands chemins, sa vieille, si
vieille demeure solitaire, sans voisin au bout d'une
discrète route de terre.
Il fallait pour y parvenir, traverser champs et bois
sur plusieurs kilomètres avec pour seules
rencontres des lapins affolés, des renards dorés et
roux comme l'automne, des chauve-souris qui
rejoignaient leurs arbres dortoirs ou des chouettes
superbes qui s'éveillaient la nuit venue.
Son travail et ses activités de citadin l'avaient tenu
loin de cette ancienne bâtisse héritée plusieurs
années plus tôt de ses parents.
Il ne venait guère souvent, la route était longue
pour s'y rendre, il fallait faire un voyage de
plusieurs heures, et le confort que ce séjour offrait
était très succinct.
Il attendait avec espoir des jours de plus grand
aisance pécuniaire, pour entreprendre les travaux
qui risqueraient bien de se révéler incontournables
sous peu.
Lorsque la missive de la mairie du village lui
signala un problème urgent dans la maison, il fut
tout d'abord furieux.
Comment trouver le temps pour venir faire la
moindre des réparations ?
3Mais le message était clair, des taches
inexplicables apparaissaient sur les murs de la
façade, et il était impérieux que le propriétaire
vienne se rendre compte des risques de dangers
possibles que cela pouvait éventuellement
représenter.
Le service de la commune s'était fait insistant, car
il semblait que les taches s'étaient encore
agrandies dans les dernières semaines. Donc le
propriétaire de la maison s'était résolu par la force
des choses à aller assumer son rôle de responsable
du lieu.
C'est pourquoi luttant contre sa procrastination
naturelle, sa tendance à remettre au plus tard
possible certaines obligations, il s'était ce soir là
déplacé en voiture.
Sa rêverie durait depuis un long moment pendant
que le véhicule avançait toujours aussi lentement.
Les heures défilaient et les traits de lumière
avaient baissé en intensité, les couleurs perdaient
leur combat contre l'ombre.
Tout en dirigeant d'instinct sa voiture, il voyait les
arbres l'entourer de toutes parts, il traversait
maintenant une forêt épaisse qu'il avait du mal à
reconnaitre.
Il lui sembla que ce lieu lui était inconnu. Il
ressentit soudain un sentiment d'étrangeté qui
4détruisit tout à fait l'euphorie qui l'avait envahi
plus tôt pendant sa contemplation bucolique.
Il n'avait jamais remarqué que ce bois fût si grand
et que la route fût si étroite.
Il avait trop rêvé, ne s'était-il pas trompé de route
?
Il était soudain plus tendu, mais aussi en colère
contre lui-même. Voilà, se reprochait-il, je rêve et
je ne fais pas attention à ce qui m'entoure.
Il se disait qu'il allait devoir faire demi-tour, ce
n'était pas possible qu'il ne reconnaisse pas les
lieux !
La nuit était maintenant totale.
Un reflet de lune froide et blanche faisait sourdre
un malaise dans son ventre.
Mais où suis-je ? se répétait-il, et comment
tourner, comment retourner en arrière ?
Aucun lieu au bord de la route trop étroite ne
permettait un retournement.
Alors qu'après une longue distance parcourue, le
bord de la route offrait enfin un bas-côté
permettant une manœuvre, il s'apprêta à reculer.
Pour cela il engagea le véhicule face aux arbres et,
c'est alors que de façon tout à fait inattendue il se
retrouva face à un banc Napoléon et, un calvaire
c’est à dire une croix représentant Jésus crucifié,
qu'il reconnut immédiatement.
5A la vue de ce précieux point de repère il connut
alors bien plus de stupéfaction que de
soulagement.
Mais qu'est-ce qu'il fait là ce monument ? s'écria-
t-il ! je me croyais perdu, mais pourquoi je ne
reconnais rien autour de moi, pourquoi ?
Son esprit s'emballait et il lui semblait qu'il
perdait son calme, un sentiment progressif de peur
s'insinuait en lui, lentement.
Au moment où il décidait de quitter cette route, ce
signe de reconnaissance lui apparaissait pour
l'inciter à continuer, tout comme si la nature
environnante le retenait.
Maintenant il était rempli de crainte, il se sentait
effrayé par ces masses de végétation qui
l'emprisonnaient, il ne comprenait pas, perdait-il
l'esprit ? Il ne retrouvait rien de connu, il était
étranger à cette route qu'il avait pourtant
empruntée tant et tant de fois auparavant.
Sans en comprendre bien les raisons il continua
machinalement d'avancer, incapable de prendre
une décision, mais comme entrainé. Il poursuivit
son chemin que bordait un champ, puis un
interminable stère de bois empilés, puis un
bosquet touffu et noir. Et finalement, soudain
après le virage, apparut sa maison haute, seule,
sombre silhouette sur un ciel ténébreux.
6Et sous ses yeux plissés pour mieux transpercer
l'obscurité, il fixait la porte, les fenêtres, et le mur
de façade qui dans un rayon de lune blafarde se
montraient couverts de larges taches brunes
irrégulières.
Le spectacle était si étonnant, si inexplicable. Il
restait immobile, indécis, assis avec un sentiment
de stupéfaction qui faisait une fois de plus
remonter en lui une boule d'angoisse.
Mon Dieu, mais qu'est-ce que c'est que ce truc !?
Murmurait-il abasourdi.
Figé, il regardait la façade en attendant qu'une
réponse cohérente se crée dans son esprit. Il n'y
avait pas de raison, tout a une explication !
De nature plutôt cartésienne, il avait toujours
prôné des raisons concrètes à toute chose
paraissant surnaturelle. Les évènements lui
avaient d'ailleurs après analyse, toujours donné
raison.
Toutefois, il devait admettre que quelque chose
d'inhabituel se passait, dans cet endroit qu'il
connaissait si bien.
L'environnement même en pleine nuit, ne lui avait
jamais inspiré d'inquiétude. Au contraire, il
éprouvait chaque fois qu'il se mettait devant sa
porte, durant les courts séjours qu'il passait ici,
7une torpeur alanguie et un bien-être reposant qu'il
ne ressentait nulle part ailleurs.
En cet instant, il lui semblait qu'une petite
sonnerie vibrait dans son esprit, comme pour
l'informer de l'approche d'un danger.
Tous ses sens étaient en éveil.
Ses yeux cherchaient, essayant de percer
l'obscurité, l'anomalie, le petit détail lui
permettant de comprendre la raison de son
malaise.
Un long moment passa sans que rien ne se
produise, ni même que le moindre son ne
retentisse, en dehors de sa petite sonnerie
intérieure qui, d'ailleurs, allait en s'amplifiant.
Mais quelle suite à cette histoire vais-je bien
trouver ? Se dit-il, perplexe.
Quelque chose, soudain attira son regard.
Sans doute était-ce un effet de lune qui avait joué
sur la façade de la maison, entre la porte et la
fenêtre du salon.
Il fixa intensément la tache d'où était provenue la
mouvance et qui l'avait intrigué.
Il n'avait pas rêvé. Cette tache de nouveau émit
une petite lueur étonnante, faite d'émanations
spasmodiques, comme pour des signaux en morse.
La logique ne trouvant pas place dans ce qu’il
venait de voir, il ressentit plus de curiosité que
d'inquiétude.
8Avec prudence, il s'avança très doucement vers le
mur et tendit la main en hésitant.
Il effleura la tache avec deux doigts qu'il retira
soudainement, il s'attendait à sentir la fraîcheur
habituelle de la pierre rugueuse et il croyait avoir
touché une peau tiède !
Intrigué,
pensant
que
l'ambiance
l'avait
conditionné pour réagir bizarrement, il tenta de
nouveau l'expérience.
Il plaça sa main à plat, sur le muret, le temps de la
retirer de nouveau, une quantité de sensations
l'avait traversé.
C'était chaud, vivant, et cela émettait de faibles
vibrations irrégulières. Il fit brusquement un pas
en arrière et ne quitta plus des yeux cette tache qui
faisait bien plus que l'intriguer.
Il devait le reconnaitre, il avait une frousse qui
commençait à l'envahir !
Une petite vibration du mur. Il vit nettement la
tache
changer
de
forme
et
s'agrandir,
insensiblement mais suffisamment pour que ses
yeux, qui ne la quittaient pas, aient saisi la
différence.
C'est alors qu'il remarqua que d'autres taches, sur
le mur, subissaient la même métamorphose. Une,
plus grande que les autres, au ras du sol, attira
plus particulièrement son attention.
9S'accroupissant, il en étudia l'apparence.
Il pensa aussitôt à un métal. Du chrome, peut-être.
Il avança lentement son index et se risqua de
nouveau à l'effleurer. Il éprouva la même
sensation de chaleur et de contact d'une peau.
La curiosité l'emporta sur la prudence et il appuya
fortement son doigt sur ce qui semblait être du
métal. Stupéfait, il constata que son doigt
s'enfonçait, comme dans un ballon peu gonflé !
Il retira sa main puis recommença de nouveau. Le
résultat fut identique.
Il se redressa lentement et se mit à réfléchir.
-" Soyons positif, se dit-il. Il doit s'agir d'une
forme de transformation de la pierre, due à
l'humidité, en rapport avec un domaine de la
chimie que j'ignore totalement".
Il est vrai que la chimie et la géologie étaient deux
matières dont il se fichait souverainement.
Il resta un moment, songeur, à observer les taches
métalliques qui très lentement se mouvaient sur le
mur, avec leur étrange variation de tons lumineux.
Une petite démangeaison à la cheville le fit se
pencher, instinctivement, pour se gratter. Une fois
encore, il se figea de stupéfaction et, sans doute de
peur naissante.
Sa main venait de se poser sur une chose molle et
visqueuse qui vivait et qui lui encerclait la
cheville !
10En un mouvement brusque il fit un saut en arrière,
s'arrachant à l'emprise de ce qu'il pensa être une
plante grimpante quelconque. Il fixa la chose des
yeux et crut qu'elle se tordait pour se diriger à
nouveau vers son pied.
À cet instant, la lune réapparut de derrière la
barrière de nuages qui l'avait dissimulée durant un
moment.
À la lueur sinistre de ce clair de lune, il eut un
moment d'interrogation. N'était-il pas en train de
faire un mauvais rêve ? Ce n'était pas possible !
Qu'est-ce que c'était, toutes ces plantes qui
sortaient du sol, tout autour de lui, semblant
vouloir se diriger vers sa personne ?
Cette fois-ci, un frisson glacé lui parcourut
l'échine et il sentit nettement une douleur lui
envelopper le crâne. Il avait la sensation que ses
cheveux se dressaient, tout raides sur sa tête. Il vit
que sa voiture semblait inaccessible, car encerclée
par de nombreuses plantes.
Cette fois-ci, la logique et le raisonnement ne l'ont
pas embarrassé.
Il sentit qu'il devenait vital qu'il se mette à l'abri.
D'un geste vif, il s'empara de ses clés, dans la
poche de son manteau et se précipita vers la porte
qu'il ouvrit en se reprenant plusieurs fois, tant ses
gestes étaient fébriles et nerveux. La porte s'ouvrit
sans un grincement, et il n'eut que le temps
11d'enjamber l'entrée. Déjà, il sentait de nouveau un
désagréable contact sur ses chevilles.
Affolé, il claqua la porte derrière lui et ressentit le
besoin de s'y adosser, comme si les étranges
plantes avaient l'intention de la forcer.
Il chercha de la main le tableau électrique qu'il
savait se trouver sur sa droite. Il dénicha le
disjoncteur et l'enclencha nerveusement. Il toucha
aussitôt l'interrupteur de l'entrée et l'actionna.
Rien, pas de lumière.
La peur, l'angoisse le saisirent et, fébrilement, il
recommença l'opération. Il comprit qu'il n'aurait
pas de lumière et resta immobile pendant que la
vraie peur s'infiltrait dans tout son être, le
tétanisant, lui bloquant la respiration.
Il réalisa alors toute l'horreur de sa situation, le
pire étant qu'il n'avait pas la moindre idée de ce
qui venait de se produire.
Dans l'obscurité la plus totale, dans le silence le
plus absolu, il eut l'effroyable sensation d'être
observé.
Cependant, il ne faisait pas noir qu’à l’intérieur.
La clarté que la lune créait auparavant sembla
disparaitre peu à peu. Il décida de regarder à
travers une fenêtre pour voir ce qui se passait. Et
il vit que les végétaux formaient une sorte de
dôme autour de la maison. Il n’était en fait plus
12tout à fait sûr que ce fût une plante. On aurait dit
un fluide métallique qui s’unissait pour lui faire
une prison. On pouvait voir quelques trous dans la
toison. Avec le temps, ils se faisaient beaucoup
plus rares et plus petits.
La maison était dorénavant complètement
enveloppée. L’homme se sentit profondément
claustrophobe. L’air semblait se faire moins
présent. L’atmosphère devenait fraiche. Il se mit à
grelotter. Il dut alors s’asseoir, car il sentait une
pression opprimer son corps. Ses oreilles lui
faisaient très mal. Il se sentit forcer de se coucher
tellement la puissance qui s’acharnait sur lui était
dure à soutenir. Il aurait voulu crier, mais ses
cordes vocales semblaient avoir perdu leurs
fonctions. L’impuissance et la vulnérabilité qu’il
ressentait créaient une terreur qu’il n’avait jamais
vécue auparavant.
La maison sembla devenir la proie de terribles
tremblements. Il pouvait entendre un bruit sourd
et étouffé au-dehors. La maison tremblait
tellement qu’elle semblait vouloir exploser. Le
froid passait à une chaleur très intense. Il se sentit
comme dans un four crématoire. Des fenêtres on
pouvait
voir
une
lumière
jaune-orange
13incandescente. L’homme croyait vraiment qu’il
allait mourir.
Et puis le calme vint. Plus de tremblements, plus
de bruits, plus de pression, mais seulement une
température ambiante tiède. Il osa se lever
lentement. Avec crainte, il alla voir au-dehors. Ce
qui était le dôme sembla se dissiper. On ne voyait
toujours pas la lune. Le décor avait été modifié.
Les plantes vivantes semblant avoir changé d'avis,
ne formaient plus un dôme mais un stupéfiant mur
très élevé qui semblait avoir pour dessein
d'empêcher toute approche.
Quoi qu'inquiet Luc (c'est le prénom de notre
personnage, il serait temps !) s'approcha
craintivement du mur de végétation d'où suintait
une bave écœurante.
Il n'avait pas encore soulevé une main que des
tentacules menaçants se dressaient vers lui en
émettant un chuintement aigu.
"Tiens, se dit-il, elles suintent et elles chuintent ! "
Ce qui prouvait que malgré tout il n'avait pas
perdu le sens de l'humour.
Faisant hâtivement un pas en arrière, il savait
maintenant qu'il était définitivement prisonnier
dans l'enceinte de la maison.
14Il n'avait d'autre solution que de retourner dans
cette demeure, aussi peu accueillante qu'elle fut.
Sitôt rentré, il ferma la porte à double tour, par un
réflexe bien inutile.
Le noir absolu régnait autour de lui et la sensation
d'être épié était toujours aussi acérée.
Connaissant bien les lieux, il se dirigea à tâtons
vers le meuble living, dans le salon. Toujours à
tâtons, il trouva la lampe de poche rangée dans un
tiroir. Sa lumière remplit l'espace et, durant un
instant, il imagina que tout était normal. Mais
juste un instant ; un bref instant.
Ses yeux furent aussitôt attirés par les larges
plaques métalliques qui couvraient une grande
partie des murs à l’intérieur de la bâtisse, se
dirigeant aussi vers le plafond.
Cette situation insensée lui bloquait toute faculté
de réflexion, si ce n'était qu'il réalisait
parfaitement que la faim le tenaillait depuis un
moment.
Avant toute chose, il pensa à atteindre et à allumer
la vieille lampe à pétrole qu'il conservait plutôt
comme éclairage d'ambiance, quand l'opportunité
se présentait.
Aussitôt, il songea à Nathalie qui devait arriver
après-demain. Qu'adviendra t'il d'elle ?
15Il se mit alors à préparer, à l'aide de son stock de
conserves et de son petit réchaud à alcool, quelque
chose qui au moins calmerait sa faim.
Il fut surpris de son appétit. La peur ne le quittait
pas mais, étrangement, il semblait s'y accoutumer.
C'est plus tard, en rangeant un tant soit peu autour
de lui, qu'il aperçut une bouteille de whisky qu'il
conservait là, au même titre que sa lampe à
pétrole.
Il n'avait ni l'habitude ni le goût de l'alcool, mais il
se dit que cette soirée était une excellente raison
de commencer.
Se sentant las, brusquement, il se laissa tomber
sur le sol, adossé au mur, la bouteille à la main.
Tout en réfléchissant à sa situation aussi absurde
qu'incroyable, il déboucha la bouteille et, aussitôt
avala une longue lampée.
Il eut l'impression d'avoir le feu à la gorge et se
mit à tousser. Il recommença à boire, mais plus
lentement, par petites rasades.
Il ne fallut pas longtemps avant que l'effet de
l'alcool se fasse sentir. Contrairement à ce qu'il
espérait, Luc ne trouva aucun apaisement dans
son début d'ivresse.
Désespéré plus que jamais, il se remit à boire,
cherchant le fameux oubli dont il avait tant
entendu parler.
16Il ne sut jamais à quel stade il s'était effondré sur
le côté, dans une sorte de coma qui, au moins, lui
épargnait son étrange réalité.
A l'extérieur :
Un oiseau de nuit contemplait cet étonnant
rempart hérissé de branches menaçantes, comme
pour abriter l'énorme objet en forme d'obus qui se
dressait au centre, en émettant d'étranges lueurs
spasmodiques, comme pour émettre un message
vers l'inconnu.
La lune disparut de nouveau, rendant plus réelles
ces zébrures électriques.
Luc s'éveilla, surtout à cause de la douleur
lancinante qui lui tenaillait la tête.
La situation lui revint en mémoire, dure et sans
pitié.
Quand il ouvrit enfin les yeux, il fut stupéfait. La
nuit était toujours aussi profonde.
Un coup d'œil à sa montre lumineuse lui apprit
qu'il était près de neuf heures du matin !
Pas un seul rayon de clarté entre les lattes des
volets, pas une seule lueur provenant des diverses
petites ouvertures de la maison.
Sidéré, il retrouva à tâtons sa lampe de poche et
l'alluma.
17Il resta figé, la bouche béante, les yeux
écarquillés.
L'intégralité de la maison était tapissée d'une
couche de ce métal qui l'avait tant intrigué !
Plus une seule fenêtre, plus de porte, de bouche
d'aération. Rien d'autre que cette surface chromée
qui avait pris toute la place. Il se redressa
difficilement, faisant fi de ses douleurs de tête, et,
voulant s'appuyer sur le dossier d'une chaise, il
s'aperçut alors que celle-ci était rivée au sol.
Quelques instants plus tard, il constatait qu'il en
était de même pour tout ce qui se trouvait dans la
maison.
Et ce fut en balayant la pièce avec le rayon de sa
lampe qu'une chose impossible se montra à ses
yeux.
Une trappe était ouverte dans un coin du salon.
Après un long moment, il s'en approcha, en même
temps qu'une très faible lueur sembla émaner de
cette trappe. Il aperçut les premières marches
descendant vers les entrailles d'un épais mystère.
Parvenu à ce stade de son aventure, Luc se fit la
réflexion que si personne ne venait changer le
cours de celle-ci, elle devrait inexorablement se
terminer comme Bacchus l'a prémédité, ce qui ne
serait pas forcément une histoire en happy end !
18Deux possibilités s'offraient à lui, ou il se dirigeait
vers la trappe pour la refermer. Dans ce cas,
Bacchus, bien embêté, serait bien dans l'obligation
d'attendre que quelqu'un s'occupe de lui d'une
manière différente, puisque Bacchus, en ouvrant
cette trappe, avait très certainement une idée
derrière la tête ! Ou bien il se dirigeait vers la
trappe et, après une longue hésitation que chacun
comprendrait
certainement,
se
déciderait
peureusement à se hasarder sur cet escalier, ce que
Loriane, tout en le redoutant, espère secrètement,
quitte à passer une nuit cauchemardesque, ses
deux toutous pressés contre son flanc tremblant.
Perdue aux confins de ces deux possibilités, on
peut toutefois entrevoir une troisième, parfois
utilisée en cinéma : un remake de la fin du film,
selon des goûts différents.
Ça c'est une idée qu'elle est bonne, s'est dit
Bacchus,
souvent
à
l'unanimité
lorsqu'il
s'interpelle in petto.
Voilà pourquoi bien qu'il meure de trouille, Luc
s'avança très lentement vers cette angoissante
trappe, se demandant bien inutilement d'ailleurs,
comment une trappe pouvait se trouver là
puisqu'il savait fort bien qu'il n'y avait même pas
de vide sanitaire.
19Il mit un temps infini à s'approcher de cette
étrange trappe. Il sentait une coulée de sueur
glacée qui lui coulait le long de l'épine dorsale. Il
savait qu'il devrait tout au contraire, s'éloigner le
plus possible de cet endroit qu'il sentait maléfique,
pour autant qu'il puisse y avoir un endroit plus
maléfique qu'un autre dans cet antre du diable.
Il se retrouva au bord de l'ouverture. Au fur et à
mesure qu'il s'était rapproché du bord, la lueur qui
émanait des profondeurs s'était insensiblement
accrue.
Il avait une vue plongeante sur l'escalier. Son
cerveau enregistra quelque chose qui ne l'étonnait
même plus. Tout était intégralement coulé dans la
même matière que celle des murs, du plafond, du
plancher et, il en était persuadé, que tout
l'ensemble extérieur de la maison.
Une
vibration
à
très
basse
fréquence,
pratiquement inaudible, prit le contrôle de son
esprit. Ce fut donc dans un état second qu'il posa
un pied sur la première marche. Il y a des
premiers pas dans la vie de tout homme, qui on se
plait maintenant à appeler ' l'effet papillon '.
Luc ne pouvait savoir la véritable portée de ce
premier pas.
A l'instant même où son pied se posait sur la
première marche, il ressentit une vibration lui
20remonter le long de sa jambe. Il en fut de même
pour le deuxième ainsi que tous les autres pas qui,
marche après marche, le faisait disparaitre dans la
trappe, jusqu'au moment où ses yeux ne purent
plus voir le sol de la pièce qu'il venait de quitter.
La trappe se referma brusquement. Surpris, Luc
leva la tête et constata que plus rien ne subsistait
de la découpe de la trappe, uniformément noyée
dans la masse métallique qui l'environnait. Il se
sentait maintenant inexorablement attiré vers le
bas de cet escalier, bien qu'il fût très conscient
qu'un danger immense le menaçait.
Pas après pas, vibration après vibration, il
s'enfonçait vers le cœur de son destin. Il lui
semblait que cet escalier n'aurait jamais de fin.
Et puis il distingua l'approche du seuil d'un palier.
Malgré tout, la curiosité, mêlée de crainte, lui
mordit les tripes.
Il se trouvait maintenant sur ce palier. Il s'arrêta et
jeta un regard circulaire sur ce qui l'entourait. Il se
trouvait dans un cube de trois mètres, entièrement
du même métal que tout le reste avec. Dans le
centre de la pièce il y avait une sorte de relief en
forme de fauteuil aux courbes arrondies. Et rien
d'autre. Rigoureusement rien d'autre.
Il avança d'un petit pas dans cette étrange pièce et
il entendit un léger bruit derrière lui, qui le fit
21retourner nerveusement. L'entrée menant à
l'escalier venait de disparaitre. Il se trouvait
maintenant dans un espace très restreint, sans
aucune possibilité de s'échapper, de faire marche
arrière, de choisir une solution quelconque.
Il resta debout, hébété, l'esprit bloqué, bouche et
yeux grands ouverts.
Un très long moment se passa.
Quand il reprit enfin ses esprits, il s'aperçut qu'il
n'avait qu'une seule chose sur laquelle poser son
regard, cette chose qui ressemblait vaguement à
un fauteuil. Il avait beau chercher, il ne trouvait
aucun autre détail qui aurait pu arrêter le regard.
Le temps passait. Il n'en avait plus la notion.
La fatigue se faisait maintenant sentir et il
envisagea, bien à contrecœur de s'installer sur ce
fauteuil, puisque rien d'autre ne lui était possible.
A l'instant même où son corps s'affaissait sur le
siège de métal, il n'eut pas le temps de se rendre
compte que le métal épousait parfaitement les
formes de son corps, douillettement même. Ses
membres se trouvèrent emprisonnés par des liens,
de métal bien entendu, sortis comme du néant.
Bien que n'éprouvant aucune gêne, Luc était
totalement immobilisé, ne pouvant bouger que ses
doigts.
22C'est en les agitant qu'il sentit quelque chose qui
venait de surgir, sous les doigts de sa main
gauche.
En abaissant son regard, il vit une sorte de
bouton-poussoir, juste sous son index.
Il comprit aussitôt que l'entité, qui régnait sur lui
et toute chose de la maison, avait décidé que lui
seul prendrait la décision d'agir sur ce bouton. Luc
se demanda quelle raison pouvait justifier ce
semblant d'autonomie, dans la mesure où son avis
n'avait pas été sollicité, jusqu'à présent.
Il se passa plusieurs heures durant lesquelles Luc
passa en revue toutes les hypothèses se présentant
à son esprit. Bien sûr, il n'avait aucun choix et,
finalement, il se dit que, si ' on ' en avait voulu à
sa vie, il y a longtemps que son sort aurait été
réglé.
Il retarda autant qu'il put la pulsion qui le poussait
à appuyer, jusqu'au moment où il fit le geste,
presque sans s'en rendre compte.
Un effrayant bruit de sirène l'environna aussitôt,
en même temps que de très puissantes vibrations
se mirent à agiter le fauteuil et toute la masse
l'environnant.
23À l'extérieur :
La nuit tombait une nouvelle fois sur l'inquiétante
clairière. L'oiseau de nuit s'enfuit à tire d'aile
lorsque le cône métallique, auquel il était en train
de s'habituer, sembla entrer en fusion, d'une
flamme d'un blanc éblouissant, pendant que la
clairière entière se mettait à vibrer et que
lentement, le cône sortait de terre, mettant à jour
un long tronc uniforme.
Il y eu un brusque éclair et puis plus rien. La nuit,
le silence reprirent possession des lieux.
La haie de plantes vivantes sembla s'affaisser sur
elle-même, se rabougrit pour disparaitre petit à
petit.
Au centre de la clairière, il n'y avait plus la
moindre trace de l'existence d'une maison ayant
pu se trouver à cet endroit. Seul un profond
gouffre pouvant donner à croire qu'un
affaissement de terrain s'était produit ici même.
À des millions d'années-lumière :
Dans les confins d'une galaxie ignorée des
hommes, sur une planète aux caractéristiques hors
des normes de notre imagination, des formes
24translucides se déplaçaient sous une coupole
gigantesque. Elles se mouvaient avec une lenteur
telle que des yeux humains les verraient à peine se
déplacer. La valeur du temps prend les
dimensions que le temps veut bien lui donner. Les
formes se déplaçaient autour de milliers d'images
holographiques parvenant de tous les coins des
galaxies les plus reculées.
C'était les images de toutes les sondes en retour de
mission qui, dès l'instant de leur décollage, étaient
prises en charge par les circuits de guidage.
L'image holographique d'une étrange planète
bleue apparut quelque part sous la coupole. La
sonde avait l'énorme intérêt de ramener,
évènement rarissime, une chose vivante se
trouvant sur la planète visitée. Cette chose était
maintenue en sommeil durant l'interminable
voyage qu'elle avait commencé.
Vingt ans plus tard.
Faith gara sa voiture entre les deux saules qui se
trouvaient là. Elle ôta ses lunettes de soleil, et, du
haut de ses vingt ans, elle jeta un dernier coup
d'œil à la carte dépliée sur ses genoux. Ainsi,
c'était ici. La verdure avait à peu près tout
recouvert, mais il subsistait la trace d'un cratère
assez impressionnant par terre.
25Sa mère, Nathalie, était enceinte d'elle quand elle
l'avait vu pour la première fois, et elle n'y était
jamais retournée. Depuis, elle avait élevé seule la
fille de Luc, Faith, et avait tenté d'oublier cette
histoire. Mais Faith ne l'entendait pas de cette
oreille : elle avait eu un père un jour, et s'il avait
disparu de la vie de sa mère avant même qu'elle
ne vienne au monde, il ne l'avait pas fait
volontairement. Faith croyait dur comme fer qu'il
avait été assassiné, ou enlevé, mais certainement
pas parti. Sa maison d'enfance avait disparu aussi,
et une demeure ne s'évapore pas en un claquement
de doigt. Faith était convaincue qu'il y avait une
histoire sordide derrière tout ça.
Faith repoussa tout son fourbi sur le siège
passager, et quitta l'habitacle. Brune, grande et
élancée, elle avait la beauté de sa mère et la
vivacité de son père. Elle marcha jusqu'aux
fondations de la maison, en partie épargnées par.
Par quoi ? Là était la question. Nathalie lui avait
dit que c'était là la dernière fois qu'elle l'avait vu.
Une bien maigre piste.
Faith s'accroupit. Elle avait marché sur quelque
chose de mou et écœurée, elle s'était arrêtée.
La jeune femme s'était figée en découvrant ce sur
quoi elle avait mis le pied. On aurait dit un
lambeau de peau, lisse et grise avec des tons
26rosés. Elle fit trois pas en arrière, et regarda autour
d'elle. Un hululement sinistre lui fit lever les yeux.
Elle eut la surprise de découvrir une chouette,
perchée sur la branche du saule sous lequel elle
avait garé sa voiture. Un oiseau de nuit, en pleine
journée ? L'animal sembla la dévisager, puis
déplia les ailes et s'en fut majestueusement. Faith
secoua la tête. Ce n'était que son imagination,
voilà tout.
Elle se dirigea de nouveau vers ce qui restait de la
maison, c'est à dire la base, le plancher et ? Un
immense trou dans le sol. Il semblait s'enfoncer
loin sous la terre, mais en pente suffisamment
douce pour être dévalée sans trop de risques.
Décidée, la jeune femme retourna à sa voiture, et
se munit de la lampe torche qu'elle avait prise au
cas où. Elle se félicita de sa prévoyance, tout en
revenant sur ses pas.
De là où elle était, ce trou bizarre lui paraissait
d'un lugubre sans nom. Elle inspira profondément,
et murmura : « C'est pour toi, papa, alors ne me
laisse pas tomber, d'accord ? », avant de
descendre.
On aurait pu comparer cela à une descente aux
enfers. Plus elle s'enfonçait, et plus l'air devenait
27lourd, et plus la lumière baissait. Elle alluma sa
torche, quand soudain son pied glissa sur quelque
chose. La même matière que tout à l'heure. Elle
dégringola le reste de la pente, criant tout en
gardant la précieuse lampe torche serrée dans ses
bras. Qui sait ? Ce serait peut-être la dernière
source de lumière qu'elle verrait jamais. Alors
qu'elle se relevait avec peine, toute crottée de
boue et d’autre chose, elle maudit sa curiosité.
Deux, trois tapes sur sa torche, et celle-ci accepta
de s'allumer, au grand soulagement de sa
propriétaire.
Soulagement de bien courte durée. Un peu de
cette même matière qu'elle retrouvait partout était
incrustée dans les parois boueuses, comme si.
Comme si quelque chose d'énorme et constitué de
ce matériau s'était délogé de son écrin d'argile.
Elle secoua la tête. Tout ceci devenait absurde,
illogique, irrationnel. Elle détestait l'irrationnel,
elle qui trouvait réponse à tout.
Quitte à rester coincée sous terre, autant trouver
un moyen de s'en sortir, songea-t-elle. Sa fidèle
lampe lui dessina un chemin. Elle évolua dans les
ténèbres quelques minutes, ou des heures, peut-
être, quand une autre lumière, bien plus intense,
jaillit des entrailles de la terre. Une lumière
bleutée, aveuglante. Elle coupa net sa lampe et
28s'accroupit, le cœur battant à cent à l'heure, priant
pour que la chose, quoi qu'elle fût, ne la trouve
pas.
Rien ne venait. Intriguée, Faith osa mieux
regarder. La lumière ne semblait pas bouger,
plutôt figée. Elle se releva laborieusement, et s'en
approcha. Peut-être qu'elle découvrirait ce qui
était à l'origine de la disparition de son père et de
sa maison, finalement.
Luc flottait, il savait que son corps avait perdu de
sa matière. Il était désincarné, sans masse,
habitant d'une lumière blanche et douce. Il avait
depuis longtemps perdu la notion du temps passé.
Les loriens l'avaient enlevé à son monde depuis de
longues minutes-lumières et son arrachement ne
pesait pas sur son esprit. Il était paisible, sans
révolte.
Il avait reçu le savoir de son aventure par le même
moyen que tous les habitants de cette planète,
simplement par communication sensorielle dans
son esprit.
Il avait obtenu par le même truchement tous les
renseignements qu'il put désirer sur son nouveau
lieu de résidence forcé, sur les raisons de son
enlèvement.
29Sur la transformation de sa maison en navire
spatial par les soins des loriens qui avaient
soigneusement préparé ce départ. Il savait
maintenant comment avait été commandé à son
insu l'intervention de Bacchus qui devait ouvrir la
trappe, et le dirigeait vers l'escalier menant à la
salle de contrôle.
Depuis des millénaires les émetteurs fouillaient le
cosmos à la recherche du sauveur de leur monde.
La planète Loria était cent fois plus grande que sa
petite planète bleue d'origine, trois énormes lunes
de couleurs différentes gravitaient autour d'elle.
La plus petite Amme était rouge, remplie de
métal, de cuivre, d'argent, de magnésium, de zinc,
de silicium, d'or, de nickel. Elle était la réserve
des richesses des loriens, et s’avérait souvent
utilisée pour ses capacités de transmission des
ondes.
La deuxième lune, deux fois plus grosse
qu’Amme, se nommait Gaïania. C'était un superbe
objet céleste, elle était presque aussi bleue que la
Terre, comportant essentiellement de l’eau et des
vies animales. Elle se composait de carbone, et
elle portait des vies extraordinaires, des plantes
fabuleuses dont un arbre précieux pouvant
atteindre cinq cents mètres de hauteur.
30Sur une orbite bien plus haute dans le ciel mais
beaucoup plus grosse que les deux autres satellites
de Loria, tournoyait à grande vitesse Zyrpho, la
troisième lune, qui scintillait de tous les feux de
l'univers. Zyrpho était composée de diamant pur,
cet énorme morceau de carbone s’était formé dans
un système cristallin cubique au moment de la
formation de Loria et sous l'effet que la puissante
pression que cette naissance provoqua.
Depuis l'espace, Seule Zyrpho était visible, son
rayonnement puissant troublait les ondes et
dissimulait en partie la planète et ses deux autres
lunes.
Loria et ses habitants diaphanes tournoyaient en
paix au centre de leur galaxie. Depuis des millions
d'années la vie se développait avec harmonie, et
rien n'avait laissé présager le drame qui menaçait
ce peuple paisible aux capacités cognitives si
développées.
Eux qui avaient maîtrisé les passions, les
violences, eux qui avaient développé leurs
connaissances et leur sagesse avaient vu
inéluctablement leur race se perdre. Un germe
venu probablement de l'espace avait perturbé leur
patrimoine génétique et se propageait, détruisant
un à un leurs chromosomes et faisait disparaître
leur génome.
31Des désordres mentaux se multipliaient chez les
nouveau-nés.Beaucoup d’enfants loriens
régressaient, devenaient agressifs et stupides. Les
maladies les plus diverses se manifestaient et la
société toute entière se détériorait.
Devant ces menaces les loriens s'étaient résolus à
déporter les individus les plus atteints sur Gaïana.
Mais tous savaient que c'était là une solution
d'urgence insatisfaisante.
Aussi lorsque le principal Compuct, nourrit du
plus savant algorithme de recherche d'humain,
découvrit la présence du génome-médicament,
perdu sur un petit caillou bleu, d'un tout petit
système solaire, à la périphérie de la Voie Lactée.
L'espoir emplit la communauté encore saine de
Loria.
Le patrimoine génétique de Luc allait tous les sauver.
Depuis sa capture, les loriens avaient commencé
sans tarder les prélèvements et le traitement de
leurs cellules souches avait dépassé tout ce que
l'espoir leur permettait.
Luc possédait dans ses cellules un pouvoir de
restauration de leur patrimoine, de leur vie.
Luc flottait et sentait son esprit lui transmettre la
vision de Faith.
32Faith cette merveilleuse personne, sa fille, l'enfant
que Nathalie lui avait donné, cette merveilleuse
enfant qu'il avait découvert en même temps que
son enlèvement. Il la voyait dans les décombres
de la maison, elle cherchait son père, il sentait son
désir de le retrouver, malgré son état indolent il
était ému.
Et voilà qu’il venait d'avoir la confirmation que
Faith portait un patrimoine génétique intéressant
pour la recherche médicale. Et que donc elle était
aussi un élément essentiel à la survie, l'espoir,
l'avenir de tous les loriens.
Les loriens avaient besoin de Faith, car Luc
bien qu’il ait permis des avancées médicales,
n’avait engendré des espoirs de guérison que pour
une partie des maladies physiques et mentales
dont les loriens souffraient. Le peuple
extraterrestre espérait que d’autres pistes de
recherche s’ouvriraient à eux, grâce à Faith qui
possédait des gènes ressemblants à ceux de son
père, mais quand même différents de par
l’influence maternelle.
Toutefois il y avait des loriens qui ne
voyaient pas d’un bon œil, le processus de
guérison entamé par les médecins et les
chercheurs de Loria, il s’agissait des membres du
clergé supérieur d’Asclépias le dieu de la
33médecine. La dégénérescence des loriens les avait
poussés à se tourner vers la prière et, ceux qui leur
promettaient la guérison. Arthos le fondateur du
culte d’Asclépias avait eu la joie de voir son petit
culte, dont on se moquait à ses débuts, devenir la
première force politique et économique de Loria.
90% des loriens sont devenus des asclépiastes, et
la transformation de la démocratie lorienne en
théocratie, un régime où le pouvoir politique est
détenu essentiellement par les prêtres est en bonne
voie.
Seulement il y a deux grains de sable qui
contrarient les projets ambitieux d’Arthos, Luc et
Faith. Si la fille est aussi efficace que le père du
point de vue thérapeutique, les loriens souffrant
de maladies physiques ou mentales seront
beaucoup moins nombreux. Résultat ils seront
moins incités par les circonstances à se tourner
vers le clergé asclépiaste. Arthos se demandait
quoi faire, alors il était allé consulter son âme
damnée Rachelieu.
Arthos dit : - Le culte d’Asclépias après une
période de triomphe, commence à décliner. As-tu
une idée à me suggérer ?
34Rachelieu répondit : - Pour maintenir élevé le
nombre de fidèles asclépiastes, il faut tuer Luc et
Faith.
- Si l’on découvre que j’ai commandité
l’assassinat de deux des plus grands espoirs de
guérison des loriens, cela causera un scandale
retentissant dont le clergé d’Asclépias ne se
relèvera pas.
- N’ayez crainte votre sainteté je connais un tueur
extrêmement sûr, la référence en matière de
meurtre. Il a rempli avec succès toutes les
missions qui lui ont été assigné, il n’a jamais
connu l’échec, depuis qu’il a atteint l’âge adulte.
- Quand même cela me navre de devoir recourir à
une solution extrême qui risque de causer la mort
de millions de loriens. Il n’y a vraiment pas
d’autre option que la tuerie d’après toi ?
- La maladie est notre fonds de commerce, si les
loriens se mettent massivement à guérir, ils se
détourneront du culte d’Asclépias.
- Nous même prenons des risques vis-à-vis de
notre existence, si Luc et Faith meurent, et que
nous sommes contaminés par la mort verte ou la
grippe mauve, nous risquons d’y rester.
- En tant que favoris d’Asclépias nous n’avons
rien à craindre des virus et des bactéries. En plus
notre foi sincère préserve nos familles et nos amis
de la maladie.
35- Tu as parfaitement raison Rachelieu, très bien je
te donne carte blanche.
L’assassin dont Rachelieu a demandé les services,
exigea dix millions de zols, soit une somme
suffisante pour pouvoir payer la construction d’un
vaisseau spatial ultra-moderne, pouvant contenir
des milliers de passagers. Il faut dire qu’il est le
meurtrier le plus doué de génération, il s’appelle
Ravilloc. Il est né sur la planète Aride, un endroit
où il pleut une fois tous les six mois. Les aridiens
survivent en buvant de l’eau souterraine. La
plupart d’entre eux ont des aptitudes de sourcier
très développées, ils détectent avec une grande
facilité les endroits où creuser afin de faire jaillir
de l’eau. Les aridiens sont un peuple de guerriers,
dès leur plus jeune âge les enfants d’Aride sont
initiés au maniement de l’arme blanche, des
pistolets lasers, à la stratégie, à l’empoisonnement
etc. Ravilloc a commencé à devenir une légende
dès l’âge de dix ans. Il a battu le jour de son
dixième anniversaire, Cid Jarnor, un guerrier
réputé qui avait enchaîné plus de cinq cents
victoires lors de duels au couteau. Les loriens sont
un peuple pacifique, ils n’ont pas des dispositifs
de sécurité très développés, tandis que Ravilloc
est un expert pour se faufiler sans se faire
remarquer dans des lieux extrêmement bien
36gardés. En plus Luc est dans un endroit faiblement
sécurisé, ses jours semblent comptés.
Ravilloc savait qu’il était aisé de tuer Luc. Son
esprit d’assassin avait déjà combiné tous les
scénarios possibles, tout en faisant attention à ne
pas laisser ses pensées décryptées par les loriens
dont les antennes extrasensorielles étaient
constamment en alerte. Il sentait la méfiance des
loriens à son égard, pacifistes certes, mais aussi
passablement xénophobes ! Les habitants de Loria
se pensaient meilleurs car ils avaient réussi à
maitriser toutes leurs passions, mais ils avaient
cette tare terrible issue du sentiment de supériorité
! C’était détestable, la façon dont les loriens
traitaient les aridiens, ainsi que les autres races
avec cette passion désincarnée d’honnêtes
botanistes, méprisant des cultures millénaires,
reléguant tout ce qui n’était pas eux au rang de
plantes ou d’animaux.
Ravilloc les haïssait ! Il comprima en lui une
bouffée de haine alors qu’il dépassait un groupe
de citoyens loriens qui le saluèrent avec des gestes
d’une lente politesse.
Oui, tuer Luc serait d’une facilité transcendante.
Les loriens n’avaient pas d’armes, l’état de
béatitude dans lequel ils avaient plongé Luc
37depuis près de vingt ans l’avait rendu mou et lent.
Ses muscles s’étaient atrophiés. Ravilloc l’avait
vu plusieurs fois en public, il avait été surpris de
la ressemblance quasiment physique qu’il
ressentait entre ce malheureux humain et les
loriens.
S’en prendre à Faith sera nettement plus difficile.
Devait-il attendre qu’elle soit rapatriée sur Loria ?
Devait-il aller la chercher sur Terre ? Le meurtre
de Luc allait déclencher l’alerte. Ravilloc décida
qu’il devait attendre patiemment l’arrivée de
Faith. Il y aurait d’émouvantes retrouvailles entre
le père et la fille. Là, l’assassin frapperait vite et
fort. Un double meurtre, puis il disparaitrait dans
la nature. Les millions de zols qu’il avait en sa
possession assureraient sa fuite vers Aride, ou
vers une autre planète où les loriens n’avaient
aucun contrôle, en dépit de l’idée qu’ils se
faisaient de leur toute puissance.
Ravilloc rejoignit le taudis des bas-fonds de la
ville lumière dans lequel il avait établi son
quartier général. Là, il s’assit sur la couche
minable de sa chambre. Il pensa un instant qu’il
était à présent millionnaire. L’ironie de cette
pensée le fit sourire. Il joignit ses deux mains aux
longs doigts agiles, semblables à des crochets et
38adressa ses prières aux anciens dieux d’Aride.
Débarrassé de sa haine par sa prière, Ravilloc
sentait à présent couler dans ses veines une froide
résolution.
Du côté de la fille :
Son cœur battait à tout rompre. Qu'est-ce que
cette lumière bleue ? D'où elle était, elle entendait
pulser comme un cœur gigantesque. Faith inspira
et expira lentement, pour se calmer. Puis, elle prit
son courage à deux mains, et bondit hors de sa
cachette. Il ne se passa strictement rien.
Méfiante, mais rassurée quand même, la jeune
femme continua d'avancer vers cette mystérieuse
chose. Elle se souvenait de tous les livres et les
films de science-fiction qu'elle avait vus, et ce
long tunnel aux parois lisses et luisantes lui
paraissait tout sauf humain, sauf connu.
Les petits hommes verts lui vinrent à l'esprit, mais
elle repoussa l'idée avec un soupçon d'incrédulité
mêlé à un zeste de crainte. Et s'il s'agissait
effectivement d'une chose venue d'une autre
galaxie ? Rien qu'elle eut jamais vu ne ressemblait
à ça. Et, elle n'était pas au bout de ses peines.
Elle crut rêver quand elle trouva l'origine du
ronronnement qu'elle entendait, de l'éblouissante
39lumière bleue qui la guidait. Un magma visqueux,
étincelant et ondoyant comme la surface d'un lac
sous un rayon de soleil, flottait à environ un mètre
du sol. Derrière, il n'y avait plus rien. C'était ici
que le tunnel prenait fin. Découragée, Faith tomba
sur ses genoux. Il se passa alors quelque chose
d'étrange. Elle sentit comme un contact, froid et
doux, agréable. Elle releva vivement les yeux : la
chose avait déployé un tentacule et en effleurait
son front. La créature n'était pas hostile. Faith
intriguée, distinguait des images mouvantes à la «
surface » de la bête. Elles étaient floues, mais
reconnaissables quand même. Ses souvenirs ! Elle
voyait le visage de sa mère, leur appartement et
ses amies d'école, puis ses premiers petits copains
et ses premiers chagrins, la remise des diplômes,
l'entrée dans la vie active. La créature lisait en elle
! Elle l'étudiait ! Et, même si elle violait son
intimité, Faith ne trouvait pas cela désagréable.
Au contraire, elle ne s'était jamais sentie aussi
bien.
Soudain, la créature prit la parole – Et c'était la
voix de sa mère, Nathalie.
- Faith, c'est bien ton nom, mon enfant ?
- Ou, Oui, répondit-elle.
- Je vois que tu voudrais des réponses à tes
questions, et je sais ce que tu aimerais savoir.
40Elle n'en croyait pas ses oreilles. Elle se pinça.
Intriguée, la créature lui demanda.
- Que fais-tu, mon enfant ?
- Je vérifiais que je ne m'étais pas endormie. Tout
ça est tellement.
- Inhabituel ? Je veux bien le reconnaître.
Faith se sentit blasée. Les puissances surnaturelles
savaient faire de l'humour ?
- Pourquoi, toute cette mise en scène ?
- Ce n'est pas une mise en scène. Il y a très
longtemps, une civilisation très éloignée de votre
système solaire a disséminé des sondes, les
matrices, dans les quatre coins de l'univers, à la
recherche d'un élément très important.
- Quel élément ?
- Toi.
Faith éclata de rire.
- C'est ridicule.
- Non, écoute moi, mon enfant. Un mal terrible a
frappé mon peuple, le peuple de la planète Loria,
nous ne savons toujours pas d'où il a tiré sa
source. Mais il décime mes créateurs un par un.
Alors moi, et d'autres matrices ont été créées, puis
envoyées en explorateurs. Il faut que tu saches
que rien sur notre planète, ni même sur notre
système, ne s'est révélé capable de nous fournir un
remède. Nos scientifiques en avaient la formule,
mais nos éléments n'avaient pas les propriétés
41chimiques adéquates. Je suis logée à cet endroit
depuis des millénaires, et rien n'est jamais
survenu. J'étais en veille.
La créature poursuivit, en changeant de couleur,
en passant du gris au rouge, pour montrer son
excitation :
- Et un beau jour, il a fallu qu'une maison soit
construite, juste au-dessus de moi ! Les êtres qui y
habitèrent étaient différents des autres humains,
car ils m'avaient réveillée ! Je sentais dans leur
constitution que des propriétés nouvelles étaient
nées, tout cela grâce aux mystères de la génétique
! Les loriens sont asexués, et leurs gênes ne sont
jamais combinés avec ceux de leurs partenaires.
Ils se reproduisent par clonage. Ils auraient pu se
trouver n'importe où ailleurs sur le globe, et ils ont
choisi le seul endroit où j'ai pu enfin les détecter.
Imagine ma fierté !
Faith s'installa un peu plus confortablement, en
frissonnant de temps à autre quand la matrice
s'enthousiasmait, projetant des étincelles de
matière autour d'elle.
- Mais, ils n'étaient pas encore assez puissants
pour pouvoir nous sauver. Je végétai donc,
attendant le moment propice ! Le temps passa.
Ces humains exceptionnels eurent un enfant. Il
s'appelait Luc.
42- Mon père !
Oui, Faith. Ton père avait en lui le génome qui
pouvait tous nous sauver, le génome dont on
pouvait extraire l'antidote.
- Pouvait ?
- Oui hélas. Il faut aussi que tu saches que tout
gouvernement, toute vie en communauté a ses
failles. Une religion très dangereuse régit les
loriens depuis la maladie, et la croyance leur
garantit l'immunité. Ce qui est impossible,
évidemment.
- Quel est le problème ?
- Ton, ton père, que j'ai personnellement envoyé
sur Loria, a été congelé et maintenu en état
d'hibernation, afin qu'il ne vieillisse pas. Mais
depuis il s'est beaucoup affaibli, et menace de
mourir. J'ai l'impression que les fanatiques
religieux vont se servir de sa faiblesse pour
prouver qu'il ne peut nous aider et, j'en ai bien
peur, le condamner à mort d'une manière ou d'une
autre.
- Je ne peux pas laisser faire ça !
- Ce n'est pas tout.
- Qu'y a-t-il d'autre ?
Tu as le gène en toi aussi, Faith, et je le ressens
encore plus nettement que chez Luc. Les loriens
peuvent vouloir t’utiliser toi comme ils se sont
servis de lui, et les fanatiques.
43- Essayer de me tuer.
- C'est ce que je voulais que tu comprennes.
Faith se releva, et marcha de long en large.
- Comment sais-tu tout ça ? Mon père est très loin
d'ici, selon toi.
J'ai créé un lien très puissant avec lui, comme je
l'ai fait tout à l'heure avec toi. Je ressens ce qu'il
ressent, et maintenant ce que tu ressens aussi. Il
s’estime en danger.
Emmène-moi là-bas !
- C'est très dangereux.
Faith haussa les épaules, comme une gamine.
- Si tu m'as fait comprendre tout ceci, matrice,
c'est bien dans le but que je sauve mon père, et
surtout les loriens.
Faith voyagea à une vitesse extraordinaire,
qui dépassait largement celle de la lumière, soit
plus de trois cents mille kilomètres à la seconde.
Cependant son périple dura longtemps, elle
attendit plus d’un an dans la navette. Lorsqu’elle
arriva Faith eut le droit à des acclamations de la
part des loriens. Louinoc le chef d’état de Loria,
vint en personne lui témoigner sa reconnaissance
pour avoir accepté de venir de son plein gré sur sa
planète. Lorsqu’Arthos apprit la nouvelle de la
venue de Faith, il écuma de rage, il se demanda si
son assassin Ravilloc avait échoué. Le meurtrier,
44cependant avait préparé un piège terrible, bien que
son traquenard ait une apparence anodine. Le
tueur était aux premiers rangs du comité d’accueil
destiné à célébrer la venue de la fille de Luc. Une
fois qu’elle sortit de sa navette, Ravilloc déboucha
une bouteille, ce simple geste aura des
conséquences terribles. Une discussion s’engagea
entre Faith et Louinoc le président de la planète
Loria, il dit :
- Merci infiniment d’être venu, la gratitude de
mon peuple n’a d’égale que la détresse dans
laquelle nous nous trouvons. Mais grâce à vous et
votre père, nous avons une chance sérieuse de
sortir d’un âge de ténèbres. Que désirez-vous ?
Demandez et si c’est en mon pouvoir, j’exaucerai
votre souhait.
- Je ne désire qu’une chose, voir le plus
rapidement possible mon père.
- Ne vous en faites pas, vous pourrez bavarder
avec lui dès demain. Mais en attendant le jour de
votre rencontre que diriez-vous de participer à un
banquet ?
- Ce n’est pas de refus, le voyage dans votre
navette spatiale était confortable, mais j’en ais
plus que marre d’avoir été nourri sous perfusion,
je rêve de fruits, de légumes et de viande.
- Navré de vous décevoir mais nous sommes
végétariens. En outre le fait de consommer de la
45viande sur Loria est un délit passible d’une
semaine de prison. Toutefois vous ne serez pas
déçus nous avons de succulents fruits et légumes.
Arthos le chef du culte du dieu Asclépias, ne peut
s’empêcher de rendre une visite à Ravilloc le
meurtrier. L’acléspiaste était furieux.
- Quand allez-vous décider à vous bouger le train
au lieu de vous prélasser ? Votre cible prioritaire
est sur Loria depuis plus de dix heures, et pourtant
vous vous reposez. J’attendais de vous de très
bons résultats, mais je suis franchement déçu.
Vous n’êtes qu’un incompétent
- Ne vous en faites pas, d’ici quarante-huit heures,
vos deux principales causes de souci que sont Luc
et Faith, auront disparus. Je leur ai préparé une
petite surprise. Autrement je vous laisse trente
secondes pour vous excusez de m’avoir traité
d’incompétent, passé ce délai je vous tuerai de
manière douloureuse.
Arthos chercha dans le regard de Ravilloc, un
signe de bluff, le chef des asclépiastes, vit que le
tueur ne plaisantait pas. Aussi Arthos présenta de
plates excuses, même si cela heurta sa fierté. La
rencontre entre le père et la fille fut très
émouvante. Faith enlaça pendant vingt secondes
son géniteur et le couvrit de bisous. Les loriens
conscients que les deux parents avaient beaucoup
de retard à rattraper, accordèrent une heure de
46discussion entre le père et la fille, avant de
procéder aux prélèvements de sang, et à des
analyses poussées sur Faith. Luc fut le premier qui
engagea la conversation.
- Comment va ta mère Nathalie ? S’est-elle
mariée ?
- Maman a eu quelques aventures passagères,
mais rien de bien sérieux, en fait je crois qu’elle
est toujours amoureuse de toi papa.
- Même si j’aurais voulu que Nathalie refasse sa
vie, ne ressasse pas le passé, je suis content
qu’elle ne m’ait pas oublié.
- Maman a foi en toi, comme moi, elle a toujours
pensé que tu n’étais pas responsable de ta
disparition.
- Cela me fait beaucoup de bien d’entendre cela,
argh.
- Papa que se passe t-il ?
Luc se mit à éprouver une douleur terrible, et à
cracher du sang. Lui et Faith subirent alors des
tests sanitaires. À moins d’un miracle ils étaient
condamnés, car tous les deux souffraient de la
mort violette, une terrible maladie, inoffensive sur
les loriens, et les aridiens, mais encore plus
dévastatrice que l’ébola sur les terriens. Ravilloc
l’assassin avait joué un coup de maître.
La mort violette ?
47Le mot faisait peur, les loriens savaient que ce
mal étrange ne les affecterait pas, mais les
récentes manipulations opérées avec le patrimoine
génétique humain, les rendaient extrêmement
anxieux sur la question des maladies terriennes.
Les médecins et infirmiers loriens ne passaient
que peu de temps avec eux, pressés de se
décontaminer les membres après chaque contact.
- Reculez-vous ! Cria soudain le médecin en chef
lorien le docteur Zéréyon, à l’attention de Faith,
qui avait subi une batterie d’examen longs,
douloureux et qui voulait prendre son père si mal
en point dans ses bras.
« Les résultats des tests sanguins me sont
parvenus, Faith, il semblerait que vous ne soyez
pas encore infectée à cause de gènes vous donnant
un haut de niveau de résistance à la mort violette.
C’est un miracle que je ne comprends pas, à ce
stade de nos connaissances de la maladie. Vos
quelques symptômes physiques ne sont que des
réactions normales au contrecoup du voyage. »
Faith faillit sauter de joie.
48« Par contre votre père est condamné. La maladie
a progressé à 70%. Il sera mort demain soir ».
Conclut le médecin sans aucun ménagement
Faith fut portée de bras en bras, tentant mollement
de se débattre, mais trop glacée par l’horreur de la
situation pour hurler ou réagir violemment. Tandis
qu’on éloignait la jeune fille, son père était placé
sous une cloche de quarantaine technologique
dans une unité de décontamination du laboratoire
d’expérience, que Luc avait fréquenté toutes ces
années en toute liberté. À présent, il était enfermé
à double tour par une clé électronique tandis que
de lourdes sangles métalliques le maintenaient à
son lit. Son agonie était palpable de minutes en
minutes sous les yeux du docteur Zéréyon, resté à
son côté malgré la terreur. Des bubons noirs-
violacés se développaient sous ses bras et ses
cuisses tandis que la fièvre le rendait brulant,
terrassé et grelottant. La mort violette n’était autre
qu’une forme extraterrestre particulièrement
virulente de la peste !
Tout se passait à une vitesse qui tranchait avec la
lenteur habituelle des loriens et qui ne permettait
pas à Faith de bien comprendre. Elle se trouva,
elle aussi dans une chambre de confinement
stérile aux murs blancs et sans fenêtre, éloignée à
49jamais de son père. Un seul lit aux draps blancs et
frais occupait l’essentiel de l’espace. Soudain,
l’agitation autour d’elle cessa. Les médecins
loriens quittèrent la pièce. Elle réalisa brutalement
la gravité des choses, s’effondra par terre et pleura
toutes les larmes de son corps.
Le temps semblait s’être arrêté dans la chambre
stérile. D’abord prostrée, Faith hurla à l’aide.
Personne ne venait. Elle tambourina sur les murs
sans vraiment discerner l’emplacement de la porte
qu’elle avait pourtant franchi quelques instants
plus tôt, totalement désorientée par les murs,
tellement immaculés qu’ils en perdaient tout
relief. Toujours rien. La panique l’étreignait et
faisait flageoler ses jambes.
« Il faut repartir sur Terre pour demander du
secours. Les terriens sauront soigner ton père.
C’est un mal que j’ai déjà vu par le passé chez vos
congénères. »
Une voix impassible et blanche s’était élevée de
nulle part. Faith sursauta. Elle était presque
certaine que la voix venait de sa tête. Mais ce
n’était pas une pensée à elle.
- Qui est là ? Nom de Dieu, qui est là ? Cria la
jeune fille.
50- Je suis la matrice, celle qui t’as transportée
jusqu’ici. J’ai été aménagée pour assurer ta
protection, je ne serai désactivée que lorsque mon
programme estimera que ma mission est terminée.
Je reste donc en veille, en permanence branchée
sur tes ondes cérébrales que je scrute à distance.
- Super ! Big Brother veille sur moi ! Conclut
ironiquement Faith, soulagée pourtant de la
présence de cet ange gardien providentiel.
- Il faut sortir d’ici, retrouver ton père et repartir
dans la sonde sans éveiller les soupçons des
loriens, ni des mystérieux assassins qui vous
traquent. Il conviendrait d’ailleurs d’éliminer cette
menace si cela nous est possible. Nous
kidnapperons le docteur Zéréyon, qui semble être
le mieux informé sur la mort violette. Reprit très
calmement la matrice dont le pragmatisme faisait
froid dans le dos.
Et comment stopper l’évolution de la maladie le
temps du voyage ? Sans compter que sur Terre, il
faudrait trouver illico un spécialiste des maladies
infectieuses sans trop contaminer le reste de
l’humanité. Faith énuméra dans son esprit la liste
51des choses insurmontables qu’il faudrait faire
pour préserver sa vie et celle de son père.
- Quelles sont nos chances de réussite ? Demanda
Faith qui espérait une lueur d’encouragement.
- Une chance sur trois cent quatre-vingt-six
millions et des poussières, répondit l’imperturbable matrice.
Faith s’effondra par terre. Mieux valait rester
prostrée, pleurer son père. Elle se sentait si lasse,
si désespérée. L’abattement était à son comble. La
matrice lui envoya une très légère secousse
électrique par onde cérébrale, puis une seconde,
puis une troisième.
- Ok ! Ok ! On y va !
La matrice permit à Faith de sortir de sa chambre,
puis la guida, jusqu'au domicile du docteur
Zéréyon. La matrice produisit une arme laser,
qu'elle donna à la fille de Luc. Faith était fébrile,
elle se demandait quand elle entra chez Zéréyon si
son père était encore vivant.
- Docteur excusez-moi de vous braquer, mais
comme je ne suis pas sûre d'obtenir votre
coopération, je prends quelques précautions.
52- Ce n'est pas la peine de recourir à la force, je
suis prêt à faire tout ce qui est mon pouvoir pour
vous aider.
- Docteur quelles sont les chances de survie de
mon père ?
- Elles sont proches de 0%, d'ici vingt-quatre
heures il devrait mourir. Sauf si nous employons
un moyen très risqué. Le voyage en navette de
Loria à la Terre sera trop lent pour que nous
puissions ramener à temps un antidote à la
maladie de votre père. Toutefois je travaille sur un
téléporteur expérimental qui devrait vous
transporter en quelques secondes sur Terre.
L'ennui c'est que vous risquez de devenir folle à
lier, si je vous téléporte.
- Tant pis, je viens juste de retrouver mon père, je
veux faire le maximum pour le sauver.
- Il y a un autre danger, sur Loria il est possible de
vous protéger. Sur Terre, vous serez à la merci de
l'assassin qui a infecté votre père.
- Raison de plus pour agir, je veux damer le pion
au pourri qui s'en prend à ma famille.
- Très bien puisque vous êtes décidée, je vous
enverrai près du domicile de Pascal Galaté, il est
le meilleur spécialiste humain de la mort violette.
Le docteur Zéréyon avait eu raison de mettre en
garde Faith, Ravilloc avait entendu grâce à son
53capteur de sons, toute la conversation entre Faith
et Zéréyon. Sa proie avait échappé à la maladie,
mais Ravilloc comptait bien l'avoir avec une
méthode plus traditionnelle, un coup de laser dans
la tête. Peu après que Faith ait été téléportée,
Ravilloc raconta à Zéréyon qu'un complice à lui
avait pris en otage le fils du docteur. Par
conséquent Zéréyon se sentit obligé d'envoyer
Ravilloc sur Terre. Faith ne sortit pas indemne de
sa téléportation, en effet elle était devenue
paranoïaque. Son premier réflexe n'était pas
d'aller chez le spécialiste terrien de la mort
violette. Mais de se diriger dans un magasin pour
acheter de l'aluminium, afin de s'en faire un
chapeau destiné à la protéger des liseurs de pensée
du gouvernemen

Posté le : 21/05/2016 13:35

Edité par Loriane sur 25-05-2016 21:17:41
Edité par Loriane sur 25-05-2016 21:20:21
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Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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