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Nouvelles confirmées : Nouvelle version, votre avis m'intéresse :
Publié par dominic913 le 27-03-2015 11:50:00 ( 664 lectures ) Articles du même auteur
Nouvelles confirmées



Chapitre Un :

Cela peut vous paraître étrange, ça fait plusieurs minutes que je suis assis sans bouger à ma table de travail. Autour de moi, l'obscurité est presque totale. Ma veilleuse est allumée, bien que le Soleil n'ait pas entamé son déclin. Mes grimoires en grec ancien, en latin, en hébreu ou en sumérien, annotés, sont disséminés autour de moi. Il n'y a aucun bruit, si ce n'est celui de ma respiration. Le calme règne en maître depuis des heures. Dans ma tète, des centaines de pensées disparates se bousculent. Des images surgies de mon passé se télescopent. J'aimerais les ralentir, les immobiliser. Hélas, je ne parviens à en retenir aucune.
Je ferme les yeux. J'essaye de concentrer mon attention sur l'une d'elles. Mais c'est impossible. Les clichés virevoltent avec virulence. Ils s’agglomèrent les uns aux autres pour se transformer en un kaléidoscope de couleurs indéfinissables. Je plisse mon front ridé afin d'essayer de les chasser de mon esprit. C'est difficile. Mon âme épuisée par des décennies d'études est à cours de ressources. Je déplace de quelques millimètres mes doigts au bord de la feuille de papier disposée devant moi. Le mouvement est imperceptible. Pourtant, il disperse immédiatement les circonvolutions éphémères qui encombrent mon âme. Ma main s'empare, presque sans que j'aie à le lui ordonner, de la plume d'oie présente non loin de là. Je trempe sa pointe dans l'encrier de cristal situé à une demi-douzaine de centimètres d'elle. Mes yeux l'observent un instant. Je souris en reconnaissant le lutin ailé au regard d'ambre dont les coudes s'appuient nonchalamment sur ses pourtours. Ses minuscules mains soutiennent sa figure aux traits ironiques ; ses membres paraissent toujours aussi agiles, son corps toujours aussi gracieux bien que moucheté de salissures mauves et brunes. Lorsque je retire ma plume, une goutte noire s'en détache et va maculer la table. Elle rejoint ainsi les centaines d'autres particules d'encre la parsemant. Je vérifie que ma lampe délaye assez de clarté autour de moi. Je me penche sur mon in-octavo vierge. Puis, je commence à écrire.
Le sillon se métamorphose en lettre. La lettre devient mot. Le mot se transforme en phrase. Chacun de mes tracés est immédiatement suivi d'un éclat doré ; mais il se dilue quasi-instantanément. Et tandis que s'impriment mes locutions, je me dis qu'il y a bien longtemps que j'aurai dû entamer ce Mémoire.
Par où débuter ? telle est la question qui me tourmente. Ça fait des années que, pareil au ressac de l'océan, elle revient régulièrement m'oppresser. Je n'en n'ai toujours pas trouvé la réponse. Et pourtant… Est-ce le jour de ma naissance ? J'en doute, bien qu'alors que j'étais âgé d'une douzaine d'années, ma mère m’aie raconté ce qui s'est passé. Comment l’Hôpital Sainte-Anne, ainsi que le quartier Sainte-Gènes, ont été plongé dans l'obscurité ! De quelle manière, de l’Hôtel de Ville au Marché des Capucins, et de l'église Saint-Eloi au Palais de Justice, la fureur des éléments a pris des proportions titanesques ! « Un gros orage s'est déchaîné sur toute la ville m'a t-elle avoué cette fois là. Il a plu à verse et les grondement du tonnerre ont résonné jusque dans la salle d'accouchement. Aux fenêtres, le ciel a été d'un noir d'encre. J'y ai surpris deux ou trois fois les dragons-nains nichant d'habitude à cette heure du jour au sommet de la plus haute tour de la Cathédrale de la ville. Des éclairs ont zébré le firmament. Leurs luminescences ont effacé brièvement les contours des bâtiments adjacents à la maternité. Un vent violent s'est engouffré dans les ruelles de notre arrondissement. Il y a, paraît-il, arraché de nombreux arbres et poubelles mal arrimés au sol. Les caves de plusieurs pavillons aux abords de la Porte de Bourgogne ont même été inondées.
Mais c'est tout ce que je peux relater, a t-elle renchéri. J'ai été, la plupart du temps, absorbée par les contractions attenantes à ta venue au monde. Et, au final, je me suis évanouie. Ce sont les infirmières qui m'ont ensuite décris le climat quasi-apocalyptique qui a régné dans la salle de travail ; le va et viens incessant des internes et des sages-femmes ; les geignements des bébés dans la nursery après qu'une vitre s'y soit volatilisée, heureusement sans qu'il n'y ait de blessé. Je suis désolée de ne pouvoir t'en apprendre davantage. ».
Non, ma naissance n'a aucune importance. A peu de choses près, elle a ressemblé à n'importe quelle autre.
En évoquant mes premières années d'école à Notre-Dame peut-être ? Malgré mon envie de les supprimer de ma mémoire, je m'y attarderai un instant. Cependant, cela en vaux t'il vraiment la peine ? Si c'est pour relater les brimades dont j'y ai été l'objet, ce n'est pas la peine. Si c'est pour évoquer les rejets, les moqueries, les mises à l'écart que j'y ai subi parce que j'étais différent des autres, je n'en vois pas l’intérêt. Combien de fois en effet m'y a t-on regardé de travers parce que ma peau était plus pâle que celle de mes camarades de classe ? Combien de fois y ai-je été rejeté des groupes auxquels mes collègues étaient conviés parce que mes oreilles étaient légèrement plus fuselées que les leurs ?
Bien-sûr, on m'y a alors assuré que les veinules bleuâtres se dévoilant sur mes joues, rampant sur mon cou, et écumant mes pectoraux n'y étaient pour rien. Évidemment, on m'y a juré sur les mille Dieux Majeurs d'Austrasia que j'étais autant respecté que ceux dont les vaisseaux sanguins n'étaient pas aussi apparents. Or, à chaque fois que, au cours de cette période, j'ai eu le malheur de croiser les plus vindicatifs de mes compagnons, ils se sont ri de moi. Ils ont galvaudé les centaines de veinules visibles courant le long de mes bras. Ils ont grimacé en considérant celles qui masquaient presque entièrement la peau parcheminée de mes mains. Ils ont ironisé à propos de la taille exagérée de mes phalanges. Ils ont persiflé en remarquant leur flexibilité hors normes. Ils ont raillé la myriade de minuscules de vaisseaux sanguins se précipitant à leurs extrémités. Ils ont brocardé mes ongles d'une demi-douzaine de centimètres particulièrement tranchants.
De fait, ma scolarité au sein de cette école maternelle, puis primaire, n'a pas été des plus aisées. Quand j'y repense aujourd'hui, j'ai plus l'impression qu'il s'est agi d'un cauchemar, plutôt que d'une phase d'apprentissage. Je ne dis pas que l'enseignement y étant prodigué n'était pas bon. Loin de moi l'idée de critiquer les instituteurs qui m'y ont inculqué leurs Savoirs. Ils ont fait de leur mieux, j'en suis convaincu. Malgré tout, elles n'ont pas été les plus heureuses de ma vie.
Mes parents, de leur coté, n'ont pas jugé utile de s'interroger sur les maltraitances que j'y ai subi. Leurs carrières respectives les ont entièrement accaparés. Même quand, un Jeudi soir, je suis revenu à la maison la face couverte ecchymoses violacées, le nez en sang, et ma veste de cuir déchirée, ils n'ont rien vu. Comment l'auraient-ils pu ? Ce n'est qu'aux alentours de vingt-trois heures qu'ils ont poussé la porte de l'appartement de la rue Nicot – il n'existe plus -, et qu'ils se sont affalé sur le canapé du salon à moitié saouls. Ils venaient de fêter au restaurant la signature d'un contrat avec des Enchanteurs d'Aix-en-Provence. Et ils avaient totalement oublié ma présence. Ce n'est qu'au milieu de la nuit que ma mère s'est rendu compte de mon existence. Or, il y avait longtemps que j'avais pris ma douche, que je m'étais changé, que j'avais dîné en toisant le journal télévisé, et que je m'étais réfugié dans ma chambre. Lorsqu'elle a entrebâillé la porte de celle-ci, c'est à peine si j'ai ouvert un œil, avant de replonger dans les bras de Morphée.
C'est Maitre Anthelme, mon troisième instituteur en cinq ans à l'école Notre-Dame, qui a réalisé que je n'y étais pas à ma place. J'étais alors en CM2, et mes déboires avec mes camarades de classe allaient en s'accentuant. Mes notes étaient en chute libre.
Maitre Anthelme était un homme chétif ; ses yeux perçants et sa figure sévère jaugeaient chacun de ses élèves comme si leur personnalité n'avait aucun secret pour lui. Il était vêtu d'une blouse blanche maculée d'une multitude de tâches. Un sourire carnassier aux lèvres, il en imposait. Il avait convoqué mes parents à plusieurs reprises. Mais ceux-ci n'avaient jamais daigné se déplacer jusqu'à son bureau pour écouter ce qu'il avait à leur dire. « Pas assez de temps, lui avait expliqué ma mère avec une voix énergique quand il l'avait joint sur son portable. Nous sommes débordés en ce moment. Les Elfiens émigrés depuis peu dans les Territoires récemment conquis en Amérique du Nord investissent beaucoup dans la région. Malgré la crise, ils concurrencent férocement les Chinois, les Saoudiens ou les Qatari. Ils font appel à des Conjurateurs pour transformer l'or qu'ils extraient sur la Frontière entre la Virginie, la Pennsylvanie et les Contrées Extérieures en euros. Puis, ils achètent à tour de bras les immeubles du centre-ville, ou les demeures cossues de Gradignan, de Pessac et de Blanquefort. Ils s'intéressent même aux vignes du Bordelais qui ont en général la cote auprès des Noriques et des Valÿriens. Vous comprenez que je ne peux pas être partout. Si je rate de telles opportunités, je…

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Auteur Commentaire en débat
dominic913
Posté le: 28-03-2015 11:25  Mis à jour: 28-03-2015 11:25
Plume d'Or
Inscrit le: 06-02-2012
De: Valognes
Contributions: 312
 Re: Nouvelle version, votre avis m'intéresse :
Que veux tu dire par "non, Jeff t'es pas tout seul" ?
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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