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Nouvelles : Renaissance Chapitre 2
Publié par AntoneR le 22-05-2012 10:54:30 ( 665 lectures ) Articles du même auteur



CHAPITRE 2

Arrivé dans la ruelle, il la trouva anormalement sombre et vide. Les lampadaires n'étaient pas allumés, rendant la visibilité affreusement difficile. À vrai dire, on ne voyait pas à plus d'un mètre ou deux devant soi. Dans ces conditions, le passage semblait d'autant plus long qu'il en devenait angoissant. Les containers de poubelles grinçaient étrangement sous la caresse de la brise, décidément plus fraîche d'heure en heure.
Finalement arrivé devant l'entrée du club où il avait ses habitudes, Andy sonna et attendit qu'on daigne lui ouvrir. La petite entrée, percée dans un mur de briques, n'était visible que de très près. Depuis la rue adjacente, personne ne pouvait deviner la présence d'un tel endroit, sans en connaître l'existence.
Après avoir ouvert la porte, le videur balaya la ruelle du regard, puis s'attarda sur les choix vestimentaires très sobres du jeune homme : un pantalon en toile noire très simple et un polo blanc honteusement moulant. Un détail, certes, mais il faisait toute la différence.
Remontant lentement le long du corps d'Andy, l'homme, d'une carrure robuste et impressionnante, ne s'attarda pas spécialement sur un endroit précis et, croisant le regard du jeune homme, le gratifia d'un sourire amical... Il l'avait reconnu, bien entendu.
Alors que celui-ci s'écartait de la porte pour laisser passer le nouvel arrivant, Andy lui rendit son sourire. Cet homme ne parlait jamais aux clients, se contentant de faire son travail. Le jeune homme n'avait cependant pas besoin de mots pour savoir que cet homme le respectait, contrairement à de nombreux autres habitués.
En passant la seconde porte, donnant sur un couloir de pierres brutes chichement éclairé, Andy comprit en un instant que la salle devait être pleine, ce soir-là...
Une aubaine, si l'on avait besoin de distraction !
Dans le couloir, les badauds s'étaient adossés aux murs, usant de leur charme et des positions les plus lascives... Andy avait connu intimement la plupart d'entre eux et bien qu'ils aient essayé d'attirer son attention par des moyens plus ou moins subtils, il n'y prêta aucune attention, préférant avancer sans même les regarder.
Quelque chose, dans l'atmosphère, attirait sans cesse l'attention du jeune homme. Une sensation d'excitation et de danger, tout à la fois.
Étrange, mais terriblement attirante...
Au bout du couloir se dressait la salle principale, tout aussi chichement éclairée, dont les murs étaient eux aussi couverts de vieilles pierres et le sol, noir, se démarquait par son aspect brillant. Sur la droite, le bar, de ce même noir brillant, ajoutait à l'ambiance feutrée et tamisée de ce paradis du fantasme. Les serveurs, occupés à faire danser les verres derrière le comptoir, donnaient de l'œillade aux clients, chatouillant leur libido démesurément développée — cela ne faisait-il pas partie de leur travail ? — tout en gardant bien sagement leurs distances, allant jusqu'à éviter le moindre contact, ne serait-ce que du bout des doigts.
Les clients, eux, tentaient sans succès de grappiller un numéro ou un simple baiser, ce qu'ils n'obtiendraient sûrement jamais. Les pauvres bougres, s'ils ne jetaient pas leur dévolu très vite sur d'autres proies, étaient condamnés à rentrer seuls.
Sur la gauche s'étendait le temple d'une débauche sans nom, étalant son lot de délices érotiques et ses plus belles horreurs humaines, évidemment.
Cette piste de danse, au fil de la soirée, évoluait au rythme des désirs naissant, les hommes qui s'embrassaient le temps d'une musique en embrassant d'autres durant le morceau suivant. S'ils se contentaient de cela...
Au fond de la salle, quelques tables basses, disposées autour de la piste, invitaient les danseurs-aguicheurs à un repos mérité, après plusieurs cavalcades musicales. Certaines étaient prises d'assaut par des couples qui n'avaient sûrement pas conscience de la fin de leur morceau, d'autres par des groupes discutant allègrement, évoquant sans doute leur dernière conquête ou leur précédente soirée arrosée.
Comme à l'accoutumée, Andy attira sur lui les regards de ceux qui s'étaient aperçus de son arrivée. Malheureusement, lui ayant déjà fait usage, ces hommes-là n'intéressaient pas le jeune homme, toujours en quête de nouveauté et de changement... Il se l'était promis, il était hors de question d’établir un quelconque lien avec un homme.
Avançant lentement, cet étrange pressentiment toujours présent, Andy prit le temps d'observer chaque visage susceptible de lui paraître étranger, mais dans un lieu qu'il fréquentait si souvent, c'eût été un miracle. N'était-il pas, après tout, celui que l'on nommait « l'Inaccessible », sur lequel on lançait les paris les plus fous ? L'élu d'une nuit avec lui, par exemple, se voyait gratifié d'une soirée sans payer la moindre consommation, les serveurs étant souvent les instigateurs de ce genre de jeux. S’ils étaient tous très imbus de leur personne, les prétendants du jeune homme n’en étaient pas moins de vrais poltrons. Le courage venait avec l’alcool, assurant aux serveurs un chiffre d’affaire confortable, grâce à ce genre de pari.
Parvenir à obtenir la victoire les remplissait peut-être de fierté, Andy n'aurait su le dire, mais il ne comprenait toujours pas ce comportement. Certes, il n'était pas laid, mais n'avait jamais eu la prétention de se trouver vraiment beau. Au fil du temps, il en était arrivé à une conclusion très simple : son air impénétrable, un tantinet hautain et sûrement intouchable, le rendait du même coup irrésistible pour des hommes en quête d'une chasse palpitante, plus intéressés par la difficulté que par le trophée en lui-même.
Une « quête » pleine d’un sens nouveau pour Andy, après avoir croisé le regard de ce grand brun aux airs de demi-dieu...
Il devait probablement faire une tête de plus que le jeune homme, ses épaules étaient bien plus larges et plus musclées, mais le plus important de ses atouts se trouvait niché au cœur même de son être, au plus profond de son âme, offerte au monde au travers d’un regard intense, magnétique. Le jeune homme secoua la tête pour s'éclaircir les idées, l'heure n'étant pas des plus propices à un coup de foudre. Il était venu dans un but bien précis et, à l'instar des bêtes qui l'entouraient, il venait d'ouvrir une chasse qu'il se devait de gagner.
Ce qui ne paraissait pas loin d'être le cas.
Le grand brun venait de visser son regard bleu électrique dans celui d'Andy. Le temps venait probablement de s'arrêter, pour autant que ce fût possible. Plus aucun bruit ne parvenait à déranger cet étrange dialogue silencieux, ouvert entre deux êtres attirés l’un par l’autre — si rapide qu'allait être la suite c'était évident, mais paradoxal.
Quelque chose en cet homme, d'une beauté parfaite, il fallait le préciser, tentait de briser les murs dressés par le jeune homme, le poussant chaque seconde au bord de la rupture, dans un état de transe, sinon d'oubli. L'espace d'une minute, il se crut de retour dans cette plaine, fixant de nouveau les flammes.
Son cœur, comme en cet instant d'abandon onirique, tentait de se frayer un chemin hors de sa cage thoracique, afin de laisser à cet homme l’opportunité de s’en emparer. S'il ne fixait plus un regard plein de haine, Andy sentait pourtant son corps tout entier se réchauffer encore, comme au contact de ce délicieux incendie, mais se força à émerger de son hébétude.
Il ne devait pas perdre cette partie-là...
Comme dans un rêve, le beau brun semblait avoir avancé en direction d’Andy. Pour ne pas l'effrayer, il songea un instant à ne pas bouger, mais l'attirance incroyable qu'il ressentait le poussait à son tour à se diriger vers lui. Il se retrouva à quelques centimètres d'un homme qui aurait tout aussi bien pu être un ange.
Son regard était plus fascinant encore de près. D'un bleu si intense et profond qu'Andy n'aurait pas été étonné d'y voir se lever un soleil, brillant à la fois de désir et de curiosité, de sagesse et de lubricité. Andy ne venait-il pas de quitter ce monde, son état de conscience actuel ? Rien n'avait désormais plus le même sens dans son esprit, et même s'il savait devoir garder l'intégralité de sa réserve pour ne surtout pas en payer les frais, il espéra l'espace d'un instant ne pas avoir tout à fait le choix.
Le sublime brun aux yeux bleus tendit une main qu'Andy attrapa au vol. Il n'était pas là pour verser dans le mielleux ou la mièvrerie.
Il voulait de l'action.
Il avait depuis longtemps senti les regards, autour de lui, pleins de convoitise, se posant sans cesse sur le nouveau venu...
Car évidemment, personne, pas même Andy, n'avait vu cet homme ici, auparavant.
Leurs regards toujours en contact, Andy sentit la chaleur apaisante communiquée par la main de cet être si étrange, et sut immédiatement d’où venait ce sentiment particulier. Il en était la source…
— On sort ? avança le beau brun, d'un ton doux, mais haletant.
Andy ne put tout simplement pas répondre, les mots se perdant dans son esprit, dérivant lentement sur le fil de sa conscience, elle-même en pleine perdition...
Se reprenant néanmoins, il se contenta de hocher la tête. Cet état de trouble intense devenait gênant, mais le jeune homme ne parvenait pas à s’y arracher, happé par un besoin impérieux de se perdre dans la contemplation de cet homme, de lui abandonner toute résistance, sans concession.
Le beau brun lui aussi était en train de perdre pied, Andy n'en doutait pas. Il n’hésita donc pas à lui emboîter le pas, en direction de la sortie.
Ils avaient à peine passé la porte du club qu'Andy se retrouva plaqué au mur qui lui faisait face. Le choc ne fut pas assez violent pour être douloureux, mais suffisant pour laisser au jeune homme le temps de reprendre ses esprits, avant de se laisser aller à la plus douteuse des dérives.
— Stop ! lança-t-il, sans autre forme de politesse.
— Quoi ? Que se passe-t-il ? demanda l'homme, la respiration toujours haletante.
Les joues légèrement rouges, le front ruisselant de sueur, il avait l'air sincèrement surpris par cette interdiction, qui l'éloignait sans douceur de son but.
— Primo, on ne peut rien faire ici ! expliqua Andy. Secundo, je ne connais même pas ton prénom...
— Et où préfères-tu aller ? l'interrogea-t-il. Derrière les containers me semble être un bon choix, mais tu as sûrement plus confortable à me proposer... ajouta-t-il, en promenant sa main dans la nuque d'Andy, ses lèvres à quelques centimètres des siennes.
— Tu... tu es sérieux ? balbutia le jeune homme, interloqué.
— Au sujet des containers... ? Bien sûr que non...
— Je veux bien t'emmener chez moi, mais il faudra me livrer ton nom avant d'espérer y entrer, répliqua Andy, soulagé.
— Je m'appelle Jas. Et toi ?
— Andy... Je m'appelle Andy.
Il avait conscience d'être perturbé, presque incohérent, et d'avoir probablement l'air idiot, mais le jeune homme perdait sans cesse le contrôle, l'envie de se jeter sur cet homme le harcelant depuis l’instant où il avait croisé son regard. Il devait produire des efforts surhumains pour conserver un minimum de lucidité.
Décidément, cette soirée l'avait poussé dans ses plus lointains retranchements.
— Enchanté ! répondit le beau brun, l'ombre d'un sourire mutin étirant légèrement ses lèvres tentatrices. Cela dit, on ne se connaît pas vraiment et tu me proposes déjà de m'ouvrir les portes de ton foyer... Est-ce bien sage ?
« Ton foyer » ? D'où venait-il pour utiliser un mot aussi désuet ?
— Je ne m'inquiète pas vraiment. Si j'avais le moindre... hum... et bien, le moindre doute à ton sujet, je ne t'aurais probablement pas adressé la parole.
Andy avait choisi ses mots avec soin. Comment évoquer de ce genre de choses sans avoir l'air dérangé ?
— Doute ? Cernerais-tu si vite les gens ?
— On peut dire les choses comme ça, en effet ! affirma Andy, heureux d'avoir trouvé les mots justes pour se faire comprendre, sans avoir à s'expliquer de façon plus concrète.
Jas lui emboîtant le pas, Andy se mit en route, une fois de plus, vers l'inconnu... Bien qu'il eût conscience des avantages de cet inconnu-là, il se sentait parfois honteux de ses agissements. Les choses, ce soir, avaient été très rapides, et même si c'était très souvent le cas, le jeune homme n'avait pas eu le temps de réfléchir un seul instant.
Alors que les deux jeunes gens marchaient, Andy s'était plongé dans une réflexion profonde sur le bien-fondé de ce qu'il allait faire. N'était-ce pas ridicule de vivre ainsi ? Ne pouvait-il simplement affronter ses peurs et aller de l'avant ? Il avait beaucoup de mal à s'y résoudre bien sûr, certaines de ses plaies intérieures étant encore largement ouverte, mais il n'excluait pas la possibilité de revenir un jour à un mode vie moins nocturnes, pour ne pas dire dissolu.
Peu importait, ce soir, il avait « mis la main » sur une proie spéciale et il ne pouvait pas l’ignorer.
Il ne parvenait pas à l’ignorer, à vrai dire.
Malgré tous ses efforts, Andy n’arrivait pas à détacher ses pensées de cet homme. Ses yeux, ses lèvres magnifiques, son sourire étincelant, ses cheveux en bataille et son corps, apparemment sculpté dans le marbre ou l'acier.
Une tornade était née en lui, Andy le savait, décimant ses convictions et ses buts, arrachant les racines de sa volonté, laissant au jeune homme un amoncellement de doutes. Cela devait avoir un lien avec l’étrange sensation, ressentie en entrant dans le club, mais le jeune homme aurait été bien en peine de se l’expliquer. Une fois seul, peut-être parviendrait-il à trouver une explication, mais la présence de Jas compliquait tout, pour l'instant.
Avait-il seulement envie de se retrouver seul ? Rien n'était moins sûr !
— Tu as l'air soucieux... Je ne te force à rien, sais-tu ? Nous pourrions nous séparer dès maintenant, si tu le désires ?
Jas surprenait Andy, par sa façon de s'exprimer, qu'on eut dit sortie d'un livre. Par ailleurs, attendait-il une réponse précise à ses questions, ou faisait-il simplement preuve de politesse ? Une façon d'engager une quelconque conversation ? Décidément cet homme le perturbait, et ce devait bien être la première fois qu'il n'arrivait pas à écouter quelqu'un ! À une exception près, cela dit...
— Tout va bien, ne t'en fais pas ! répondit-il. Tu es étranger, non ?
— En effet... Comment le sais-tu ? demanda Jas.
— Ta façon de parler... est... différente ! Pas désagréable, mais un peu bizarre...
— Je vois ce que tu veux dire... Cela t'incommode, peut-être ?
— Non, pas du tout ! D'où est-ce que tu viens ? s'enquit Andy.
— D'une région assez lointaine, à vrai dire !
L'imperceptible gène, dans le ton de Jas, n'avait pas échappé à Andy, qui sentit ses joues rosir. Il le savait désormais, il ne devait pas se montrer trop curieux. Cela dit, cet homme pouvait tout aussi bien être originaire d'une autre planète, Andy n'en avait pas grand-chose à faire. Ses ambitions avec lui n’allaient pas au-delà du simple plaisir charnel.
— D'accord ! acquiesça-t-il.
Ils étaient presque arrivés et n'auraient plus beaucoup l'occasion de parler, dans les heures à venir. Un rapide coup d'œil à son téléphone apprit au jeune homme qu'il était deux heures passé. Les choses iraient vite — trop vite — et Andy devait se préparer à en savourer chaque instant, pour ne rien perdre du moment délicieux qui l'attendait sûrement.

Andy expira longuement en retombant sur son lit, à côté de Jas. Pour la deuxième fois de la nuit, il était en sueur, mais ne s'en plaignit pas, cette fois-ci. Sans crier gare, Jas se retourna face à lui et posa ses lèvres sur les siennes. Le jeune homme ne s'y attendait pas, mais accepta pourtant ce baiser sans broncher. Chaque fois qu'ils s'étaient embrassés, il avait éprouvé beaucoup de difficultés à défaire sa langue de celle de son amant.
Il embrassait avec ferveur et sensualité, mais surtout avec une telle douceur que c'en devenait presque plus jouissif que de le sentir en lui. Sa langue, ses lèvres et sa mâchoire tout entière étaient destinées à embrasser.
Bien sûr, Jas s'était également montré très efficace dans l'action, ses mains ayant probablement parcouru toute la surface du corps d'Andy, en réclamant toujours un peu plus. Chacune de ses caresses était comme un nirvana de plaisir. Chaque coup de reins de cet Apollon avait revêtu des airs d'orgasmes, d'une puissance incomparable.
Andy ne doutait pas d'avoir lui aussi été franchement à la hauteur, son partenaire ayant pris son plaisir au moins trois fois, s'il avait bien tenu les comptes. Rien n'aurait empêché le jeune homme de continuer ni même d'en donner envie à son amant. Tout ce qu'il avait vécu était surréaliste, certes, mais renoncer au corps de cet homme s'était avéré difficile. Sa peau était d'une douceur de soie et chacun de ses gestes, précis, méticuleux, d’un érotisme démesuré, l'avait excité plus que le précédent.
Tout au long de leur étreinte, aucun n'avait su ne serait-ce que libérer le corps de l'autre, le voulant chaque seconde plus intensément. Le plaisir avait été instantané, au moment même où Jas avait posé ses lèvres sur celles d'Andy, comme il venait de le faire à nouveau.
Le jeune homme aurait probablement donné tout ce qu'il avait pour que cet instant ne cesse jamais. Pour que sa vie entière se soit arrêtée et rester à jamais prisonnier des lèvres de cet homme ou ne serait-ce que du plaisir qu'il lui procurait.
La respiration toujours heurtée, Jas recula légèrement et plongea son regard dans celui d’Andy.
— C'était parfait, mon ange !
Andy se pétrifia. Il ne voulait pas entendre ce genre de choses... Tout, mais pas ça !
Il devait trouver une échappatoire. Cet imbécile avait tout gâché en quelques mots !
Il tourna la tête, lut l’heure et décida de mettre un terme à cette nuit étrange.
— Cinq heures du matin ? dit-il, d'un air surpris et ennuyé. Il va falloir que tu partes, je me lève... et bien, dans très peu de temps à vrai dire...
— Je vois... soupira Jas, d'un air déçu.
— Non, non... tu ne vois pas, tu ne vois rien... crois-moi ! Ce n'est pas ta faute, mentit le jeune homme. Je ne veux pas te vexer, mais sincèrement, je me lève très tôt demain. Quoi qu'il arrive, on se reverra sûrement, non ?
Il espérait avoir rattrapé sa couardise, mais après tout, ne l'avait-il pas mérité ? Pourquoi le monde entier s'acharnait-il à verser dans le romantisme ?
— Très bien, répliqua Jas, tout en se levant. Je vais te laisser, dans ce cas.
Il enfila ses vêtements très vite, sans laisser à Andy le temps de se lever, ni même de parler. Se dirigeant vers le couloir, faisant mine de partir, il se détourna et lança à Andy, toujours nu dans le lit :
— J'espère ne pas avoir été trop décevant... À bientôt !
Dans un silence absolu, Andy laissa rouler sur ses joues les larmes entraînées par l'amertume de cette séparation. Il aurait voulu ne plus jamais entendre ces mots. Dans l’entrée, la porte claqua, faisant sursauter Andy. Les larmes, elles, ne cessèrent pas pour autant.
À vrai dire, le jeune homme faisait face à ce quotidien depuis plusieurs mois. Chaque amant qu'il forçait à partir le laissait triste et amère, coupable surtout, dans un sens, même s'il ne faisait rien de mal, tout compte fait.
Laissant libre cours à ses émotions, il sanglota longuement dans son lit, tirant sur lui la couverture, jusque-là à ses pieds.
Il aurait aimé être en mesure de retenir Jas, mais il en était tout simplement incapable. Comment se résoudre à laisser quelqu'un entrer une nouvelle fois dans son cœur, et oublier le risque de le voir probablement brisé, un jour ou l'autre ? Il était encore là, si présent dans sa vie, avait laissé une empreinte indélébile dans le cœur d'Andy et le jour où il s'était éteint, plus rien n'avait eu de sens. L'homme qu'il avait le plus aimé au monde était parti, alors pourquoi se serait-il risqué à en aimer un autre, si cela était destiné à le ravager une nouvelle fois ?
Il se calma lentement, essayant de ne voir au travers de tout cela que les aspects positifs. Cet homme lui avait donné tant de plaisir... Séchant ses dernières larmes, il se leva et fouilla dans la poche de son pantalon. Trouvant son téléphone, il ne fut pas étonné d'avoir un message.
« Demain si tu veux, vers quinze heures ? Place du Pape ? Confirme ! Bises ! »
Andy répondit rapidement, puis se dirigea, pour la seconde fois de la nuit, vers la salle de bain. Il pensait encore à ce long moment de plaisir. N'était-ce pas délectable, parfois, de tout ressentir à ce point ?
Le don d'Empathie avait ses avantages, finalement

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Auteur Commentaire en débat
Loriane
Posté le: 22-05-2012 22:55  Mis à jour: 22-05-2012 22:55
Administrateur
Inscrit le: 14-12-2011
De: Montpellier
Contributions: 9079
 Re: Renaissance Chapitre 2
Il faut absolument que tu continues d'écrire car tu as un très joli brin de plume.
Il y a dans le récit de la recherche, une fine analyse des personnages.
Tu sais traduire l’ambiguïté de l'homme qui refuse la dépendance amoureuse, et qui se situe à la frontière de la relation.
Dans cet extrait l'étude des personnages est fouillée et longue mais en fait ne ralenti pas trop l'action.
L'intérêt du lecteur reste constant.

Sur l'écriture, tu recours très souvent au gérondif ou au simple participe présent mais selon moi, cela alourdit certaines de tes phrases comme ici :
"l'envie de se jeter sur cet homme le harcelant depuis l’instant où il avait croisé son regard. Il devait produire des efforts surhumains pour conserver un minimum de lucidité."
Mettre l'imparfait simplifierait la phrase, mais là, ce n'est que mon avis.
Merci
A bientôt
AntoneR
Posté le: 23-05-2012 10:37  Mis à jour: 23-05-2012 10:37
Plume d'Or
Inscrit le: 14-05-2012
De: Lyon
Contributions: 26
 Re: Renaissance Chapitre 2
Merci Loriane, et merci pour le conseil ( que j'ai appliqué, parce que tu as raison )
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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