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Nouvelles confirmées : Au cœur du vendredi soir
Publié par Donaldo75 le 21-11-2014 16:16:01 ( 1047 lectures ) Articles du même auteur



Au cœur du vendredi soir


Loulou marchait dans les rues bigarrées de Minie-Ville, à la recherche du temps perdu ou d’une autre connerie de ce genre. Il n’était plus le même depuis que la rouquine l’avait largué pour un mieux monté que lui. Depuis, il trainait sa grande carcasse dans les bars où il ressassait son histoire à des poivrots trop cuits pour lui apporter un quelconque réconfort.

Le café de Moe affichait fièrement sa pancarte, avec la promesse des meilleurs hamburgers du pays et d’un concert de jazz chaque vendredi soir.

Loulou se décida à entrer dans ce club en pleine fin de semaine, au moment où tous les losers des quartiers défavorisés dépensaient leur maigre paye à boire des bières chaudes, à draguer des femmes froides et à écouter du blues urbain. Il s’approcha du zinc, au prix de nombreux coups de machette dans une forêt de bras poilus, et il se colla au comptoir. Le barman, un gras du bide prénommé Dumbo, lui claqua le barrissement règlementaire.
— Ce sera quoi pour le maigrichon ?
— Du raide, mon gros.
— A quel point ?
— A décoller la pulpe.
— C’est parti mon loulou !

Loulou regarda autour de lui. Il constata amèrement la pauvreté du voisinage en matière de poulettes. Au fond de la salle, attablée à un cercle de bois posé sur deux tréteaux, se tenait un trio de cagettes, le genre pif en l’air à se croire plus intelligentes que le reste du monde.
« La mère et ses deux laiderons de filles, probablement. » se dit Loulou.
Il avait certes faim mais pas au point d’aller conter fleurette à des vilaines trop maquillées qui trouveraient preneur dans la masse accoudée au bar et en quête, comme lui, d’un petit coup pour bien démarrer le weekend.

Le speaker l’interrompit dans sa séquence réflexion.
— Mesdames et messieurs, j’ai l’insigne honneur d’accueillir sur la scène de Moe le très célèbre chanteur Tommy Grande Bouche, venu tout droit de Maxie-Ville.
— Merci Dingo, dit l’artiste en prenant le micro. Je ne vais pas vous faire mariner plus longtemps et nous allons démarrer avec une de mes dernières créations, une chanson qui parle de météorologie amoureuse. J’espère qu’elle ne ravivera pas trop les douleurs dans vos petits cœurs foudroyés par le tonnerre de vos déceptions.
Dingo se retira en douceur et Tommy Grande Bouche commença son récital au piano, accompagné d’un contrebassiste, d’un batteur, d’un trompettiste et d’un saxophoniste.
— Je vais vous raconter l’histoire d’une fille appelée Barbie, introduisit-il auprès du public. Cette belle blonde avait des yeux fabuleux et un pare-chocs de première bourre. Elle se pointa chez moi, un jour où j’émergeai difficilement de mon dernier concert, et elle me demanda si j’avais un truc pour déboucher les éviers.
Le public, peu habitué aux showmen bavards, rigola de bon cœur. Loulou comprit pourquoi Tommy Grande Bouche avait hérité d’un tel surnom. A l’instar des autres spectateurs autour de lui, Loulou applaudit l’introduction bien sentie du chanteur et il siffla bruyamment avec ses doigts pour montrer son envie d’en savoir plus sur la dénommée Barbie.
— Je vois que vous en avez rencontrées beaucoup, des Barbie, ironisa Tommy.
— Tu m’étonnes, lança un rondouillard adossé à la porte des toilettes. Elle revient quand elle veut d’ailleurs, on s’occupera de son lavabo.
Les habitués battirent des mains pour encourager leur nouveau champion, celui qui s’était auto-désigné grand pourrisseur de concerts devant l’Eternel. Loulou reconnut dans le joueur de fond de cuve, le petit Naf-Naf, un gros sac qui s’était toujours cru plus fort que les autres, tout ça parce qu’il était moins con que ses deux abrutis de frères qui n’avaient pas inventé le fil à couper le beurre et encore moins l’eau tiède.

Tommy Grande Bouche ne se démonta pas et il entama un petit solo de piano sur son clavier magique, suivi dans l’improvisation par les deux cuivres. L’assistance apprécia l’effort et un orage d’applaudissements déchira le ciel sonore et enfumé.
— Je lui prêtai main forte, si vous voyez ce que je veux dire, continua Tommy Grande Bouche en clignant de l’œil. Une semaine plus tard, elle s’était incrustée chez moi et elle ne voulait plus quitter son plombier favori. J’étais dans la merde la plus totale.
Le trompettiste beugla du cornet et le saxophoniste pleura du biniou, sous le rythme binaire des percussions. Tommy Grande Bouche se mit à chanter, avec une voix de buveur de whisky et de fumeur de cigarettes, sur une mélodie chaloupée et entrainante, matinée de tristesse.

Loulou écouta la musique avec attention. Plus que les paroles, elle semblait inviter les oreilles à la nostalgie, rappeler aux cœurs les tempêtes du passé et donner un sens aux boissons fortes que tout le monde s’envoyait pendant la soirée.

Le concert continua sur d’autres morceaux du même acabit, le registre habituel de Tommy Grande Bouche, et le public mordit complètement à l’hameçon, se laissant emporter par le chant rauque du showman, par ses histoires à deux cents mais cruellement empreintes de réalisme et par le miaulement des instruments à vent.
Les trois anti-beautés du fond se mirent à danser, bientôt accompagnées par des partenaires improbables, des gros, des grands, des velus ou des translucides. Loulou se demanda si Moe n’avait pas exagéré sur la sciure de bois quand il avait distillé son tord-boyaux.
D’autres couples sortis de nulle part se joignirent à la fête et le bar devint une farandole, au son des accords mineurs et des triolets ponctués par la caisse claire et les cymbales. La contrebasse compléta le tableau musical et son be-bop relança le hula-hoop des corps en transe.

Loulou se servit une dernière rasade de son alcool à brûler favori et il l’avala d’un coup sec, sans respirer. Le feu liquide lui déchira les entrailles et il se sentit revivre, loin de sa vie merdique et de ses amours contrariés.
« Au diable Cindy et toutes les rouquines de la Terre ! » cria-t-il en se lançant à son tour dans la danse.

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
couscous
Posté le: 21-11-2014 20:52  Mis à jour: 21-11-2014 20:52
Modérateur
Inscrit le: 21-03-2013
De: Belgique
Contributions: 3218
 Re: Au cœur du vendredi soir
Revoilà ce cher Loulou et la bande des personnages de contes remodelés par tes petits doigts palmés.

L'alcool fait tout oublier, même le fait de danser la danse des canards avec un vrai cageot....

PS : savais-tu que ce fameux morceau avait été écrit par un mouscronnois ?

Merci Donald.

Couscous
Donaldo75
Posté le: 22-11-2014 10:43  Mis à jour: 22-11-2014 10:43
Plume d'Or
Inscrit le: 14-03-2014
De: Paris
Contributions: 1111
 Re: Au cœur du vendredi soir
Merci ma colorieuse favorite,

J'ai une question: pourquoi l'auteur de la danse des canards ne l'a pas intitulée la danse des Hurlus ?
Eh oui, si le gars est de Mouscron, il doit jouer la tradition locale.

Pouet pouet, coin coin coin coin.

Bon, je m'en vais répondre au défi de kjtiti qui titille mes petites cellules grises, comme dirait Hector Patate.

Bises colorées et hurluesques,

Donald
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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