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Nouvelles confirmées : Léo "Connasse !"
Publié par malhaire le 15-03-2015 11:30:00 ( 611 lectures ) Articles du même auteur



"Alors que cette année scolaire allait bientôt toucher à sa fin, avec quelques camarades, nous découvrîmes qu’une partie de la clôture, derrière l’un des bâtiments du collège, bien à l’abri des regards, n’était plus tout à fait hermétique. Un passage s’offrait sous nos yeux. D’autres avant nous avaient probablement trouvés la clef des champs. Le grillage avait été soulevé et ses mailles découpées soigneusement avec une tenaille. L’idée de franchir ce passage me faisait frissonner de peur, mais me procurer aussi une incroyable excitation. Si jamais je me faisais prendre, j’étais alors certain de me retrouver dans un pensionnat dès la prochaine rentrée. Et en même temps, il me semblait que les dés étaient déjà jetés. L’occasion était pourtant trop belle, trop alléchante. Enfreindre cette allait probablement faire de nous de véritables héros, des rebelles totalement affranchis de tous les diktats de ces adultes aussi étroits, que détestables.
C’était comme dans les films d’évasion. Il fallait un guetteur. L’un d’entre nous, sans doute le plus téméraire, devait ouvrir la marche, alors qu’un plus rapide (ou peut-être le moins aventureux) se devait de passer le dernier. Il n’avait plus alors qu’à courir le plus vite possible pour rejoindre le petit groupuscule. Une fois l’épreuve du grillage passée, il fallait encore traverser l’épais mur végétal constitué de Thuyas et de Cyprès. Arrivés de l’autre côté, recouverts de poussières et de pollens, nous nous redressions et adoptions des postures de demi-dieux. Nous existions, si fiers.
Pour quelques heures parfois, la liberté s’offrait à nous. Nous n’étions pas bien méchants. Tout juste quelques jeunes âmes vagabondes, paumées, incomprises et révoltées. Pour la première fois de ma vie, j’étais parfaitement libre. Un peu trop peut-être ?
A toute vitesse nous nous dirigions vers le centre de la petite ville. Ensuite, tels des sauvageons asociaux nous sillonnions au travers de toutes les rues.
Lorsqu’enfin nous trouvions une cachette, nous allumions nos cigarettes et tout en fumant, affirmions ainsi, mieux encore, mais dans l’ombre, toute notre impudence à l’égard d’un monde qui semblait bien se moquer de nous et de notre sort, abandonné de tous.
Je tenais à être le plus intrépide d’entre nous. Sans doute avais-je souffert plus que les autres ?
C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à voler dans les magasins. La librairie était mon terrain de chasse favori. Je volais toutes sortes de gadgets, de magazines et parfois même des disques. Je participais principalement au bonheur de mes nouveaux amis. Dans les grandes surfaces, nous dérobions des bombes sous pression de « crème Chantilly ». Une fois à l’extérieur, jusqu’à l’écœurement, nous déversions le contenu sucré de nos butins dans nos gosiers gourmands. Parfois, la bouche encore pleine, nous éclations de rire et c’est alors que d’exquis postillons neigeux éclairés nos visages radieux, déconnectés de toute réalité.
Mon adolescence naissait dans le goût sucré de la transgression et de l’insolence. Elle allait s’éteindre dans la douleur et la solitude.
Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, mes parents n’ont jamais rien su de mes escapades et de mes cours séchés.
Ainsi, ce collège était une vraie passoire et donc, un établissement finalement bien peu fréquentable.

Un jour, mes parents se décidèrent à m’annoncer qu’ils étaient à la recherche d’un établissement privé et ainsi, d’un pensionnat, pour m’orienter vers une formation professionnelle. Seulement avant cela, ils avaient décidé de me laisser quelques semaines pour réfléchir et trouver mon futur métier.
J’allais avoir quatorze ans et bien sûr, je n’en avais pas la moindre idée. Aussi, je n’avais aucunement l’intention d’aider mes parents dans l’élaboration de ce nouveau projet auquel je ne souscrivais absolument pas.

Pour une fois, ils ne manquèrent pas de ressources et prirent un rendez-vous avec la conseillère d’orientation du collège. Ils étaient motivés.

Lors de ce rendez-vous, la conseillère énonça ainsi :
- « Alors Léo, je vois que tes résultats scolaires sont très mauvais. Tu n’es donc pas vraiment fait pour les études».
Mes parents résignés et probablement honteux, acquiesçaient à chacune de ses phrases en remuant la tête de haut en bas.
- « Tes parents ont raison, il serait préférable pour toi de te diriger vers des études professionnelles ».
Yves et Hélène me regardèrent avec insistance, comme soulagés, qu’une tierce personne puisse enfin m’exposer de vive voix leur point de vue. Sans doute pensaient-ils que j’allais me laisser convaincre ?
Ils me faisaient honte.
Hélène prit la parole et s’adressa directement à la conseillère qui se tenait devant nous :
- « Vous savez son grand frère est aujourd’hui dans une Maison Familiale et il prépare un Brevet Professionnel, alors qu’ici, il ne faisait rien. Un professeur de ce collège nous avait même dit que nous n’en ferions rien de celui-là, qu’il n’y avait aucun espoir… ».
Ses yeux rougirent une fois de plus, et encore, s’emplirent de larmes.
- « Et bien, tu vois Léo, tu pourrais faire comme ton grand frère » déclara jovialement la nouvelle meilleure amie de mes parents.
Dans ma tête se bousculaient des obscénités :
- « T’es vraiment payé pour faire la connasse comme ça toi !? Et c’est toi qui veux me donner des conseils ? Tu ne voudrais pas plutôt apprendre à fermer ta grande gueule, madame je-sais-tout ?! »
- « Dis-nous Léo, qu’est-ce que tu aimes dans la vie ? » répliqua-t-elle ?
- « Ce que j’aimerais par-dessus tout c’est que des gens comme toi me foutent la paix. Tu n’arriveras jamais à me loger dans l’une de tes cases de merde. C’est ça, je suis incasable. Je suis un rêveur, un poète, un minable, un anticonformiste et en plus, j’ai bientôt quatorze ans. Alors comme ça, c’est toi qui a la prétention de vouloir me trouver un métier, et bien, tu as de l’espérance dans la culotte mamie !? Je veux être un marginal. Et au fond, je ne suis pas sûr de vouloir être quelqu’un. Et là, à cet instant précis, il faut que je te dise quelque chose. Tu me fais royalement chier et j’allais oublier, je te déteste et je t’emmerde, connasse ! »
- « Rien » lui répondis-je timidement.
Mes parents me fusillèrent du regard.
- « Mais non, ce n’est pas vrai.» s’empressa Yves.
Hélène répliqua en m’adressant un regard menaçant
- « Léo adore la nature, les plantes et aussi les oiseaux ».
- « Mouais… » murmurais-je.
La connasse exulta.
- « Oh mais c’est formidable la nature et les plantes. Il existe des métiers passionnants »
Je bouillais à l’intérieur :
- « Ah oui hein, c’est formidable la nature, et étant donnée ta sale gueule, tu ne dois pas être une personne très rancunière pour l’aimer autant la nature? »
- « Tu as déjà entendu parler de l’horticulture » s’enquerra-t-elle ?
- « Ben non connasse, tu sais bien que je suis débile! »
En l’espace d’un petit rendez-vous qui ne dura pas plus d’une petite demi-heure, une parfaite inconnue, téléguidée par la volonté aveugle de mes parents, venait d’orienter ma vie vers un nouveau chemin, ou plutôt, une ornière."...

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
couscous
Posté le: 15-03-2015 19:40  Mis à jour: 15-03-2015 19:40
Modérateur
Inscrit le: 21-03-2013
De: Belgique
Contributions: 3218
 Re: Léo "Connasse !"
J'adore le décalage entre la pensée et les paroles de Léo.

Merci.
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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