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Nouvelles confirmées : Chroniques d'un Enfant des Ages Obscurs, Chapitre Un a Cinq, Pages 16 à 21
Publié par dominic913 le 20-05-2014 11:17:34 ( 565 lectures ) Articles du même auteur
Nouvelles confirmées



C’est ce matin que j’ai réalisé la cause de l’apparition de cette figure Esotérique. Les Mots prononcés avant-hier ont créé un sceau destiné à protéger cet endroit de l’appartement des Messagers. J’ai compris qu’en me plaçant en son centre – je ne sais comment -, il m’abritera de leur colère. Il me préservera de leurs gestes ou de leurs phrasés. Il agira comme un mur infranchissable entre eux et moi. Ce sera l’unique lieu où ils ne pourront m’atteindre.
Ce n’est pourtant pas cette garantie qui amoindrit ma peur. Je suis toujours aussi terrifié à l’idée d’écrire cette Chronique. D’une part, parce que je n’ai pas le désir de m’attirer les foudres d’Aeüs. Jusqu'à présent, celui-ci n’a pas eu à se plaindre de moi. Il sait que je me suis retiré des affaires du Sanctuaire. Il connaît les circonstances qui ont entrainé ma fuite, et il ne souhaite pas en raviver le souvenir. Après son intronisation en tant que Guide de notre Ordre, il a certainement pris sur lui de ne pas se venger. Elias étant décédé, Yrgael n’ayant plus autant d’influence que quelques années auparavant, il n’a pas jugé utile d’interrompre mon exil volontaire pour me rappeler auprès de lui. Et il n’a pas vu l’intérêt de me faire passer devant un tribunal « Initiatique » pour m’y condamner.
Ce n’est pas pour autant qu’Aeüs ne conserve pas en permanence un œil rivé dans ma direction. Je n’entrerai pas dans les détails – en tout cas pour l’instant -, mais il détient des moyens d’une efficacité redoutable pour observer quiconque sans être vu. Il est avisé des allées et des venues des Frères et des Sœurs lui paraissant suspects. Il est au courant des personnes que ceux-ci rencontrent, de quoi elles discutent, quels sont leurs projets ou leurs intentions à plus ou moins longue échéance. Il est capable de s’introduire dans les méandres de leur âme pour en tirer des informations. Il lit dans leurs pensées les plus intimes et les plus inavouables.
Le plus souvent, il n’a pas besoin d’user de ces méthodes pour exercer son influence. La grande majorité des Initiés se soumet à son omnipotence sans contrainte. Il n’y a que lorsque l’un d’entre nous dévie du « droit chemin » qu’il use de ces pouvoirs extraordinaires. Si l’un d’entre nous devient le Guide, désigné entre tous, de notre Communauté, ce n’est pas par hasard. C’est parce que ce dernier a les aptitudes appropriées pour l’être. C’est parce que sa Connaissance de l’Art est incommensurablement supérieure à la notre. C’est parce que les Hauts Conseillers entourant son prédécesseur n’ont pas réussi à prouver qu’ils étaient dignes de cette fonction.
En tout état de cause, c’est le seul d’entre nous doué de cette particularité. C’est le seul qualifié pour s’introduire chez chacun de nous à son insu, et à percer les secrets de son Esprit. Un lien nous enchaine à lui ; il est renouvelé à chaque Conclave annuel auquel nous sommes obligés de participer. Moi, cela fait plus de vingt ans que je ne me suis pas rendu à l’un d’entre eux. Mais Aeüs peut évoquer, au cas échéant, d’autres puissances pour que nous nous dévoilions à lui sans nous en rendre compte.
Comme je ne fais pas exception à la règle, Aeüs s’enquiert régulièrement de ce que je deviens. Parfois, je devine sa présence à mes cotés la nuit, lorsqu’effondré sur mon lit, je dors d’un sommeil profond. Mon assoupissement ne m’empêche pas de deviner son aura déambulant dans ma chambre. Je ne peux rien faire pour la contrer. De fait, je la laisse s’ébattre, jusqu'à ce qu’elle finisse par disparaître. D’autres fois, je la perçois tandis que je suis penché sur ma table de travail. Je suis en train de rédiger une synthèse concernant des textes étudiés les jours précédents. Je suis sur le point de ranger des feuillets disparates dans mes classeurs, lorsque soudain, j’ai le sentiment quelqu’un regarde par-dessus mon épaule. Evidemment, il pourrait s’agir d’Elisandre. Dans ce cas, ce dernier toquerait légèrement à la porte de mon bureau avant de s’approcher. Il me demanderait de sa voix douce et attentionnée si j’ai besoin de son aide. Mais ce n’est pas de cette façon que l’Essence d’Aeüs se manifeste. C’est comme si un courant d’air frais et diffus surgissait brusquement à mes cotés. C’est comme si elle évoluait alentours, progressant à ras du sol, s’élevant tout à coup vers le plafond ou le long du mur. Pendant un instant, c’est comme si elle me transperçait de part en part ; comme si elle s’enchainait une fraction de seconde à ma conscience avant de s’en écarter. Puis, elle s’efface vivement, et je ne la ressens plus. Je sais alors que, pour cette fois-ci, elle s’est définitivement éloignée.
Elle ne me fait jamais souffrir. Elle n’entraine aucun malaise. La Force psychique dont elle constituée n’est ni malveillante ni dangereuse. Sinon, il y a des années qu’elle aurait mutilé - anéanti ? - mon Esprit d’une manière ou d’une autre. Par contre, je suis persuadé que si Aeüs le souhaitait, elle le serait. J’ai déjà lu des comptes rendus de séances d’interrogatoire autrefois menées au Sanctuaire par Delmocène faisant froid dans le dos. Le Frère qui en est victime en ressort en lambeaux. Physiquement, évidemment. Des marques ressemblant à celles apparues après ma dernière nuit passée au Sanctuaire se discernent partout sur son corps. Mais, surtout, son Esprit est la proie de visions horribles. L’Initié est terrifié par des cauchemars sans fin. Il a beau être éveillé, il a l’impression que les ombres du lieu où il est vont se jeter sur lui, et vont le dévorer. Il est persuadé que chaque individu va se métamorphoser en créature abyssale, aux yeux flamboyants, aux griffes acérées, aux dents, et aux ailes de chauve-souris. Il est convaincu que les bras musculeux de cette dernière vont l’empoigner et l’attirer au cœur des ténèbres. Et qu’après avoir ouvert une porte vers les Enfers – rien que ça ! -, elle va le tourmenter jusqu’à ce que l’Eternité ne soit plus qu’un vain mot.
Je n’aimerai pas endurer ce genre d’expérience. Aeüs a jusqu'à présent été indulgent. S’il connaissait mon projet, s’il savait ce que j’ai l’intention de dévoiler dans les pages suivantes, sa fureur serait sans limites. Et le martyr des Frères dont j’ai lu les comptes-rendus d’interrogatoire serait équivalent à une caresse. Ses Messagers seraient sans pitié. Et l’unique moyen de m’en préserver avec un tant soit peu d’efficacité serait de pénétrer immédiatement le cercle Occulte surgi avant-hier. Je ne sais pas si ce Symbole Esotérique matérialisé malgré moi les stopperait longtemps. En tout cas, Elisandre tenterait l’impossible pour qu’ils ne s’attaquent pas physiquement à moi le temps que je puisse l’atteindre. J’essayerai ensuite de me protéger psychiquement d’eux Mais aurai-je l’opportunité d’employer des Vocables issues de l’Art afin de renverser la situation en ma faveur, là est toute la question !
Un autre point qui me hante depuis deux jours et le bref instant où je me suis abandonné aux pouvoirs liés à l’Art : je n’ai pas usé des Mots qui sont à la base de celui-ci depuis des années. Après mon départ du Sanctuaire, je me suis juré de ne plus jamais y avoir recours. Je me suis interdit de me laisser submerger par eux. Je n’ai jamais voulu déformer la Réalité en y ayant recours. Se laisser envahir par leurs syllabes est tellement grisant ! C’est tellement proche d’une extase orgasmique, qu’une fois qu’on y a pris gout, il est difficile de s’en passer. C’est une drogue, et il faut une volonté sans faille pour s’en libérer. J’ai dû lutter ces deux dernières décennies pour ne pas succomber à ses charmes. Toutes ces années, il n’y a pas eu un seul jour où l’idée de me laisser investir par eux ne m’a pas effleuré. Pourtant, j’ai mis toute mon énergie à leur résister.
Et voila qu’avant-hier, parce que ma vigilance a été mise à mal, je n’ai pas réussi à les contrer. C’est un peu de ma faute, c’est certain. Si je n’avais pas demandé à Elisandre de descendre à la cave. Si je n’avais pas dessiné les Symboles Maçonniques sur la paroi jouxtant la fenêtre de mon bureau, ils n’auraient pas chuchoté « reviens » à mon oreille. Ils n’auraient pas réveillé les propriétés les plus obscures de mon âme.
Malheureusement, je ne suis qu’un être humain, différent des autres il est vrai, mais un être humain tout de même. La peur est un des attributs de ma personnalité. Comme la joie, l’orgueil, la reconnaissance ou l’envie. Je n’en suis pas fier ; pourtant, je peux échapper à ma nature. J’ai toujours été terrorisé par ce qui pourrait advenir si Aeüs – ou les Frères et Sœurs du Sanctuaire – ressurgissait. Aujourd’hui, c’est le cas, et cette angoisse remonte à la surface.
Pourtant, je ne peux nier ce que je suis. Je suis un Frère issu du Sanctuaire. Je possède des Connaissances rattachées à l’Art qui me terrifient autant qu’elles m’éblouissent. Je suis le détenteur de Savoirs inimaginables auxquels le commun des mortels n’aura certainement jamais accès. J’ai à ma disposition des capacités nées de Vocables dont l’origine se perd dans la nuit des Temps. Seuls quelques rares humains ont réussi à les identifier et à les canaliser au cours des siècles et des millénaires passés. Des portes ouvrant sur d’autres Réalités sont à portée de mes mains lorsque je prononce certains d’eux. Quand ils s’échappent de mes lèvres, je les tords à ma convenance ; je les plie à ma volonté. J’avoue que c’est quelque chose de particulièrement enivrant ; mais aussi, lourd à porter.
J’ai quatre-vingt-cinq ans, et malgré tout, depuis que je suis Initié à l’Art, nombre de questions me tourmentent : quel est le but de notre Organisation ? Pourquoi cacher ses Secrets et ses Mystères ? Quel est sa fonction, parmi tous les groupuscules et les congrégations se réclamant de celui-ci ? J’ai longtemps cherché. Mais j’ai mis au jour bien peu de réponses. Par ailleurs, il m’est interdit de partager mes doutes avec qui que ce soit, hormis avec mes Frères, mes Sœurs, ou les plus Hauts Conseillers de l’Ordre. Lorsque j’ai été intronisé, j’ai juré de n’échanger sur les Secrets dont nous sommes les détenteurs avec personne. Mais cette promesse m’a toujours pesé. Aujourd’hui que je suis un vieillard ayant de moins en moins peur de la mort, je m’autorise à réfléchir sur les raisons de tout ceci. Et le parcours que j’ai suivi depuis que je suis enfant m’amène finalement à penser qu’il doit y avoir une explication qui nous échappe.
Je ne suis ni plus idiot, ni plus intelligent qu’un autre. J’ai une personnalité qui n’est pas hors du commun. Ma constitution n’est pas différente de celle de la plupart des hommes. Je suis peut-être un peu plus fragile, un peu plus sensible, que nombre d’entre eux. Je ne peux le nier. Ma faculté de comprendre le monde, mon avidité à découvrir de nouveaux Savoirs, à décrypter des Connaissances qui ne sont pas à la portée de chacun m’a, évidemment, amené là où je suis. Est-ce le Destin ? Est-ce la Volonté de Dieu ? Mon parcours était-il déjà écrit dans le Grand Livre de l’Histoire Humaine avant que je ne sois enfanté par ma mère ? Etait t’il prévu depuis longtemps que j’accomplisse les actions que j’ai entreprises tout le long de ma vie ? Autant de questions qui me hantent, et dont je n’ai été que peu éclairé.
C’est pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle mon Esprit angoissé se trouve que j’ai décidé d’écrire cette Chronique. Je ne sais pas où elle va me mener. Je ne sais pas quelles réactions vont avoir mes Frères et mes Sœurs lorsqu’ils vont apprendre son existence. Mais je me dois de revenir aux sources de ce que je suis réellement, afin de m’en libérer. Si je ne souhaite pas voir l’œuvre de ma vie détruite, je n’ai que ce moyen.

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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