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Nouvelles : Renaissance Chapitre 1
Publié par AntoneR le 15-05-2012 13:10:00 ( 551 lectures ) Articles du même auteur



Dans ce brasier, chaque parcelle de sa peau transpirait pour se protéger du tumulte environnant ; à la moindre inspiration, les flammes chargeaient ses poumons de cendres brûlantes, rendant l'expiration affreusement douloureuse. Jamais il n'avait eu si chaud ni ne sentit aussi intensément sa peau qu'au contact de cette atmosphère suffocante. Un bref instant lui avait suffi pour le comprendre, son corps rejoindrait sans tarder les cendres tourbillonnant autour de lui dans une valse mortuaire des plus originales et pourtant semblable à tant d'autres.
En pénétrant dans la plaine, il avait vu au loin ces flammes, occupées à dévorer les lieux, rugissantes tel un improbable monstre. Il décida de les rejoindre, et ne fut pas surpris de les voir elles aussi avancer dans sa direction. Dans un bel ensemble, elles se mirent à tourbillonner devant lui, lentement, majestueusement, à l'image des plus belles créations artistiques. Hélas, en cet instant, elles visaient une destruction méthodique et sans relâche.
Il se sentait étrangement bien face à elles. Un dialogue silencieux s’établit entre deux êtres de nature différente et pourtant intimement liés. Elles tentaient de le rassurer et de l’entraîner dans leur ballet incessant.
La douleur n'avait aucune importance, dissipée par leur pouvoir hypnotique, et bien que sa respiration fût haletante et difficile, sa vision le troublait au point de lui laisser entrevoir quelques merveilleuses créatures oniriques drapées dans un manteau de flammes, de braises et de vapeurs éthérées. N'avait-il jamais observé de telles beautés ? En tout cas, il ne s'en souvenait pas et peut-être ne le voulait-il pas.
Au loin, une cacophonie métallique et insistante tentait de le sortir de sa torpeur, le contraignant à produire de considérables efforts pour l'oublier.
Il souhaitait rester là, immobile et imperturbable, jusqu'à la fin des temps, profitant à tout jamais des délicieuses visions offertes par ses nouvelles compagnes. Au cœur de cette tempête pulsait un cœur beau et pur qui ne devait s'arrêter sous aucun prétexte. S'en détourner aurait pu le faire cesser de battre. Pire, le faire disparaître, s'il cessait seulement de le regarder ou d'en compter les battements. Les promesses de béatitude et d'épanouissement murmurées par le ronronnement des flammes le séduisaient et il ne se souciait guère de revenir un jour à la conscience, s'il pouvait vivre ainsi, le regard plongé dans le centre même de cette indescriptible splendeur, pour l’éternité. Il en comprenait le sens et le but sans être pourtant capable de les nommer. L'essence même de ce processus ne lui était pas étrangère, bien qu'il dût reconnaître ne pas pouvoir l'expliquer.
Il sentait déjà la progression des flammes sur son corps, le dévorant, l'arrachant lentement à la Vie telle qu'il l'avait connue. Mais qu'importe ? Il s'y abandonnait totalement, oubliant sans effort la douleur, la température et la difficulté de respirer. Si son âme avait pu demeurer éternellement dans cet état d'oubli, pourquoi s'en serait-il privé ? Quelle raison impérieuse pouvait l'empêcher d'atteindre enfin le repos du corps et l'apaisement de l'esprit ? Il semblait si transcendant, si extasiant de pouvoir contempler éternellement cette incroyable création de la nature.
Le concert lointain de métaux s'entrechoquant inlassablement continuait à le perturber, sa concentration s'en trouvant altérée. Au plus profond de lui même, il espérait pouvoir en faire abstraction, pour ne pas sortir de ce qui semblait être un rêve éveillé…
Avait-il vraiment vécu ? Sa vie n'appartenait-elle pas à cet endroit, au cœur de ces flammes tandis qu'il rêvait justement ces vingt années, passées à habiter un corps illusoire ?
Les doutes ne faisaient que traverser son esprit, ne s'y attardant pas, chassés par la volonté de son âme de ne se détourner sous aucun prétexte de son salut.
Tant de bien-être !
Gâché, hélas !
Encore cette hystérie métallique, bien sûr !
Il tentait d'y échapper, évidemment, mais son corps semblait incapable de se résoudre à disparaître. Ses sens l'interpellaient sans cesse tandis qu'il essayait de maintenir cette osmose précaire établie avec le noyau de ce géant de flammes. Ses oreilles percevaient encore le bruit furtif et lancinant du métal, ses yeux étaient agressés par la vive lumière de l'incendie et, bien sûr, sa peau le mettait à la torture, criant son incapacité à supporter plus longtemps les effets d’une telle fournaise. Son enveloppe de chair et d'os tout entière tirait un signal d'alarme, désormais impossible à ignorer.
Mesurant très clairement les implications de ce nouvel éveil à la vie physique, des larmes perlèrent à ses paupières, puis cherchèrent à rouler sur ses joues. Improbable volonté avortée, la chaleur ambiante les ayant réduites à néant avant même qu'elles aient amorcé leur descente.
Le désarroi qui s'était emparé de lui le rendit totalement apathique. Pourquoi chercher à fuir la Mort alors qu'il souhaitait, quelques instants avant, vivre au sein de son émissaire ? En quoi aurait-il été plus gratifiant de se soustraire à ces flammes après avoir été fasciné par leur splendeur ? Il décida de rester fermement sur ses positions et rien au monde, pas même la souffrance, ne l'aurait fait bouger ou changer d'avis.
Si les promesses de bonheur éternel étaient fausses, au moins sa volonté de vivre, tout au moins celle de son corps, ne serait pas récompensée.
Cette cacophonie commençait à lui taper sur les nerfs !
Puis il y eut un cri.
Humain de toute évidence...
Féminin selon lui.
Les yeux jusqu'alors clos, sans en être pourtant réellement conscient, il les rouvrit et fit face à un spectacle stupéfiant. Les flammes l'entouraient, léchaient inlassablement sa peau, le cernant de toute part. De nouveau en pleine possession de ses esprits, il se découvrit pratiquement nu et n'arrivait pas à se souvenir s'il avait été vêtu à un moment ou à un autre...
Les flammes étaient probablement à l'origine de sa nudité, cela paraissait logique. En revanche, bien qu'il eût chaud, l'incendie ne le brûlait pas. Un fait étrange et d’autant plus surprenant… Passant ses mains au cœur du feu, il le trouva étrangement réconfortant ; une compensation, sans doute, pour ne pas avoir pu accéder au repos de l'esprit.
Après les avoir observées, il comprit que les flammes ne le léchaient pas, comme il le pensait, mais le caressaient, le cajolaient et semblaient ravies de l'attention qui leur était enfin accordée, à l'image d'un chat, ronronnant sous les caresses de son maître. Cherchant à sonder les environs, il ne vit rien d'autre que ses protectrices, usant de leurs charmes pour obtenir plus de tendresse.
Son regard finit cependant par se river dans celui d'un autre homme.
Étrangement, il le connaissait très bien et en fut quelque peu déstabilisé. Comment pouvait-on à ce point connaître l'âme même d'une personne ? Fouillant plus profondément dans ces yeux, rassurants et terrifiants à la fois, il cherchait à savoir où il avait rencontré ce regard et comment il était possible d’en deviner chaque expression, chaque reflet et chaque couleur.
Pétrifié, il comprit soudain qu'il sondait un regard croisé chaque matin depuis vingt ans dans un miroir. N'était l'expression haineuse et malveillante qui le troublait, rien ne différait de son aspect habituel. Pourquoi cette haine ? Il n'eut pas le loisir d'en découvrir la réponse, ces yeux pleins de violence se dérobant, éloignés par la peur d’être compris.
À cet instant, les bruits, qu'il pensait si lointains, s’intensifièrent. Le vacarme devint assourdissant, lui faisant regretter l'état d'apathie dans lequel il était plongé, quelques secondes plus tôt. Partout autour de lui, des épées se heurtaient, des hommes et des femmes hurlaient ou s'effondraient dans un dernier râle inhumain, fidèle écho au déchaînement infernal de barbarie le plus violent de l’Histoire de l’humanité.
Il se remit à marcher, et les flammes, toujours en quête d’attention — on eut dit quelque chien de garde — avancèrent dans un seul et même mouvement, lui emboîtant le pas, suivant chaque courbe de son corps, tel un drapé de soie sur sa peau. Par un miracle inexplicable, elles semblaient liées à lui. La chaleur constante ne laissait pas à son corps le temps de transpirer, la sueur s'évaporant presque instantanément.
Le chaos régnant autour de lui, mélange de violence, de décadence et de cruauté, n'avait pas sa place en ce lieu, qui, à une époque, devait être un havre de paix. Des cadavres gisaient un peu partout sur le sol, enjambés par des hommes et des femmes, blessés ou amputés d'un membre, pour la plupart, leurs visages déformés par une douleur indicible, à l’exception de leurs yeux, animés par une rage terrifiante, insufflée par le désir de tuer, de massacrer ou simplement de se sentir vivant, parmi les cadavres. L'odeur du sang et des entrailles fumantes lui retournait l'estomac, mais il ne pouvait plus détourner son regard du macabre spectacle offert, impuissant face à la fatalité.
Les hommes étaient devenus fous, poussés à la limite de l'hystérie collective.
Beaucoup d'entre eux fuyaient devant le jeune homme, comme s'il avait été l'incarnation même de la faucheuse. Certains, au contraire, se jetaient dans les flammes gardiennes, cherchant peut-être, par le feu, à purifier leur corps, avant le dernier voyage.
Terrorisé, sa respiration devint difficile et il sentit la chaleur s'intensifier encore, le poussant à s'interroger sur le sens de cet accroissement inattendu de puissance. Comment sa propre frayeur pouvait-elle avoir de l'influence sur elles ? La réponse à cette question lui glaça les sangs, mais il fallait se rendre à l'évidence.
Les flammes émanaient de son corps.
Il ne savait ni pourquoi, ni comment cela était possible, mais une certitude demeurait : les gens le fuyaient. Tel un automate, il continua sa progression sans plus vraiment voir ni comprendre les évènements. Il ne pouvait détourner son esprit de ces flammes qui continuaient non seulement à le protéger et le couver, mais également à tout anéantir autour de lui. À sa grande surprise, la température augmentait encore. Il était sur le point de tout détruire sur son passage, dans cette plaine, voire dans le monde...
Quand il en eut saisi toute l'horreur, le mécanisme cessa, les hommes et les femmes autour de lui disparurent subitement, laissant derrière eux d'étranges volutes de fumée qui finirent elles aussi par s'évaporer. Les flammes se rétractèrent, chaque seconde un peu plus, comme s'il l'avait inconsciemment ordonné. Elles se retirèrent complètement et il vit de ses yeux les dégâts alors engendrés, sans comprendre comment ils l'avaient été. Pire encore, ses protectrices avaient couvert une distance inconcevable. Où qu'il ait posé les yeux, des dizaines de mètres devant lui, la terre était brûlée, et à certains endroits, quelques micro-incendies tentaient encore d'accomplir leur œuvre dévastatrice.
Se remettant lentement de la chaleur, il sonda les environs et aperçut au loin un cercle de lumière, décidé à étreindre de sa protection l'herbe sur laquelle il se matérialisait. Une herbe si verte et fraîche qu'elle semblait ostentatoire, au cœur d'un lieu déjà embrassé par la mort et la destruction.
Au milieu de ce cercle se tenait une personne, plus immobile que l'aurait été une statue et de si loin, le jeune homme était bien en peine de dire s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme.
Ils restèrent longuement ainsi, sans esquisser le moindre geste, l'un entouré des plus belles manifestations de la mort, l'autre, auréolé d'une lumière presque divine, baigné des rayons du maître de la Vie, rassurant et aimant.
Après quelques minutes, le jeune homme sortit de cette douloureuse léthargie et décida d'avancer encore. Mais avancer vers quoi ?
Tout en marchant, il se demandait s'il ne faisait pas une erreur. À quoi devait-il s’attendre en entrant dans ce cercle de lumière ? Lui qui venait de s'immerger si profondément dans les ténèbres qu'il avait souhaité y demeurer pour l'éternité. L'heure était-elle venue de payer pour sa lâcheté et son manque de respect envers la Vie et, par-dessus tout, envers lui-même ?
À l'approche de cet irréel cercle de Vie au cœur même de la Mort, il distingua les contours typiquement féminins de la silhouette qu'il espérait trouver. Il savait maintenant qui était cette femme, si importante pour lui. Posant un pied dans la lumière, manquant un battement de cœur, il remercia intérieurement le ciel de ne pas l'avoir foudroyé instantanément. Pénétrant entièrement dans l’enceinte lumineuse, il fut surpris par un vacarme de fin du monde, déchirant le voile de silence posé sur la plaine depuis son retour à la conscience.
Alors qu'elle semblait terminée, la bataille reprit de plus belle, à sa grande déception.
Tout cela n'avait aucun sens !
Interloqué et abasourdi, il se tourna vers son amie, l'interrogeant du regard.
Il n'y avait hélas rien dans son regard, d'ordinaire brillant de sagesse et de vivacité ; son visage, totalement fermé, pourtant si doux et expressif, en temps normal, ne laissait filtrer aucune émotion. Figée, elle semblait vouloir visser son regard dans celui de son ami sans avoir pourtant rien à communiquer. On eût dit une statue de cire, encore qu'une statue eût probablement été plus expressive.
Il sentait la Vie abandonner ce monde à un rythme effréné et comprit non sans douleur qu'ils seraient bientôt les seuls êtres encore vivants sur Terre. Approchant encore de son amie, il hésita un instant à la prendre par les épaules et la secouer pour la forcer à réagir, mais décida par prudence, de ne rien faire, angoissé à l'idée d'aggraver encore son état.
De tes mains le jugement viendra !
Ces mots avaient résonné dans sa tête, peut-être même dans le monde entier.
Incapable d’en comprendre le sens, il se retourna et fit face au même spectacle de désolation et d'horreur qui l'avait accueilli dans la plaine. Levant les yeux, il vit des nuages, noirs comme la nuit, remplir le ciel qui jusque-là n'était que fumée et cendres mélangées. Les combats étaient sanglants, des hommes hurlaient à la mort comme des possédés, s'écroulant sur d'autres, et certains, couverts de sang et parfois d'entrailles, zébraient l'air de leurs armes en espérant abattre leur ennemie avant de succomber à leur tour...
Faisant de nouveau face à son amie, il tressaillit en la découvrant couverte de sang, toujours aussi inexpressive. Son regard s'anima enfin et exprima une tristesse si profonde qu'elle brisa le cœur du jeune homme.
Pardonne-moi.
Encore cette même voix. Mais cette fois, il n'eut aucun mal à la reconnaître. Dépourvue de toute intonation, la première fois, elle vibrait désormais de douleur et d'autorité. Il s'agissait bien de celle de son amie.
De tes mains le jugement viendra !
Dans un ultime soupir, elle avait projeté cette phrase dans sa tête, comme une sentence. La vie venait de quitter son corps et elle adressait à son ami une dernière pensée, incompréhensible.
Hélas !
Fou de douleur et de rage, il s'était à peine aperçu que la lumière, lasse et essoufflée, s’était noyée dans l'obscurité, quand les flammes revinrent.
Laissant libre cours à toutes ses émotions, il abattit les dernières digues qui retenaient sa colère et le feu, cessant d'être un sage gardien, devint le plus violent des meurtriers. Fondant littéralement sur la plaine, les flammes lui assurèrent une fin imminente. En un clin d'œil, il venait probablement de mettre un point final à la Vie, aspirant l'Univers tout entier dans un gouffre de flammes, de braises, de cendres, de fumée...
... Mais surtout, rempli d’une haine inextinguible...

La bouche ouverte sur un cri qui ne voulait pas sortir, les yeux écarquillés et inondés de sueur, Andy s'était réveillé à l'instant où, justement, il pensait ne plus jamais rouvrir les yeux. S'obligeant à respirer, il sentit l'air envahir ses poumons sans les brûler pour autant et sut qu'il était sorti de la plaine, ou du moins de son rêve.
Son corps n'avait pas dû faire la distinction entre le cauchemar et la réalité, tant il avait transpiré, mais le stress ne devait pas y être étranger non plus. Clignant des yeux pour se remettre les idées en place, il passa une main moite sur son visage pour s'assurer d'être vraiment là... Bien sûr il le savait et n'avait pas réellement perdu le contact avec son corps, mais la violence était chaque fois plus intense, plus barbare et il espérait parfois ne pas avoir à se réveiller systématiquement.
Malheureusement, depuis des semaines, il était ainsi tiré du sommeil, chaque nuit. Les cauchemars l’entraînaient toujours dans cet univers chaotique et douloureux, sans qu'il en ait réellement compris le sens. Puis, inéluctablement, il se réveillait, tétanisé par les évènements, si oniriques fussent-ils.
La fenêtre de sa chambre était fermée. Il tenta de se lever pour l’ouvrir, mais dut ralentir son mouvement, le vertige cherchant à le clouer à son matelas... Il le savait bien sûr, et comme à chaque fois, son corps semblait avoir du mal à se remettre, le laissant vide de toute énergie, épuisé par ce leitmotiv cataclysmique. Il s'efforça à respirer lentement, puis commença par s'asseoir sur le bord de son lit, grinçant sinistrement sous son poids, comme un rappel menaçant de ce songe atroce.
La tête serrée entre ses mains moites, il expira longuement, pour donner à ses poumons l'occasion de se vider des hypothétiques cendres récalcitrantes. Il se savait parfaitement en sécurité dans sa chambre, mais ne parvenait pas à détacher ses pensées des visions d’horreur provoquées par ses rêves.
Il se leva enfin, contourna son lit et se dirigea vers la fenêtre, chacun de ses gestes toujours plus insurmontable que le précédent. Il se déplaçait avec la lenteur d'un mime et cela lui faisait peur. Il aimait tant garder le contrôle sur son corps, à défaut de maîtriser ses rêves !
L'air frais, caressant instantanément sa peau contrastait étrangement avec la chaleur ressentie, dès son entrée dans la plaine. Il dut encore faire un effort pour se rappeler qu'il n'était plus dans cet « ailleurs » dantesque, mais bel et bien de retour dans le monde réel.
Cet oubli momentané rendit l'air d'autant plus appréciable et il s'accouda au rebord de la fenêtre pour en profiter pleinement. Sombrant dans les méandres de l'interrogation, Andy laissa courir son regard sur les toits de la ville et les quelques fenêtres éclairées, sans pourtant saisir le moindre détail de ce qu'il voyait vraiment.
D'ordinaire il n'était pas facile d'impressionner le jeune homme. Sa vie durant, ses nuits s'étaient résumées à des cauchemars plus effrayants les uns que les autres. Pas une seule nuit, aussi loin qu'il s'en souvînt, n'avait été hantée par les résidus émotionnels, récoltés durant la journée.
Il s'y était fait, bien sûr.
Ces derniers temps, pourtant, les épreuves étaient plus terribles chaque nuit, et la voir mourir, espérait-il, sonnait peut-être le glas de cette succession d'horreurs. Elle était probablement le seul être au monde pour lequel il était disposé à sacrifier sa vie. Assister à sa fin, sans pouvoir l'empêcher, était pire que s'il avait vécu une vie de cauchemars en un seul réunie.
Cela dit, il restait perplexe devant ses rêves, ces derniers temps... S'ils avaient dû être l'expression d'un quelconque refoulement psychologique, Andy l'aurait sûrement compris. Mais dans ce monde, dévasté par la guerre, le sang et le feu, il ne voyait rien de très solide pour établir un « diagnostic » sérieux.
Rien ne se révélait avoir de rapport avec son quotidien, ses problèmes ou ses états d'âme, au demeurant.
Tournant le dos à la fenêtre il repensa encore à ce rêve sans arriver pourtant à mettre le doigt sur le moindre détail pertinent pouvant l'aider à comprendre...
Il le savait néanmoins, il avait atteint une limite. Il ne rêverait peut-être plus. Cette limite, espérait-il, exprimait également la fin de toute chose dans son inconscient — si c'était possible ? Sinon, comment était-il possible de rêver d'une telle apocalypse ? Menant, par ailleurs, à la destruction de tout un monde.
Il était temps d'en parler. Garder pour lui un tel secret ne l’aiderait pas.
Une légère brise l'obligea à se détourner de la fenêtre — il ne faisait pas si chaud, tout compte fait. En passant devant sa commode, il attrapa son téléphone et se dirigea vers la porte de sa chambre en tapant un message. Il n'était pas minuit, et le sommeil s'était évaporé, évidemment. Dans l’entrée, la lumière provenant de la fenêtre de la cuisine était suffisante pour se repérer. Le salon, en revanche, était plongé dans l’obscurité, les volets étant fermés.
Andy alluma donc la lumière, s’approcha de l’étendage et y ramassa les quelques vêtements dont il avait besoin, ainsi qu’une serviette éponge. Sous son poids, comme d’ordinaire, le parquet grinça et le jeune homme ne pouvait s’empêcher de trouver ce son plus sinistre encore, après ce rêve étrange. Le tapis à poils longs, posé entre le canapé et le meuble de télévision n’avait jamais assez amorti le poids du jeune homme.
L’ampoule au plafond clignota étrangement. Ce n’était pas rare et parfois, cela pouvait durer des heures. L’éclairage n’était pas le seul système à souffrir de ce problème dans le flux d’alimentation électrique.
Dans le hall d’entrée, le carrelage du sol, froid et rugueux, rappela à Andy l’intense chaleur dans laquelle il avait été plongé. L’éclairage blafard de la salle de bain le ramena encore une fois à la réalité, loin d’égaler la beauté tentatrice des flammes, dont il s’était extasié.
Quoi qu'il fasse, il devait se changer les idées. Une fois son message envoyé, Andy décida de sortir, après une douche méritée...
Advienne que pourra...

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Auteur Commentaire en débat
Loriane
Posté le: 16-05-2012 17:50  Mis à jour: 16-05-2012 17:50
Administrateur
Inscrit le: 14-12-2011
De: Montpellier
Contributions: 9078
 Re: Renaissance Chapitre 1
Ton écriture est excellente et ton orthographe sans aucun problème.
Sur le récit, je me demande si il sera facile pour tous de rentrer dedans, de s'accrocher.
Cet univers onirique, l'aspect fabuleux est de nature à distraire mais on se pose beaucoup de question et on finit pas souhaiter atterrir sur un récit plus concret.
Pour ma part j'ai pensé aux cathares, aux hallucinations, à des combats moyenâgeux ...
Cette fascination du feu et des flammes, l'évocation de corps brûlés...
Sur ce point tu fais preuve d'un vocabulaire riche et d'une capacité sans fin pour décrire la beauté des flammes.
Malgré tout l'aspect très éthéré, très abstrait est plus à mes yeux une prose poétique, qu'un récit, qu'une narration., du moins dans cet extrait.
J'y ai pris beaucoup de plaisir et j'apprécie ta plume, tu disposes d'autre part d'une extraordinaire imagination, mais je ne sais pas si d'autres lecteurs ne risquent pas de décrocher.
Merci pour le plaisir.
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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