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Nouvelles confirmées : Je suis l'Eau
Publié par Donaldo75 le 17-03-2019 15:05:24 ( 708 lectures ) Articles du même auteur



Je suis l’Eau, la sœur de l’Air, la Terre et le Feu. Depuis nos débuts, il y a longtemps, nous vivons tous les quatre en harmonie, sous la protection du Soleil, du Ciel et de la Lune. Certes, nous avons vécu quelques crises mais elles font partie du cycle de la vie. Le Feu a parfois voulu nous imposer sa furie, son énergie puissante et incontrôlée mais nous avons toujours repoussé ses assauts, réfréné ses ardeurs, tempéré ses émotions. Il s’en est quand même fallu de peu ; une fois, l’Air a menacé de nous quitter, de partir quelque part dans l’Ether, un ailleurs dont nous parle souvent le Ciel comme étant notre havre originel, là d’où nous venons tous, même le Soleil et la Lune.

- Pourquoi veux-tu partir ? a demandé le Ciel.
- Le Feu prend trop de place, a répondu l’Air.
- Et que feraient la Terre et l’Eau sans toi, sans le Feu ?
- Ils continueraient à jouer de toutes les couleurs.
- Ils s’ennuieraient. Le Temps viendrait les chercher plus tôt que prévu sans qu’ils n’aient accompli quelque chose de beau.
- Quoi ? Que devons-nous accomplir de plus beau que les cristaux multicolores, les montagnes gigantesques et les aurores boréales ?
- Je ne sais pas. C’est pour cela que vous devez rester tous les quatre ensemble, même si le Feu joue au polisson avec vous.

L’Air a pris sur lui. Il a pesé le pour et le contre. L’Ether l’effrayait un peu ; on en parlait tous comme d’un début et d’une fin, sans jeu, sans mouvement, sans le plaisir de créer de beaux kaléidoscopes, des diamants et des nuages, de la pluie et du vent, tout ce qui rendait notre existence amusante. Nous avons pleuré avec lui ; le Feu a imploré son pardon, juré de ne plus partir dans tous les sens, promis de grandir un peu. L’Air a frémi un moment puis s’est mis à neiger. La crise était passée.

Je me souviens du chemin parcouru. Nous avons assisté à des créations plus belles encore que des nappes d’argent ou des lacs de lave. Nous avons également vu naître les Animaux ; je les ai particulièrement choyés avec ma sœur la Terre, même quand ils essayaient de se manger entre eux. Ils nous ont parfois amusés, d’autres fois attristés, surtout les derniers arrivants, les Humains, ceux qui ont essayé de dominer notre frère le Feu. Cette fois-ci, c’est le Feu qui a voulu partir dans l’Ether, au grand dam du Soleil et du Ciel.

- Pourquoi veux-tu partir ? a demandé le Soleil.
- Je veux rester libre, a répondu le Feu.
- Mais tu es libre.
- Non, les Humains veulent me domestiquer, m’utiliser pour asservir les Animaux, pour se combattre entre eux. C’est moche.
- Ils ne te domestiqueront jamais. Le Temps ne les laissera pas continuer.
- Viendra-t-il les chercher pour les amener dans l’Ether ?
- C’est possible. Ils peuvent aussi devenir sages, comme toi naguère. Tu as été un sacré polisson, souviens-t-en. Les Humains apprennent en marchant. Aujourd’hui comme hier, ils t’admirent et te vénèrent. Ils admirent et vénèrent aussi la Terre, l’Eau et l’Air. Certains écrivent des chansons pour la Lune, alors qu’elle passe les trois quarts de la journée cachée derrière le Ciel.

Le Feu a écouté le Soleil. Il a repensé à nos discussions d’antan, quand nous pleurions à cause de lui, quand l’Air voulait nous quitter et rejoindre l’Ether. Il a compris que tous avaient droit à une chance, celle de mûrir et d’apprendre de ses erreurs, de ses bêtises et de ses excès. Nous l’avions pardonné. Il devait à son tour pardonner les Humains, croire en eux, en leur future sagesse. Le Feu est resté avec nous.

Parfois, je me demande quand même si nous n’aurions pas été mieux sans les Humains. Je pleure souvent. Je sais que l’Air et la Terre pleurent également. Les excès des Humains nous font de plus en plus souffrir. Seul le Feu ne semble pas affecté. Nous essayons de les ramener à la raison, de leur rappeler qu’ils ne sont pas les seuls ici. Nos répliques de lave ou de neige, nos tsunamis et nos tornades ne les poussent pourtant pas à s’assagir. Ils se trouvent des milliers de raisons pour continuer comme si de rien n’était. Certains d’entre-eux ont déjà essayé de domestiquer la Lune, d’autres parlent d’asservir le Soleil ou invoquent le Ciel pour justifier leurs actes. Ils ne se rendent pas compte que le Temps les observe patiemment. Ils ne croient pas en l’Ether, en une fin précipitée après un début précaire.

« Ils sont encore jeunes, laissons les apprendre » ne cessent de dire le Soleil et la Lune. Je ne sais pas où nous allons avec eux. Je préférais quand nous jouions tous les quatre ensemble, protégés par le Soleil, le Ciel et la Lune, loin de l’Ether et du Temps.

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
Titi
Posté le: 17-03-2019 20:23  Mis à jour: 17-03-2019 20:23
Administrateur
Inscrit le: 30-05-2013
De:
Contributions: 1622
 Re: Je suis l'Eau
Très jolie métaphore mon cher Donald, l poète le plus libre de l'ORée.

''Jamais la nature ne trompe, c'est toujours nous qui nous trompons''avance J.J.Rousseau dans Emile.


Mais, pauvres humains que nous sommes, si nous apprécions sa beauté ponctuellement, dans l'instant qui suit pour de basses raisons mercantilles nous lui crachons dessus, oubliant nos promesses passées.



.........à l'mage des plus grands dirigeants de notre planète!!!


Gao Xingjian prix Nobel de littérature en 1995 écrivait dans son roman ‘La Montagne de l’âme’: l'homme pille la nature, mais la nature finit toujours par se venger''

Amitiés Donald.
Istenozot
Posté le: 22-03-2019 22:42  Mis à jour: 22-03-2019 22:45
Plume d'Or
Inscrit le: 18-02-2015
De: Dijon
Contributions: 2303
 Re: Je suis l'Eau
Cher Donald,

Comme je suis heureux de te lire à nouveau.
Venir derrière notre ami Serge est toujours compliqué car il dit tant de choses que je pourrai dire moi-même.

Je trouve dans ta nouvelle de la musique, de la poésie mais aussi de la symbolique, la symbolique de la nécessaire unité entre les éléments et finalement entre les hommes.
Et tu joues avec les éléments de la nature au sein d'un dialogue très intense.

Merci pour ce très beau partage.

Amitiés de Dijon.

Jacques
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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