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Nouvelles confirmées : Léo (La fin des vacances)
Publié par malhaire le 18-02-2015 16:56:16 ( 481 lectures ) Articles du même auteur



"J’avais peut-être huit ou plutôt neuf ans, mais je ne m’entendais toujours pas avec mon frère Kamel. Je dois même avouer que le plus souvent, je le détestais et qu’il savait parfaitement me le rendre. Pourtant je me rappelle un soir avoir réellement tremblé pour lui. C’était d’ailleurs un soir d’été.
Il devait être à peu près vingt et une heure car le jour infiltrait encore aisément le volet de ma chambre. Mon père n’était pas à la maison. Il était parti assister à la réunion du conseil municipal de notre village. Ma mère venait de mettre au lit ses trois enfants. Mais soudain, elle remonta l’escalier qui menait aux chambres et ordonna que Kamel redescende avec elle. Je remarquai que le ton de sa voix n’augurait pas de bons présages. Dans un premier temps, je n’entendis presque rien de la conversation, à peine quelques murmures. Puis petit à petit, la voix d’Hélène s’emporta. Je ne sais pas comment ces deux là se sont retrouvés dans la salle de bain et encore moins quel était le sujet de leur discorde mais je me souviens parfaitement de la suite des évènements.
Brusquement, Kamel reçu un premier coup. Puis ma mère devint comme folle. Elle s’acharna violemment sur le pauvre gamin. Elle le roua de coups. Moi, j’étais dans mon lit complètement apeuré.
Et si une bêtise avait été faite à la maison ?
Et si Hélène avait décidé de passer sa soirée à procéder à un interrogatoire en bonne et due forme, alors sans aucun doute, serais-je le prochain sur sa liste ?
Mais le programme n’était pas celui-là. La correction que reçu mon frère dura certainement plus d’une demie heure, comme si Hélène avait cherché à lui faire avouer quelque chose. Tout ce temps, j’entendis mon frère hurler de douleur et ma mère, vociférer sa folie. Kamel recevait d’innombrables gifles et heurtait les meubles. Je mettais ma tête sous mon oreiller pour tenter de ne plus entendre, mais rien n’y faisait. Une partie de moi espérait que cela cesse, mais une autre, plus égoïste, me disait qu’il valait mieux que mon frère résiste encore un peu pour maintenir cette femme enragée le plus loin possible de moi. J’ai cru ce soir là qu’elle avait décidé de le tuer. Puis, tout à coup le déchaînement de brutalités s’arrêta. Comme si rien ne s’était passé, Kamel eu le droit de retourner se coucher.
Le lendemain, mon frère me montra ses bleus. Il en avait sur les jambes, sur les bras, mais aussi dans le dos.
Je pense que mon père n’a jamais su ce qui s’était passé ce soir là.
Hélène disait très souvent que Kamel était de plus en plus dur. Elle n’avait pas tout à fait tort, il se rebellait et pour cela, parfois je l’admirais.
Un autre soir, alors qu’il rentrait tout juste du collège et que mon père n’était pas à la maison, elle décida à nouveau de le corriger à cause de ses résultats passables. Elle le gifla fortement. Kamel ne bougea pas d’un centimètre et continua à la regarder droit dans les yeux avec une incroyable impertinence. Il en reçu une seconde, puis une troisième, et je ne saurais dire combien de temps cela a vraiment duré. J’étais fier de mon frère, de son courage et de sa force. Ma mère était folle de rage et effectivement, Kamel s’endurcissait et nourrissait sa haine. Il était bientôt plus grand qu’elle, mais surtout beaucoup plus fort et athlétique.
Lors de ces épisodes de violence, je sentais ma propre folie s’engouffrait dans mes veines. Je me mettais à trembler, tout près à bondir, haletant.
Moi, je n’avais pas le calme de Kamel et je le regrettais. La violence que je côtoyais me faisait perdre mon sang froid et me rendait parfois complètement imprévisible et potentiellement dangereux.

•••


Au risque de me répéter, il est un moment de la journée où il est préférable de ne pas m’approcher. Je déteste le matin. Mon humeur y est épouvantable. Je voudrais être seul au monde. Je hais par-dessus tout prendre mon petit déjeuner entouré et plus encore, que l’on me parle avant que je ne me décide moi-même à engager une conversation. Dans l’absolu, je souhaiterais que personne ne puisse jamais me voir ou me parler avant même que j’eusse eu le temps de pouvoir prendre une douche.
Aussi, je crois que je déteste que l’on vienne à me dire « bonjour ».
En effet, en plus de l’agression que m’occasionne ce simple mot absolument stérile, qui bien sûr ne possède pas le pouvoir d’influer sur le reste de ma journée, il m’oblige à sortir violemment de ma torpeur, en le retournant sans concupiscence, de ma voix la plus taciturne, peinant encore à retrouver ses propres sons.
Ce matin là, Yves et Hélène déjeunaient dans la cuisine. C’est ainsi qu’à peine arrivé, je me suis fait agressé par deux fois en très peu de temps. Sans un regard, j’ai dû en retour leur adresser un « bonjour machinal» froid et sans âme. Après avoir sans un mot, préparé mon chocolat chaud et mes quelques biscottes, je m’étais assis tout prés de la fenêtre, contre le mur. Pour soigneusement éviter de croiser le regard de mes parents dont la seule présence me répugnait déjà, mes yeux s’étaient fixés vers l’extérieur, comme égarés dans la petite cour.
Tout comme je détestais le matin les regarder ou les entendre manger, j’abhorrais tout autant que l’on m’observe ou que l’on m’écoute. Dans le demi-silence de la maison pas tout à fait éveillée, j’assimilais les bruits effroyables que peuvent offrir les déglutitions matinales, à des assonances animales, primaires et surtout dégradantes. J’ai vraiment un très mauvais caractère le matin et autant le dire, une vraie gueule de con.
Hélène brisa le silence.
- « Tu es malade, ça ne va pas ce matin, tu as mal dormis…qu’est-ce… »
Mais Yves ne la laissa pas terminer sa phrase.
- « Ne vois-tu pas qu’il ne veut pas partir chez son grand-père ce matin et que sans doute il n’a pas dormi de la nuit? Regarde la tête qu’il a ! ».
Ils me dévisagèrent tout deux avec insistance, si bien que des larmes se mirent aussitôt à couler sur mon visage. Pour ne rien arranger, Hélène fonda bien évidemment en larmes à son tour.
- « Pauvre gamin ! » murmura-t-elle.
Je n’avais rien demandé et par cette si mauvaise humeur matinale, j’étais bien incapable de produire un son quelconque et plus encore, d’avancer un mot.
Yves se positionna tel un chef de famille et ça, ce n’était pas si fréquent.
- « Si Léo décide de ne pas partir chez son grand père pour ces vacances d’été, il n’y partira pas, tu peux me croire ! Le gamin s’est rendu malade toute la nuit. Cette fois les choses vont vraiment trop loin. »
Mais aussitôt, Hélène répliqua.
- « A cette heure là, il est trop tard pour téléphoner à Roger. Je crains qu’il soit déjà sur la route. Le connaissant, il sera à la maison dans un peu plus d’une heure. Comment vas-tu lui dire que Léo ne veut plus retourner chez lui ? Il va s’énerver, se mettre en colère et, … »
Yves réitéra :
- « Léo ne partira pas, un point c’est tout ! »
Encore engourdi, j’étais à des années lumières de cette conversation. Sans doute hier soir m’étais-je endormi la tête dans mon livre « Le petit prince », pour me réveiller enfin ce matin sur une autre planète totalement inconnue ?
J’étais entièrement sidéré de voir à quel point, de manière aussi inconsciente, des parents pouvaient être capable de projeter leurs propres désirs sur leurs enfants.
Hélène s’approcha de moi et me réconforta :
- « Ne t’en fais pas mon chéri, nous ne te laisserons pas partir ! »
Ces quelques mots firent redoubler mes larmes. Tout à coup, je comprenais pleinement la peine que mes parents ressentaient à chacun de mes départs lors de ces maudites vacances.
En fait, ce matin là, je réalisai bien peu de ce qui réellement était en train de se tramer. Mais tout à coup, je ne sais par quelle fulgurance, je réagis brusquement en projetant la réaction de mon grand- père lorsqu’il allait apprendre que cette fois-ci, il repartirait sans moi. Je me suis mis à imaginer sa colère et le rencontre tumultueuse qui, d’un instant à l’autre, allait inéluctablement survenir.
Sur un malentendu, à cause de moi et de la mauvaise humeur matinale du tout jeune préadolescent que j’étais en train de devenir, mon sort s’apprêtait à prendre une tournure tout à fait imprévue.
Roger et Germaine arrivèrent bien à l’heure, comme toujours.
Avec mon frère et ma sœur, nous avions pour consigne de bien rester cachés dans nos chambres, sans faire le moindre bruit. Ma peur était infinie, mais pour autant, nous étions restés tout en haut de l’escalier, disposés à nous replier au moindre danger, mais bien résolus à ne pas perdre une miette de la conversation à venir.
Mes parents accueillir les deux vieux qui sans doute avaient déjà pressentis que quelque chose n’était pas comme à l’habitude.
- « Léo n’est pas là ? » s’étonna mon grand-père.
Hélène répondit avec empressement :
- « Il est dans sa chambre, il ne veut pas vous voir. »
Et Yves renchérit :
- « Il ne veut plus venir en vacances chez vous. »
L’instant que j’avais tellement redouté, enfin se présenta.
Pourtant la réaction de Roger ne fût pas celle que j’avais imaginée.
D’une voix relativement calme, il répliqua :
- « Ah, il ne veut plus nous voir ! Après tout ce que nous avons fait pour lui, quel ingrat ! C’est très bien, qu’il reste ici ! »
Hélène tenta d’amoindrir quelque peu la douleur du grand-père.
- « Vous savez Roger, c’est normal, Léo aura bientôt dix ans, c’est légitime qu’il puisse avoir envie de passer des vacances avec nous, avec son frère et sa sœur. »
Roger grommela :
- « Vous auriez pu nous prévenir avant, nous n’aurions pas fait toute cette route »
Yves riposta :
- « Léo a pleuré toute la nuit et il n’a pu nous en parler que ce matin… ».
Alors Roger riposta :
- « Parce qu’en plus il pleure pour ne pas venir chez nous, alors vraiment qu’il reste chez vous ! »
Ma mère lui répondit :
« Ne soyez pas en colère, Léo vous téléphonera ou vous écrira pendant ces vacances… »
Il l’interrompit :
- « Oui, c’est ça, il n’aura qu’à écrire, mais ce n’est sûrement pas moi qui lui donnerai des nouvelles le premier ! S’il écrit, je lui répondrai. Viens Germaine, nous n’avons plus rien à faire ici, nous rentrons ! ».

Après que ma sœur, mon frère et moi-même ayons formellement vérifiés que la voiture de Roger et de Germaine avait bien désertée la rue, nous redescendîmes rejoindre nos parents avec empressement dans le séjour.
Le soulagement d’Hélène et d’Yves était amplement perceptible.
La famille sembla vivre un grand moment d’apaisement, de rapprochement, mais aussi de bonheur.
Après toute ces années d’acharnement, Roger semblait enfin capituler.
Bien sûr, je n’ai jamais écris à mon grand-père.
Lui, n’a jamais plus donné de ses nouvelles.
Nous ne nous sommes jamais revus.
J’ai depuis souvent ressassé cet événement en tentant d’imaginer la peine immense que, bien malgré moi, j’avais infligée à mon grand-père.
Je me suis trop souvent reproché de n’être que cet enfant ingrat et outrageusement égoïste.
Une partie de mon enfance s’achevait ainsi, enchevêtrée entre ce sentiment lourd de culpabilité et ce désir, dicté et presque nécessaire, de ne pas décevoir mes parents."...

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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