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Nouvelles confirmées : Mes chers amis ( suite )
Publié par Bacchus le 04-03-2013 15:20:26 ( 882 lectures ) Articles du même auteur



J'ai déjà eu l'occasion de raconter, sur ces pages, les rencontres étonnantes ou étranges que j'ai eu la chance d'avoir, dans mon existence. Certaines, comme celle de mon sosie ( que j'ai bien été le seul de mon quartier à ne pas avoir rencontré ! ) peuvent, éventuellement paraître tellement classique que leur narration peut sembler recopiée.Je n'y peux rien: je ne prétends pas avoir le monopole des aventures uniques et je me sentirais bien mal dans ma peau si, à mon âge, je me mettais dans celle d'un mythomane.
Le cerveau est comme un muscle : il se fortifie si on le fait travailler ou il devient mou et paresseux si on ne s'en sert plus. Pour ma part, c'est le seul sport que je pratique et, grâce à cela, je n'en finis pas de mettre à jour des souvenirs.Ensuite, un petit travail de reconstitution entre en chantier: j'ai tout mon temps, la patience et, face à moi-même, le manque d'indulgence qui fausserait l'assemblage des souvenirs.
C'est en faisant un petit bilan des gens étonnants qui ont traversé mon existence que je me suis penché sur le souvenir de mon ami Jacques. Pour dire vrai, c'était, au départ, dû à mon intention de vous raconter une petite anecdote tellement absurde que je n'ai pas juger bon de vous la narrer: l'absurdité rendait cette histoire tellement incrédible que j'en avais abandonné l'idée. Mais elle est directement reliée à celle de Jacques, et elle m'avait remis sur la piste aux souvenirs, alors, je vous la livre:
Un des très nombreux employés ' au black' de Jacques venait d'avoir un sérieux accident de chantier. Il avait le talon du pied gauche presque arraché. La filière médicale ordinaire pour un accident du travail ne pouvant êtr utilisée, Jacques m'a appeler, m'a tendu une petite liasse de billets et m'a dit : -" Tiens, emmène-le se faire soigner en vitesse ! "
Je sautai dans un véhicule, le pauvre garçon, qui gémissait, monta près de moi, et nous avons foncer vers la plus proche pharmacie.
- " Oh la la ! non, le mieux à faire est de l'emmener vite à l' hopital ! "
J'allai dans une autre pharmacie où l'on me fit la même remarque.
Une clinique était toute proche et je décidai d'y tenter notre chance.. Le petit hall de réception était rempli de gens, la plupart avec des pansements, qui avaient l'air d'attendre leur tour pour recevoir des soins. Je fonçais vers une imposante dame qui trônait derrière son guichet :
- " C'est pour une urgence, madame. Cet homme a une très sérieuse blessure qu'il faudrait vite soigner !"
La dame se pencha pour jeter un coup d'oeil au pied que le malheureux blessé lui montrait en grimaçant.
- " Faites la queue, comme tout le monde : vous passerez quand viendra votre tour ."
J'étais interloqué par cette réponse pour le moins désinvolte, compte tenu de la gravité de la blessure. Je m'indignai :
- " Mais vous ne voyez donc pas que c'est un cas d'urgence ! Non ? mais qu'est-ce qu'il faut donc faire, ici, pour que vous interveniez, en cas d'urgence ?

Et là, je revois la dame, à qui j'avais imposé un cas de conscience, pencher la tête de côté pour réfléchir et qui me répondit calmement :
- " Dans ce cas, il faut téléphoner la veille . "
Dégoûté, sans dire un mot, je me suis dirigé vers la sortie, suivi de mon blessé qui sautillait sur son pied valide. C'était un Marocain qui ne comprenait pas beaucoup le français. Je l'ai vu en train de glousser douloureusement. Je crois qu'il avait parfaitement compris le comique de la réponse de la grosse dame...
Nous avons trouvé un médecin qui s'est occupé aussitôt de mon compagnon qui est reparti avec un gros pansement au pied.


.........Et nous sommes repartis voir Jacques, dont je voulais justement vous parler !
Aujourd'hui encore, je continue à me poser des questions sur le personnage.Il y avait tellement de contradictions et d'invraisemblances chez cet homme qu'il mapparaît encore difficile de comprendre la façon dont il fonctionnait. C'était un homme d'une cinquantaine d'années, cheveux et moustaches argentés. Je ne suis ni spécialiste ni amateur, mais je crois qu'on pouvait dire que c'était un bel homme.
Originaire de Normandie, dont il avait gardé un soupçon d'accent,il arrivait d'Afrique noire, des colonies, comme on disait encore, et il était très difficile de dire s'il fallait le classer parmi les sdf ou les nantis: il avait une telle façon de concilier les deux manières de vivre qu'on se retrouvait, un jour ou l'autre, en train de lui offrir un casse-croûte ou à faire bombance, à dix ou douze, à sa table, dans de très bons restaurants.
L'entreprise de bâtiment, qu'il avait monté, traitait un important chantier d'un ensemble commercial. Il avait embauché quelques très bons maçons et employait une armée de manoeuvres non déclarés qu'il dirigeait comme il devait avoir coutume de le faire en Afrique: une sorte de paternalisme autoritaire qui n'admettait pas la contestation.Que personne ne tentait.
Il était arrivé un matin dans une Mercédès sport décapotable, flambant neuf
Le soir, il avait l'air de décoller avec et il disparaissait . Nous avions la surprise de le retrouver, au petit matin, endormi dans une gaine de ventilation ou au milieu de ses manoeuvres, dans une des baraques de chantier où ils étaient entassés pour dormir. Jacques, arrivé au petit matin, les écartait pour se faire une place et dormait là, comme quelqu'un qui était enfin rentré chez lui.
Un week-end, il était monté à Paris, pour faire la bringue. Il en est revenu, le lundi après-midi, avec deux super nanas ! Il avait besoin d'une secrétaire et avait, avec l'accord des deux 'postulantes',l'intention de leur faire faire un ' essai' à toutes les deux, et de garder, la meilleure ! Ce qu'il fit rapidement. La brune disparut et la blonde resta.Il s'avéra d'ailleurs qu'elle était une excellente et efficace secrétaire sur qui Jacques à pu compter. Le bruit a circulé qu'il lui aurait donné, peu après son arrivée, un million ( anciens ) pour qu'elle aille faire son shopping, n'ayant pas débarqué à Marseille avec beaucoup d'affaires.
Le coup de la voiture, que je vais vous raconter, ça, je sens qu'il va y avoir des récalcitrants pour l'avaler. Tant pis :
Un jour, devant la porte du bureau de chantier que je partageais avec Jacques, j' aperçus une belle DS 19. Pas neuve, mais tout comme. Je demandais à Jacques à qui elle était. Il m'a répondu qu'il l'avait gagnée la veille, au jeu ( ? ) et qu'il ne savait pas quoi en faire. Et que si j'en voulais, je n'avais qu'à la prendre.
C'est difficile à croire, aujourd'hui, mais après 24h de réflexion, j'ai refusé son cadeau. Pour la bonne raison que je n'avais pas encore eu de voiture à moi et que me retrouver, du jour au lendemain, avec les frais que supposait la possession d'un tel véhicule ne me paraissaient pas ( et n'étaient pas ) dans les moyens de mon budget.Moi, je roulais avec ma 4L de service,dont je pouvais me servir le week-end et j'en étais très heureux
J'ai tout de même grincer un peu des dents le dimanche où j'ai vu, à Martigues, le chauffeur du camion de Jacques, avec toute sa petite famille, se balader dans la splendide DS.....

Jacques a épousé sa secrétaire, s'est acheté une joli maison près de Cassis. Nos routes se sont séparées.
J'ai appris qu'il s'était pris un bouillon avec son entreprise de bâtiment et qu'il s'était lancé dans un autre type d'affaires. Je ne sais plus trop de quoi, mais pas d'importance, je suis sur qu'il s'en est bien tiré...





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Auteur Commentaire en débat
emma
Posté le: 05-03-2013 21:44  Mis à jour: 05-03-2013 21:44
Modérateur
Inscrit le: 02-02-2012
De: Paris
Contributions: 1494
 Re: Mes chers amis ( suite )
La mythomanie est un petit plaisir sans conséquences lorsque l'on raconte de belles histoires !

Je verrais bien Depardieu dans le rôle du flamboyant Jacques !

J'ai aimé ce récit.
Bacchus
Posté le: 06-03-2013 19:48  Mis à jour: 06-03-2013 19:48
Modérateur
Inscrit le: 03-05-2012
De: Corse
Contributions: 1186
 Re: Mes chers amis ( suite )
Et pan ! dans les dents, bacchus !
En somme, la seule réalité de l'existence ne se déroule que sur petit écran, soir après soir ? Toute similitude avec un épisode de feuilleton ne peut être que plagiat et pâle copie....
Je suis désolé, je ne recommencerai plus. Mais vraiment plus ...
Loriane
Posté le: 07-03-2013 23:33  Mis à jour: 07-03-2013 23:33
Administrateur
Inscrit le: 14-12-2011
De: Montpellier
Contributions: 9132
 Re: Mes chers amis ( suite )
Pardon,, mais là j'ai trop ri
- Citation :
" Dans ce cas, il faut téléphoner la veille . "

Mais que c'est con !!! Incroyable d'être bête à ce point.

Tu sais Jacques, me rappelle des amis que j'ai connus, oui c'est une époque, ou l'on rencontrait des "princes", des gens simples, qui portaient beau, soudain, pour quelques semaines ou quelques mois, puis revenaient au quotidien avec la même aisance.
C'est vraiment dommage que ce rapport à l'argent disparaisse.
Je me souviens avoir souvent entendu :
"Maleville tu veux une robe neuve ?"
"Attends celle-là est très chère"
"Maleville, l'argent ce n'est que de l'argent"
Cela semblait si simple et derrière l'argent il n'y avait pas de représentation sociale comme c'est le cas maintenant.
On donnait facilement, on prêtait facilement, on se portait caution facilement ...
Ce n'est plus du tout le cas, mais alors plus du tout.
Je me demande si ce n'est que les effets des difficultés économiques ou bien si ce n'est pas aussi une philosophie différente, et un individualisme plus fort.
Merci m'sieur.
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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