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Nouvelles : Le Manoir des Ombres, Onzième Partie
Publié par dominic913 le 16-12-2012 10:40:00 ( 818 lectures ) Articles du même auteur
Nouvelles



Pour en revenir à l’objet de mon récit, je fuis momentanément mes recherches ainsi. Mais celles-ci ont un fort pouvoir d’attraction sur moi. Et je ne tarde pas à m’y replonger avec ferveur ; voire, de la frénésie.

Les interrogations qu’elles soulèvent en ce qui concerne la Lignée des Montferrand sont nombreuses. Et ce ne sont pas les maigres indices que ce récit antique faisant référence à la Timée et au Critias de Platon qui me permettent de les aplanir. Evidemment, ces derniers m’aident à progresser dans la bonne direction puisque mon Père s’obstine à ne pas vouloir partager avec moi le lourd Secret dont il est le détenteur. Je ne peux pas non plus questionner ma Mère, mes Frères et mes Sœurs à ce propos : au mieux, ils ne me répondraient pas, au pire, ils me repousseraient en ricanant et en me disant « que ce ne sont pas des choses dont ont discute avec le benjamin de la Famille. « Tu n’es pas prêt, m’a une fois expliqué Vÿvien. N’oublie jamais que le Don que tu possède est autant un bienfait qu’une source de malheur. Tes Frères et tes Sœurs ont dû attendre des dizaines ou des centaines d’années, avant qu’ils puissent être informés par Anthëus de leur Destinée. Certains ne s’en sont pas remis.
- Ah bon ? Ais-je répondu. Qui ?

- Chut… a fait ma Mère. Mais observe bien autour de toi. Sois attentif au comportement de Sanäel, d’Ycäel ou de Luvinia par exemple. Et tu saisiras peut-être déjà certaines choses. Ils ont vécu de terribles drames, tu peux me croire ! Ils ont participé à des événements qui les ont marqués pour toujours. Quant à ton Père, les Dieux seuls savent quel poids il porte sur les épaules. Le Don dont tu as hérité est bien plus que tu n’ose l’envisager.
- Je ne comprends pas…

- Un jour, le moment venu, tu comprendras. Un jour, lorsque tu seras apte à affronter le Destin qui est le tien, nous en reparlerons. ».

Aujourd’hui encore, je ne sais pas à quoi elle faisait référence lorsqu’elle a prononcé ces paroles énigmatiques. Alors, je cherche. Je tente de découvrir par moi même ce que ceux qui se disent être mon Père, ma Mère, mes Frères et mes Sœurs me cachent. Depuis le début des années 1880, je me suis lancé dans une Quête que je pourrais comparer à un dédale qui n’a pas de fin. Je n’ai récolté que de minces témoignages. Et ces derniers apportent encore plus de questionnements qu’ils n’apportent d’explications. Les épisodes que j’ai évoqués tout le long de ce bref exposé destiné à me présenter à vous, montre l’essentiel de ce que j’ai mis au jour au cours de la centaine d’années qui vient de s’écouler. Ils tournent et retournent sans cesse dans mon esprit. Ils me hantent parce que ne perçois pas le lien qui les rattache les uns aux autres. Car, pourquoi Anthëus habitait t’il Tolède au milieu du XIIème siècle ? Pour quelle raison utilisait-il le patronyme de « Ferrantès » ? Comment sait t’il qu’un membre de notre Lignée a détenu une version complète du Critias de Platon ? Ou de quelle manière a-t-il appris que celui-ci était l’un des proches d’An-Nasif ?

Je suis d’ailleurs convaincu que les deux hommes se sont rencontrés dans les couloirs du Palais du Calife de Cordoue à cette époque. Après tout, Cordoue et Tolède ne sont pas si éloignés que ça ? Deux ou trois journées de cheval tout au plus ! Je suis donc persuadé qu’ils y ont dû se croiser à une ou plusieurs reprises. Et je suis sûr que c’est à l’occasion de l’une de leurs entrevues qu’Anthëus a appris l’existence de cette version complète et définitive du Critias. Par contre, ce que je n’ai jamais réussi à apprendre, ni de la bouche de mon Père, ni au cours de mes recherches ultérieures, c’est le nom de ce fameux membre de notre Lignée qui a semblé être si proche d’An-Nasif. Je n’ai jamais pu savoir quel a été l’objet de ses relations avec Anthëus ou avec le Calife. Malgré une lecture assidue des Chroniques de cette période, je n’en n’ai découvert aucune trace.

Il faut malgré tout souligner que nombre de textes écrits sous l’occupation de la péninsule Ibérique par les Sarrasins de la dynastie Almohade ont été détruits au cours de la Reconquesta. Cela ne facilite pas à la découverte d’informations qui pourraient s’avérer utiles dans ma Quête des Origines de la Famille Montferrand ; ou Ferrantès, puisque c’est le patronyme qu’a utilisé Anthëus à ce moment là.

Autre question que je me pose sur l’Histoire de notre Lignée à cette époque, c’est : Pourquoi le Critias – et la Timée par la même occasion – revêt t’il une telle importance à ses yeux ? Quel est le lien qui rattache ce récit issu de l’Antiquité, et évoquant un Empire Mythique disparu, avec lui ou d’autres membres de notre Famille ? Il est en effet maintenant établi depuis longtemps que le traité de Platon est une allégorie sur la Grèce de son temps. L’ensemble des Historiens sont d’accords sur ce point. Platon a rédigé ce recueil d’une cinquantaine de feuillets afin de critiquer le désir d’expansion démesuré des rois Hellènes. Il n’a eu que pour seule ambition de décrire la situation politique à laquelle était alors confronté son peuple ; sa description de cette contrée imaginaire n’a, pour lui, été qu’un moyen de mettre en garde ses contemporains de ce qui pouvait advenir si les souverains des différentes Cités-Etats grecques continuaient à s’entredéchirer.

C’est pour cette raison que je pense qu’il y a forcément autre chose. Mais quoi, je ne saurai le dire. Comme je ne saurai dire le rapport entre la participation de mon Père à la Croisade qui s’est terminée par la Chute de Saint-Jean d’Acre en 1291, et le tableau le représentant devant les murs de la forteresse peint par un élève de Botticelli deux siècles plus tard. En outre, qu’a fait Anthëus entre ceux deux périodes ? Ou a-t-il vécu ? Qui a-t-il fréquenté ? De quels Secrets a-t-il été le détenteur ? Car, une fois encore, je suis convaincu qu’il existe une relation entre ses activités du temps de l’Espagne Mauresque, et sa brusque réapparition aux derniers jours du Royaume Franc de Jérusalem.

Je ne crois pas que mon Père se soit laissé entrainer dans cette aventure désespérée de la part des Croisés pour garder un pied en Terre Sainte, par pure bonté d’âme. Ce serait mal le jauger ; ce qui n’est pas mon cas. Je le connais depuis assez longtemps maintenant, pour savoir qu’il a toujours une bonne raison de se mêler des affaires du monde. Je l’ai souvent vu apporter son concours à tel ou tel homme politique, organisation, gouvernement, cercle influent, intellectuel ou littéraire tout le long des deux siècles passés. C’est toujours parce qu’il en attendait un bénéfice en retour. Toujours. Anthëus est un manipulateur né, si je puis m’exprimer ainsi. Il a usé de son Don à chaque fois que nécessaire pour protéger et faire fructifier ses propres intérêts. Il a mis a profit les relations qu’il entretenait avec les dirigeants – ou leurs proches – de leur temps pour se prémunir des aléas du monde. Sa seule obsession a toujours été la sauvegarde de la Lignée Familiale. Son unique but a toujours été la perpétuation de notre Race. Comme si sa survie, comme si son Destin, était irrémédiablement lié à quelque chose de plus important qu’elle même.

Quoi ? C’est là la question qui m’obsède ; c’est là l’objet de ma Quête. En tout état de cause, s’il a persuadé un élève de Botticelli de le dépeindre à ce moment si particulier, c’est pour une bonne raison. S’il ne veut pas que cette toile ne bouge pas du vestibule de mes Appartements, c’est que l’endroit où elle est exposée à son importance. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de faire le rapprochement entre celle-ci et les deux Soldats du Christ qui ornent la devanture de ma cheminée. Comme je ne peux m’ôter de la tète les paroles qu’il a prononcé devant moi un jour par inadvertance. Elles sont ancrées dans mon esprit en lettres de feu : « Cette toile évoque un des épisodes fondateurs de notre Famille ! Avant, nous n’étions pas grand-chose. Les Montferrand – et avant eux, les Ferrantès – ne représentaient qu’une branche anémiée de notre Race. Notre séjour en Espagne et ses conséquences lors des Croisades en Orient qui ont suivi, ont eu des répercussions incalculables sur ce que nous sommes aujourd’hui. Elles ont modifié notre identité et notre sort pour toujours. Ce qui en a découlé m’a ouvert – vous a ouvert – les portes d’un Destin auquel peu ont droit ; même parmi ceux de notre Espèce. Dire que certains d’entre nous ont laissé échapper cette chance… Je… je ne le leur pardonnerai jamais. Comment ont t’ils pu… »

Evidemment, ces paroles énigmatiques n’ont pas eu d’autre explication. Elles ont filtré au cours d’une conversation durant un instant de faiblesse de la part d’Anthëus. Il les a prononcé sans se rendre compte qu’il faisait allusion à un sujet qu’il ne voulait pas partager avec mes Frères, mes Sœurs, ou moi. Nous étions alors tout tout ouïs pourtant. Et comme à chaque fois qu’il aborde son passé, au bout de quelques secondes, il s’est repris. Il nous a fixés de son regard dur et froid. Il nous a sondé mentalement afin de savoir ce que nous venions de retenir de ses propos. Puis, se rendant compte que nous ne pouvions rien en déduire de préjudiciable pour lui ou ses desseins les plus obscurs, il a détourné la tète vers Vÿvien et s’est mis à parler d’autre chose.

Mais, pareillement à ses autres phrases du même genre, ce qu’elles cachent m’obsède. Car, qu’ais-je à voir avec les plans de mon Père, lui qui ne m’a jamais révélé ses intentions à mon sujet. Je ne suis en outre loin d’être certain qu’Anthëus et Vÿvien soient mes véritables Parents. Je ne me souviens plus de mon enfance et de ma jeunesse. Ma mémoire me renvoie uniquement à mon « Réveil » et à ce qu’il est advenu de moi ensuite au sein de cette Maisonnée. Et Dieu sait que j’en ai vécu, des péripéties et des épisodes à la fois extraordinaires et terrifiants au contact de la Famille Montferrand ! Le Seigneur seul est dépositaire des sombres Secrets auxquels j’ai eu accès ; bien que je sais aujourd’hui que ceux-ci ne sont rien comparés à ceux que mon Père me dissimule. Quand je songe à mes Frères et mes Sœurs qui ne s’interrogent pas sur les raisons qui ont poussé le Patriarche de notre Famille à les réunir autour de lui et à les considérer comme ses Enfants. Tout ce qu’ils savent faire, c’est de profiter du Don qui leur a été octroyé, sans se poser de questions. Comment osent-ils se regarder en face et regarder les Humains comme des Inférieurs n’ayant pour autre vocation que d’être leurs jouets ? Il y a tant de choses que j’ignore encore !

Ainsi, quelles raisons ont été la cause de la scission de la Famille aux alentours de 1730 ? Et pourquoi le Blason des Montferrand a-t-il dû être modifié à cette même époque ? Pourquoi l’insigne montrant une Hydre aux yeux vermeils, aux écailles d’or veinées d’argent sur le point de terrasser un Lion est devenu une Hydre endormie au corps replié sur lui même et aux pennes avachies. Mystère encore.

Alors, je cherche. Je poursuis mes investigations. J’ausculte les textes des auteurs qui ont été des contemporains des événements auxquels Anthëus, Vÿvien, mes Frères et mes Sœurs, ont pu participer. Je tente de décrypter leurs récits afin de retrouver leurs traces. Je m’abreuve de Chroniques bibliographiques, de traités Occultes, dans le but de remonter le fil de leur passé. Je réalise qu’ils ont été les témoins de faits innombrables, bien que je ne sache pas de quelle façon ils y ont été confrontés. Par les ouvrages que je consulte, je m’aventure en des temps et des contrées qui ont forgé notre histoire. Je me hasarde en des lieux et des époques qui ont contribué à m’amener à l’endroit où je me trouve actuellement. Je me risque à tenter de les suivre en des périodes et des endroits qui ont participé au fait que j’écrive ces mots aujourd’hui. Mais dans quel but ? Je ne sais !

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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