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Nouvelles confirmées : Léo " Indéfectible..."
Publié par malhaire le 08-08-2015 11:40:32 ( 420 lectures ) Articles du même auteur



"Un peu de jaune pâle pour la chambre de Lola, de violet pour celle de Fanny, un peu de rouge sur un mur de la salle à manger pour Sophie, et bientôt pour moi, quelques semences de gazon, mais aussi, une demie douzaine d’Hortensias à planter au-dessous de la fenêtre.
Ma vie n’était-elle vraiment vivante que dans ses rêves ou ses projets ?
Le présent était-il pour moi, toujours déjà trop tard ?
Je ne me posais pas encore ces questions là. Je m’agitais.
Comme si cela était possible, il fallait tout recommencer. Tandis que je m’illusionnais, je refaisais ma vie. Je faisais semblant d’ignorer qu’il n’était seulement possible, que de la continuer.
Marie me téléphonait encore régulièrement. Moi, jamais je ne le faisais. Elle parlait sans cesse. Je ne répondais presque rien. Je crois qu’elle n’entendait pas mon silence. Pourtant, je pensais qu’il était éloquent. Elle parlait longuement du passé. Je ne cherchais qu’à m’en défaire.
Aucun sentiment d’affection à son égard ne parvenait à naître en moi. Je n’arrivais pas à lui dire qu’il était trop tard, que nous nous étions manqués, irréparablement. Au fond de moi, j’étais parvenu à pardonner. Cela pourtant ne suffisait pas. Je n’oubliais pas. Le simple fait d’entendre ou de voir ma mère, un peu comme une vague charrie inexorablement la même écume, me jetait au visage mon enfance amochée.
Bleuette, elle, ne téléphonait jamais. Elle estimait que c’était à moi de prendre de ses nouvelles. Elle se comportait comme une vieille. Sans enthousiasme, je l’appelais, deux fois par an. La première, pour la bonne année, et la seconde, pour son anniversaire, quand je ne l’oubliais pas.
Aussi, nous passions la voir deux fois par an. Une visite s’imposait au début de janvier, une autre, à la fin de juillet.
Elle comprenait, mais n’osait dire que quelque chose était brisé. Elle avait pensé au moment de son déménagement que mes visites se feraient moins rares. Elle s’était trompée.
Les deux années suivantes passèrent sans bruit, ni flamboiement.
Je consolidais mes amitiés. Les dernières. Celles qui j’espérais, ne seraient pas de passage. Il y avait cette amie d’enfance de Sophie et son mari. J’aimais à lui répéter sans cesse pour le taquiner qu’il n’était au fond que le mari de la meilleure amie de ma femme, rien de plus, et que pour le reste, nous n’avions qu’à subir les circonstances et plus encore, nos entrevues.
Ils prirent une place importante. De celles que l’on n’avoue jamais.
L’un de mes collègues devenait petit à petit un ami sûr. Malgré parfois, au travail, nos sottes anicroches, au fond de mon cœur, sa petite famille devenait un peu la mienne.
Ma vie m’offrait encore de jolies rencontres, et parfois quelques peines.
Nous étions au mois de février 2013. Depuis quelques jours, Orchis ne mangeait plus beaucoup. J’avais pensé à un petit coup de froid.
Hélas, le temps était passé. Impassible et ravageur. Je ne voulais pas l’admettre.
C’était un vendredi. Son dernier matin. Tandis que je prenais, anxieux, mon petit déjeuner avant de me rendre au travail, elle m’observait, de son panier, un peu caché au-dessous de l’escalier.
Je vis son regard doux qui semblait me dire « Ne m’en veux pas, je vais partir… ». J’avais supposé que c’était encore à moi qu’elle pensait dans ses derniers instants de souffrances. L’attachement de cet animal semblait décidément sans faille.
J’ai lâché ma tartine et je me suis levé. J’ai ouvert la porte et comme un gosse, dehors, dans le froid, j’ai éclaté en sanglot. J’avais compris. Je lui ai offert mes ultimes caresses.
Dans ma tête, je me suis alors repassé les quatorze dernières années de ma vie.
Je me suis souvenu des soirées dans mon appartement à Lyons-la-Forêt. La petite chienne était ma seule présence. Une petite boule d’énergie et de tendresse. Sans doute était-elle à l’époque celle qui me permettait de ne pas sombrer dans une totale solitude, celle aussi qui m’offrait la seule occasion d’ouvrir ma bouche pour prononcer quelques mots.
Pendant de longs mois, elle avait été ce lien irrationnel qui probablement m’avait maintenu en vie.
Je prendrais un rendez-vous chez le vétérinaire, ce soir, en rentrant du travail.
Je ne sais plus pourquoi, mais cet après-midi là, Sophie n’a pas travaillé.
Lorsqu’à midi, elle rentra à la maison, la pauvre bête était à moitié morte. En urgence elle l’emmena chez le vétérinaire. Il était trop tard. Il l’euthanasia.
Sophie me téléphona. J’ai quitté mon travail.
Je suis arrivé le premier à la maison. Sophie arriva peu de temps après. J’ai ouvert le coffre de sa voiture. J’ai vu le petit corps inanimé. Encore chaud, dans ce jour froid et humide, je l’ai pris dans mes bras. Les filles rentreraient de l’école dans moins d’une heure à présent. Alors, j’ai creusé un trou à l’orée du jardin.
Je n’avais perdu que mon chien et pourtant, mon chagrin était immense. Rien ne me faisait vraiment relativiser.
A l’évidence, je faisais partie de ces gens qui accordent une place démesurée à leur animal de compagnie.
Oui, j’avais été de ceux qui ont tant souffert de la solitude, de ceux aussi qui ne sont probablement pas doués pour les relations humaines ou même, de ces personnes que l’on a rejetées. Aussi, j’étais devenu celui qui pouvait comprendre ces couples qui, en attendant un enfant, qui peut-être n’arriverait jamais, investissent irrationnellement un lien avec un animal. J’étais maintenant celui qui ne pouvait pas les juger et qui comprenait parfaitement que par leur simple présence, des animaux peuvent parfois sauver des vies humaines.
Moi, j’avais eu la chance de trouver l’amour, de fonder une famille et d’avoir les enfants dont j’avais tant rêvé. Avec le temps j’avais su redonner à mon chien la place qui était la sienne, sans jamais pour autant cesser de l’aimer.
Lorsque les filles sont rentrées de l’école. J’ai enfilé mon costume de super papa, solide, comme inébranlable.
Je leur ai dit.
Elles ont posé des questions, pragmatiques, mais sur le coup, ne se sont permises aucune émotion.
Il fallut attendre le soir, l’heure du coucher. Alors les pleurs et les larmes sont apparus. Ce fut un moment éprouvant.
Lola me demanda.
— Papa, combien de temps va durer mon chagrin ?
Je lui avais répondu de le laisser aller, et qu’avec le temps, il s’éloignerait.
Le lendemain matin, il était encore là.
Tout dans la maison nous rappelait son absence. Le silence quand rien ne vint gratter à la porte. Le vide sous l’escalier, et dans la cuisine, chacun de ses pas, manquants.
Comment une si petite bête avait-elle pu prendre autant de place ?
La nature du chien est incroyable.
Ces derniers peuvent s’amouracher du dernier des salauds et du premier gros con venu. Ainsi, ils jurent fidélité à ceux qui les accueillent et tant pis, si ceux-là ne les méritent pas. Oui, fidélité, jusqu’à la mort.
Pour ma part, je ne pense bien sûr pas être un con, ou même un salaud. Mais au fond personne ne se reconnaît vraiment comme tel, et pourtant, le monde ne manque ni des uns, ni des autres… Indéniablement, nous avons cette faculté, de ne pas nous voir tels que nous sommes.
Je me demande ce que les chiens peuvent vraiment percevoir de l’être humain.
Ils nous acceptent qui que l’on soit, heureux ou malheureux, riche ou pauvre, intellectuel ou paumé. L’attachement de ces animaux reste à jamais sans faille.
Je venais de perdre mon chien et je me sentais infiniment dévasté.
Sans doute, réalisais-je aussi, définitivement, que chez les hommes ces liens improbables, n’existent pas.
En effet, j’avais à l’esprit depuis trop longtemps que chez les êtres humains, les frères et les sœurs se déchirent, les parents et les enfants s’abandonnent, les personnes âgées sont rejetées, que les amants se séparent, et qu’enfin, inéluctablement, les amitiés se finissent. Nos liens n’ont jamais la certitude ou l’assurance d’être permanents. Je venais de perdre une attache indéfectible. Mon chien. Evidement, je saisissais qu’il y avait en ce monde des raisons bien plus graves pour s’émouvoir ou s’attrister. Cela m’était bien égal, j’avais le droit pour une fois de m’autoriser un chagrin que certains peut-être, pourraient trouver bien dérisoire..."

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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