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Nouvelles confirmées : Léo (extrait n°4)
Publié par malhaire le 06-01-2015 08:20:00 ( 608 lectures ) Articles du même auteur



"Mon arrivée au sein de cette famille de fortune ne s’est produite que deux années seulement après l’adoption de Kamel. Il était un enfant vraiment magnifique. De type méditerranéen, Kamel avait de grands yeux noirs, une jolie peau matte et de très beaux cheveux épais. Il était parfait et répondait précisément aux désirs de ses nouveaux parents et en général, à toutes les personnes à qui très fièrement il était présenté, ou même exhibé.

La DASS (Direction des Affaires Sanitaires et Sociales) de l’époque, qui je suppose était donc très satisfaite de son travail, avait sans doute gardée une trace écrite de la demande de ces jeunes parents qui avaient émis sans trop y croire le souhait d’adopter un deuxième enfant.
Contre toute attente, c’est certainement ainsi que me parents furent contactés une seconde fois par ces services sociaux.

- « Nous avons un deuxième enfant à vous proposer. Mais voilà, ce n’est pas une fille. L’adoption doit se faire urgemment. En effet, cet enfant a été victimes de nombreux actes de maltraitance et requiert des soins physiques pressants. Nos services doivent lui trouver un foyer au plus tôt et nous avons pensé à vous, à votre adorable petite famille ! »

Hélène très abruptement et maladroitement aime rapporter cette conversation.
Et voilà ce que je ne peux m’empêcher d’y entendre :

- « Nous avons pour vous un deuxième enfant. Ce n’est pas la fille dont vous rêviez tant, mais les parents qui ont la chance de pouvoir adopter deux enfants ne sont pas légion. D’accord, celui-là est un peu bousillé, mais le premier était quand même une superbe occasion ! Et puis, si vous vous débrouillez bien, peut-être arriverez-vous à en tirer quelque chose ? Aussi, en prenant en quelque sorte ce lot de consolation, nous pourrions peut-être, plus tard, vous récompenser en vous trouvant une fille ?! »

Et effectivement, Flora arriva l’année suivante.
C’est ainsi que le premier enfant fut principalement considéré par Hélène comme un merveilleux cadeau tombé du ciel, que le second fut apprécié tel un gage quelque peu encombrant qui promettait l’obtention d’un troisième, et que le dernier fut rapidement envisagé comme la récompense qu’Yves avait tant attendue.

•••


Les premiers temps après mon adoption, Hélène m’a raconté que je ne voulais pas l’approcher. Un peu comme une tique, je m’accrochais frénétiquement à Yves. Je semblais ne rechercher que l’affection d’un père. Ces premières semaines où je ne fis que rejeter Hélène la firent terriblement souffrir.
De son malheur, Hélène en avait alors déduit que les traces de maltraitance que mon corps n’avait pas encore complètement cicatrisées étaient l’œuvre de ma mère biologique, et que c’est pour cette raison que je la fuyais.
C’est d’ailleurs ces idées qu’insidieusement elle a laissées germer et s’inscrire durablement dans ma tête pendant plus de trente années.

Puis, petit à petit, pour les raisons déjà évoquées quelques lignes au-dessus, je me suis totalement détaché d’Yves (à moins que ce ne fusse le contraire) et, Hélène s’est alors imposée en tant que mère, comme elle le put, s’accommodant au mieux de son histoire et de ce qu’elle était viscéralement.

Très vite on m’a fait ressentir que j’étais un enfant déplaisant.
Psychiquement, j’étais instable et je souffrais terriblement. Les cauchemars revenaient incessamment toutes les nuits, l’énurésie aussi. J’avais constamment besoin d’affection et d’être rassuré. Je n’ai trouvé pour cela qu’une mère froide et rigide, qui pourtant m’aimait à sa façon. Je n’ai jamais trouvé de père.

Avec la petite enfance que j’ai eue, j’ai longtemps pensé que le reste de mon enfance était en apparence d’une banale normalité. Pourtant à présent, je sais qu’elle fut fade, sans grandes misères, ni grandes joies. Sans prendre le recul nécessaire, je me disais souvent qu’en opposition à l’absence de violences physiques graves à mon égard, ce que j’avais tant de mal à nommer ne pouvait être que le bonheur, ce sentiment méconnu. Je me trompais. Mon enfance se dissémina sans aucune affection. Tout devait être normal, sans aspérité, lisse, sans état d’âme et sans passé.
Il n’y avait pas de place pour les plaintes, les maux d’avant et l’expression des enfants en général.
Mon frère, ma sœur et moi-même devions être propres, réussir à l’école et surtout obéir à nos parents.
Obéir ; voilà bien le mot que je déteste le plus lorsqu’il est adressé à des enfants. Il était omniprésent et perpétuellement, berçait mon enfance. L’éducation était stricte et les preuves d’amour absentes, ou diminuées, telle une peau de chagrin.

Peut-être Kamel avait-il bénéficié un peu plus d’affection de la part de ses parents ? Tout au moins au début. Ses relations avec Hélène se sont assez vite délabrées. Dans un premier temps, ce fut une sorte de fusion, dans un second, une déflagration…

Peut-être Flora avait-elle aussi profitée d’un amour paternel plus décryptable? Je ne lui en ai jamais voulu. Je n’ai jamais été jaloux. Je crois que la pauvre gamine n’a jamais pu goûter l’amour passionnel d’une mère. C’est avec elle qu’Hélène était la moins démonstrative affectivement. Sans doute comme sa propre mère l’avait été avec elle. Je me souviens d’Hélène coiffant les longs cheveux de Flora. Les gestes étaient emportés et ne manifestaient qu’une insidieuse brutalité.

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
sb1poesie
Posté le: 06-01-2015 17:39  Mis à jour: 06-01-2015 17:39
Accro
Inscrit le: 14-11-2013
De:
Contributions: 207
 Re: Léo (extrait n°4)
Je t'ai lu et j'aime bien l'histoire, j'attends la suite.
Bonne continuation
sb1poesie
Posté le: 06-01-2015 17:39  Mis à jour: 07-01-2015 13:32
Accro
Inscrit le: 14-11-2013
De:
Contributions: 207
 Re: Léo (extrait n°4)
Je t'ai lu et j'aime bien l'histoire, j'attends la suite.
Bonne continuation

Ce commentaire est un doublant désolée, j'ai appuyé deux fois sur publier, j'ai pas fait exprès.
couscous
Posté le: 07-01-2015 19:41  Mis à jour: 07-01-2015 19:41
Modérateur
Inscrit le: 21-03-2013
De: Belgique
Contributions: 3218
 Re: Léo (extrait n°4)
Ah, un peu plus de détail sur les autres membres de cette famille idéale, vue de l'extérieur, mais effrayante de vide à l'intérieur.

J'attends la suite...

Merci
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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