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Nouvelles confirmées : Petites pièces burlesques III
Publié par dumont011 le 19-06-2015 19:00:00 ( 574 lectures ) Articles du même auteur



Scène vide. Aucun décor. Entre Urbus chargé d’une vieille machine à écrire.
Urbus – je savais qu’il y a dans cette baraque un dactylo ! vieux souvenir de mon grand-père. (Temps) un cordonnier. (Temps) perdu entre de vieux bidules et meubles dignes d’un musée de l’antiquité. (Va au milieu de la scène) mais que de poussière ! Il va falloir épousseter. (Temps) Lustrer. (Semble chercher. Entre un vieil homme poussant une table. Il l’installe dans un coin et sort) Ah ! Elle est là ! (Va y déposer sa vieille machine, tire un petit chiffon et commence à nettoyer) voyons voir ! Cette lettre est bien crasseuse ; presque invisible. Ah ! C’est le S. et celle-là également. Grattons, grattons ! Tiens ! Le O ! Pourtant j’aurais dit… ah, d’accord ! Ce n’est pas un AZERTY, c’est pour cela ! D’ailleurs, je ne suis pas un fin connaisseur, et je m’en fou des lettres et des arts ! C’est ce type bizarre qui vient au café et qui m’a dit être prêt à payer une belle somme pour un vieux dactylo. (Temps) lorsqu’il m’a dressé une description de l’objet de sa quête, c’était comme un déclic ! Cela correspondait à la machine que mon grand-père gardait chez lui sans jamais en faire usage ! Une lubie ou un vieux rêve d’adolescent ! (Temps) La lettre T porte comme des traces de gras ; nettoyons-la ! (frotte avec énergie.)
(Une fumée épaisse s’échappe du dactylo et Génie apparaît sur la scène)
Génie – Ah ! Enfin libre !
Urbus (Recule) – Seigneur ! Qui êtes-vous ?
Génie – Génie, le génie du dactylo !
Urbus – Un as de la sténographie?
Génie – Que racontez-vous là ? Je suis un génie, un vrai ! Comme celui de la lampe merveilleuse d’Aladin. Ne me dites pas que vous ne le connaissez pas, celui-là, non plus ?
Urbus – J’en ai eu vent !
Génie – Des siècles que j’attendais qu’on vienne frotter le mot SAUT ! Car c’en était ainsi convenu ! Saut, S, A, U, T ! Vous êtes mon maître !
Urbus – Votre maître, votre maître ! C’est vite dit. (Doucement, presque imperceptiblement) Moi j’ai frotté « sot », S, O, T.
Génie – (avec force) Et alors ? Quand bien même ça serait sceau, S, C, E, A, U ! Je ne vais pas faire du chichi pour une affaire de graphisme ! D’ailleurs les homophones et homographes sont tolérés ! C’est dans le contrat, en petites lettres presque invisibles !
Urbus (au public) –Admettez que ce quidam censé être un personnage chimérique, fantasmagorique et qui prend vie là devant vous, tient un discours bien amphigourique ; vrai galimatias pour le pauvre tavernier que je suis ! (à Génie) Alors comme ça vous êtes un génie ? Ce n’est pas une blague dans le genre poisson d’Avril ou autres conneries du même acabit ?
Génie – Non et renon ! Je ne plaisante jamais quand il s’agit de travail ! Je suis le génie du dactylo. Vous êtes mon maître. Je suis votre serviteur. Vous pouvez me tutoyer.
Urbus (hésite) – Tu… veux dire… que tu peux (temps) exaucer mes vœux ?
Génie – en quelque sorte !
Urbus – ça veut dire quoi, en quelque sorte ? Tu peux ou tu ne peux pas ?
Génie (en bafouillant) – Je peux… Dans la limite des pouvoirs qui me sont conférés !
Urbus (à part) – Putain ! Ce que ce mec peut être compliqué ! (à Génie) Soyons clairs ! Si par exemple je formule le net souhait de devenir un milliardaire, avec des voitures de luxe, des châteaux, des nanas…
Génie – Pardon, ceci ne rentre pas dans le cadre de mes prérogatives !
Urbus (sarcastiques) – Et quelles sont les prérogatives de Monsieur ?
Génie (avec véhémence) – Je peux vous souffler les meilleures histoires à écrire ; voire même les rédiger pour vous !
Urbus – Ah ! Ah ! Un nègre ! Et ça prétend être un génie !
Génie – Mais les nègres sont des génies maître ; des génies méconnus !
Urbus – Eh bien puisque c’est comme ça, puisque tu sembles aimer tant les lettres, tu vas y séjourner, pour toujours cette fois-ci. Allez, ouste ! Retourne dans ta machine !
Génie – Non, maître, s’il vous plaît ! (recule)
Urbus (avance) - À la niche j’ai dit !
Génie – Non, maître, pitié ! Il n’existe pour moi pire supplice que de rester oisif là dedans ! (se met à genoux dans une attitude implorante.)
Urbus – allez debout ! Sois un homme !
Génie (soudain illuminé, se lève) – Maître, maître ! Si l’argent vous anime au point de le préférer aux lettres, l’écriture pourra faire de vous un nabab !
Urbus (méfiant) – Tu es sûr ?
Génie (éxalté) – Et comment maître ! Je vous ferai créer les meilleurs best-sellers de la littérature universelle!
Urbus – Et ça se vend bien ça ?
Génie – Mais absolument !
Urbus – Bon, alors vas-y, accouche !
Génie – Avec plaisir mon bon maître. Seulement il faut du temps vous savez. Les personnages, l’intrigue, l’évolution du récit, les thèmes dominants…
Urbus – Gnagnagna !
Génie – De plus il vous faudra quitter votre emploi et vous consacrer à la littérature.
Urbus – Quoi ! Quitter mon café ! Tu es fou ! Jamais !
Génie – Vous allez faire fortune.
Urbus (Semble réfléchir) – Soit !je vais t’accorder une trêve. Seulement fais gaffe, hein ! Si tu ne réussis pas à me rendre riche ta geôle t’attend (geste vers la machine. temps) Mais dis-moi qui va écrire, c’est toi ou c’est moi ?
Génie – C’est moi bien sûr.
Urbus – Alors pourquoi devrais-je quitter mon boulot ?
Génie – Pourquoi ? Pour le prestige ! L’image ! La renommée !
Urbus (contrarié) –bon, bon, on verra plus tard. A présent prends cette machine et suis moi.
Génie – Tout de suite maître !
(Urbus se dirige vers la droite, Génie prend le dactylo et le suit. Au bout de la scène Urbus fait un prompt demi-tour et manque de renverser le génie. Il se dirige ensuite vers la gauche suivi de son serviteur. Ils s’arrêtent au milieu de la scène. Urbus se retourne)
Urbus – As-tu déjà pensé à des personnages ?
Génie – Oui. X et Anonyme.
Urbus – Et tu penses qu’ils pourront rapporter gros ?
Génie – Assurément !
Urbus – Bon alors suis-moi, et attention à ne pas te casser le cou dans les marches de cette vieille baraque ! Il ne faut surtout pas que je te perde à présent. (Sortent)
(Rideau)

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Auteur Commentaire en débat
a-encre
Posté le: 21-06-2015 07:25  Mis à jour: 21-06-2015 07:25
Aspirant
Inscrit le: 07-05-2015
De: Eaubonne
Contributions: 40
 Re: Petites pièces burlesques III
Une réflexion drôle et sarcastique sur le statut de l'auteur à succès. Qui n'en a pas rêvé un jour ?
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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