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Opération Barbarossa suite 3
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La deuxième guerre mondiale dans le reste du monde


L'agression japonaise à Pearl Harbor

Au même moment, sans déclaration de guerre, l'aviation et la flotte japonaises ont détruit la flotte américaine du Pacifique à Pearl Harbor, à 6 000 kilomètres de Yokohama Le 7 déc. 1941. Les États-Unis sont surpris car ils n'y étaient absolument pas préparés, mais ils entreprennent aussitôt de convertir une grande partie de leur industrie, qui va faire d'eux l'arsenal de la coalition contre l'Axe. L'agression japonaise a comme effet de galvaniser une véritable unanimité nationale derrière le président Roosevelt, qui déclare :
" La guerre nazie est une répugnante affaire. Nous ne voulions pas y entrer ; mais nous y sommes et nous allons combattre avec toutes nos ressources ! "

La guerre dans le Pacifique

"En 1941, le Japon mène depuis déjà dix ans une politique d'expansion impérialiste. Après avoir imposé l'État satellite du Mandchoukouo en 1931, il a entamé la conquête de la Chine en 1937. En 1940, la défaite française lui permet de pénétrer en Indochine et de prendre la Thaïlande sous sa protectiàn.
Après l'occupation par la marine japonaise des îlots d'importance stratégique dans le Pacifique, l'Indonésie hollandaise est conquise, et la résistance américaine réduite dans les Philippines après le siège de Corregidor (avr. 1942). Ainsi les Occidentaux ont-ils perdu la face en Asie ; les empires coloniaux britannique, français, hollandais et américain sont disloqués. D'un coup, le Japon a conquis les matières premières dont son économie avait besoin.
Le Japon entreprend d'organiser la Grande Asie sous sa domination. Après avoir encouragé les nationalismes indigènes contre les puissances coloniales, il tend à se substituer à celles-ci et à exploiter à son profit les territoires occupés. D'autre part, toutes ses conquêtes ont été faites sans aucun lien avec la guerre que l'Allemagne mène en U.R.S.S. ; elles se sont arrêtées aux lisières de l'Australie sans avoir pu l'attaquer. Les territoires occupés sont si éloignés les uns des autres que la marine japonaise, disséminée dans le Pacifique, navigue en convois mal protégés, proies faciles pour les sous-marins américains.

L'offensive allemande en U.R.S.S. printemps 1942

En U.R.S.S., l'hiver de 1941 à 1942 avait permis à l'Armée rouge de marquer quelques points, notamment devant Moscou, où les Allemands reculèrent de 200 kilomètres, et dans la presqu'île de Kertch Crimée qui fut reprise par les Russes ; ceux-ci réussirent à ravitailler Leningrad par le lac Ladoga, mais non à la dégager. La Wehrmacht avait beaucoup souffert de l'hiver ; les radiateurs des chars éclataient faute d'antigel et les cantonnements étaient rares.
Au printemps de 1942, pourtant, l'armée allemande garde la supériorité. Elle reprend l'offensive avec une stratégie nouvelle, adaptée aux dimensions croissantes du territoire à conquérir à l'est. L'enveloppement et le débordement des armées ennemies sont abandonnés. Des groupes autonomes, disposant de blindés, avions, artillerie, infanterie, ateliers de réparation, ravitaillement, ont mission d'attaquer sur des fronts réduits, mais d'intérêt capital, et d'y forcer la décision. Les Soviétiques commencent à être équipés d'un armement nouveau, notamment en tanks et en avions chasseurs de chars ; mais leur production est encore insuffisante.
La principale attaque allemande est lancée vers le sud, une fois brisée une contre-offensive russe autour de Kharkov (Ukraine). Après avoir isolé et pris Sébastopol Crimée, la Wehrmacht lance, le 28 juin, une grande offensive, de Voronej à la mer Noire ; l'objectif est d'atteindre la Volga et les puits de pétrole du Caucase.
Au nord, la bataille de Voronej s'achève pratiquement en juillet ; au centre, von Bock atteint le Don et lance ses troupes vers Stalingrad, pour couper l'artère indispensable à l'économie russe, la Volga ; au sud, les troupes allemandes s'emparent de Sébastopol et de Rostov sur le Don et foncent dans la steppe du Kouban vers le Caucase ; en septembre, le drapeau à croix gammée flotte sur le mont Elbrouz, son point culminant.
Staline appelle ses alliés à l'aide et réclame l'ouverture d'un second front. Du 12 au 15 août, il confère à Moscou avec Churchill et l'ambassadeur américain Harriman, représentant de Roosevelt ; c'est la première tentative des trois alliés pour harmoniser leurs combats. Le 19 août, pour rappeler la possibilité d'un front occidental, des unités anglo-canadiennes effectuent un raid sur Dieppe. Surtout, pour rassembler toutes les énergies et faciliter l'union nationale, Staline, qui a pris en main tous les pouvoirs, y compris l'armée, abandonne apparemment les buts révolutionnaires de l'U.R.S.S. Il dissout le Komintern, rétablit la liberté religieuse et demande à tous les partis communistes de s'allier à leurs adversaires de la veille dans des « Fronts nationaux » formés contre l'Allemagne.
Au début de septembre s'engage la bataille décisive de Stalingrad. Inférieurs encore en aviation et en troupes motorisées, les Russes utilisent des chars lourds et des barrages d'artillerie. L'hiver arrive ; on se bat dans Stalingrad, dont la conquête prend, de part et d'autre, la valeur d'un symbole. Hitler donne au général Paulus, qui voulait décrocher, l'ordre de demeurer sur place ; mais son armée, avancée en pointe vers l'est, offre dangereusement ses flancs à des contre-attaques adverses, d'autant plus que les Russes concentrent des troupes de part et d'autre du saillant de Stalingrad ; ils ont également conservé des têtes de pont sur la rive droite.
Une fois encore, la Wehrmacht a remporté d'immenses succès ; mais elle n'a pas atteint totalement ses objectifs. Son front est dangereusement dilaté sur 2 000 kilomètres ; le ravitaillement des troupes devient de plus en plus lent et difficile. Hitler a vu trop grand. En prescrivant à la fois la prise de Stalingrad et la marche sur Bakou, il a disséminé ses forces.

Les succès de Rommel en Afrique

En Afrique, la situation était également très favorable aux Allemands. L'Australie avait rappelé ses divisions d'Égypte pour faire face à la menace japonaise. Au mois de mai 1942,Rommel lance une grande offensive contre le canal de Suez. Dans la sécheresse, la poussière, les tempêtes de sable, les rencontres de blindés sont décisives comme des batailles navales. La VIIIe armée britannique recule ; l'avance allemande est freinée quelques jours par le sacrifice, à Bir Hakeim, de la brigade des Forces françaises libres, commandée par le général Kœnig. Tobrouk est cependant pris sans coup férir et, à la fin du mois d'août, la route du Caire et de Suez semble ouverte aux colonnes blindées allemandes. Mais, ayant trop allongé ses lignes de ravitaillement dans le désert, Rommel doit s'arrêter à El-Alamein, ce qui permet à la VIIIe armée britannique, commandée par Montgomery, de se regrouper et de s'abriter derrière des fortifications consolidées.

La guerre aérienne et maritime

Dans les airs, les Allemands conservent la supériorité. Certes, leur aviation étant surtout engagée en U.R.S.S., le Royaume-Uni bénéficie d'un peu de répit, et même, contredisant les promesses de Göring, les bombardiers britanniques jettent chaque nuit des bombes sur les villes allemandes. Un corps de la Luftwaffe, basé en Sicile, bombarde sans trêve Malte qui reçoit 20 000 tonnes de bombes d'avril à juin 1942 et qui ne peut plus être défendue ni ravitaillée. Comme les batailles d'Afrique restent secondaires pour Hitler, il abandonne l'idée, un moment envisagée, de s'en emparer.
Dans l'Atlantique, l'offensive sous-marine allemande avait failli remporter des victoires décisives dans la guerre des convois. Faute d'une escorte et d'une protection aérienne suffisantes, ceux-ci sont, au milieu de l'Atlantique, une proie facile pour des groupes de sous-marins, qui les guettent et les suivent dès leur départ des États-Unis ; les pétroliers ont droit à une attention particulière. De janvier à mai 1942, 300 navires sont coulés ; en 1941, 4 millions de tonnes ont été perdues pour les Alliés – 690 000 pour le seul mois de juin ; 8 millions de tonnes sont perdues en 1942.
La course qui se livre entre la production et la destruction s'effectue en deux sens : construction de sous-marins par l'Allemagne et destruction de ces sous-marins par les Alliés ; construction de navires marchands par les Alliés et destruction de ces navires par les sous-marins allemands. Peu à peu les convois alliés sont mieux défendus ; le radar permet de détecter les sous-marins, la grenade sous-marine de les attaquer, les avions à long rayon d'action de les repérer ; de grands porte-avions sillonnent tout l'Atlantique ; de plus petits protègent les convois. La recherche scientifique prend ainsi de plus en plus d'importance. Des deux côtés, on commence à rechercher l'arme absolue, la bombe atomique, tout en améliorant sans cesse la vitesse et l'armement des avions, le blindage et la mobilité des tanks, l'armement et la motorisation de l'infanterie.
Ce conflit mondial et sa longue durée que laisse prévoir l'échec de l'offensive éclair de la Wehrmacht font de la guerre une guerre d'usure, qui exige et consomme un énorme matériel. La gagnera celui qui en fabriquera le plus. Aux États-Unis, 60 millions de personnes travaillent pour la guerre. Roosevelt fixe le programme de 1943 à 120 000 avions et 75 000 chars. Pour répondre à cet effort sans précédent, l'Allemagne doit mobiliser toutes les ressources des pays de l'Europe qu'elle occupe.

La collaboration en Europe

De toute façon, les victoires allemandes encouragent la collaboration dans les pays occupés qui participent à la croisade contre l'U.R.S.S. En France, le gouvernement de Vichy a offert en février 1942 à Hitler, qui a refusé, d'entrer en guerre contre le Royaume-Uni. Il a autorisé la levée d'une légion de volontaires français L.V.F. contre le bolchevisme. Pierre Laval, revenu au pouvoir en avril 1942, met l'économie française et la police de la zone sud au service des Allemands ; des agents de la Gestapo viennent donner la chasse aux résistants, plus particulièrement aux émetteurs clandestins de radio. La législation nazie antisémite est rigoureusement appliquée ; elle se traduit par des expropriations et des arrestations suivies de déportations vers les camps d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.
Dans toute l'Europe, les nazis créent des groupes de collaborateurs, enrôlés dans la guerre contre l'U.R.S.S., présentée comme une croisade : Quisling en Norvège, Mussert en Hollande, De Clerk et Degrelle en Belgique, la Garde de fer en Roumanie, les Croix fléchées en Hongrie, Doriot et Déat en France, l'armée Vlassov en U.R.S.S.
À l'automne de 1942, la situation des Alliés apparaît précaire sinon désespérée. Une double question se pose : les États-Unis auront-ils le temps de lever et d'équiper des armées, de fabriquer le matériel de guerre nécessaire à toute la coalition ? Les trois grands Alliés, que les événements ont rassemblés, mais que séparent des divergences idéologiques et des vues différentes sur les buts de guerre, sauront-ils coordonner leurs politiques et leurs stratégies ?

Le tournant de la guerre nov. 1942-juill. 1943

Ces questions trouveront réponse dans la période qui va de novembre 1942 à juillet 1943. Non seulement la coalition alliée ne se disloquera pas, mais les armées de l'Axe seront contenues sur tous les fronts.

Le débarquement américain en Afrique du Nord

Les relations entre Anglo-Saxons et Soviétiques, sans être mauvaises, ne sont pas bonnes. Staline réclame à cor et à cri l'ouverture d'un second front, Churchill ne peut répondre que par l'offre d'une alliance conclue pour vingt ans. Pour soulager l'U.R.S.S., pour préparer aussi l'attaque en tenailles du continent européen, les Américains, qui ont commencé à envoyer des troupes en Grande-Bretagne et en Irlande du Nord, débarquent en Afrique du Nord française le 8 novembre 1942. Ils espéraient être reçus à bras ouverts par les autorités vichyssoises locales ; ils le sont à coups de canon. Préparé par une petite équipe de résistants, le débarquement réussit cependant. Mais, faute de moyens suffisants, faute de hardiesse aussi, il se limite au Maroc et à l'Algérie. Les Allemands peuvent occuper la Tunisie, que le gouvernement de Vichy leur abandonne : ainsi l'Afrikakorps conserve ses liaisons avec l'Italie.
En Algérie, pressés de mettre fin aux combats, les Américains ont reconnu l'autorité de fait de l'amiral Darlan, un des responsables de la collaboration à Vichy, venu à Alger par hasard. C'est le début d'un long imbroglio politique, marqué par une rupture entre les Américains, suivis des Britanniques, et le général de Gaulle, qu'approuve la Résistance clandestine. L'assassinat de Darlan et son remplacement par le général Giraud n'améliorent guère les choses. La législation et les hommes de Vichy demeurent en place en Afrique du Nord.
Cependant, une armée française très démunie a repris le combat en Tunisie, tandis que le général Leclerc lance des attaques hardies, à partir du Tibesti, contre les oasis de Mourzouk, enlevées en janvier 1943.
À peu près au même moment, l'entrevue des généraux Giraud et de Gaulle à Anfa, point de départ de laborieuses négociations, laisse envisager une fusion de tous les Français engagés dans le combat ; l'arrivée du général de Gaulle à Alger et la constitution du Comité français de Libération nationale consacrent cette fusion.
En France, l'occupation de la zone sud est la conséquence du débarquement américain. L'armée française de l'armistice est dissoute, la flotte se saborde à Toulon le 27 novembre, pour ne pas tomber aux mains des Allemands, après avoir refusé de rallier les ports d'Afrique du Nord. Désormais toute la France connaît le même régime d'occupation ; le mythe du Maréchal, sauveur du pays par la Révolution nationale, prend fin. Il ne reste aux Français que deux positions : celle de la collaboration où s'enlise une minorité ; ou celle de la Résistance derrière le général de Gaulle, qu'emprunte un nombre croissant d'entre eux.

El-Alamein, Midway et Guadalcanal

En Libye, Montgomery a minutieusement préparé la contre-attaque de la VIIIe armée, qui est désormais la mieux équipée en tanks et en avions. Menacé à l'ouest, courant le risque d'être emprisonné en Afrique, Rommel bat en retraite, après avoir subi à El-Alamein un sévère échec 3 nov. 1942. Il évacue la Tripolitaine, perdant 500 chars et 45 000 hommes faits prisonniers, et arrive à la frontière de la Tunisie en janvier 1943. Tandis que les troupes françaises d'Afrique du Nord contiennent les Allemands sur la frontière algéro-tunisienne, la VIIIe armée, à laquelle Leclerc a agrégé sa colonne, reprend l'offensive en mars. Au mois de mai 1943, Tunis est atteint ; 200 000 Italo-Allemands sont faits prisonniers ; il n'y a plus de soldats de l'Axe en Afrique ; la liberté de navigation est rétablie pour les convois alliés en Méditerranée ; l'Italie, où les défaites désorientent l'opinion et minent le régime fasciste, s'offre aux coups des Alliés, de leur aviation d'abord.

La bataille de Stalingrad

Toutefois, c'est à Stalingrad, sur le front russe, que les Allemands subissent leur plus grave échec, en plein hiver. L'offensive soviétique est lancée de part et d'autre du saillant de Stalingrad, de Voronej vers le sud-est, du sud vers le nord-ouest. De nuit, sur la Volga gelée, les Russes ont transporté des troupes qui, après cinq jours de combat, bousculent Italiens et Roumains et, le 23 novembre, encerclent dans Stalingrad la VIe armée de Paulus, à qui les ordres impératifs de Hitler ont interdit tout recul, voire toute manœuvre. En vain une armée commandée par von Manstein essaie de délivrer la VIe armée que la Luftwaffe ne peut pas ravitailler. Le 10 janvier 1943 commence l'ultime attaque soviétique, un canon tous les vingt mètres : après vingt jours de combat, le 2 février, Paulus se rend ; les Allemands ont perdu 400 000 hommes, dont 140 000 prisonniers, à la limite de l'épuisement. Hitler, responsable de l'échec, accable de son mépris Paulus qui, dit-il, « n'a pas su franchir le seuil de l'immortalité ».
Les avant-gardes russes, reprenant à leur profit la stratégie allemande, débordent par la mer d'Azov les troupes allemandes engagées vers le Caucase, qui reculent pour n'être pas prises dans le piège. L'Armée rouge reconquiert Koursk, Bielgorod, Kharkov, Rostov. Au printemps de 1943, les Allemands sont repliés au-delà de leurs bases de départ du printemps de 1942.
Ils entreprennent alors leur troisième grande offensive annuelle, les beaux jours revenus : pour la première fois elle est limitée, géographiquement, au secteur de Koursk, et se brise sur les défenses soviétiques. La situation a changé : ce sont les Allemands désormais qui prennent à leur compte la tactique jusque-là employée par les Russes, qui essaie d'enrayer l'avance de l'adversaire sans pouvoir l'arrêter.
Fort habilement, la propagande soviétique exploite les défaites allemandes et le désarroi de la Wehrmacht. Jusqu'alors, Hitler a imposé ses vues aux généraux allemands, et le succès lui a donné raison après coup. Stalingrad porte un rude coup à son prestige. Staline institue un Comité de l'Allemagne libre, auquel participent des officiers. Paulus lui-même donnera son adhésion en mai 1944. Ainsi commence la rupture entre l'armée allemande et le Führer, quelques chefs militaires commençant à se demander si celui-ci n'est pas un fléau pour l'Allemagne.

La guerre du matériel

L'arsenal américain fabrique à plein régime. Non seulement les Américains équipent et entraînent une armée d'un type entièrement nouveau, selon les méthodes de la grande industrie, dans laquelle la logistique joue le rôle capital, mais leurs envois de matériel de guerre au Royaume-Uni, en Afrique et en U.R.S.S. ne cessent d'augmenter. Pour commencer, en juin 1943, un tournant se dessine dans la bataille de l'Atlantique ; pour la première fois, le tonnage construit par les Alliés est supérieur au tonnage détruit par les Allemands ; les chantiers navals allemands sortent moins de sous-marins que les Alliés n'en coulent. La victoire a choisi son camp dans la guerre du matériel.
Première conséquence de cet état de choses : la supériorité alliée dans les airs. Des bombardiers de plus en plus nombreux, chargés d'explosifs de plus en plus puissants, auxquels l'aviation et la D.C.A. allemandes opposent une résistance qui va se réduisant, arrosent de bombes, toutes les nuits, les villes allemandes, italiennes et aussi des villes de pays occupés. Dans le Pacifique, les porte-avions américains vont détruire progressivement la flotte japonaise.
L'Allemagne pourra être attaquée désormais à la fois de l'ouest, de l'est et du sud. Elle l'est également, dans une « forteresse Europe » trop vaste pour être efficacement défendue, par une Résistance clandestine de plus en plus nombreuse, active et diversifiée.
La Résistance est née d'un réflexe de patriotisme ; mais la brutalité du comportement de l'occupant l'a accélérée et amplifiée. Si, dans les débuts, les populations des territoires de l'Europe occidentale eurent droit à quelques égards, les exigences du conflit généralisèrent un système de terreur et d'oppression.

Le sort des Juifs

Les Juifs en furent les principales victimes. La propagande nazie présentait le Juif comme un germe de corruption des sociétés humaines, à l'origine aussi bien du capitalisme que du communisme, et toujours étranger au pays qui l'héberge. Dans toute l'Europe, les Juifs sont l'objet de mesures vexatoires et discriminatoires. Obligés de porter l'insigne distinctif de l'étoile jaune (l'étoile de David), ils se voient interdire l'accès des lieux publics ; ils sont en même temps exclus de la fonction publique et des professions libérales, leurs biens sont confisqués, cette immense dépossession étant camouflée sous le vocable d'«aryanisation .
Surtout, Hitler estime que le moment est favorable pour appliquer la « solution finale » du problème juif – euphémisme pour désigner l'extermination des Juifs, confiée aux SS de Heinrich Himmler. Dans toute l'Europe des rafles monstres ont lieu. Comme du bétail, hommes, femmes et enfants juifs sont parqués dans des lieux d'hébergement improvisés – tels que le Vélodrome d'hiver à Paris – avec la complicité plus ou moins active des autorités des pays occupés.
D'abord internés dans des camps ouverts à leur intention, comme Pithiviers en France ou dans des ghettos devenus des prisons coupées de tout contact avec l'extérieur, comme en Pologne ou en Lituanie, les Juifs sont astreints au travail forcé et soumis à des conditions d'existence de plus en plus dures. Puis ils sont progressivement envoyés vers les camps d'extermination, mis en place à partir de la fin de 1941, à Auschwitz-Birkenau notamment, où les attendent chambres à gaz et fours crématoires. On estime à six millions le nombre de Juifs victimes du nazisme.

La Résistance en Europe

Très souvent, l'impitoyable rigueur du sort des Juifs a provoqué l'indignation et suscité la solidarité. En France, de hauts dignitaires des Églises élèvent une protestation ; des groupements se créent pour les sauver, surtout les enfants. Cet éveil de la conscience a été parfois à l'origine de la Résistance.
Les exactions de l'occupant ont achevé de dresser les populations contre lui. Plus ou moins dissimulés sous la forme d'achats avec de la monnaie d'inflation, les prélèvements des autorités allemandes, sans cesse accrus par les besoins de l'industrie de guerre, réduisent les populations occupées à la misère. La propagande nazie n'arrive pas à cacher cette vérité d'évidence.
La Résistance est un fait européen. Si elle n'a jamais été véritablement coordonnée, du moins a-t-elle connu à peu près dans tous les pays la même évolution et revêtu les mêmes formes.
Elle a consisté d'abord en diffusion de tracts et de journaux clandestins, guerre psychologique contre la propagande ennemie ; la contre-propagande était assortie de collecte de renseignements pour les Alliés, d'aide aux aviateurs tombés en parachute, de sabotages de portée limitée. On a recensé en France plus de 1 100 journaux clandestins, quelques-uns tirant à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires. Des réseaux d'évasion conduisaient de Belgique en Espagne, à travers les Pyrénées, Juifs, résistants menacés, prisonniers de guerre évadés, aviateurs alliés.
Les communistes, désireux de répondre à l'appel de Staline et d'aider l'U.R.S.S. en difficulté, appliquent dans toute l'Europe occupée une autre tactique dite « d'action immédiate » et « d'action des masses », par attentats contre les collaborateurs et les soldats de la Wehrmacht, grèves et manifestations de foules, destruction du potentiel économique pouvant être utilisé par l'occupant, création de « maquis » ruraux et urbains. Ce dynamisme, joint au langage patriotique qu'ils adoptent désormais, fait des communistes les incontestables animateurs de la Résistance, et souvent ses chefs.
En U.R.S.S., dans les zones occupées par la Wehrmacht, existent des unités de guérilla ravitaillées et dirigées par l'Armée rouge ; elles constituent l'avant-garde des unités régulières au cours de leur progression. En Yougoslavie, le communiste Tito (de son vrai nom Josip Broz), par son action inlassable, s'impose aux Alliés au détriment de Mihajlović, jugé trop attentiste. Dès le mois de juin 1943, la Yougoslavie constitue un véritable théâtre d'opérations où l'Allemagne doit engager plus de 100 000 hommes. Il en est de même en Grèce ; mais les rivalités, qui évoluent parfois en luttes ouvertes, entre les résistants communistes et les autres y font le jeu des occupants.
En Pologne, où n'a pas existé de groupe de collaboration, la population est unanime dans l'hostilité à l'occupant ; elle tend à le devenir dans les autres pays à mesure que les Allemands, désireux de combler les vides que la guerre multiplie dans leurs armées et dans leur main-d'œuvre ouvrière, organisent le service du travail obligatoire. Dans tous les pays, des milliers d'hommes jeunes, réfractaires à la réquisition, fuient les villes et se réfugient dans les campagnes, dans les montagnes surtout, où ils deviennent disponibles pour une guérilla généralisée. Les groupements de Résistance les aident et les regroupent de façon à transformer ces hommes traqués en combattants résolus.
La Résistance se manifeste même dans les pays de l'Axe. En Italie, des grèves éclatent à Turin, Milan et Gênes, en mars 1943. En Allemagne, ce sont les opposants allemands – catholiques, protestants, socialistes, objecteurs de conscience, communistes – qui remplissent les premiers camps de concentration Buchenwald, Dachau, Ravensbrück ; dans la troupe, les cas de mutineries se multiplient. La Gestapo découvre un réseau de renseignements prosoviétique dans l'administration allemande à la fin de 1942.
Dans les pays qui se sont rangés sous la bannière nazie – Roumanie, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie –, les communistes savent attiser le mécontentement provoqué par la guerre contre l'U.R.S.S. De nombreuses désertions se produisent dans les unités sur le front.
En France, la Résistance, d'abord spontanée, est peu à peu encadrée et dirigée par la France libre. Jean Moulin, délégué du général de Gaulle, unifie les mouvements de zone sud, constitue une armée secrète unique, dote la Résistance de services communs de transmissions et de parachutage, crée enfin en mai 1943 le Conseil national de la Résistance, qui groupe toutes les tendances de l'opinion publique et dont la première manifestation est le vote d'une motion de fidélité au général de Gaulle.
La Résistance ne pouvait que harceler l'ennemi, sans le battre. Il est incontestable d'autre part que, livrée à elle-même, elle était condamnée progressivement à s'éteindre. Aussi bien les grands Alliés – les Britanniques surtout – ont-ils armé et ravitaillé les groupes de résistants, mais ils ne l'ont fait qu'avec beaucoup de réticences et après de nombreuses hésitations. Ils se méfiaient d'une activité dont la direction leur échappait et dont ils redoutaient les engagements inconsidérés. Par suite, ils n'ont pas pleinement tiré parti de cette cinquième colonne que le comportement nazi leur avait en quelque sorte offerte.
La Résistance coûtait cher aux peuples qui s'y engageaient. Pour la réduire, irritées souvent par son caractère insaisissable, les autorités d'occupation multiplièrent les sanctions, les arrestations, les fusillades, les destructions d'immeubles, de villes entières parfois : un maquis français attaque une colonne, et le bourg d'Oradour est incendié, les femmes et les enfants enfermés dans l'église ; la ville de Lidice est rasée parce qu'en est originaire un des auteurs tchèques de l'attentat qui avait coûté la vie au protecteur de la Bohême, Heydrich. Pour s'être tout entière soulevée, Varsovie sera rasée. On évalue en France le nombre de fusillés – résistants et otages – à 25 000.

Les camps de concentration

Mais surtout, les résistants arrêtés sont envoyés dans les camps de concentration. Ceux-ci, ont été ouverts, à partir de 1933 Dachau pour les Allemands antinazis. Sous la direction des SS, les concentrationnaires sont soumis à un régime de lente extermination, par le manque de nourriture et de soins, les mauvais traitements, la déchéance progressive. Fort habilement, les SS sèment la division entre eux en confiant à certains déportés – de préférence des criminels de droit commun – des tâches de surveillance ou d'administration.
D'abord destinés à mettre hors d'état de nuire les ennemis du nazisme, les grands camps – Buchenwald, Oranienburg, Dachau, Neuengamme, Mauthausen, Stuthof Pologne, Strutthof France, Ravensbrück pour les femmes – se divisent en commandos de travail, où une main-d'œuvre servile, peu coûteuse et indéfiniment renouvelable, est mise à la disposition des magnats de l'industrie du Reich : I. G. Farben, Krupp, H. Göring... Les besoins de la guerre exigent cette transformation. Les SS deviennent ainsi une grande puissance économique, qui possède ses propres ressources ; les déportés servent en outre à des expériences médicales comme de véritables cobayes humains. Lorsque les privations deviennent trop fortes, des épidémies éclatent typhus notamment ; les corps des nombreuses victimes étaient brûlés dans les fours crématoires. Outre les Juifs, on estime à près de six millions le nombre des victimes du système concentrationnaire. En majorité ce sont des Polonais, des Soviétiques notamment des prisonniers de guerre, des Yougoslaves, des Tziganes la deuxième communauté victime du nazisme avec 250 000 à 500 000 morts ; les Français furent environ 200 000.

La stratégie alliée

Britanniques et Américains ont constitué un état-major commun qui siège à Washington. Leurs armées sont placées, sur les divers théâtres d'opérations, sous le commandement unique de Dwight D. Eisenhower, en Afrique du Nord. Certes, les divergences de vues sont nombreuses, profondes parfois. Les Britanniques préconisent une stratégie périphérique, moins coûteuse en hommes, et de nature à protéger les intérêts de l'empire ; les Américains veulent au contraire porter la guerre directement au cœur de la citadelle ennemie. L'accord se fait néanmoins. Des conférences permettent à Roosevelt et à Churchill d'élaborer une politique et une stratégie communes, qu'ils préparent ou mettent au point par des conversations téléphoniques directes. La première décision, d'une importance capitale, est de faire porter l'effort principal de la lutte contre l'Allemagne, et non contre le Japon, comme le désirait l'opinion américaine.
En mai 1943, à Washington, sont décidés l'offensive contre l'Italie, l'extension du « tapis de bombes », aux effets psychologiques autant qu'économiques et militaires, le débarquement sur la côte française de la Manche à partir du Royaume-Uni.
Dans ces conditions, la guerre contre le Japon se limite momentanément au ravitaillement des troupes de Tchiang Kai-chek par la Birmanie, à l'extension de la guerre sous-marine ; à la conquête de la Nouvelle-Guinée et des îles Salomon, à la création de bases en Australie du Nord et en Nouvelle-Calédonie pour de futures opérations combinées, à la constitution aux États-Unis d'armadas aéronavales et d'unités de débarquement – les marines.
Si, sur ce front, les Alliés sont encore sur la défensive, ils peuvent passer à l'offensive sur tous les autres à la fois.

La grande offensive alliée en juillet 1943-août 1944

Désormais, les territoires occupés par l'Allemagne, attaquée à l'est, au sud et à l'ouest, se réduisent comme peau de chagrin.

La guerre en Italie et la chute de Mussolini

C'est l'Italie qui met bas les armes la première. Le 10 juillet 1943 se produit l'attaque sur la Sicile. La supériorité alliée est tellement écrasante que les aérodromes et les fortifications ont été entièrement détruits avant le débarquement. En deux jours, 80 000 hommes sont débarqués, avec 7 000 véhicules et 300 chars. La campagne de Sicile dure 39 jours, la résistance italienne est presque nulle, comme l'avait fait prévoir la capitulation, sous le seul effet des bombardements, de l'îlot de Pantelleria, jugé imprenable.
Cette défaite écrasante a pour effet la chute de Mussolini à la suite d'un complot fomenté par le roi d'Italie, le maréchal Badoglio et une partie du Grand Conseil fasciste, dont le comte Ciano, gendre de Mussolini. Le Duce est arrêté et interné.
Tout en déclarant qu'il continue la guerre contre les Alliés, Badoglio, successeur de Mussolini, négocie avec eux un armistice qui n'est révélé que le 8 septembre. Le 3 septembre, les américano-britanniques avaient débarqué en Calabre, puis à Salerne.
De leur propre initiative, les Français ont libéré la Corse, par un double mouvement de la Résistance intérieure et de troupes envoyées d'Afrique du Nord par le général Giraud.
La riposte allemande est très violente, 30 divisions sont envoyées en Italie ; la lutte se déroule dès lors dans les montagnes des Apennins, en batailles locales d'usure, avec pilonnage des positions adverses par l'aviation et l'artillerie, et combats sanglants pour la possession de sommets. La Wehrmacht se bat successivement sur les lignes du Volturno, puis du Garigliano-Sangro, où le front s'immobilise pendant l'hiver 1943-1944.
L'Italie connaît une situation anarchique. Dans le Sud, le roi et Badoglio sont reconnus par les Alliés ; par tactique, les antifascistes du Comité de Libération se sont ralliés à eux. Dans le Centre et le Nord, les Allemands règnent par la terreur – marquée par de nombreuses exécutions, aux fosses Ardéatines, à Rome, notamment. Dans les villes et les campagnes, la Résistance clandestine est dirigée par les comités de Libération où coopèrent tous les partis, antiroyalistes autant qu'antifascistes. Mussolini, libéré par les SS, a installé à Salo, dans le Nord, une république néo-fasciste ; il fait juger et exécuter, à Vérone, quelques-uns de ceux qui l'ont abandonné, comme son gendre Ciano.
Le corps expéditionnaire français, commandé par le général Juin, force les lignes allemandes du mont Cassin ; traversant des hauteurs jugées inaccessibles, il exécute une manœuvre conçue par le général de Monsabert, qui permet l'entrée des Alliés à Rome le 4 juin 1944. Puis, en application de la stratégie alliée, le front italien s'immobilise à nouveau sur la ligne gothique, entre Pise et Rimini. Malgré Churchill, les Anglo-Saxons ont en effet décidé de ne pas porter la guerre en Europe centrale et dans les Balkans, mais de rassembler le plus de forces possible pour un débarquement, qu'on veut décisif, en Normandie. Pourtant, à partir des aérodromes du sud de l'Italie, toute l'Allemagne peut être atteinte par les bombardiers alliés. D'autre part, la navigation est libre en Méditerranée, ce qui permet le transport d'un tonnage considérable.

L'offensive de l'Armée rouge

Au printemps de 1943, l'Armée rouge compte 381 divisions, dont 51 blindées ; elle possède l'avantage en hommes, en chars, et surtout en artillerie : plus de 100 000 canons ont été fabriqués ; dans les airs, son aviation est à égalité avec la Luftwaffe.
Pour la première fois, l'Armée rouge prend l'offensive en été, après avoir stoppé l'attaque allemande sur Koursk. La Wehrmacht doit opérer un « retrait élastique » de plusieurs centaines de kilomètres, qui l'amène jusqu'au Dniepr. Kharkov est libérée le 25 août ; au début de septembre, tout le bassin du Donetz est réoccupé et Smolensk, au nord, est reprise le 25 du même mois. Hitler refuse de raccourcir le front, comme le demande von Manstein, pour ne pas exposer les pétroles de Roumanie aux coups de l'aviation russe.
Les Russes adoptent alors une tactique d'offensives incessantes, à tiroir, en des secteurs différents, sans interruption, hiver comme été, une attaque étant lancée sur un point avant que s'achève l'attaque précédente sur un autre. En novembre 1943, Kiev est libérée. Les réactions allemandes sont désormais sporadiques ; il n'y aura pas au printemps de 1944 de quatrième offensive générale allemande. Au contraire, les Russes libèrent Odessa, Sébastopol et dégagent Leningrad.
Le front se stabilise en mai 1944 pour permettre à l'Armée rouge de reprendre souffle. Mais son mouvement d'attaque au sud, lancé sur un front de 600 kilomètres, a progressé de 500 kilomètres, pénétrant en Pologne et en Roumanie.

L'offensive américaine dans le Pacifique

Dans le Pacifique, les Américains lancent deux offensives qui vont au but, par approches successives, en négligeant et en isolant les points d'appui japonais secondaires. C'est la tactique dite du « saut de mouton ».
À travers le Pacifique, au plus court, d'atoll en atoll, l'amiral Nimitz mène une guerre aéronavale droit vers l'archipel japonais. Il déploie des escadres autonomes, l'équivalent des Panzerdivisionen sur mer, ou Task-Forces, qui associent cuirassés, porte-avions 1 000 avions pour la Task-Force 58, navires et troupes de débarquement marines, navires de ravitaillement, navires-ateliers, et même bassins de radoub flottants.
Nimitz attaque les îles Gilbert en novembre 1943, puis les îles Marshall en janvier 1944. Chaque îlot est chèrement défendu par les Japonais qui, aux îles Gilbert par exemple, perdent 4 000 hommes.
Le 19 juin se livre aux îles Mariannes la plus importante bataille aéronavale depuis celle des îles Midway. À nouveau les avions américains gagnent la bataille, dans les airs d'abord, sur mer ensuite. Les Japonais, qui ne disposaient que de neuf porte-avions contre les quinze porte-avions américains, en perdent trois ; quatre autres sont gravement endommagés.
Le général MacArthur, de son côté, se dirige vers les Philippines, par les nombreux archipels du sud du Pacifique. Il procède par enveloppements successifs, occupant les points faibles, négligeant les points forts qui, bloqués, seront réduits par la suite. Partout où ils prennent pied, les Américains aménagent des aérodromes, qui deviennent des bases de départ de bombardements stratégiques aux objectifs de plus en plus lointains.
En juin 1943, Américains et Australiens débarquent en Nouvelle-Guinée ; ils mettront un an pour avancer de 2 000 kilomètres dans la jungle au climat chaud et humide, générateur de dysenterie et de fièvre jaune. En juin 1944, 135 000 Japonais, complètement isolés, sont pris au piège, et il ne leur reste qu'à attendre la fin de la guerre.
En même temps, les Britanniques se battent opiniâtrement en Birmanie, pour protéger l'Inde et enrayer l'avance japonaise d'abord, pour reconquérir ensuite et aménager la route birmane, qui permettra de ravitailler les armées de Tchiang Kai-chek, avec lesquelles ils font leur liaison en août 1944.
En Chine, après s'être battues contre les troupes de Tchiang Kai-chek, les unités communistes de guérilla de Mao Zedong ont recommencé à attaquer les Japonais. Mais les Russes sont dans l'impossibilité de les aider.
Les Américains éprouvent aussi de sérieuses difficultés à secourir Tchiang Kai-chek, à qui le général Stilwell sert de conseiller peu écouté. Les Japonais lancent une grande offensive dans la Chine du Sud. En dépit de leur avance, ils ne peuvent s'emparer des aérodromes, d'où la XIXe armée aérienne américaine harcèle leur trafic maritime dans la mer de Chine.

Les rapports entre les Alliés. La conférence de Téhéran

Les problèmes de Grèce, de France et de Pologne posent ceux de l'organisation du monde après la guerre et obligent les Alliés à préciser leurs buts de guerre. Ils comprennent la nécessité de se mettre d'accord.
À Moscou, du 19 au 30 octobre 1943, les ministres des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, des États-Unis et de l'Union soviétique Anthony Eden, Cordell Hull et Molotov s'entendent sur la création, après la guerre, d'un système de coopération et de sécurité internationales, le jugement des criminels de guerre, la suppression totale des régimes fascistes. Les questions de frontières seront laissées en suspens jusqu'à la fin des hostilités.
À Téhéran, du 28 novembre au 1er décembre 1943, Staline, Roosevelt et Churchill prennent la décision d'opérer un vaste débarquement à l'ouest, dont le commandement est confié au général Eisenhower, en liaison avec une grande offensive soviétique. Les stratégies sont ainsi harmonisées, mais des différences de vues politiques se sont manifestées. Roosevelt s'est posé parfois en arbitre entre Churchill et Staline. L'alliance, provoquée par Hitler, entre les démocraties anglo-saxonnes et le totalitarisme soviétique, s'avère paradoxale et fragile.

Le débarquement en Normandie

Les préparatifs du débarquement en Normandie avaient commencé à la fin de 1943 : construction de péniches de débarquement et d'éléments de ports préfabriqués ; étude des problèmes posés par le ravitaillement, avec construction d'un oléoduc ; concentration et entraînement des troupes, élaboration d'un plan à la fois extrêmement complexe et soigneusement minuté ; destruction par l'aviation des voies ferrées, ponts, canaux et moyens de transport ; encadrement et armement des Forces françaises de l'intérieur par des équipes d'officiers spécialisés dites Jedburgh ; intensification du renseignement pour prendre la mesure des défenses allemandes.
Retardée une première fois en raison du mauvais temps, les bateaux déjà partis étant obligés de tourner en rond sur place, l'opération est fixée au 6 juin, bien que les conditions météorologiques ne se soient pas améliorées. Dans la nuit, des hommes-grenouilles viennent cisailler les barbelés posés par les Allemands dans la mer ; à 2 heures, les troupes aéroportées sont lâchées ; à 3 heures commence le bombardement aérien, à 5h50 le bombardement naval ; à 6h30, les premières troupes d'assaut et les chars prennent pied sur les plages. À la tombée du premier jour, 10 divisions ont débarqué, avec armes et bagages.
Du 6 au 12 juin, la tête de pont s'affermit ; Bayeux, Isigny et Carentan sont libérées. Les Allemands, qui ont adopté un système de défense sans profondeur, sont dans l'impossibilité d'amener en temps utile leur masse de réserve, massée pour la majeure partie en face du pas de Calais ; les bombardements alliés et les sabotages des résistants en sont la cause.
Glissant vers l'ouest, l'armée américaine s'empare de Cherbourg le 27 juin ; les Britanniques se heurtent à une énergique défense allemande devant Caen, qui n'est enlevée que le 9 juillet. La percée du front allemand est effectuée à Avranches le 31 juillet. Les troupes allemandes se replient vers l'est, évacuant tout l'ouest de la France. À son quartier général, Hitler échappe de peu à un attentat, et Berlin à un putsch de généraux.
Sans attendre que le succès soit affermi, le général de Gaulle est venu à Bayeux pour affirmer que le gouvernement provisoire de la République est le gouvernement de la France. Il a installé un commissaire de la République en Normandie et un sous-préfet à Bayeux. Puis il fait son entrée le 26 août dans Paris, libéré par l'insurrection des F.F.I. Forces françaises de l'intérieur et le secours de la 2e D.B. division blindée de Leclerc.

Le débarquement en Provence

Le 15 août a eu lieu en Provence le deuxième débarquement allié. Cette opération a été longtemps refusée par Churchill, qui préconisait une poussée à partir de l'Italie en direction des Balkans, appelés curieusement par lui « le ventre mou de l'Europe ». Les Américains refusèrent le plan de Churchill, et le corps de débarquement, sous le haut commandement de sir Maitland Wilson, comprenant la Ire armée française commandée par Jean de Lattre de Tassigny, fut prélevé sur les armées combattant en Italie. L'armada partit de Naples, Tarente, Malte, Oran et Ajaccio.
Dans la nuit du 14 au 15, les commandos immobilisent les batteries de la côte. Au lever du jour, les formations aéroportées sont lâchées au nord des Maures. Puis les premières vagues d'assaut américaines s'emparent rapidement des régions de Saint-Tropez, Sainte-Maxime et Saint-Raphaël. Le lendemain débarquent trois divisions françaises qui marchent sur Toulon. Le 18 août, le commandant allemand ordonne la retraite. Le 28 août, les garnisons allemandes de Toulon et Marseille déposent les armes.

La défaite de l'Allemagne

Il était temps que les armées lancent ensemble l'assaut final. Les Allemands ont mis en effet au point des armes nouvelles dont Hitler espère un retournement de situation en sa faveur.

Les armes nouvelles

À partir du printemps de 1944, leurs sous-marins sont équipés du tube schnorchel, qui permet d'employer les moteurs Diesel en plongée, autorisant ainsi des croisières quasi illimitées, tout en rendant le radar inutile et l'avion inefficace. Les sous-marins électriques permettront de reprendre la guerre des convois. Pour permettre leur construction, Hitler fixe des unités de la Wehrmacht sur les rives de la Baltique.
Les avions à réaction auraient pu redonner la suprématie dans les airs à la chasse allemande si Hitler n'avait pas hésité entre plusieurs prototypes et accordé sa préférence à la construction de bombardiers capables de rendre aux Alliés les coups que leurs « forteresses volantes » portaient aux villes et à l'économie du Reich.
Beaucoup plus prometteuse était l'utilisation des avions-fusées, V1 et V2. Ils commencent à tomber sur Londres le 13 juin 1944 et provoquent des pertes supérieures à celles des bombardements de 1940-1941. La Résistance apporte alors une aide capitale pour découvrir et bombarder d'abord les rampes de lancement, puis les ateliers de fabrication sont eux-mêmes repérés et bombardés à Peenemünde. Une sorte de course s'engage entre la paralysie de l'Allemagne sous les coups des Alliés et la construction d'armes nouvelles dans laquelle les savants allemands ont l'avantage.
Des deux côtés on recherche l'arme absolue : la bombe atomique. Dans cette direction, les Allemands sont battus par une extraordinaire coopération de savants américains, britanniques, canadiens, français, italiens, danois, réunis à Oak Bridge dans le Tennessee.

La libération de la France

Les armes nouvelles allemandes n'étant pas prêtes à temps, la libération de la France s'achève en quelques mois, bien que les Alliés aient hésité entre deux plans : Montgomery préconisait une attaque principale par les plaines du Nord ; Eisenhower impose son plan d'offensive généralisée sur tout le front, de la mer du Nord aux Vosges.
Au nord, les Anglo-Canadiens libèrent Rouen le 1er septembre ; le 5, ils sont à Bruxelles, et, le 6, ils délivrent Anvers, préservée par une initiative de la Résistance belge. Un grand port, à proximité du front, pourra ainsi être utilisé pour acheminer au plus près le ravitaillement des armées.
Pendant ce temps, les F.F.I. se battent à peu près seules dans tout l'Ouest ; mais, si les Allemands évacuent d'eux-mêmes le Sud-Ouest, ils s'enferment dans les « poches de l'Atlantique » d'où les Français, faute d'artillerie et d'aviation, ne peuvent pas les déloger.
Les armées franco-américaines du Sud remontent la vallée du Rhône, tandis que les F.F.I. tendent des embuscades aux colonnes allemandes. La jonction des troupes alliées du Nord et du Sud se fait en Bourgogne : 40 000 Allemands restent pris dans la nasse.
Vers le 15 septembre, les armées alliées sont parvenues devant les bouches de l'Escaut, la frontière hollandaise, la ligne Siegfried d'Aix-la-Chapelle à Trèves et les Vosges. Le front allemand se reforme sur la frontière allemande, où va s'engager une nouvelle bataille d'envergure.

La dernière offensive allemande dans les Ardennes

Le maréchal Montgomery, pour s'ouvrir l'accès des plaines d'Allemagne du Nord en sautant l'obstacle des bras du Rhin et de la Meuse, lance trois divisions aéroportées à Arnhem Pays-Bas, tout en déclenchant une offensive terrestre. La surprise indispensable ne joue pas, les Allemands ayant concentré par hasard des unités au bon endroit. Le mauvais temps, les bois qui rendent les parachutages difficiles, l'absence d'avions de transport condamnent à l'échec l'opération d'Arnhem après trois jours de combat sept. 1944. Mais les troupes britanniques sont au bord de la Meuse.
L'offensive alliée reprend en novembre de part et d'autre des Ardennes ; Aix-la-Chapelle au nord et Metz au sud sont atteints par les Américains, tandis que la Ire armée française parvient sur le Rhin à Mulhouse 20 nov. et la 2e D.B. à Strasbourg le 23 novembre ; mais les Allemands se cramponnent aux Vosges dans l'Alsace centrale. Profitant de l'étirement des lignes américaines, ils lancent leur dernière grande contre-attaque à l'ouest dans les Ardennes, le 16 décembre. Le plan de Hitler est grandiose ; l'objectif est le port d'Anvers, de façon à encercler le groupe d'armées anglo-canadien au nord, le dos aux polders de Hollande. Si l'opération réussit, tous les espoirs sont permis, y compris une répétition de l'encerclement de Dunkerque. Au pis, on peut espérer que les Américains auront besoin de plusieurs mois pour reprendre leur souffle. Le vieux maréchal von Rundstedt, qui dirige l'action, a bien émis quelques objections ; puis, comme les généraux allemands en ont pris l'habitude depuis longtemps, il obéit docilement au Führer. La Wehrmacht attaque le 16 décembre. La surprise est totale, et le mauvais temps interdit à l'aviation alliée de se manifester. Cependant, les blindés allemands ne possèdent que la moitié de la quantité d'essence nécessaire. En soixante heures, les Allemands avancent de 25 kilomètres ; le 19 décembre, ils sont à 25 kilomètres de Liège. Mais les Américains se sont maintenus, en hérisson, à Bastogne.
Les Alliés regroupent leurs forces ; une amélioration du temps permet à leur aviation d'intervenir. Le 27 décembre, le siège de Bastogne est levé. Mais Hitler ne veut pas reconnaître son échec. Il s'obstine dans une bataille d'usure où il engage ses dernières réserves stratégiques, au moment où a commencé la grande offensive soviétique d'hiver.

L'offensive de l'Armée rouge été-automne 1944

Conformément à la stratégie élaborée en commun à Téhéran, l'Armée rouge est passée à une offensive généralisée le 26 juin avec 400 divisions articulées en 11 groupes d'armées. Au nord, elle atteint les frontières de la Prusse-Orientale et oblige la Finlande à signer un armistice le 4 septembre.
Au centre, toute la Pologne reste toujours occupée par les Allemands. Le gouvernement polonais de Londres, pour devancer les Russes, décide l'insurrection de Varsovie, le 1er août, sans en avoir averti les Britanniques et les Américains. Les insurgés luttent seuls pendant quarante jours. L'Armée rouge reste l'arme au pied, sans les aider, sur l'autre rive de la Vistule, jusqu'au 10 septembre. Le 28 septembre, le général Bor-Komorovsky met fin à l'insurrection ; les Allemands achèvent de détruire Varsovie ; les insurgés survivants sont fusillés ou envoyés dans des camps de concentration.
Butant contre les Carpates, les Russes engagent au sud les combats les plus décisifs. Une offensive éclair de trois semaines contraint la Roumanie et la Bulgarie à demander un armistice en septembre, tandis que les Allemands évacuent la Grèce, où les Britanniques débarquent le 3 octobre. Les Russes font leur liaison avec les Yougoslaves : Belgrade est prise le 19 octobre.
Au courant d'octobre, la Hongrie est envahie par le sud ; une contre-attaque allemande, de part et d'autre du Danube, au nord de Budapest, remporte quelques succès initiaux, puis est stoppée. À la fin de 1944, le front se stabilise pour quelques semaines, de la Drave au lac Balaton, et le siège de Budapest commence.
Staline avait promis de ne pas modifier les structures politiques et sociales des pays que l'Armée rouge occupe. En fait, partout il installe les communistes au pouvoir, sans tenir compte des gouvernements légitimes réfugiés à Londres. Désormais se posent avec acuité les problèmes politiques de l'après-guerre.

La conférence de Yalta

L'avance soviétique en Allemagne, que personne n'avait prévue, va-t-elle troubler l'accord des Alliés, qui a jusqu'ici résisté à toutes les épreuves ?
En février 1945, à la conférence de Yalta, où les trois Grands se rencontrent et dont la France est absente, Roosevelt, très malade, est surtout préoccupé par le danger d'une hostilité russo-américaine après la guerre. Aussi bien, contre Churchill souvent, qui voit avec tristesse décliner de façon irrémédiable l'influence du Royaume-Uni, a-t-il fréquemment épousé les points de vue de Staline. L'U.R.S.S. obtient que sa frontière à l'ouest suive la ligne Curzon, c'est-à-dire qu'elle annexe des territoires polonais, comme au temps du pacte germano-soviétique. Des droits sont aussi reconnus à l'U.R.S.S. sur des territoires en Asie, de façon à réparer la défaite de l'Empire tsariste en 1905. En échange, Staline ne prend que de vagues engagements sur la formation de gouvernements démocratiques en Pologne et en Yougoslavie. Il accepte la conception américaine de l'O.N.U., mais impose le droit de veto des grandes puissances. Il promet d'intervenir contre le Japon trois mois après la défaite de l'Allemagne. Mais s'il consent à l'élaboration d'accords militaires limités, destinés à éviter des accidents lors de bombardements et en prévision de la jonction des armées alliées en Allemagne, Staline refuse toute révélation sur la stratégie qu'il entend appliquer, alors que Eisenhower lui fera part, en mars, de ses intentions. L'accord se fait unanimement sur l'occupation intégrale de l'Allemagne et son découpage en zones relevant chacune d'un des grands Alliés. Dans l'immédiat, le désaccord espéré par Hitler ne s'est pas produit.

La décomposition de l'Allemagne nazie

La décomposition de l'Allemagne est alors irrémédiable ; Hitler, vieilli, malade, soumis à l'influence d'un charlatan à la fois médecin et astrologue, drogué par lui, est de plus en plus despotique et irritable.
Depuis le complot du 20 juillet 1944, il a perdu toute confiance dans l'armée. Des centaines d'officiers ont été destitués, beaucoup traduits en justice, comme le maréchal von Witzleben, humilié par ses juges du tribunal du Peuple, avant d'être pendu. L'amiral Canaris, chef de l'Abwehr Service des renseignements, est envoyé dans le camp de concentration d'Oranienburg, où il mourra.
D'illustres maréchaux et généraux se sont suicidés : Beck, von Kluge, von Stülpnagel ; Rommel a été contraint au suicide par la Gestapo, Himmler menace de fusiller les familles de déserteurs ; tout soldat en permission injustifiée sera exécuté.
Ce sont des SS qui prennent le commandement des armées ; la plupart sont des soldats improvisés comme Himmler, petit employé, ou comme le garçon boucher Sepp Dietrich.
Goebbels n'arrive plus à fanatiser les foules allemandes qui, à leur tour, manquent du nécessaire. Tandis que les hommes ont été mobilisés et que la doctrine nazie de la femme au foyer interdit de faire travailler des millions de femmes dans les usines, l'Allemagne, où le désordre généralisé s'aggrave d'un exode incessant, devient une immense tour de Babel, avec des millions de prisonniers de guerre, de requis de travail forcé, de concentrationnaires répartis dans des commandos de travail de plus en plus nombreux.
La levée en masse a été proclamée ; les hommes âgés, les adolescents, les malades même ont été enrégimentés dans le Volkssturm (armée populaire) – pour organiser rationnellement le ravitaillement, on a formé un bataillon avec des malades de l'estomac. Hitler refuse partout toute idée d'abandon, et même de repli volontaire : il faut tenir sur place. Il pense à dénoncer la convention de Genève, à pratiquer une politique de la terre brûlée. Il déclare : Si la guerre est perdue, la nation doit périr !
Les bombardements aériens américano-britanniques ont entrepris la destruction de l'Allemagne. Aucune ville n'est désormais à l'abri ; partout les chasseurs peuvent accompagner les bombardiers. 500 000 tonnes de bombes seront jetées entre janvier et mai 1945 : 570 000 civils allemands tués, 800 000 blessés par ces raids, destinés à abattre le moral de la population ; au cours de trois raids successifs en février 1945, 135 000 personnes seront tuées à Dresde et la ville brûlera une semaine entière.
Ces bombardements anéantissent les armes secrètes allemandes avant qu'elles produisent leur plein effet : les sous-marins électriques ne pourront plus prendre la mer ; les avions à réaction seront incendiés sur leurs longues pistes d'envol aisément repérables ; la plupart des bombes volantes, trop hâtivement fabriquées, manqueront leur but ; l'essence fera défaut pour entraîner les pilotes et les parachutistes seront jetés au combat sans instruction suffisante.

L'Allemagne occupée à l'ouest

Contrairement aux suggestions britanniques de tenter une percée au nord, Eisenhower à décidé de livrer bataille sur toute la rive gauche du Rhin pour la nettoyer complètement et réserver le choix de la manœuvre pour lancer l'ultime attaque au-delà du Rhin. Il va, à peu d'intervalle, engager : au nord de la Ruhr, le groupe d'armées anglo-canadien de Montgomery ; entre la Ruhr et la Moselle, le groupe d'armées américain de Bradley ; entre la Moselle, la Sarre et le Rhin, le groupe d'armées franco-américain de Devers. Le prélude est joué par la Ire armée française qui, avec de Lattre de Tassigny en plein hiver, libère la haute Alsace, dans une campagne de dix-huit jours 20 janv.-7 févr. 1945.
Eisenhower n'a pas attendu la fin de la campagne pour lancer sa grande offensive sur l'ensemble du front, avec 90 divisions, dont 25 blindées et 6 aéroportées, 6 000 chars et la suprématie totale dans le ciel. En face, von Rundstedt a 65 divisions incomplètes et 1 000 chars pour tenir un front de 750 kilomètres.
Le 8 février, l'offensive est lancée contre la ligne Siegfried, le long de la Meuse. La première armée canadienne part de Nimègue malgré le terrain inondé et parvient jusqu'à Clèves.
L'attaque sur la Roer est retardée par les inondations provoquées par les Allemands qui ont détruit les digues. Mais, fin février, le front du Rhin inférieur, devant la Ruhr, est aux mains des Alliés. Comme toujours, Hitler a ordonné de se battre sur place jusqu'au bout. Les ponts sur le Rhin sautent les uns après les autres avant que les Américains arrivent ; sauf à Remagen, où les Américains parviennent le 7 mars à 15h 0, alors que le pont devait sauter à 16h. Quand le pont est détruit par les canons, les V1 et les avions allemands, ils ont eu le temps d'en construire deux autres. Le 23 mars, la tête de pont a 40 kilomètres de profondeur.
Cet événement oriente la stratégie d'Eisenhower. La principale avance alliée s'effectue par le centre de l'Allemagne : les fleuves y sont plus étroits et plus faciles à traverser. Cette attaque principale est flanquée de deux axes de progression : au nord vers la Baltique, au sud vers la Bavière et l'Autriche, pour empêcher Hitler d'installer dans les Alpes un dernier réduit de résistance, comme il semble qu'il en ait l'intention.
Selon le plan prévu, le 24 mars, sous les yeux de Churchill, qui s'est aventuré sur le Rhin à proximité des lignes ennemies, deux divisions aéroportées sont larguées, non derrière, mais sur les positions ennemies. La surprise est totale. Trois têtes de pont sont, à l'aube, déja installées au-delà du Rhin, que les chars amphibies ont traversé par leurs propres moyens.
Tandis que les Canadiens se tournent vers l'ouest pour isoler l'armée allemande de Hollande, les Britanniques peuvent commencer leur avance vers l'Elbe ; le 28 mars, la tête de pont est large de 55 kilomètres, à l'est de Wesel.
Auparavant, George Patton a atteint le Rhin au pas de course, pris Coblence, débouché vers Mayence, comme ses instructions le lui commandaient. Le 23 mars, il passe le fleuve à Oppenheim.
Plus au sud, la VIIe armée américaine et la Ire armée française ont brisé les dernières résistances allemandes et franchi le Rhin le 26 mars à Gernsheim et le 31 mars près de Karlsruhe, qui tombe le 4 avril. La Ire armée avance alors dans la Forêt Noire.
À cette date, la Ruhr est complètement encerclée par les Ire et IXe armées américaines. La densité des habitations peut exiger une véritable guerre de siège, qui risque de durer longtemps. Mais les troupes allemandes se désorganisent peu à peu ; en dépit de quelques points de résistance, la guerre a perdu toute envergure à l'ouest. La citadelle de la Ruhr est progressivement réduite par le nord, l'est et le sud. Le 17 avril, tout est consommé ; 320 000 prisonniers sont capturés, dont 29 généraux.
Désormais, l'avance alliée au cœur de l'Allemagne s'effectue d'un seul élan. Au nord, vers Brême, Hambourg et, au-delà, Lübeck, Montgomery cherche à atteindre la Baltique pour couper les armées allemandes de Hollande, du Danemark et de Norvège.
Dans le plan d'Eisenhower, c'est aux armées de Bradley qu'est dévolue, au centre, la tâche principale. Délaissant Berlin qu'il estime sans intérêt militaire, car il refuse de voir quelle importance politique et morale aurait sa prise par les Anglo-Saxons, il a fixé pour objectif à Bradley la jonction au plus court avec les Russes. L'Elbe est ainsi atteinte à Magdeburg le 13 avril.
Plus au sud, les Américains ont infléchi leur marche entre le Main et le Neckar. Nuremberg est prise le 19 avril, le Danube franchi le 25 avril ; Munich tombe le 2 mai.
Le 4 mai, Leclerc et la 2e D.B. entrent à Berchtesgaden et dans le nid d'aigle de Hitler.
Plus au sud enfin, après avoir encerclé Stuttgart, la Ire armée française atteint la frontière suisse, encercle 40 000 Waffen SS dans la Forêt Noire, entre à Ulm le 24 avril, faisant en tout 150 000 prisonniers.

L'offensive alliée en Italie

En Italie, les généraux Alexander et Clark disposent de 25 divisions cosmopolites : Américains, Britanniques, Néo-Zélandais, Polonais, Brésiliens et Italiens. En face, Kesselring commande à des forces à peu près équivalentes, appuyées par les miliciens de la république fasciste de Mussolini. Pendant tout l'hiver se sont livrés des combats contre les maquis de résistants italiens dans les Alpes.
Le 9 avril, l'attaque alliée commence ; après une semaine de lutte, l'opposition allemande faiblit. Les Alliés débouchent de l'Apennin dans la plaine ; Bologne est prise le 22 avril, le Pô franchi le 24, Vérone enlevée le 26.
Un soulèvement généralisé des résistants italiens dans les villes livre aux Alliés Mantoue, Parme, Gênes le 27 avril (où les partisans font 4 000 prisonniers), Milan le 29. Le 1er mai, les Américains entrent à Turin, les Français à Coni.
Le 2 mai, les Néo-Zélandais font leur jonction à Trieste avec les partisans de Tito ; mais, des deux côtés, on se fige vite dans une attitude hostile. Tito entend conserver la ville, que les Anglo-Saxons ont promis de laisser à l'Italie.

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Posté le : 22/06/2014 17:00
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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