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Nouvelles confirmées : Le Crépuscule des Demi-Dieux - Huitième Partie, Document 2, 3, 4, 5
Publié par dominic913 le 14-02-2012 10:50:00 ( 753 lectures ) Articles du même auteur
Nouvelles confirmées



Document Deux :

 

1279 : Les négociations entre la Princesse Jeanne et les émissaires du roi Philippe – dit le Hardi – se poursuivent depuis des semaines. Mais elles sont aujourd’hui au point mort. Ces derniers jours, j’en ai donc profité pour étudier, avec sa permission, les archives de ses ancêtres ; les comtes de Toulouse.

Ces documents se trouvent à l’intérieur de la Bibliothèque appartenant à sa famille depuis plusieurs générations. Et depuis mon arrivée ici, j’en ai beaucoup entendu parler par mes Frères. Mais il semble qu’aucun d’entre eux n’y a jamais eu accès. Je suis donc le seul, grâce à l’appui de la Princesse Jeanne, a avoir eu l’autorisation d’y mener mes recherches durant un certain nombre de jours. Je dois être cependant prudent, car ses Gardiens risquent de m’importuner à un moment ou à un autre. Je sens déjà les regards invisibles et haineux de ceux-ci me scruter dans l’obscurité. Et je crains de devoir les affronter plus directement plus tard, et dans des circonstances nettement plus défavorables.

Mais, pour l’instant, passons sur ce sujet. A l’issue de mes premières investigations, j’ai pu découvrir une partie des renseignements que nous cherchons. J’ai lu quelques uns des manuscrits rédigés de la main même de Géréald le Fort ; je vous rappelle qu’il était l’un des principaux conseillers du premier comte de Toulouse : Raymond de Pons. Or, d’après ses textes, Raymond de Pons prend le pouvoir en Aquitaine aux alentours de l’an 920. Il évoque également de vieux récits sur les Wisigoths. D’après Géréald le Fort, ces derniers envahissent le pays, après en avoir chassé les Tectosages,. Ils font de Toulouse leur résidence royale, et se s’emparent du Trésor De Delphes qui s’y trouve caché depuis des siècles. Puis, ils fuient à leur tour la cité au début du 5ème siècle de notre Ere.

Il semble en effet que les Tectosages soient arrivés en Aquitaine au 1er siècle avant J.C. C’est leur chef, un dénommé Brennus, qui les y conduit, après avoir ravagé la Grèce antique. Celui-ci s’y est emparé du Trésor de l’Oracle de Delphes. Il l’emmène alors à Toulouse avec lui, le considérant comme un butin de guerre. Mais, lorsque son successeur  quitte précipitamment Toulouse au 5ème siècle à l’approche des troupes Wisigothes d’Alaric 1er, il n’a pas le temps de l’évacuer de l’ancien Temple d’Apollon à l’intérieur duquel il a été dissimulé par son ancêtre.

De fait, Alaric laisse la Trésor de Delphes là où il se trouve. Par ailleurs, il semble qu’il n’a jamais eu connaissances des Secrets que celui-ci recèle ; ces mêmes Secrets que nous avons découverts il y a longtemps dans nos livres, et auxquels nous n’avons jamais pu avoir accès.

Quelques décennies plus tard, en 507 pour être plus exact, Clovis défait l’armée du petit-fils d’Alaric. Il s’empare à son tour de Toulouse et de son Trésor. Puis, ce dernier est partiellement dispersé au cours des siècles suivants. Ceci, jusqu'à ce qu’au tout début du 8ème siècle, quand le duc Eudes, prend lui aussi la cité. Il la défend ensuite contre les attaques des Sarrasins. A la suite d’un assaut particulièrement violent, il redécouvre le lieu où est caché le Trésor. Il profite de l’occasion pour en enfouir ses derniers vestiges au cœur de salles oubliées transformées depuis longtemps en catacombes de l’ancien Temple d’Apollon. Il les mure. Pendant onze ans, il a bâtit une partie des nouvelles fortifications destinées à protéger Toulouse des envahisseurs par-dessus. Mais il ne réussit pas à empêcher les Arabes d’envahir la ville, puis de l’occuper durant quelques temps. 

Car, lorsque Charles Martel vainc les Arabes à Poitiers en 732, Eudes reconquiert l’Aquitaine ainsi que sa capitale. Malheureusement, il n’a pas le temps de se préoccuper de son Trésor, qu’il meurt. Et dès lors, celui-ci tombe dans l’oubli.

Ce n’est qu’au début du 13ème siècle qu’on entend de nouveau parler de ce Trésor. A l’issue du second siège de Toulouse par les armées de Simon de Montfort, les Albigeois de la région sont anéantis. Simon de Montfort s’installe dans la Cité. Sur les recommandations du Pape Innocent III, il entame très vite la construction de l’église Saint-Séverin. Mais l’édification de ce lieu de culte Catholique ne se termine que vers 1250, grâce, par la suite, au soutien financier du roi Philippe Auguste d’abord, de Louis VIII, et de Louis IX – ou Saint Louis - ensuite. Car les uns comme les autres, souhaitent en finir au plus vite avec l’hérésie Cathare qui sévit en Aquitaine depuis plus d’un siècle. Et sa construction symbolise la victoire de la vraie foi sur les fausses croyances. 

Hélas, pour l’heure, en ce début de 13ème siècle, Simon de Montfort ne réussit pas à se maintenir. Il décède d’ailleurs au cours d’une bataille, et c’est son fils Amaury qui lui succède à la tète des envahisseurs. Celui-ci parvient finalement à pacifier l’Aquitaine. Une fois sa mission accomplie, il cède ses droits sur la Province au roi Louis VIII de France. De son coté, le comte Raymond VI de Toulouse signe la paix avec l’Eglise et le souverain. Mais, il continue malgré tout, discrètement à protéger les Cathares d’Aquitaine contre la soldatesque royale et ecclésiastique ; de la même manière que ses ancêtres l’ont fait avant lui, et que lui même l’a fait depuis le début de la conquête du Languedoc par les gens du Nord.

Cette paix de façade laisse désormais les mains libres aux milices du Christ. Ces dernières exterminent dès lors les derniers Cathares jusqu'à Montségur en 1244. Après cette issue fatale, Saint Louis profite de son avantage pour renforcer son alliance avec le comté de Toulouse. Il demande au comte la main de sa fille Jeanne pour son frère, Alphonse de Poitiers. Dans le contrat de mariage, il fait stipuler qu’après la mort du comte de Poitiers, si Jeanne n’a pas d’enfants de lui, l’Aquitaine doit être placée sous tutelle française. De fait, si vous remémorez les événements de cette époque, c’est bien ce qui s’est passé : Raymond VI mort sans héritier male, Jeanne lui a succédé. Alphonse n’a pas eu de fils d’elle ; celui-ci est maintenant décédé. Et aujourd’hui, nous en sommes toujours aux négociations sur les modalités de rattachement de l’Aquitaine au royaume de France entre Jeanne et les émissaires de Louis IX.  

Si je vous réexplique tout cela, c’est que les informations dont je tente de retrouver la trace ici concernent – entre autres – nos Frères massacrés à Montségur. Elles concernent également le terrible Secret qui lie tous les éléments dont je viens de vous décrire les grandes lignes. Vous comprendrez que je ne peux pas en parler plus par écrit.

De fait, je vais poursuivre mes recherches au sein de la Bibliothèque au cours des jours qui viennent. Parallèlement, je vais continuer à participer aux négociations en compagnie de mes confrères émissaires du roi de France, et les plénipotentiaires de la Princesse Jeanne. Après cela, je me rendrai à Montpellier rendre compte de mes investigations. Puis, j’irai à Paris pour informer Saint Louis de l’avancée des pourparlers. J’en profiterai en outre pour continuer mon enquête dans la capitale. Auparavant, je vous envoie donc un de mes protégés porteur de cette lettre, afin que, de votre coté, vous puissiez en faire de même. En espérant que ces renseignements vous mènent dans la bonne direction à l’endroit où vous vous trouvez actuellement.


Document 3 :

 

En 1087, la « Reconquesta » sur les Sarrasins installés en Espagne depuis des siècles est à un tournant. En effet, cette année là, après près d’une décennie, l’armée à laquelle Raymond IV Saint Gilles appartient a plus ou moins définitivement les Sarrasins au-delà des Asturies. Celui-ci décide donc de rentrer à Toulouse pour y prendre quelque repos, entouré des hommes de la compagnie qu’il a affrétée dans ce but. Et c’est quelques jours avant que nous ayons fini de franchir les montagnes Pyrénéennes qu’il me convoque.

Au moment où je pénètre dans le campement, puis dans sa tente, il m’attend. Je m’aperçois immédiatement qu’il a les traits tirés et le visage déconfit. Il faut dire que, les jours précédents, notre armée a du affronter le froid et la neige des montagnes pyrénéennes. Elle a eu, en outre, beaucoup de difficultés à progresser le long des sentiers étroits et sinueux qui les traversent. Cela fait maintenant deux jours que nous n’avançons plus. Nous sommes bloqués dans le campement, et le moral de nos gens s’en ressent

Quand je rejoins Raymond IV de Saint Gilles, il a un regard lointain et une voix grave qui m’inquiètent quelque peu. Je ne l’ai jamais vu aussi abattu, lui qui a toujours une assurance et un espoir à toute épreuve ; même dans les situations les plus difficiles. Un peu anxieux, je m’approche donc rapidement de lui. Et c’est alors qu’il commence à me parler de la chose la plus incroyable que j’ai jamais entendu.

Il m’explique qu’il y a plusieurs mois, au plus fort de l’une des nombreuses batailles que nous avons mené contre les Sarrasins, un jour, ses soldats ont capturé un capitaine Mauresque. Ils l’ont amené devant lui à la tombée de la nuit. Et celui-ci s’est mis à lui raconter une étrange histoire.

Cet homme lui a dit se nommer Ibrahim. Et autrefois, il a été un marchand qui a possédé de nombreux contacts de l’Auvergne à l’Afrique du Nord. Ibrahim a alors proposé un marché à Raymond IV de Saint Gilles. En échange de sa vie et de sa liberté, il lui a promis de lui dévoiler un Secret ; il s’agissait d’un Secret qui n’était connu que dans les mythes et les légendes de son pays. Raymond IV a accepté de l’écouter avant de prendre sa décision au sujet de son avenir.

De fait, d’après Ibrahim, à partir de 711, quand les Arabes ont conquis l’Espagne Wisigothe, certains des adversaires de ceux-ci sont très vite devenu des alliés de circonstances. Afin d’entrer dans leurs bonnes grâces, leurs anciens ennemis se sont mis à leur faire des révélations. Ils leur ont dit, par exemple, qu’au tout début du VIème siècle, à l’époque où leur roi Alaric II dominait le Sud de ce qui s’appelait encore la Gaule, les Wisigoths ont été les possesseurs d’un fabuleux trésor. Ce trésor dépassait, ont t’ils souligné, l’imagination la plus débridée. Or, il semble qu’au cœur de ce Trésor, a été dissimulé l’un des plus énigmatiques Secrets de l’ancien Orient. Et qu’il a été caché dans un ancien Temple Romain transformé en Sanctuaire dédié aux divinités Wisigothes.

Les Wisigoths ont aussi dit à leurs nouveaux alliés Arabes que, selon eux, ce Trésor, ainsi que le Secret qu’il contenait, sont arrivés dans le Sud de la Gaule bien avant leur venue. D’après eux, il a dû être enseveli à Toulouse, qui était à cette époque la capitale des Wisigoths. Il y a ensuite été oublié, parce qu’il semble qu’il n’en n’a pas bougé depuis lors ; d’autant que, d’après leurs informations, il y était encore lorsque Alaric II a abandonné la Cité devant l’avancée des Francs de Clovis.

Ibrahim a encore expliqué à Raymond IV que ces Wisigoths ont dit à ses ancêtres que ce Trésor recélait apparemment encore bien d’autres mystères. Il a souligné le fait que, dans sa jeunesse, il a entendu parler d’autres récits à son sujet. Mais il ne s’est pas souvenu de ces derniers. Il a uniquement dit que seuls les Patriarches Religieux de son peuple en ont gardé le souvenir au sein de leurs Livres.

Selon la Tradition d’alors a-t-il évoqué, les Patriarches suivaient les armées Sarrasines en mouvement. Ils notaient et compulsaient tout ce qu’ils entendaient au cours de leurs voyages. Mais, le plus souvent, il s’agissait de récits fantastiques. Ces derniers étaient peuplés d’êtres étranges, de quêtes incroyables et interdites, de guerres souterraines dont les humains étaient exclus, et pire, dont ils étaient écartés depuis l’Aube des Temps alors qu’elles se déroulaient sous leurs yeux. Selon Ibrahim, les Patriarches se transmettaient ces récits de génération en génération. Ils les gardent dans leurs Livres, et sont, aujourd’hui encore convaincus de leur véracité. A tel point que, lorsqu’ils en parlent à de jeunes novices venus écouter leurs Enseignements des quatre coins de l’Orient, comme ils l’ont fait pour lui, ils courbent humblement l’échine.

Ibrahim est allé un peu plus loin dans son exposé : il a dit que jadis, il a connu un étranger ayant habité Constantinople. Et ce dernier lui a raconté qu’il était venu rencontrer les Patriarches afin de recueillir de leur propre bouche toutes les histoires possibles et imaginables dont ils avaient connaissance sur ce sujet. Il est resté chez eux quelques jours, puis, il a disparu sans qu’on n’entende plus jamais parler de lui.

Il a déclaré qu’il connaissait parfaitement l’histoire de son Peuple. Il était au courant que ses armées avaient occupé la cité de Toulouse durant plusieurs années. Il savait  qu’elles en avaient été chassées après avoir été vaincues par Charles Martel à Poitiers. Il savait de quelle manière elles aient ensuite été définitivement repoussées au-delà des Pyrénées. Mais, avant que les Patriarches ne lui aient révélé l’histoire de ce fabuleux Trésor et de son terrible Secret enterrés à Toulouse, il n’en n’avait jamais entendu parler.

L’exposé d’Ibrahim a duré une bonne partie de la nuit qui a suivi la bataille contre les Sarrasins. Et Raymond IV m’avoue qu’il a été fortement ébranlé par celui-ci. De fait, les jours suivants, il a fait en sorte d’interroger personnellement d’autres prisonniers de guerre. Ces derniers lui ont également parlé de cette mystérieuse et incroyable légende ; mais fragmentairement. D’autres lui ont affirmé qu’effectivement, les Patriarches détenaient des fables datant de l’époque où les Wisigoths étaient les maitres de l’Espagne et du Sud de la France. Et d’autres encore lui ont expliqué qu’elles étaient issues de textes que les Wisigoths ont emmené avec eux dans la Péninsule Ibérique ; c’était au moment où ils ont fui le Languedoc et Toulouse à l’approche des armées Franques de Clovis.

Raymond IV me dit alors qu’il a été profondément bouleversé par ces révélations. Pendant un certain temps, il n’a pas su qui ou quoi croire. Puis, au bout d’un moment, il s’est juré qu’à son retour en Languedoc, et plus particulièrement à Toulouse, il effectuerait le maximum de recherches au sujet de ce Trésor. Et il m’explique que c’est à moi qu’il confie la tache de tirer toute cette histoire au clair et de mener les investigations nécessaires à l’élucidation de cette énigme qui le hante depuis plusieurs mois.

A l’issue de son exposé, je lui avoue finalement que je ne crois pas à toutes ces fariboles. Je lui dis qu’à mon avis, cet Ibrahim a inventé cette histoire de toutes pièces afin de retrouver sa liberté. Mais Raymond IV me coupe alors en insistant sur le fait que d’autres Sarrasins qu’il a questionné par la suite ont confirmé que les Wisigoths étaient en possession d’un fabuleux Trésor entouré de Mystères, à l’époque ou Toulouse était la capitale de leur Royaume. Je lui rétorque donc que, moi aussi, j’aurai beaucoup aimé sonder ces derniers. Je renchéris en lui disant que je suis certain que leur version aurait été différente si je les avais moi-même questionné.

Je sais que Raymond IV de Toulouse a toujours été fasciné par l’Orient ; par son histoire et les Secrets que ces contrées recèlent. Depuis que je le connais, il a toujours lu des ouvrages les concernant. Lorsque des négociants de là bas passent par son comté, il leur demande toujours s’ils n’ont pas en leur possession des traités évoquant ces terres lointaines. Et il les supplie de passer par Alexandrie ou Constantinople à leur retour, afin de lui en ramener des manuscrits. Il leur promet de tous les leur acheter à prix d’or. Par ailleurs, quand il est dans son palais, il y fait venir de nombreux trouvères et troubadours. Il organise alors en leur honneur de grands banquets au cours desquels il les convie à s’exprimer. Il les encourage à fredonner des chansons de geste. Il leur demande de raconter d’héroïques légendes évoquant les temps anciens. Il leur commande de parler plus particulièrement de celles où il est question de chevaliers ayant des aventures en Orient afin de défendre l’amour de leur dame. C’est pour toutes ces raisons que je ne suis pas surpris de voir Raymond IV croire tout ce qu’Ibrahim et ses comparses lui ont raconté.

A la fin de notre entretien, le comte de Toulouse semble tellement perturbé par cette histoire de Trésor, que je suis obligé de lui promettre que je mènerai personnellement une enquête approfondie à ce sujet lorsque nous serons rentrés dans sa capitale. Je lui promets également de découvrir s’il y a une quelconque parcelle de vérité au-delà de ce qui me parait être des élucubrations. Et dès lors, au cours des jours suivants, nous pouvons reprendre notre voyage vers Toulouse. D’autant que Raymond IV semble avoir retrouvé sa joie de vivre naturelle et son entrain.    

 

Document 4 :

 

Plusieurs semaines après notre arrivée à Toulouse, Raymond IV de Saint Gilles me convoque une nouvelle fois. Dès que je l’aperçois, je me rends compte qu’il a une fois de plus les traits tirés, des cernes sous les yeux. Son visage reflète son inquiétude et son anxiété. Il me rappelle l’état dans lequel il se trouvait au cours de notre traversée des Pyrénées. Je connais donc parfaitement la raison pour laquelle il m’a fait appeler, et ce qu’il souhaite me demander.

Je ne me trompe pas : il veut savoir si j’ai entrepris mes investigations concernant les légendes Sarrasines dont nous avons parlé il y a quelques temps. Je lui explique donc que j’ai effectivement commencé mon enquête. Je lui dis que j’ai tout d’abord interrogé les copistes de l’abbaye attenante à la Cité de Toulouse. C’est là que de nombreux moines passent leur vie à retranscrire de vieux ouvrages arrivés des quatre coins du Monde Connu dans leurs manuscrits. C’est aussi dans ses immenses bibliothèques que sont rangés ceux sur lesquels, eux ou leurs prédécesseurs,  ont travaillé durant de nombreuses années.

Je lui explique que ces copistes n’ont jamais entendu parler de cette histoire de Trésor Wisigoth, et encore moins de Secrets qui y serait rattaché. Je lui déclare qu’en outre, ils m’ont dit que si des récits sur cette fable existent, ce sont des écrits hérétiques, et ils ont certainement été condamnés depuis longtemps par l’Eglise et le Pape. Je lui relate que je me suis malgré tout ensuite renseigné auprès de marchands de mes amis. Ils parcourent régulièrement l’Occident et l’Orient en tous sens pour en ramener des épices, de l’encens, et des tas d’autres choses, contribuant ainsi à la fortune et à la prospérité du comté de Toulouse. Mais beaucoup, lui dis je, m’ont répondu la même chose que les moines de l’abbaye. Et, bien que cela m’a conforté dans l’idée que tout ceci n’était qu’un tissu de contes à dormir debout, j’ai commencé à désespérer de devoir le décevoir.

Ce n’est que moins d’une semaine avant que Raymond IV ne me fasse appeler, lui expliquai-je encore, qu’une piste apparemment sérieuse s’est présentée à moi. Un de mes amis qui fournit du fourrage pour les chevaux à la cité, m’a avoué que d’étranges légendes couraient depuis longtemps aux alentours de Montségur. Il m’a révélé que sa montagne, ainsi que son château fort en ruines depuis la chute des Cathares, pullulaient de légendes ressemblant à celles que je recherchais.

Raymond IV m’ordonne alors aussitôt de partir immédiatement sur place afin de me renseigner plus avant sur ces légendes. Et il me dit que, dès que j’y apprends quoique ce soit d’intéressant, je dois revenir l’en informer. Je m’exécute.

 

 

Document 5 :

 

En compagnie d’une petite troupe d’hommes en armes surs et fidèles, je me rends dans les environs de la montagne de Montségur. Je m’arrête dans les villages qui parsèment ses flancs. J’interroge les paysans qui, effrayés par les soldats qui m’entourent, répondent à l’envi à toutes mes questions. Et ce n’est qu’au bout de plusieurs jours d’investigations, que je croise finalement la route d’un honnête fermier qui me conte une bien curieuse histoire.

D’après lui, la montagne de Montségur a jadis été souvent visitée par d’étranges créatures. Celles-ci se rassemblaient la nuit autour de Pierres Levées pour y accomplir de mystérieux Rituels. A chaque fois, des lumières multicolores s’y distinguaient. Des chants bizarres s’y faisaient entendre. Et tous les gens des environs se barricadaient chez eux, car ils étaient persuadés que des forces maléfiques y étaient à l’œuvre.

La rumeur populaire disait que ces étranges créatures venaient de Toulouse, et même de plus loin. On les apercevait parfois à l’auberge du lieudit, en train de discuter entre elles à l’écart. A chaque fois, elles étaient toutes revêtues de longues et amples capes noires ; mais parfois, on réussissait à apercevoir leurs visages blanchâtres aux traits difformes. Et quand on passait près d’elles, on les entendait parler de Toulouse et de Montségur. Elles les rattachaient à une époque précédant l’invasion du pays par Clovis. Et elles disaient enfin que c’était ce Monarque Franc qui avait détruit leurs Sanctuaires, et ainsi contribué à détruire leurs croyances ; ces croyances que leurs anciens Maitres avaient eu tant de mal a ramener de si loin au prix de tant de souffrances et de difficultés…

Ce paysan m’a également expliqué que ces créatures régulièrement sur le site de Montségur. Mais, à chaque fois, elles n’y restaient pas très longtemps ; une ou deux nuit par mois environ. Un jour pourtant a-t-il poursuivi, les habitants des villages voisins en ont eu assez de leurs allers-retours, ainsi que de leurs étranges cérémonies au clair de lune aux abords des Pierres Levées. Ils les ont donc chassés. Mais, a-t-il souligné, ce ne sont que de vieilles histoires.

J’ai tout de même continué à l’interroger. Je lui ai demandé à quelle époque, à son avis, ces événements se sont déroulés. Il m’a alors immédiatement répondu que, selon lui, c’était il y a plusieurs siècles. Je lui ai ensuite demandé pour quelle raison les habitants de la région ont chassé ces créatures. Il m’a dit qu’il ne préférait pas aller plus avant dans ses explications. En effet, m’a-t-il déclaré, malgré les nombreuses années qui se sont écoulées depuis cette époque, le souvenir de ce drame reste vivace au sein des populations locales. Si les gens apprenaient qu’il raconte cette histoire à un inconnu, ils l’expulseraient, lui et sa famille, du bourg. Je lui propose alors de le payer avec de l’or pour qu’il m’emmène sur les lieux où se réunissaient ces créatures, puis, pour qu’il m’y raconte la suite de ses confessions. Il hésite un moment, jette plusieurs fois des coups d’œil inquiets autour de lui. Puis, finalement, en faisant bien attention de ne croiser quiconque qui puisse le reconnaître, il me conduit sur place.

Il m’avoue dès lors que tout ceci n’est peut-être pas tout à fait terminé. Car, aujourd’hui encore, quelques personnes semblent voir encore, de temps à autres, d’étranges lueurs au cœur des ruines de la forteresse de Montségur. Or, celui-ci est abandonné depuis la chute des Cathares - qui l’ont bâti quelques décennies après que les créatures en ait été chassées - et nul n’y vient plus – ni homme ni autre – depuis des dizaines d’années.

Ce dernier point m’inquiète beaucoup désormais. J’ai peur de me rendre au château de Montségur. Il s’agit d’un lieu maudit, où la religion Chrétienne n’est pas la bienvenue. Pourtant, je décide d’y aller, entouré de mes hommes d’armes, et précédé par ce brave paysan auquel j’ai dû donner une grosse somme d’argent pour le convaincre de me suivre au cœur de ces ruines.  Mes soldats sont aussi terrorisés que ce pauvre bougre. Malgré tout, il reprend son récit.

Il me décrit le jour où les villageois se sont révoltés contre ces fameuses créatures vêtues de noir : Un certain temps après qu’elles n’entreprennent leurs Rituels au sommet de la montagne de Montségur pour la première fois il y a plusieurs siècles, des animaux, puis, des enfants, ont commencé à disparaître. Au début, cela n’a été qu’épisodique. Mais, progressivement, elles sont devenues de plus en plus fréquentes. Les gens se sont mis à avoir peur. D’autant qu’un jour, les fameuses créatures aux visages blanchâtres et habillées de capes sombres sont arrivées très nombreuses au village. Un groupe d’une cinquantaine d’entre elles se sont installées à l’auberge du lieudit durant toute une soirée. Et c’est la seule fois où tous les occupants de la salle commune de l’établissement ont pu distinguer à quoi elles ressemblaient exactement ; lui compris : Ces créatures avaient l’apparence de morts tout droit sortis de leurs tombeaux. Elles avaient des yeux rouges comme du sang. Elles ont parlé à voix basse, en chuchotant, d’une grande cérémonie qui devait bientôt se tenir autour des Pierres Levées. Elles ont évoqué une cérémonie destinée à réveiller les forces vives de la Terre qui étaient concentrées à cet endroit là. Elles ont dit qu’elles souhaitaient les asservir de la même manière que les anciens Druides d’autrefois à l’aide de sacrifices. Elles ont insisté sur le fait qu’elles devaient suivre à la lettre les Enseignements que ces derniers leur ont indiqué. Elles ont rappelé que leurs Maitres de Toulouse attendaient beaucoup de ces rassemblements sacramentaires qui devaient prochainement leur ouvrir des Portes entre les Mondes. Mais que pour que leurs Rites soient les plus efficaces possibles, les enfants immolés devaient être écorchés vifs de la façon la plus abominable possible.

De fait, une fois que les créatures ont quitté l’auberge pour rejoindre leur lieu de culte, les villageois qui étaient à ce moment là dans la salle commune de l’auberge, se sont réunis. Ils ont pris le chemin de la montagne et des Mégalithes qui y étaient érigés. Ils y ont affronté les monstrueuses créatures. Ils les ont fait fuir, après avoir découvert sur place des mares de sang frais ruisselant entre les Mégalithes. Ils ont déterré une multitude de cadavres d’animaux et d’enfants ; ils étaient tous lacérés, les traits figés par la terreur, et le corps entièrement recouverts de symboles à la signification oubliée depuis longtemps de la mémoire des hommes. Ils ont ensuite mis au jour des représentations de Démons, ainsi que des tablettes recouvertes d’écritures diaboliques. En voyant toutes ces horreurs qui se commettaient non loin de chez eux depuis longtemps, ils sont devenus enragés, assoiffés de vengeance. Haineux, ils ont commencé par renverser et briser les Pierre Levées. Puis, ils se sont mis à les traquer sans relâche jusqu’en dehors des frontières de leur territoire communal. Et, en chemin, ils ont réussi a en tuer quelques uns ; avant que les autres ne s’évanouissent dans la nature sans laisser de traces.

Le paysan m’explique qu’après cela, nul dans la région n’a jamais revu ces étranges créatures. Pourtant, aujourd’hui encore, de mystérieuses lueurs se discernent parfois sur le site du château de Montségur. Car celui-ci a, par la suite, été construit par les Cathares à l’emplacement même où s’érigeaient ces Mégalithes.

Tout le long de son récit, le pauvre hère a la voix chevrotante et le regard terrifié. Il me dit finalement  que c’est tout ce qu’il sait. Mais je profite du fait que je suis sur place pour examiner les lieux avec soin. En même temps, je m’interroge sur la véracité de ses dires. Je me demande alors, si tout cela est vrai, pourquoi le site est encore maintenant entouré de tant de mystères. Quel lien le site de Montségur a-t-il avec Toulouse ? Qu’est ce qui le relie aux Wisigoths et à leur ancienne capitale ? Et qu’a-t-il à voir avec ce fameux Trésor et ses Secrets ? L’esprit préoccupé par ces interrogations, je repars pour Toulouse afin d’informer Raymond IV de mes découvertes.


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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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