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Nouvelles : Azéline chapitre 24
Publié par arielleffe le 15-08-2014 11:08:01 ( 433 lectures ) Articles du même auteur



Ces derniers temps, Azéline apparaît tous les jours à Béryl, la Grande Guerre a été un véritable traumatisme pour tout le monde. Le nombre de cartes postales envoyées par Jules et Henri est impressionnant. La jolie brune s’anime en se rappelant cette terrible période :

- Dès le 5 Août les premiers combattants sont partis. Les Bretons sont des gens très disciplinés. L’éducation que nous recevions à l’école ou dans nos familles, voulait que nous obéissions aux ordres. La ténacité des hommes de ma région est bien connue, on dit toujours « têtu comme un Breton ». Les bataillons des premières lignes venaient de chez nous. Quand les autres battaient en retraite, les nôtres continuaient le combat. Ma pauvre Béryl, nos hommes étaient de la vraie chair à canon.

- Il devait y avoir aussi beaucoup de marins ?

- Bien sûr ! Binic ou Douarnenez étaient devenus des ports militaires. Il y avait des Bretons dans tous les régiments, à terre aussi bien que sur mer.

Les amis d’Azéline et Germaine sont partis comme fantassins à Verdun.

§§§§§§§§§§




Ma chère Azéline,

La guerre est une chose horrible, tous les jours nos amis meurent, tués devant nous.
Ça me réconforte de savoir que tu es restée au pays, à l’abri. De nombreux Bretons ne parlent même pas le français, heureusement que nous sommes là pour traduire ce qu’ils disent. L’autre jour, il y en a un qui s’est attiré des ennuis, le gradé pensait qu’il se fichait de lui. Nous leur apprenons quelques mots, le soir, dans les tranchées. J’ai aussi quelques « élèves » à qui j’apprends à écrire. Je vais devenir un maître expérimenté.

Je t’embrasse ma bien-aimée.

Jules

Depuis qu’il est sur le front, Jules est de plus en plus tendre avec Azéline. Savoir qu’une jeune fille l’attend au pays, lui met du baume au cœur. Azéline lui répond avec gentillesse, et ne le repousse pas. Elle sait qu’il faudra bien qu’elle se résolve à rentrer dans le rang, et que Germaine finira par se marier avec un riche héritier choisi par sa famille. Ca n’empêche pas les deux jeunes femmes de vivre une passion torride. Elles s’aiment et ont de plus en plus de mal à le cacher.

Au début de l’année 1915, la vie est dure à Rennes, les prix des denrées a beaucoup augmenté à cause de la guerre. Nos deux héroïnes s’en accommodent assez bien, elles sont amoureuses, et continuent à voir la vie en rose. Les profiteurs de guerre, tirent les prix vers le haut, et le maire, Jean Janvier, décide d’intervenir. Il crée des magasins municipaux qui vendent les produits de première nécessité à des prix bloqués. Ainsi, les rigueurs de la guerre se font un peu moins sentir à Rennes qu’ailleurs.

- Est-ce que tu rentres chez tes parents à la fin de la semaine Azie ? On manque de légumes.

- Tu as raison, il faudrait que j’y aille. Ma mère me donnera du beurre et peut-être de la farine. Il faut que j’aille au magasin ce soir, je ramènerai du charbon et du savon, ils en manquent là-bas.

Azéline rentre au village tous les mois. Elle aide ses parents et parfois leurs voisins en ramenant ce qui manque à Lannargan. Elle rentre avec des paniers pleins d’œufs, de pommes de terre et de carottes. On lui donne aussi un ou deux poulets et quelques lapins. Les jeunes femmes les vendent ou les échangent contre d’autres produits qui améliorent leur quotidien. C’est à cette occasion que Germaine accompagne Azéline pour la première fois à la ferme. Les filles veulent ramener plus de choses, et elles ne sont pas trop de deux pour ramener les paniers qui sont bien lourds, à l’aller, comme au retour.
Le choc -le mot n’est pas trop fort- qu’a Germaine en arrivant dans le village de son amie, est à la mesure de leurs différences sociales. Tout la surprend, l’étroitesse des routes, les vêtements que portent les gens. Au début pourtant, elle s’extasie devant tout et n’importe quoi :

- Quelle jolie maison en pierre, regarde ce jardin, on dirait une maison de poupée ! Les hortensias sont magnifiques !
Oh regarde, la dame prend de l’eau au puit ! Je pourrais essayer moi aussi ?

Là-bas il y a un petit veau, regarde comme il est mignon, c’est un bébé !

Au début, Azéline est contente de montrer son monde à sa chérie, mais elle sait que l’adaptation ne va pas être facile. Elle est trop différente.


Le premier problème arrive avec sa mère :

- Elle paRle foRt ton amie.

Au début, les parents sont flattés qu’une aussi jolie dame vienne leur rendre visite. Germaine est très bien habillée et elle sent bon. Mais ses chaussures fines ne sont pas adaptées aux chemins du village. Azéline lui propose de lui prêter quelques vêtements, mais après de longues heures d’essayage, la citadine se trouve ridicule dans ces oripeaux de campagnarde. Elle décide de conserver ses jupes fragiles :

- J’en achèterai d’autres !

Les parents d’Azéline, Anne et Pierre, ne comprennent pas :

- Elle va avoiR fRoid.

- Dame oui, en plus elle va abîmer ses habits, oh que misèRe !

Germaine veut tout voir, elle visite toutes les pièces de la maison et ses dépendances, sans y être invitée.

- Jésus, MaRie Joseph ! Azéline ! Ton amie est dans l’étable avec le veau !

Il n’y a rien à faire pour raisonner Germaine. Son attitude amuse Azie, mais elle sent que ses parents vont finir par être exaspérés.
Un samedi, il y a une fête, dans la salle du presbytère. Les femmes mettent leurs toilettes du dimanche, et les hommes leurs souliers vernis. Ils se mettent en cercle en se tenant le petit doigt et forment une ronde en chantant et en se déplaçant doucement. Guillemette entraîne Germaine :

- Viens, on va danser la Gigouillette !
http://www.youtube.com/watch?v=K-K1IkR7278

- J’adore danser !
Les chansons en vogue à Lannargan ne sont pas vraiment les mêmes que celles de l’Enfer. Pierre joue de la vielle à roue en chantant. Avant, Nicolas, un ami d’enfance d’Azéline et Guillemette jouait de la bombarde, mais il est parti à la guerre.

http://foirexporuffec.skyrock.com/237 ... -de-musique-bretonne.html

Les villageois essaient d’oublier la guerre le temps d’une soirée. Chacun pense à son fils, son frère, son mari, son père ou son oncle, partis se battre loin de la musique, loin de leur chère Bretagne, mais s’amuser permet de montrer que la vie continue, et qu’ils retrouveront le village comme ils l’ont quitté, beau et accueillant.
Les chansons se succèdent, et Germaine finit par chanter elle aussi.

http://www.youtube.com/watch?v=XL8JedSwpp0

http://www.youtube.com/watch?v=tPTVjCb_17o

http://www.youtube.com/watch?v=3-M7HB ... t=RDHCm8uHlXn0vxw&index=9

Sa jupe plus courte que celles des autres filles se soulève un peu trop haut par moment, et quelquefois un genou apparaît. Le regard des vieillards s’illumine. Les femmes chuchotent sur son passage, certaines font même le signe de croix.
De retour à la maison, Azéline tente bien de lui expliquer que ses manières peuvent choquer les gens, mais Germaine ne veut rien entendre, c’est d’ailleurs l’occasion d’une de leurs premières disputes.

- Germaine, tu dois respecter les gens d’ici. Ils n’ont pas l’habitude de voir des femmes comme toi. Tes jupes sont trop courtes, tu as vu comme le vieux Joseph te regardait ? C’est choquant.

- Je m’en fiche de choquer les ploucs ! Je m’habille comme je veux, c’est à eux de changer, il faut vivre avec son temps, c’est à eux d’évoluer !

- Mais tu es chez eux ! C’est à toi de faire un effort !

- Des efforts j’en fais assez comme ça. Il faut qu’on se cache sans arrêt, je ne peux même pas te faire un petit baiser dans le cou !

§§§§§§


- Il n’y avait rien à faire Béryl, et c’est ce qui a causé ma perte.


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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
couscous
Posté le: 16-08-2014 07:08  Mis à jour: 16-08-2014 07:08
Modérateur
Inscrit le: 21-03-2013
De: Belgique
Contributions: 3218
 Re: Azéline chapitre 24
Un chapitre qui, l'air de rien, a nécessité des recherches sur la vie à cette époque troublée. Les liens nous plongent dans l'ambiance.
La fin nous laisse avec sur notre faim. J'attends toujours la suite avec impatience.

Merci Arielle

Couscous
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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