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La Bruyère
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Le 10 mai 1696, à 50 ans, meurt Jean de La Bruyère

à Versailles, né à Paris le 17 août 1645, écrivain et moraliste français, il est un homme illustre du Louvre auteur d'une oeuvre magistrale et remarquable qui fît date : Les caractères ou les moeurs de ce siècle.
La Bruyère est devenu célèbre par cette œuvre unique, publiée en 1688. Cet ouvrage, constitué d’un ensemble de brèves pièces littéraires, compose une chronique essentielle de l’esprit du xviie siècle.
La Bruyère fut l’un des premiers écrivains à mettre en avant le style littéraire, en développant un phrasé rythmé dans lequel les effets de rupture sont prépondérants. Ce style incite à la lecture à haute voix, donnant ainsi à cette activité le statut de jugement moral grâce à l’effet rhétorique obtenu par la lecture orale sur les auditeurs. La Bruyère consacre au demeurant toute une section des Caractères, aux effets pervers de l’éloquence. Nombre d’écrivains ont suivi le chemin stylistique tracé par La Bruyère : depuis Marivaux jusqu'à Balzac et Proust, en passant par André Gide.

En bref

Né à Paris, La Bruyère appartient à la vieille bourgeoisie de la Cité, au monde de la procédure et de la finance : ses ancêtres paternels figurent parmi les fondateurs de la Ligue. Après des études de droit, il achète un office de trésorier des finances dans la généralité de Caen, mais vit à Paris, dans une indépendance studieuse et tranquille. Pour des raisons mal connues et sur la présentation de Bossuet, le Grand Condé le pria, en 1684, d'enseigner l'histoire à son petit-fils. Triste élève dont les « inapplications exercent l'opiniâtreté du maître ! La jeune mademoiselle de Nantes, fille adultérine de Louis XIV et de madame de Montespan, après son mariage avec le prince, assistait également aux leçons ; pour peu de temps, car la mort de Condé mit un terme à l'office du précepteur qui devient gentilhomme de monsieur le Duc et, comme tel, attaché à sa personne. Il continue donc à Versailles, à Chambord, à Fontainebleau, à Chantilly surtout, à observer les vices, les impertinences et les goûts de la cour, sans oublier pour autant la ville. Avec beaucoup de modestie, il résolut enfin de publier ses réflexions, distribuées sous un certain nombre de titres, à la suite des Caractères de Théophraste disciple d'Aristote du IVe siècle avant J.-C., qu'il avait traduits non sans s'autoriser un coup d'œil sur la version que J. Casaubon en avait donnée en latin en 1592. Les Caractères de Théophraste traduits du grec, avec les Caractères ou les Mœurs de ce siècle furent donc mis en vente en 1688. Le succès enhardit l'auteur qui enrichit son ouvrage jusqu'en 1694. Élu à l'Académie en 1693 en pleine guerre des Anciens et des Modernes, il éprouva l'année d'après le besoin de se jeter dans la querelle du pur amour en composant des Dialogues posthumes sur le quiétisme 1699 à la façon des Provinciales. Il mourut subitement à Versailles, d'une attaque d'apoplexie. Saint-Simon note dans ses Mémoires : Le public perdit ... un homme illustre par son esprit, par son style et par la connaissance des hommes .... C'était d'ailleurs un fort honnête homme, de très bonne compagnie, simple, sans rien de pédant et fort désintéressé.
La Bruyère est l'homme d'un seul livre. C'est ce qui fait sa force, mais c'est aussi sa limite. Les Caractères eurent huit éditions entre 1688 et 1694 ; d'année en année, La Bruyère grossit son œuvre, qui passa de 420 à 1 120 remarques. Voilà la preuve d'une belle persévérance, qui dénote la singulière aptitude d'un esprit à enrichir un recueil sans jamais s'écarter du but proposé : peindre l'homme. Mais ce qui est peut-être faiblesse, c'est de ne point varier son talent, d'utiliser une formule à peu près constamment identique et de s'en tenir là. La densité du livre existe au détriment de sa liberté créatrice.
Appartenant à une famille de bonne bourgeoisie, La Bruyère, après des études de droit, achète en 1673 une charge de trésorier général de France en la généralité de Caen. Mais il réside à Paris et, comme sa charge lui laisse des loisirs, il en profite pour lire, méditer, observer. En 1684, probablement grâce à Bossuet, il est précepteur du duc Louis de Bourbon, petit-fils du Grand Condé. Tâche ingrate, que le caractère indocile et distrait de son élève ne facilite guère ; du moins, sa vie auprès des grands offre un champ d'observation à son regard pénétrant. Quand Louis de Bourbon devient duc d'Enghien décembre 1686, La Bruyère reste attaché aux Condé en qualité de gentilhomme de Monsieur le duc. Deux ans plus tard paraissent les Caractères, qui traduisent son expérience du monde et des hommes. Leur succès, dû en partie aux portraits, lui vaut, malgré deux échecs, d'être élu à l'Académie française 1693, où son discours de réception, qui ne loue que les partisans des Anciens, fait scandale.
On a l'impression que cette existence cèle des blessures secrètes, des rancœurs mal étouffées et que La Bruyère avait trop conscience de sa valeur pour ne pas souffrir de vivre dans une société qui, tout en l'admettant, ne lui faisait que trop sentir qu'il n'était pas des siens. On ne saurait en conclure que les Caractères sont un livre de revanche, un constat de déception. La Bruyère n'est pas aigri, il est désenchanté ; sa désillusion n'est pas le fruit de l'humiliation : il montre les hommes pour ce qu'ils sont, et la vision des moralistes n'est jamais réconfortante. Mais comment vaincre la monotonie des jours, sinon en livrant à la postérité les pensées qui tiennent à cœur ? Une grande naissance ou une grande fortune annonce le mérite, et le fait plus tôt remarquer. » La Bruyère sait bien, lui, qu'il ne peut compter que sur lui-même. Même si tout est dit et l'on vient trop tard », on peut panser ses plaies en puisant dans ses propres ressources : Le sage guérit de l'ambition par l'ambition même. Au fond de chacun, il est une sorte de confiance en soi, en son talent, et La Bruyère a la certitude de n'en être pas démuni. Lorsqu'il écrit : Il faut plus que de l'esprit pour être auteur, ne pense-t-il pas à lui-même et n'est-il pas sûr d'avoir la foi en son inspiration ? Tout ce que les Caractères cachent d'accent personnel sur le métier de faire un livre ne révèle, au total, en dépit des difficultés, que la croyance de leur auteur à être original.
Je rends au public ce qu'il m'a prêté.
Le but que La Bruyère se propose d'atteindre, dans le grand courant de pessimisme augustinien de son siècle, est de peindre l'homme. Conformément au génie de son temps, il vise à enseigner : On ne doit parler, on ne doit écrire que pour l'instruction. Mais, fidèle à la lignée de tous les moralistes classiques, il s'attache à découvrir la permanence dans la nature humaine, à dégager, par-delà les traits particuliers, les caractères éternels. Je rends au public ce qu'il m'a prêté ; j'ai emprunté de lui la matière de cet ouvrage ; si les contemporains sont l'objet de son étude, La Bruyère se donne une tâche plus haute : dévoiler l'homme dans sa nature universelle. La préface est nette sur ce point : « Penser toujours, et toute la lecture de cet ouvrage, que ce sont les caractères et les mœurs de ce siècle que je décris ; car bien que je les tire souvent de la cour de France et des hommes de ma nation, on ne peut pas néanmoins les restreindre à une seule cour, ni les renfermer en un seul pays. Déjà La Rochefoucauld disait qu'il est plus aisé de connaître l'homme en général qu'un homme en particulier. La Bruyère parvient-il à saisir l'homme dans sa généralité ? Constatons que, si les Caractères sont souvent le fait d'un écrivain qui juge avec recul, il est aussi d'autres pages où l'on découvre l'homme derrière l'auteur, c'est-à-dire une sensibilité.
Le livre semble, en effet, obéir à une triple orientation. Une bonne partie se compose d'aphorismes d'une clairvoyance désabusée, mais qui n'ont pas la cruauté des maximes de La Rochefoucauld. Peu d'indulgence, mais une générosité instinctive qui empêche La Bruyère de noircir son tableau. Chez lui, la sentence constate, affirme : elle ne juge pas, elle ne débouche pas sur la transcendance, elle n'obéit pas à des raisons métaphysiques. L'homme n'est pas, de par sa nature, corrompu. Il est tel qu'il se montre. Voilà une vision moins profonde que celle de La Rochefoucauld : au moins est-elle plus rassurante. À côté des sentences, les portraits, qui se glissent dans tous les chapitres. C'est là le domaine par excellence de La Bruyère : la variété corrosive de sa palette, le nombre de ses silhouettes, ce plaisir inavoué à étiqueter les êtres et à dénoncer leurs travers comme leurs ridicules offrent un plaisir rare à l'esprit. Mais remarquons que La Bruyère ne s'engage pas : l'acuité du trait, le goût pour la satire, l'humour froid divertissent sans provoquer l'émotion. L'auteur veut amuser en enseignant et il ne croit pas qu'il est possible d'amuser si l'on se montre trop sensible. Sa position est claire : L'étude de la sagesse a moins d'étendue que celle que l'on ferait des sots, et ce sot, cet autre nous-même, qui n'entre, ni ne sort, ni ne se lève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes, comme un homme d'esprit, est la matière de son enquête. Sentences et portraits se complètent par des passages d'indignation généreuse d'un homme scandalisé par l'organisation sociale et politique de son temps. C'est sans doute par là que La Bruyère nous touche le plus. L'écrivain cède la place aux mouvements du cœur ; la sympathie qu'il porte à ceux qui souffrent semble autre chose qu'un sentiment superficiel. Il y a une espèce de honte d'être heureux à la vue de certaines misères. l y a sur la terre des misères qui saisissent le cœur …. De simples bourgeois, seulement à cause qu'ils étaient riches, ont eu l'audace d'avaler en un seul morceau la nourriture de cent familles. On sent une émotion vive, et sa sévère critique des grands, des institutions, de la guerre offre un accent de révolte nouveau en ce siècle.
Il faut exprimer le vrai pour écrire naturellement, fortement, délicatement.
Avoir le naturel, la force, la délicatesse, telle est l'ambition de La Bruyère. Son sens de la formule ramassée, ses tours vifs et piquants, son choix des attitudes et des détails révélateurs ne sont pas la moindre qualité d'un art accompli. La Bruyère est un très grand styliste. C'est même le style qui donne à l'œuvre son unité. On peut déjà parler d'une « écriture artiste », grâce aux rythmes, au choix des mots, à l'agencement de la phrase. On a remarqué le caractère moderne des analyses de La Bruyère, qui tranchent sur la simplicité classique de ses prédécesseurs. La contrepartie en est qu'on peut déceler une certaine préciosité, un goût de la recherche qui n'est pas loin du procédé. À force de vouloir être incisif, La Bruyère exagère son dessein. Chez lui, remarquait déjà Sainte-Beuve, l'art est grand, très grand ; il n'est pas suprême, car il se voit et il se sent. On pense aussi à cette phrase de La Rochefoucauld, qui semble assez exactement s'appliquer aux Caractères : Le plus grand défaut de la pénétration n'est pas de n'aller point jusqu'au but, c'est de le passer.
N'exagérons pas non plus la portée politique de l'œuvre de La Bruyère. Si l'on reste très sensible à sa générosité, lorsqu'il s'indigne contre les excès de son temps, on ne saurait voir en lui un révolutionnaire. La Bruyère est loin d'avoir l'étoffe d'un réformateur. Disons qu'il a eu le courage de ses idées, mais cette sympathique franchise ne débouche pas sur une critique positive. Quand il parle des différentes formes de gouvernement, c'est pour conclure : Ce qu'il y a de plus raisonnable et de plus sûr, c'est d'estimer celle où l'on est né comme la meilleure de toutes et de s'y soumettre. Faut-il nécessairement exiger d'un sujet du Roi-Soleil, homme de cœur et capable de nous émouvoir, d'avoir les audaces constructives des philosophes du siècle suivant

Sa vie

On a des raisons de penser que Jean de La Bruyère est né dans un village voisin de Dourdan, où sa famille avait des attaches ; on a retrouvé son acte de baptême, qui établit qu’il a été baptisé le 17 août 1645 en l’église Saint-Christophe-en-la Cité, sur l'île de la Cité. Il est le fils aîné de Louis de La Bruyère, contrôleur général des rentes sur l’Hôtel de Ville, bourgeois de Paris, et d’Élisabeth Hamonyer. De nombreux documents attestent que l'écrivain appartient à une famille roturière du monde des procureurs, Son trisaïeul paternel était Jean de La Bruyère, apothicaire dans la rue Saint-Denis ; mais, contrairement à ce qu'avait cru Sainte-Beuve, son bisaïeul n'était pas le chef chef ligueur Mathias de La Bruyère, lieutenant civil de la prévôté et vicomté de Paris, qui n'est qu'un homonyme : les origines de la famille de La Bruyère ou Brière sont à chercher du côté du Perche où un de ses ancêtres était paysan.
Il est vraisemblablement élevé à l’Oratoire de Paris, et, à vingt ans, obtient le titre de licencié en droit à l’université d'Orléans, après la soutenance de ses thèses en juin 1665. On a la preuve qu'il connaît le grec ancien et l'allemand, ce qui est inhabituel à cette époque. Il revient vivre à Paris avec sa famille, dont la situation de fortune est modeste, et il est inscrit au barreau, mais plaide peu ou point. Il a longtemps été gêné financièrement ; il doit attendre l'héritage d'un oncle, en 1673, pour pouvoir acheter une charge de trésorier général de France au bureau des finances de la généralité de Caen, charge qui lui apporte un revenu : elle valait une vingtaine de milliers de livres et rapportait environ 12 350 livres par an ; elle conférait en outre l’anoblissement avec le titre d'écuyer.

Il effectue le voyage de Normandie pour son installation, en septembre 1674, puis, les formalités remplies, il retourne à Paris, et ne paraît plus à Caen. Il mène une existence de retraite studieuse, vivant petitement, rue des Augustins à Paris. En 1679, un vol de 2500 livres dans son secrétaire le laisse sans ressources. Il s'engage alors comme précepteur chez le marquis de Soyecourt. Il vend sa charge en 1686.
La Bruyère connaît ensuite une remarquable ascension sociale qui lui permet d'accéder aux hautes sphères de la société aristocratique française, et d'y obtenir une avantageuse protection. Depuis le 15 août 1684, il est en effet l’un des précepteurs du jeune duc de Bourbon, petit-fils du Grand Condé, ainsi que de Mademoiselle de Nantes, fille naturelle de Louis XIV et de Françoise de Montespan. Cet emploi est confié à La Bruyère, d’après l’abbé d’Olivet, sur la recommandation de Jacques-Bénigne Bossuet, qui fournissait ordinairement aux princes, a dit Fontenelle, les gens de mérite dans les lettres dont ils avaient besoin. La Bruyère fréquentait en effet l'évêque de Meaux depuis quelques années. Il s'installe chez son nouveau maître, à l'Hôtel de Condé, le 18 février 16856.

Le jeune duc de Bourbon était alors âgé de seize ans, et il venait d’achever sa seconde année de philosophie au collège de Clermont, qui était dirigé par les jésuites. C’est avec deux répétiteurs jésuites, les pères Alleaume et du Rosel, et avec le mathématicien Sauveur, que La Bruyère partage le soin d’achever l’éducation du jeune duc, auquel il est chargé d’enseigner, pour sa part, l’histoire, la géographie et les institutions de la France. La tâche est ingrate et l'élève, épileptique et inappliqué, traverse parfois des crises redoutables. Condé suit de près les études de son petit-fils, et La Bruyère, comme les autres maîtres, doit lui faire connaître le programme de ses leçons et les progrès de son élève, qui, à vrai dire, était assez médiocre. Le 24 juillet 1685, le duc de Bourbon épouse Mlle de Nantes, qui est âgée de onze ans et dix mois ; La Bruyère est invité à partager ses leçons entre les deux jeunes époux. Le 11 décembre 1686, le Grand Condé meurt à Fontainebleau, et l’éducation du duc de Bourbon, devenu duc d'Enghien, est considérée comme terminée. La Bruyère reste néanmoins dans la maison de Condé en qualité de gentilhomme ordinaire de Monsieur le Duc, chargé de la bibliothèque. Il loge à l'hôtel du Prince à Versailles, au Petit Luxembourg à Paris, et au château de Chantilly. Au sein de la maison des Condé, la morgue et le goût de l'esprit sont poussés parfois jusqu'à la plus extrême cruauté, comme en témoigne Saint-Simon. Sa férocité était extrême et se montrait en tout. C’était une meule toujours en l’air, qui faisait fuir devant elle, et dont ses amis n’étaient jamais en sûreté, tantôt par des insultes extrêmes, tantôt par des plaisanteries cruelles en face, et des chansons qu’il savait faire sur-le-champ, qui emportaient la pièce et qui ne s’effaçaient jamais… Il se sentait le fléau de son plus intime domestique… La Bruyère, qui a naturellement l’humeur sociable et le désir de plaire, a dû souffrir de sa condition obscure et de sa position subalterne de gentilhomme domestique, qui lui imposait l’obligation de défendre sa dignité. Il évita néanmoins les persécutions auxquelles était en butte le pauvre Santeul, mais on sent l’amertume de l’amour-propre blessé dans les plus âpres passages de son chapitre Des Grands.

Le succès

La première édition des Caractères paraît à Paris, chez Étienne Michallet, à l'automne de 1687, sous ce titre : les Caractères de Théophraste, traduits du grec, avec les Caractères ou les Mœurs de ce siècle. L'ouvrage comptait cent pages de traduction et deux cents pages originales. Le nom de l’auteur ne figura sur aucune édition publiée de son vivant. Cette première édition qui contenait surtout des remarques, et presque point de portraits, connut un succès très vif tout de suite. Dès lors, la biographie de La Bruyère se confond à partir de 1688 avec la vie de son ouvrage. Deux autres éditions parurent dans la même année 1688, sans que La Bruyère eût le temps de les augmenter notablement. En revanche, la 4e édition 1689 reçut plus de 350 caractères inédits ; la cinquième 1690, plus de 150 ; la sixième 1691 et la septième 1692, près de 80 chacune ; la huitième 1693, plus de 40, auxquels il faut ajouter le Discours à l’Académie. Seule la 9e édition 1696, qui parut quelques jours après la mort de La Bruyère, mais revue et corrigée par lui, ne contenait rien d’inédit. La vente de son ouvrage n’enrichit point La Bruyère, qui d’avance en avait destiné le produit à doter la fille de son libraire Michallet — cette dot fut de 100,000 F environ suivant certaines estimations, et de 200 000 à 3 000 000 F suivant d’autres.

La Bruyère à l’Académie.

Querelle des Anciens et des Modernes.

La Bruyère se présente à l’Académie en 1691, et c'est Étienne Pavillon qui est élu. Il se représente deux ans plus tard, chaudement recommandé par le contrôleur général Pontchartrain, et cette fois il est élu, le 14 mai 1693, en remplacement de l’abbé de La Chambre, et malgré l'opposition de Fontenelle, de Thomas Corneille et des Modernes. Son discours de réception, qu’il prononce le 15 juin de la même année, soulève des orages. Il y fait l’éloge des champions du parti des Anciens, Bossuet, Boileau, La Fontaine et Racine. En homme de progrès, cependant, il dénonce aussi les Partisans, P.T.S., ces parvenus ignorants et outrageusement enrichis, chargés du recouvrement des impôts. Mais en contestant, au sein de l'Académie, la valeur de Corneille comparé à Racine, il inflige un véritable camouflet au frère du dramaturge, Thomas Corneille, et à son neveu, Fontenelle, qui siègent tous deux comme académiciens. Il est alors violemment attaqué dans le Mercure Galant, le journal des Modernes, qu’il a placé jadis immédiatement au-dessous de rien ; les principaux rédacteurs de cette revue ne lui pardonnent pas d’avoir exalté Racine aux dépens de Corneille, et publient une critique au vitriol du discours de réception à l'Académie, dont toute l'assemblée a jugé qu'il “était immédiatement au-dessous de rien”, retournant ainsi contre La Bruyère les termes mêmes dont il s'était servi pour qualifier le Mercure Galant. La Bruyère réplique à l’article du Mercure dans la préface de son discours, et il se venge de Fontenelle en publiant, dans la 8e édition de son livre, le caractère de Cydias, dont tout le monde reconnut l’original.

La fin de sa vie

Les dernières années de la vie de La Bruyère sont consacrées à la préparation d’un nouvel ouvrage, dont il avait pris l’idée dans ses fréquents entretiens avec Bossuet, à savoir les Dialogues sur le Quiétisme, qu’il laissa inachevés. En philosophe chrétien, La Bruyère saisissait ainsi l'occasion d'attaquer la doctrine défendue par Madame Guyon et par Fénelon. Ces Dialogues ont été publiés après sa mort, en 1698, par l’abbé Elies du Pin, docteur en Sorbonne, qui compléta les sept dialogues trouvés dans les papiers de La Bruyère, par deux dialogues de sa façon. Il est probable qu’il ne se gêna point non plus pour remanier les sept premiers ; mais, avec cette réserve, l’authenticité des Dialogues, qui n’était point admise par Walckenaër, paraît certaine au plus récent éditeur de La Bruyère, Gustave Servois. Ajoutons que l’on a vingt lettres de La Bruyère, dont dix-sept sont adressées au prince de Condé, et nous aurons achevé l’énumération de ses œuvres complètes.

Il meurt à Versailles, dans la nuit du 10 au 11 mai 1696, d’une attaque d’apoplexie. Le récit de sa fin nous a été transmis par une lettre d’Antoine Bossuet, frère de l’évêque de Meaux. J’avais soupé avec lui le mardi 8, écrit-il ; il était très gai et ne s’était jamais mieux porté. Le mercredi et le jeudi même, jusqu’à neuf heures du soir, se passèrent en visites et en promenades, sans aucun pressentiment ; il soupa avec appétit, et tout d’un coup il perdit la parole et sa bouche se tourna. M. Félix, M. Fagon, toute la médecine de la cour vint à son secours. Il montrait sa tête comme le siège de son mal. Il eut quelque connaissance. Saignée, émétique, lavement de tabac, rien n’y fit… Il m’avait lu deux jours auparavant des Dialogues qu’il avait faits sur le quiétisme, non pas à l'imitation des Lettres Provinciales car il était toujours original, mais des dialogues de sa façon. C’est une perte pour nous tous ; nous le regrettons sensiblement. Bossuet lui-même écrivait de son côté le 28 mai : Toute la cour l’a regretté, et monsieur le Prince plus que tous les autres. Enfin, voici dans quels termes Saint-Simon a enregistré sa mort : Le public perdit bientôt après 1696 un homme illustre par son esprit, par son style et par la connaissance des hommes : je veux dire La Bruyère, qui mourut d’apoplexie à Versailles, après avoir surpassé Théophraste en travaillant d’après lui, et avoir peint les hommes de notre temps, dans ses nouveaux caractères, d’une manière inimitable. C’était d’ailleurs un fort honnête homme, de très bonne compagnie, simple, sans rien de pédant, et fort désintéressé. Je l’avais assez connu pour le regretter, et les ouvrages que son âge et sa santé pouvaient faire espérer de lui.

La Bruyère mourut célibataire et pauvre. Sa mort, si prompte, si surprenante, suivant les expressions de son successeur à l’Académie, l’abbé Claude Fleury, fit naître le soupçon qu’il aurait été empoisonné.

Regards sur l'œuvre

On a souvent voulu faire de La Bruyère une sorte de réformateur, de démocrate, un précurseur de la Révolution française. Les passages abondent dans son livre où l’on voit qu’il partage, au contraire, et qu’il accepte toutes les idées essentielles de son temps, en politique comme en religion. Il critique les abus, mais il respecte les institutions. Son principe était de montrer aux gens leurs défauts afin qu'ils puissent se corriger. Il reconnaît même que certains maux sont inévitables. Il avait trop l’amour de son art pour être un révolté, et, comme l’a remarqué Nisard, il ne pouvait haïr ce qu’il peignait si bien. Cela posé, il reste que le ton des Caractères est presque constamment celui de la plus mordante satire. Il y avait en La Bruyère un mélange singulier d’orgueil et de timidité, d’ambition secrète et de mépris pour les ambitieux, de dédain des honneurs et de conscience qu’il en était digne; il ressentit profondément, malgré son affectation d’indifférence stoïcienne, l’inégalité de son mérite et de sa fortune. Et son grand grief contre la société du XVIIe siècle est précisément de ne pas faire sa place au mérite personnel. Domestique de ces Condé, dont nous avons indiqué d’après Saint-Simon le caractère détestable, il eut plus qu’un autre à se plaindre de la morgue des grands et de leur injustice à l’égard d’hommes qui les égalent par le cœur et par l’esprit et qui les passent quelquefois. Doué d’une sensibilité profonde et délicate, qui nous est attestée par certaines de ses réflexions sur l’amour et sur l’amitié, il n’est pas étonnant que La Bruyère, dont les instincts naturels étaient constamment froissés, finît par concevoir quelque amertume contre l’injustice du sort et l’épancha dans son livre.

Son humeur aigrie fut admirablement servie par un style incisif, âpre, nerveux, hardi jusqu’à la brutalité. Sa phrase, courte, brusque, saccadée, est déjà celle du XVIIIe siècle ; le réalisme de l’expression, la crudité de certains traits, la tendance à peindre l’extérieur, les gestes des personnages, sont presque du XIXe. Et il nous ressemble encore par un trait qui le distingue de ses contemporains; il est le premier écrivain pour qui le style ait eu une valeur propre, indépendante du sujet, et peut être vu comme le premier en date des stylistes cela est toutefois contestable : l'adresse au lecteur des Caractères rappelle en effet que pour La Bruyère, le style doit être soumis à un double souci, celui de plaire et de se conformer à la singularité d'un objet d'étude, et qu'une écriture seulement plaisante, ne reposant que sur l'artifice esthétique du style, est à bannir. Les premiers stylistes - si tout écrivain n'est pas styliste - seraient ainsi plutôt La Rochefoucauld ou même Pascal, du fait de leurs affirmations radicales quant à la vanité des choses humaines.

L'auteur des Caractères, qui vît une existence studieuse, s'inscrit dans cette lignée complexe de moralistes français qui, au XVIIe siècle, unis dans un même pessimisme, ont rivalisé de mépris pour l'inanité et le caractère hétéroclite du moi. Chrétiens fervents ou libertins, s'il leur est arrivé de célébrer parfois la grandeur de l'homme, ils ont préféré se pencher sur sa misère au point qu'à la fin du siècle Bossuet croira légitime de condamner cette fascination vertigineuse de notre néant : Il ne faut pas permettre à l'homme de se mépriser tout entier... À égale distance d'un Pascal qui fait servir la métaphysique à la religion ou d'un La Rochefoucauld qui a voulu attaquer partout l'amour-propre, La Bruyère et son expérience de l'homme se situent dans une double perspective : l'homme est un fantoche et le jouet de pulsions diverses – sociales ou individuelles – le plus souvent irraisonnées ; mais, quand bien même elle ne se manifesterait pas toujours, une justice existe, qui est la mesure de notre dérèglement.
Pour la postérité, toutefois, parce que nul n'a comme lui dépeint l'allure grotesque et la vilenie de l'individu dans les divers états qui pouvaient être les siens sous le règne du Roi-Soleil – mais aussi sous tous les rois et dans toutes les républiques –, parce que son cœur solitaire s'émeut de pitié devant les victimes et les faibles, La Bruyère, aux côtés de Fénelon, a souvent fait figure de précurseur des grands philanthropes du XVIIIe siècle. Sur le plan esthétique également, on s'est plu à voir un étrange discord entre son temps – qui est celui du goût tout classique de la composition – et la présentation impressionniste, moderne préfigurant Flaubert, Mérimée, les Goncourt de ses réflexions.
En fait, La Bruyère a, dans son attitude comme dans ses procédés, la pénétration rageuse mais aussi la pathétique tendresse des Timon d'Athènes : plus qu'à la charnière d'une époque où la conscience européenne est tout entière en crise, il appartient au royaume de Misanthropie ; c'est là ce qui explique pourquoi l'acharnement de son réalisme cruel n'altère pas sa fidélité aux grandes options classiques d'ordre, de décence, de beauté, de noblesse.

Le peintre

L'homme de lettres est trivial comme une borne au coin des places ; il est vu de tous et à toute heure, et en tous états, à table, au lit, nu, habillé, sain ou malade : il ne peut être important, et il ne le veut point être.
Ainsi La Bruyère peut-il juger de tout : de la ville, de la cour, du souverain, de la mode, de la chaire, des esprits forts. Son observation, toujours libre, saisit des instantanés de l'homme dans toutes les conditions, dans tous les états : et tant d'aperçus fragmentaires et disjoints reconstituent, cependant, un monde aussi organiquement vivant que ceux de Saint-Simon et de Proust.
En effet, La Bruyère concilie le sens le plus aigu de l'individuel et l'intuition des ressorts profonds des groupes humains. À première vue, Les Caractères représentent une suite d'originaux dont la bizarrerie défie toute réduction à un type fondamental : on cite l'amateur de tulipes, mais voici Hermippe, esclave de ses petites commodités, à la recherche de ce qu'on nommerait des gadgets ainsi les chaises volantes, ancêtres des ascenseurs ; Onuphre, Tartuffe subtil qui se garde bien des maladresses du dévot hypocrite de Molière ; Ménalque, distrait qui cumule tant de fantaisies qu'il en devient irréel.
Les contemporains ont essayé de nombreuses clefs sur le secret des Caractères. Souvent à faux ; l'auteur, en superposant ses observations, rendait le déchiffrage impossible. Ce talent d'impressionniste, ce génie de la caricature s'expriment en un style spontanément baroque. Rien n'est jamais attendu, pas plus la dissonance que l'accord parfait et le registre varie du burlesque au tragique ; souvent les deux tons se mêlent : Le sot est automate, il est machine, il est ressort ; le poids l'emporte, le fait mouvoir, le fait tourner et toujours dans le même sens et avec la même égalité ; il est uniforme ; il ne se dément point : qui l'a vu une fois, l'a vu dans tous les instants et dans toutes les périodes de sa vie ; c'est tout au plus le bœuf qui meugle, ou le merle qui siffle : il est fixé et déterminé par sa nature et, j'ose dire, par son espèce. Ce qui paraît le moins en lui, c'est son âme ; elle n'agit point, elle ne s'exerce point, elle se repose.
Avec les mondains de la fin du XVIIe siècle, La Bruyère a le goût de l'exagération et de la bouffonnerie et se rattache ainsi à ce courant souterrain qui va de Scarron au Marivaux du Télémaque travesti : Cliton, le gourmet, donnait à manger le jour qu'il mourut ; Diphile, l'amateur d'oiseaux, passe ces jours qui échappent et qui ne reviennent plus à verser du grain et à nettoyer des ordures.
Mais, le plus souvent, le don de voir se fait précieux ; on respire avec le fleuriste ces tulipes aux beaux noms : l'Agathe, l'Orientale, la Veuve, le Drap d'or, la Solitaire, nuancée, huilée, bordée, à pièces emportées.... Avec le numismate Diognète, l'auteur admire une médaille et en estime le fruste, le flou et la fleur de coin.... Qui pourrait épuiser tous les différents genres de curieux ? Devineriez-vous, à entendre parler celui-ci de son léopard, de sa plume ..., les vanter comme ce qu'il y a sur la terre de plus merveilleux, qu'il veut vendre ses coquilles ? Ce raffinement, joint à une désinvolture apparente dans la construction, explique que l'on ait pu voir en La Bruyère l'ancêtre de ce style ouvragé, que devaient cultiver, entre autres, Flaubert, les Goncourt et Proust...

Le moraliste

Tout en peignant la diversité des hommes en psychologue sensible, cet observateur libre a construit son ouvrage selon un ordre qui implique une métaphysique. Certes, il fait des problèmes sociaux la substance de ses réflexions, et ce sont les conditions De la cour, Des grands – non les catégories traditionnelles de la rhétorique –, les passions, les dispositions, les âges, les différences de fortune, lieu commun des moralistes, qui servent de titres aux chapitres des Caractères.
Cet ouvrage étincelant et à facettes dissimule le fil d'une méditation une, grave, serrée.
Écrivain, La Bruyère estime que la littérature vit une tension entre passé et présent Des ouvrages de l'esprit, mais surtout il défend le mérite personnel et les authentiques valeurs spirituelles face aux préjugés. La confidence se précise dans les chapitres Des femmes, Du cœur, où l'aveu est celui de la fidélité et du renoncement. Pour peindre la solitude, La Bruyère a des accents raciniens : Les hommes souvent veulent aimer et ne sauraient y réussir : ils cherchent leur défaite sans pouvoir la rencontrer et, si j'ose ainsi parler, ils sont contraints de demeurer libres. Examine-t-il la société ? Las de ne point y trouver de politesse, il conseille le désert : Le sage parfois évite le monde de peur d'être ennuyé. À y regarder de plus près, les raisons s'ajoutent de fuir : la répartition des biens est inique, il convient de s'arracher à la ville et de vivre tel un laboureur, il faut éviter les grands qui nous corrompent par la jalousie stérile que – tout nuls qu'ils sont – ils nous inspirent. Mais La Bruyère ne serait pas un contemporain de Racine et de La Fontaine si le visage du souverain – en qui la Providence réunit les dons du ciel – n'éclairait ce monde d'intrigue et de cupidité.

La nature de l'homme est l'énigme qui, seule, explique les combinaisons infinies que propose la société. Au reste, avec sérénité et tristesse, il admet que la dureté, l'ingratitude, l'injustice, l'amour de nous-mêmes et l'oubli des autres constituent le fond de la nature humaine : la mort se fait sentir à tous les moments de la vie. Triste peinture : Je doute que le ris excessif convienne aux hommes, qui sont mortels. » Sous tant de caractères divers, la même certitude subsiste d'une issue fatale. Et ce n'est pas l'un des traits les moins cruels de l'auteur que cette fresque de vieillards déjà condamnés : Phidippe, qui craint la mort ; Gnathon, prisonnier de son vice et de ses terreurs ; Ruffin, jovial et sans cœur ; N..., qui bâtit pour lui seul et qui mourra demain ; Antagoras, haï de tous. Il n'y a qu'un seul remède : la solitude, pour nous rappeler à Dieu et à nous-mêmes.
Et pourtant La Bruyère, qui a fait l'inventaire des « puissances trompeuses », espère en la force du raisonnement quand il est utilisé pour l'apologétique. Aux antipodes d'un Pascal, il croit à l'entraînement des preuves et reprend l'enchaînement : Je pense, donc Dieu existe. Toutefois, cet homme tout en finesse rejette la subtilité : elle ne saurait nous introduire dans la compréhension du mystère ; à quoi bon, à mesure que l'on acquiert plus d'ouverture dans une nouvelle métaphysique, perdre un peu de sa religion ? L'existence du mal est, en effet, mystère : Les extrémités sont vicieuses et partent de l'homme ; toute compensation est juste et vient de Dieu.
Ainsi, la composition des Caractères est réelle : elle porte la marque de la personnalité de l'auteur que ses plongées dans le cœur humain ont convaincu de misanthropie. Tout au long de l'ouvrage, son désir de désert ne cesse de croître. Plus qu'un vain goût de littérature, il convient de situer les Caractères dans les perspectives du XVIIe siècle : comme les grands classiques, La Bruyère veut « instruire et plaire ; nul doute qu'il ne confie son véritable but quand il écrit : Quand on ne serait pendant sa vie que l'apôtre d'un seul homme, ce ne serait pas être en vain sur terre, ni lui être un fardeau inutile. Ce zèle l'a tiré de sa réserve : La Bruyère est un moraliste, non un philosophe.
Il est donc abusif d'extraire des Caractères une philosophie politique : c'est en honnête homme et en chrétien que La Bruyère condamne le régime social dont il est le témoin ; c'est en cœur généreux qu'il a pitié du peuple des champs – ces nimaux mâles et femelles –, non en précurseur des révolutionnaires. Il n'imagine pas une égalité parfaite et estime qu'un État doit conserver un grand mal plutôt que de susciter de nouveaux maux sans doute pires. Ce dont il rêve, c'est, après son ami Fleury, de réhabiliter les mœurs d'Athènes, et le Discours sur Théophraste, qui contient un panégyrique de la démocratie antique, éclaire sur ce point les Caractères.
En fait, La Bruyère, à la fois observateur et secret, homme du monde et solitaire, a peint dans ses Caractères tous les vices, toutes les manies, les faiblesses dont se recouvre notre vide. Mais son cœur restait pur, lyrique et tendre. À la cour, dans un pays où les joies sont visibles, mais fausses et les chagrins réels, mais cachés , l'auteur des Caractères a surtout constaté paradoxalement que les hommes n'ont point de caractère, ou, s'ils en ont, c'est celui de n'en avoir aucun qui soit suivi. Toutefois, malgré tant d'amertume, il respecte le mystère de la divine filiation et se rafraîchit au besoin dans l'admiration des vertus d'Arthénice : Il y a en elle de quoi faire une parfaite amie, il y a aussi de quoi vous mener plus loin que l'amitié.
À travers son œuvre, l'auteur, en fait, s'est peint lui-même, être d'émotions vives, épris de solitude, dont le don d'observateur et de peintre a fait l'un des talents les plus originaux de la littérature française. Jeanne-Lydie Goré-Caraccio

Citations

« J’ai pris un trait d’un côté et un trait d’un autre ; et de ces divers traits qui pouvaient convenir à une même personne, j’ai fait des peintures vraisemblables …Il faut que mes peintures expriment bien l’homme en général, puisqu’elles ressemblent à tant de particuliers ».
« Ceux enfin qui font des maximes veulent être crus: je consens, au contraire, que l’on dise de moi que je n’ai pas quelquefois bien remarqué, pourvu que l’on remarque mieux. »
Du cœur
« I2 (IV) L’amour qui naît subitement est le plus long à guérir. »
« Le plaisir le plus délicat est de faire celui d’autrui. »
« C'est une grande difformité dans la nature qu'un vieillard amoureux. »
De la cour
«10 (VI) La cour est comme un édifice bâti de marbre : je veux dire qu’elle est composée d’hommes fort durs, mais fort polis. »
« 22 (VI) L’on se couche à la cour et l’on se lève sur l’intérêt (…): quel moyen de demeurer immobile où tout marche, où tout se remue; et de ne pas courir où les autres courent? (…) question si épineuse, si embarrassée, et d’une si pénible décision, qu’un nombre infini de courtisans vieillissent sur le oui et sur le non, et meurent dans le doute. »
« I0I (VI) La ville dégoûte de la province; la cour détrompe de la ville, et guérit de la cour.
(I) Un esprit sain puise à la cour le goût de la solitude et de la retraite. »
Des grands
« 22 (V) (…) Les grands sont odieux aux petits par le mal qu’ils leur font, et par tout le bien qu’ils ne leur font pas (…). »
« 29 (I) (…) ils songent à eux-mêmes, (…): cela est naturel. »
« 36 (IV) Tu es grand, tu es puissant : ce n’est pas assez; fais que je t’estime (…). »
« 56 (I) L’on doit se taire sur les puissants: il y a presque toujours de la flatterie à en dire du bien; il y a du péril à en dire du mal pendant qu’ils vivent, et de la lâcheté quand ils sont morts. »


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Posté le : 09/05/2015 15:58
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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