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Les Alpujarras : Histoires des lieux et des hommes.
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Sans doute parce qu’il est l’un des lointains berceaux de ma généalogie familiale, il y a un lieu en ce monde, que j’aime passionnément, tout autant que l’Occitanie.
Ce lieu, qui se situe au sud de la péninsule ibérique. Il s’appelle « Les Alpujarras ».
Je me propose de vous le faire découvrir ici sur le forum « Mes passions », en deux carnets de voyage.
L’un s’attache à la description des Alpujarras ! (volet I)
L’autre raconte l’histoire des hommes qui ont vécu sur ce lieu. (volet II)

Carnet de voyage dans les Alpujarras (volet I)

Situation géographique
Au Sud de l’Europe, regardant vers l’Afrique, il existe un lieu où l’Orient et l’Occident se rejoignent.
Ce lieu s’appelle « Les Alpujarras ».
Il se situe au sud-est de l’Andalousie en Espagne.
Le nom « Alpujarras » est appliqué aux territoires qui s’étendent, du nord au sud, sur les contreforts sud de la « Sierra Nevada » et, d’Est en Ouest, sur une longue dépression géologique.
Cette dépression est occupée :
À l’Est par la vallée du rio « Andarax » qui se jette en Méditerranée à Alméria ;
À l’ouest par la vallée du rio « Guadalfeo » qui se jette en Méditerranée à Salobeña ;
Et elle est coupée par la vallée du rio « Grande de Adra » qui se jette dans la Méditerranée à Adra.
Enfin cette dépression est séparée, d’Ouest en Est de la mer Méditerranée, par les sierras de « Lùjar », de « Contraviersa » et de « Gador ». (1)

Formation géologique
Bien sur, on ne peut pas dissocier la formation géologique des Alpujarras de l’élévation montagneuse de la Sierra Nevada dont la hauteur maximum est de 3482 m (pic du Mulhacén) et qui date du tertiaire.
Pendant le quaternaire ce massif montagneux était couvert de glaciers. Ces glaciers ont façonné les vallées souvent en forme de fer à cheval et également les cirques entourés de sommets abrupts. On doit y ajouter une bonne cinquantaine de lagunes.
La résultante de tout cela c’est une configuration géologique qui aujourd’hui peut être diversifiée en trois zones :
La zone centrale qui est nommée « Lastra » (pierres plates) composée de roches métamorphiques. C’est sur cette zone que se trouvent les plus hauts sommets (16 pics qui dépassent 3000 m d’altitude.
La zone intermédiaire, qui forme une sorte de cercle interne comprenant des terrains triasiques formés : d’ardoise, de gneiss, de marbre, de serpentines et d’ardoises cristallines argileuses qu’on appelle aussi « argile de magnésie où localement « launa ».
Tous ces matériaux étaient et sont encore utilisés par les habitants des Alpujarras dans la construction ou la restauration de leurs habitations, notamment l’argile de magnésie dans les plafonds et les toits des maisons pour les imperméabiliser.
Enfin la zone extérieure dont les points culminants sont aux environ de 2000 m d’altitude et qui ceinture le tout de roches dolomites et calcaires dont les carrières de pierre à chaux ont aussi contribuées à construire l’habitat des Alpujarras.


Description des paysages
Les Alpujarras sont avant tout un lieu de contrastes, qui englobe une variété de paysages allant de la haute montagne de la Sierra Nevada, à la plaine du littoral méditerranéen, en passant par les magnifiques vallées des sierras de Guájares, Lùjar, Contraviesa.
La disposition géographique, entre les hauts sommets de la Sierra Nevada et la mer a favorisé, de tous temps, l’isolement de des territoires qui s’y situent, permettant ainsi de préserver une nature quasi intacte et les modes de vie et de peuplement ancestraux.

Diversité climatique
Lorsque je parle des Alpujarras, je ne peux pas faire l’impasse sur la diversité climatique qui habite ce lieu et ça, dans une même saison.
Cette diversité provient en partie des différences d’altitude. Ainsi passe-t-on des douces températures de la plaine côtière tempérée par la Méditerranée, aux fraicheurs des hautes Alpujarras, aux hivers enneigés et aux étés tempérés.

La flore et la faune
La flore et la faune des Alpujarras sont riches et variées. Elles se répartissent de manière graduelle allant des hauts sommets de la Sierra Nevada à la côte de la Méditerranée.
Vu la modeste densité de la population, l’environnement n’a pas eu à souffrir de l’impact des activités des hommes. On peut même dire que les habitants des Alpujarras ont préservé précieusement cet environnement naturel et ses espèces végétales et animales.
Côté faune, la haute montagne, est le royaume du chamois, de l’aigle impérial, de l’accenteur alpin (Prunella collaris) et la taupe.
Côté fore, on y admire « l’étoile des neige » (plantago nivalis)
Plus bas, où on trouve la grande forêt de châtaigniers, c’est le domaine renard, du sanglier, du blaireau et de la genette.
Plus bas encore, vivent le lézard ocellé (lacerta lepida), la vipère de Lataste (vipera latastei).
Ce petit monde évolue au milieu des figuiers de Barbarie.
Les très basses Alpujarras, sont le territoire du vautour fauve (Gyps fulvus), du chat sauvage (Felis silvestris) et la fouine dans un paysage un paysage caractérisé par les cultures en terrasse, les potagers, les céréales et l’arboriculture où les cultures d’irrigation alternent avec les surfaces de cultures sèches. (On y cultive encore la canne à sucre).
Voila pour ce qui en est de la terre et du sol, regardons maintenant ce qu’il en est de l’eau

Hydrologie
Les Alpujarras, bien que déjà peuplées au néolithique, ont vu leur essor démographique se développer lorsque les Berbères venus en 711 avec les troupes de « Tariq ibn Ziyad » (2) s’installèrent et surent capter et acheminer les eaux coulant du dégel et des sources pour pouvoir habiter et cultiver des territoires jusqu’alors peu hospitalier.
Dans les Alpujarras, au printemps, descendant de la Sierra Nevada, on peut contempler l’eau dans son environnement naturel dans les rivières, les ruisseaux et les sources ; la plupart ont des propriétés salutaires et curatives et se trouvent dans tous les territoires.
Mais on peut aussi voir cette eau dans l’extraordinaire réseau de canaux d’irrigation qui existe encore dans des localités, telle que celle de « Los Guájares », qui remontent à l’époque almohade.
D’anciens moulins, bassins, d’anciennes citernes et rigoles d’origines musulmanes parsèment les Alpujarras. De même que les fontaines et les vasques dont jaillit l’eau en permanence.
Chaque pueblo à sa fontaine et chaque fontaine a son nom :
à Cáñar: Fontaine de Poyo Dios ; à Cástaras: Fontaine des Caños ; à El Golco: Fontaine des Llanitos ; à Lanjarón: Fontaine des Adelfas ; à Laroles: Pilar de las Yeguas ; à Los Bérchules: Fontaine del Paraíso, Fuente des Carmelitas ; à Murtas: Fontaines del Cuartel, de Santa Cruz et de la Golera ; à Nechite: Fontaine de las Margaritas ; à Órgiva: Fontaine des Cantares ; à Pampaneira: Fontaines de los Poetas, del Cerrilo et de San Antonio ; à Pórtugos: Fontaine Agria ; à Válor: Fontaine de la Tableta ; à Yegen: Fontaine de los Tres Caños, Fuente Agria.
Et j’en oublie surement.

Aménagements agraires
Si vous joignez à cette eau, l’aménagement des surfaces agricoles en terrasses, réalisé, lui aussi, par les Berbères venus s’installer au 8ème siècle, vous possédez alors les deux ingrédients de base qui vous transforment un pays d’apparence aride en un paradis terrestre où il est possible d’avoir des jardins potagers familiaux, de mettre en place une agriculture fourragère et arboricole (amandiers, oliviers et muriers) qui, elles-mêmes, sont génératrices d’élevages (moutons et porcs) et d’industries (huiles et de la soie). C’est exactement ce qui s’est passé dans les Alpujarras et qui a perduré jusqu’aux temps modernes.

Les habitats
En ces lieux, qui ne seraient pas ce qu’ils sont sans le travail d’aménagement des hommes, ces derniers ont aussi marqué leurs empruntes identitaires dans la construction de leurs habitats.
Les endroits où l’habitat traditionnel des Alpujarras est le mieux conservé, ce sont ceux où se sont implantés les plus hauts villages.
Les implantations des maisons se sont faites en rationalisant les surfaces restreintes que la configuration des lieux rendait disponibles à la construction.
Nous avons donc là des maisons serrées les unes sur les autres de manière échelonnée dessinant des rues étroites et tortueuses qui elles même aboutissent à de petites places qui forment des croisements
La maison des Alpujarras est l’âme de la région.
Elle est construite à l’aide de matériaux des environs, dont j’ai déjà parlé, tels que la pierre, terre cuite, ardoise, launa (espèce d’argile qui sert à imperméabiliser les toits) ou de bois de châtaignier et aujourd’hui, presque toujours blanchie à la chaux.
Sa forme est presque toujours cubique, avec peu d’ouvertures sur l’extérieur.
Sa toiture est plate ou en terrasses ayant des auvents en ardoise.
Ses cheminées, dont leurs origines primaires seraient fixées dans les villages Berbères du haut Atelas, sont caractéristiquement de formes tronconiques coiffées de pierres plates. Elles auraient donc, elles aussi, été apportées par les Berbères de Tariq ibn Ziyad au 8ème siècle.
Et ses « tinaos », espèces de porches qui, parfois, transforment des rues en de véritables galeries couvertes, comme c’est le cas par exemple dans les quartiers de la Pileta et de Castillo, à « Capileira ».
Avant tout cette maison se veut toute simple, pratique et rationnelle. Elle est dépouillée dans sa décoration, pour ainsi s’insérer parfaitement dans son environnement.
La demeure est en général aménagée en deux niveaux très schématiquement on peut dire :
Que le rez-de-chaussée abrite les animaux.
Que l’étage est l’habitation des hommes où se déroule la vie quotidienne. On y trouve la cuisine-salle à manger avec la cheminée et la fenêtre, parfois un balcon et les chambres séparées par des rideaux. La porte du rez-de-chaussée possède généralement une ouverture en imposte faisant office de vasistas.
Si je ne peux pas dire que les villages et leurs maisons des Alpujarras sont ceux et celles du 17ème siècle, je peux dire, sans beaucoup de risques de me tromper, que les implantations territoriales de ces villages et l’implantation cadastrales de leurs habitats sont celles qui étaient en place durant leur appartenance au royaume de Granada fondé par « Zawi ibn Ziri » en 1013. Car la configuration géologiques des lieux et la nature de leurs sols, n’accordent quasiment aucune autre alternative.

Les habitants
Les habitants des Alpujarras, qui sont restés isolés durant des siècles entiers, ont acquis, de leur vie en parfaite harmonie avec leur environnement, des traits de caractère qui leur sont propres.
Le silence qui règne dans les Alpujarras (sauf les jours de fiesta) fait de ces gens, des êtres de nature tranquille et calme.
Une certaine lenteur dans leurs déplacements, due à mon sens à leur adaptation physique aux chemins escarpés de la montagne, fait que leurs gestes sont modérés et précis
Ce mode de vie, presque qu’essentiellement rurale et artisanale, et cette manière d’être, font de ces gens des êtres affables, avenant, abordables, aimables, accueillants et, au regard des aménagements environnementaux qu’ils ont réalisés durant des siècles, simplement très intelligents.
Ils conservent précieusement les lavoirs publics où les femmes lavaient le linge il n’y a pas si longtemps, et ils œuvrent dans des ateliers artisanaux où l’on continue de travailler comme autrefois. Le labourage des terres agricoles se réalise encore de manière ancestrale avec le mulet ou l’âne, sauf dans les zones plus proches de la côte.
Si je ne peux pas dire que les cultures agricoles des actuelles Alpujarras sont de mêmes natures que celles de l’époque morisque, je peux toutefois dire avec raison, que le mode de culture en terrasses et d’irrigation en réseaux de petits canaux et fossés sont les mêmes que celles pratiquées en cette époque.
Ce mode de vie donne à ce lieu extraordinaire et pastoral des Alpujarras, un certain romantisme dans lequel je me suis plongé avec délice.

Artisanat
En ces terres, dans les villages de « Bubión », « Capilerilla », « Ferreirola», « Mecina » « Bombarón », « Órgiva », « Pampaneira », « Sorvilán », « Ugíjar » ou encore « Válor ».
J’y ai découvert des tisserands dont les « mantas alpujarreñas » (couvertures) et les « jarapas » (étoffes de couleurs faites à l’aide de tissus défaits et cousus dans des métiers à tisser) sont des tissages de qualité exceptionnelle.
J’y ai trouvé aussi, d’extraordinaires broderies, ainsi que des objets en spart (fibre végétale dure comme la jute, la ronce et le murier) à « Lanjarón »,« Laroles», «Mecina», «Bombarón», «Yegen» et «Los Guájares».
J’y ai vu les réalisations de vannerie, de poterie et de maroquinerie et même d’orfèvrerie à « Bubión », « Cádiar », « Mecina » « Bombarón », « Pampaneira » et « Válor ».

Cuisine
Enfin, je serai incomplet si je ne vous parlais pas de la cuisine typique des Alpugarras où se côtoient avec une certaine harmonie, les mets mauresques et les plats chrétiens dont les bases communes sont uniquement les produits du terroir comme les fruits, les légumes verts, l’ail, le veau, le mouton, le porc et le gibier.
Mon plaisir quand je suis dans les Alpujarras, c’est d’aller dans les « Pequeños hostales » des pueblos, (petites auberges) où, à toutes heures, il vous est possible de déguster le délicieux jambon de la Sierra, dont celui de Trévelez, (qui est pour le jambon, ce que la formule 1 est à l’automobile) avec lequel on vous servira un exquis vin « Costa Contraviesa ».
On peut aussi déguster une « semola migas »( semoule, huile d'olive, saucisses au bacon, l'oignon poivrons verts, tomates séchées, ail), une « gachas pimentonas » (sorte de bouillie à base de poivrons rouges), une truite aux jambons, un potage de châtaignes du « choto al ajillo » (veau à l’aïoli) ou encore un «Conejo salsa picante » ( lapin sauce piquante).

(à suivre : « l’histoire des hommes des Alpujarras ».

Johan (JR.).


Notes de références et bibliographie

(1) ALDAYA. (F.). : "Los mantos alpujarrides al sur de Sierra Nevada", Acta Geolôgica Hispânica, 4, 1969, p. 126-1 30;
SERMET. (J.). : "Sierra Nevada", Revista de Estudios Geogrâfîcos, 3, 1942,
p.727-747;
(2) « Tariq ibn Ziyad » ne ? mort vers 720 à Damas : Il est très certainement d’origine Berbère. C’est aussi un affranchi de « Moussa ibn Noçaïr. Il est l’un des principaux acteurs de la conquête islamique de la péninsule ibérique. Il est principalement connu pour avoir mené, depuis les rives du nord de l'actuel Maroc, les troupes musulmanes à la conquête de l'Espagne. Depuis cette victoire, le détroit de Gibraltar porte son nom : le mot « Gibraltar » vient de l'arabe « djebel Tariq » qui veut dire « montagne de Tariq ».

Posté le : 30/04 17:08
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A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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