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Nouvelles : Le rock du souk
Publié par Bacchus le 16-05-2012 23:40:00 ( 828 lectures ) Articles du même auteur



Rock au souk :

Parti d'Agadir, notre car a marqué une petite étape à Inesgane. Nous n'avions pas grand-chose à faire pour nous distraire, à Agadir. La ville venait de subir le tremblement de terre destructeur dont le monde se souvient et , arrivé peu de temps après cet évènement, je ne garde en mémoire que l'affligeante étendue de ruines qu'il avait laissé.Mais ce n'est pas le sujet de mon histoire.
Nous étions en route pour Taroudant . Les nombreuses petites anecdotes qui ont épicé cette journée font que je m'en souviens particulièrement bien. Les premières se situent, justement, à Inesgane. Je peux ajouter que ma façon de me souvenir de chaque évènement de ma vie est telle que j'ai coutume de l'aborder : tout peut être drame ou comédie. J'ai choisi, une fois pour toute, de rire de l'éphémère.
Il y avait marché, sur la grande place d'Inesgane et je n'éviterai pas le cliché en disant que la foule était grouillante, bigarrée, colorée et bruyante.
Le copain avec qui je me promenais voulait acheter un pouf. Une quantité de petite baraques en bois proposaient tout ce qui pouvait se vendre, y compris des poufs.
Premier marchand:
- ' Combien il coûte, ton pouf ? '
- ' 900 dirhams.'
Hé hé ! il n'allait pas nous avoir comme ça ... On nous avait bien expliqué qu'avec les Marocains, il fallait marchander, qu'ils prévoyaient le marchandage et, qu'en conséquence, ils tapaient un peu fort au début.
Avec l'air matois d'un maquignon Normand, on a essayé de marchander, donc. Résultat:
- ' Non m'siou, çi 900 dirhams. '
On lui a asséné l'argument choc : on va aller voir ailleurs. Réponse :
- ' Va z'y, va z'y. Boun chance ....'
Nous sommes donc allé en voir un autre avec la même entrée en matière. La réponse a été fulgurante et définitive :
- ' Li poufs, çi 950 dirhams. '
Tous les autres étaient alignés sur 950 dirhams !
Alors, nous sommes retournés voir le premier :
- ' C'est bon...va pour 900 dirhams. '
- ' NOu m'siou. Li pouf, y coûte 950 dirhams. '
- ' Mais !...tout à l'heure, il coûtait 900 dirhams '
Et le vendeur, en poussant un soupir et en écartant les bras, fataliste :
- ' Aujourd'houi, t' as pas la chance...'
Bon, il a acheté son pouf à 950 dirhams, mon copain. Nous sommes repartis vers la route, à l'entrée du village, où le car attendait. Sur le trottoir en face du marché, nous croisons deux petites jeunes filles voilées, mais par des voiles très fins qui laissaient voir deux jolies frimousses. Elles ont gloussé, à notre passage, en nous fixant de leurs sombres regards. ( cliché encore, mais leurs yeux en valaient la peine ).
Nous nous sommes arrêtés, elles aussi, mais de biais, l' air de rien. Nous étions en train de débiter les fadaises d'usage quand quelque chose m' a intrigué. Il se passait un truc que je n'ai pas saisi de suite, puis qui m'est apparu brusquement. Plus un bruit...J' ai jeté un oeil vers la place du marché. Tout le monde était immobile et nous regardait, sévèrement.
Une voix s'est élevée, dans la foule :
- ' Ti sais pas si interdit parli ou femmes, chi nous ?'
Nous sommes restés figés jusqu'à ce qu'un homme se penche et ramasse un caillou Aussitôt, tous les autres se sont penchés.
Nous avons détalé très, très vite pendant qu'une pluie de cailloux dégringolait derrière nous.
Nous sommes arrivés prés de notre car où nos copains étaient regroupés et nous regardaient cavaler, tous pliés de rire.
Nous deux, nous ne nous sommes décidés à rire qu'une fois le car parti.
On a oublié et on a regardé le paysage. Bof... c'était plat, un peu désolé et de couleur ocre. Et puis j'ai vu quelque chose qui m'a fait penser, aussitôt, à une remarque que je me suis faite, sitôt vue : ' Quand je raconterai cela, en Normandie, personne ne me croira ! ' Je crois bien que ça été le cas.
J' ai vu des chèvres grimpées dans des arbres ! Attendez....c'est plus du jeu, là ! qui a eu l'idée d'aller percher des chèvres sur les branches ?
Et puis j' ai fait marcher ma logique. Elles y sont allées toutes seules, dans les arbres. Y' avait qu'à bien faire attention. Et puis, j' en ai vu opérer.
Dans ce paysage désolé et plat, le chergui, ce vent d'est qui souffle fréquemment sur le pays, a donné aux arbres une courbure qui permet aux chèvres de grimper pour chercher un feuillage dont elles se nourrissent.
Et voilà ! euréka..Tout seul..Et vogue galère, nous apercevions les remparts d'une ville fortifiée, aussi rouge que le paysage.
Je n' ai pas l'intention de vous faire faire une visite guidée. Taroudant était, et, surement, est toujours une ville faite de ruelles étroites, avec des échoppes archi-pleines de tout, avec des souks variées etc, ect...
Dans un hôtel-restaurant tenu par des Français, nous avons fait un bon gueuleton à la mode ' Marine Nationale ', vous savez ; ...et glou et glou...
C' est avec une allégresse non feinte que nous avons repris notre promenade dans les ruelles. Je me suis laissé tenter par l'achat d'un petit bonnet que j'avais vu sur la tête de quelques Marocains et je me le suis campé sur le haut du crâne.
Deux d'entre nous avaient leurs guitares . J' avais mon répertoire d'Elvis et de Bill Haley. Il n'était jamais nécessaire de me supplier pour que je le sorte.
Le souk au cuivre a brusquement vibré sous un " blue suede shoes " rythmé par les claquements de mains de mes copains. Les Marocains, en souriant, bienveillants, ont fait cercle autour de nous, sans, toutefois, marquer le tempo. Grisé par mon succès, j'enchaînais les chansons. Je fis une pause, qui a été définitive:
Un vieux Marocain, en souriant largement, me faisait signe de venir vers lui . La rançon du succés...Je suis allé vers lui.
Il m' a regardé longuement , des pieds à la tête, et puis il m' a dit :
- ' Ti jouif ? '
- ' Pardon ?
- ' Ji ti doumande si ti jouif .'
- ' Ben..non..pourquoi vous me dites ça ? '
- ' Aloure, si ti pas jouif, porquoi ti portes li chapou di jouifs ? '
M'sieurs dames, j'étais jeune et j'ignorais encore, entre autres, ce qu'était une kippa .

Ce fut une très bonne journée ! j' en garde un excellent souvenir, sans l'ombre d'un ennui. Si ce n' est, peut-être, le sidi-brahim un peu pesant qui ne supportait pas la chaleur du retour.


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Auteur Commentaire en débat
Loriane
Posté le: 18-05-2012 22:12  Mis à jour: 18-05-2012 22:12
Administrateur
Inscrit le: 14-12-2011
De: Montpellier
Contributions: 9033
 Re: Le rock du souk
Agadir, je me le rappelle comme si c'était hier ce tremblement de terre, la catastrophe d'Agadir, celle du barrage de Malpasset à Fréjus et le tremblement de terre de Skopje.
Tu ignorais ce qu'était une kippa ? pas étonnant du tout, nous avons été préservés, mois j'ai découvert le mot "antisémite" de la bouche de mes copines pieds noirs rapatriées en 1962.
Je ne savais pas que l'on pouvait détester les juifs, et encore moi qu'il existait un mot pour cela !
C'était pas beau ça ? parler à une fille Marocaine en pleine rue, et jouer du rock américain, au Maroc avec un Kippa sur la tête ?
c'était tt de même une belle époque.
Merci pour la balade.
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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