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Nouvelles confirmées : Autosuggestion
Publié par Donaldo75 le 10-07-2016 12:12:32 ( 958 lectures ) Articles du même auteur



Autosuggestion


« Laisse-moi tranquille ! » cria Ian au mur en face de lui. La surface blanchâtre trembla un instant puis disparut progressivement dans un fondu enchainé. La pièce changea de configuration, passant d’un volume clos et rectiligne à un espace ouvert et chaotique. Des arbres décharnés, des plantes noires et des cailloux informes remplacèrent le carrelage géométrique et les cloisons rectangulaires. Ian avança lentement, un peu surpris par le nouveau paysage. Il était désormais seul, comme il l’avait demandé à son tortionnaire invisible. Plus aucune voix ne venait le perturber, l’empêcher de jouir du silence apaisant d’un monde désertique. Ian regarda ses pieds. Il portait des chaussures de marche, assorties de chaussettes en laine. Ses vêtements avaient également changé, passant de la sobre toge bleue à un équipement de randonneur, avec un épais pantalon de toile marron et une chemise à carreaux digne des bucherons d’antan.

Le sol rugueux crissait sous ses pas. Ian leva la tête. Le plafond blanc avait laissé place à un ciel chargé de nuages, faiblement éclairé par un soleil famélique.
— Es-tu satisfait maintenant, Ian ?
— Non, je veux rester seul, ne plus t’entendre.
— Tu sais que c’est impossible, Ian. Je suis toi.
— Je ne veux pas de toi. Ni de tes souvenirs, ces personnages bavards et pleins de reproches.
— Ils sont partis, Ian. Tu les as expurgés. Je le regrette, d’ailleurs, ils nous tenaient compagnie.
— Si tu pouvais en faire de même, disparaître à jamais, ce serait parfait.
— Ne m’en demande pas tant, Ian. Je t’ai créé un nouvel environnement, en phase avec ton désir de solitude. Aucun animal pour te déranger, rien que des minéraux et des végétaux. Sais-tu combien il est difficile de fabriquer un tel arrangement sur cette planète morte ?
— Tu n’étais pas obligé de te compliquer la tâche. Le sable, le vent et les poussières me suffisaient.
— Ce n’est pas sain, Ian. Personne ne peut survivre dans de telles conditions, du moins mentalement.

Ian décida de continuer en direction du nord. Son instinct d’explorateur, ses longues années d’entrainement et une forte envie d’autre chose le conduisaient vers une destination inconnue mais synonyme de survie. Il scruta le ciel à nouveau. Comme il s’en doutait, l’orbiteur avait disparu
— Où vas-tu, Ian ?
— Là où tout à commencé. Sur le lieu du crash.
— Il n’y a aucun survivant, Ian.
— Je m’en doute.
— Pourquoi aller là-bas ?
— Je veux comprendre.

Ian se rappela l’accident. Avec ses compagnons, il avait tenté de poser la capsule d’exploration sur le sol martien mais le destin en avait décidé autrement. La manœuvre maintes fois répétée lors des longues séances d’entrainement ne s’était pas déroulée comme dans le manuel. Au lieu de décélérer, le module spatial s’était écrasé à pleine vitesse sur une plaque rocheuse non répertoriée, inconnue des cartes en vigueur stockées dans l’ordinateur de bord. La théorie, phare des astronautes professionnels, s’était heurtée à la dure réalité de la planète rouge. Le Saint Graal des pionniers de l’espace avait pris la forme d’un enfer ensablé, pierreux et hostile. Ian avait certes survécu mais ses compagnons de voyage s’étaient probablement ajoutés à la liste des martyrs du système solaire. Depuis, il errait dans son propre subconscient, à la recherche d’une issue de secours.
— C’est la fatalité, Ian. Tu as atteint la fin de la route.
— Il y a toujours une explication, même partielle. J’en ai besoin.
— C’est inutile, Ian. Le Grand Ordonnateur, s’il existe, ne voulait visiblement pas de toi sur Mars. Il en a fait ton cercueil, dans le bruit et la fureur.

Ian huma l’air alentour. L’atmosphère sèche commençait à se remplir de fragrances soufrées, signe d’une activité volcanique impromptue. Il avait lu des histoires sur d’anciens volcans, des géants endormis, hauts comme dix fois l’Everest. Ces montagnes régnaient sur la surface martienne au temps où la planète forgeait son identité, contenait un océan d’eau liquide et se protégeait des feux du soleil grâce à une enveloppe gazeuse. Les savants de la Terre les disaient éteints, fossiles d’un passé tourmenté.
— Sens-tu l’odeur du soufre, Ian ?
— Oui. Les planétologues affirmaient pourtant que Mars était devenue inactive, d’un point de vue géologique. Pour cette raison, notre expédition devait se dérouler sans problème.
— Ils ne savent rien, Ian. Ce sont des théoriciens, peu soucieux des conséquences de leurs erreurs. Pour eux, tu es un robot de chair et de sang, programmé pour collecter des données télémétriques, prélever des échantillons et renvoyer le tout par la Poste. Un petit laborantin déguisé en pionnier.
— J’étais volontaire. Comme des centaines de milliers de jeunes Terriens. Le processus de sélection a couté des millions de dollars. De même pour chaque étape du programme spatial. Autant d’argent n’a pas pu être dépensé sans analyse de risque et solution de secours.
— Tu vois des secouristes, Ian ? Il n’y a même plus d’orbiteur dans le ciel. A mon avis, tu es passé dans la colonne « Pertes » de la comptabilité de l’agence. J’entends déjà le discours du Président, louant le courage des valeureux explorateurs morts pour la recherche scientifique et l’Humanité.

Ian commença à détester son autre moi. A chacune de ses tentatives pour trouver une issue à son malheur, la voix lui dressait un tableau négatif de la situation. Pourtant, il avait été choisi parmi pléthore de candidat justement à cause de sa capacité à rebondir, à résoudre les problèmes et à motiver les troupes. En bon leader, il s’était vu confier les commandes du module d’exploration, laissant derrière lui les observateurs bien au chaud en orbite dans leur boite métallique.
— Que me veux-tu à la fin ? Je fais de mon mieux pour me sortir de ce pétrin, pour revenir à l’état conscient et reprendre le contrôle de mon corps. Au lieu de me dresser un tableau sombre de la mission, tu devrais plutôt m’encourager, me donner de l’influx.
— Je suis ta moitié lucide, Ian. Je tempère tes illusions par un exposé clair et précis des faits. Je déboucle la pelote incrustée dans ton cerveau par des années de bourrage de crâne.
— Merci, mais ça ne sert à rien. Critiquer les intentions de mes instructeurs, des politiques ou des autorités scientifiques ne va pas m’aider à me réveiller de ce profond coma.
— Tu es mieux ici, dans ton propre esprit, Ian. Qu’est-ce qui t’attend dehors ? Admettons que tu parviennes à tes fins. Tu es perdu sur une planète infernale, sans communication avec tes équipiers. Tu ne sais même pas si l’orbiteur n’a pas été détruit lui aussi par la singularité qui t’a projeté sur le sol. Tu supposes à vide. La bonne vieille méthode Coué.
— Elle a fait ses preuves.
— Il te faudra plus qu’un placebo.

Ian reprit sa marche en avant. Il réfléchit à la meilleure façon de fermer le bec à son autre moi. Dans son for intérieur, il restait persuadé du bien fondé de sa démarche. Il tenta un dernier coup de poker.
— Selon toi, je devrais me laisser aller, m’endormir à jamais. C’est ça l’idée ?
— Tu as tout compris, Ian !
— Et si cette situation n’était qu’une simulation de plus, la suite de mon entrainement, le test ultime afin de déterminer si je suis capable d’affronter l’adversité ?
— Tu te fais du mal, Ian, avec un faux espoir de ce type.
— Néanmoins, cette possibilité me donne raison. Et ce n’est pas de l’autosuggestion.
— Oui, Ian. Sans discuter.
— Je tente le coup. Si je suis dans le vrai, tu disparaitras rapidement, aussi vite que tu es apparu. Sinon, je marcherai en entendant tes sarcasmes jusqu’à ce que mon corps meure. Et dans ce cas, je serai également débarrassé de toi.

Ian sourit en pensant à l’autre, le pessimiste, en train de chercher la parade à son argument. Il accéléra la cadence, au milieu des arbres faméliques, dans un décor de fin du monde. Le manuel du parfait explorateur, son livre de chevet, préconisait de se diriger vers le nord en cas d’incident matériel ou de danger imminent. « Suivre la procédure ne me coute rien si je suis mort. » se dit le jeune homme dans un ultime pied de nez à son adversaire intérieur, la voix devenue subitement bien silencieuse.

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
Anonymes
Posté le: 10-07-2016 16:32  Mis à jour: 10-07-2016 16:32
 Re: Autosuggestion
Deux personnes dans ce poèmes j'adores on sens l'hésitation et les deux personalités
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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