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Nouvelles confirmées : Amour très net (défi du 8 avril)
Publié par couscous le 11-04-2017 10:50:21 ( 60 lectures ) Articles du même auteur



« Allez, je me lance. Marre de rester célibataire, désespérément célibataire dans un groupe d’amis, tous en couple et parents ! Je dois tenter ma chance tant que je suis encore cotée à l’Argus.»
Je clique sur le lien qui me propose de m’inscrire. En quelques minutes, je deviens officiellement membre du site www.accordparfait.com. Mon pseudo est simple : jeune femme un peu trop fleur bleue dans un monde de brutes. J’avoue que c’est un peu long mais il faut attirer l’attention parmi « femme idéale 666», « tatouée mais sensible 99», « petit cœur tout doux 897 » ou encore « amour toujours 1445 » et « juste pour le sexe 7546». Je ne mens pas sur mon profil : femme de quarante-six ans, peu sportive, n’aime pas trop le ménage, un peu bordélique, drôle, sensible. J’ai hésité à ajouter « vagin de première main ». Mieux vaut rester sobre pour éviter les pervers. La photo que je choisis est celle prise cet été devant un joli coucher de soleil à La Panne. La lumière chaude me donne un teint de jeune fille.
Le lendemain, j’ai vingt-trois demandes de prise de contact. Je n’en aurais jamais espéré autant. J’effectue un premier tri sur base de la photo. Je vire les longues barbes, les coupes de cheveux étranges, les trop tatoués, les plus de cinquante-cinq ans, ceux qui semblent avoir avalé un balai, les obèses et même les trop beaux car je suis sûre que ce n’est pas eux ! Il m’en reste cinq : Simon, Michel, Jean-François, David et Helmut alias Pixels idéaux, Amoureux fatal 6526, Lapin Malin 124, Fucking Danemark et Le Chatouilleux 13.
Je commence à chatter avec chacun d’eux, et ce, jusque tard dans la nuit. Le site ne permet pas de se voir ni de s’entendre alors j’écris. Le lendemain, au bureau, ma collègue Amélie me demande ce que j’ai fêté pour avoir une tête pareille. Je lui explique mon activité nocturne pour m’entendre rétorquer :
– Laisse tomber ! Il n’y a que des gros pervers, des hommes étrangers qui veulent se marier ou t’extorquer de l’argent ou des collectionneurs de coups d’un soir. Tu n’as pas essayé plutôt le speed dating ?
– Non, je suis trop timide. Le temps que je parvienne à sortir une phrase, je devrai déjà passer au suivant. Le mode virtuel me convient parfaitement. On verra ce que cela donne.
– Bonne chance ! Si tu veux, le frère de mon Didier, il est célibataire. Je peux te donner son numéro.
– Non, ça ira. Je tente ma chance sur le net.
Le soir, je constate qu’Helmut m’a déjà virée de sa liste. Il n’a peut-être pas apprécié mon rapprochement entre lui et le chanteur Helmut Fritz. Je lui ai demandé pourquoi il était si énervé*, il n’a sûrement pas compris mon sens de l’humour. Il reste trois candidats en lice. Mais ma conversation avec Jean-François tourne un peu trop autour du sexe et là, c’est moi qui lui dit « Bye bye ».
Avec le trio de tête, on parle de nos passions, hobbys, des pays visités, de ce que l’on attend de l’autre et de notre parcours amoureux. J’apprends que Michel a déjà été marié trois fois : deux épouses décédées et la dernière qui est partie en pleine nuit. J’imagine de suite un serial killer qui recherche des femmes avec un peu de biens et qui, après leur avoir passé la bague au doigt, organise le crime parfait. D’ailleurs ses questions évoquent mon emploi, si je pars souvent en vacances, la marque de ma voiture. Je décide de tricher en lui déclarant un voyage annuel à la mer du Nord, un boulot de serveuse intérimaire et la propriété d’une vieille Renault 5. Rapidement, il se désintéresse de moi.
Entre David et Simon, mon cœur balance. David est comptable, il sort d’une relation de plus de quinze ans qui a pris fin récemment car Madame a trouvé un job à l’étranger et il n’a pas voulu quitter la Belgique pour le Danemark. Je retiens donc qu’il est réfractaire au changement. Simon est informaticien, Passionné par son métier, il n’a connu que des relations courtes en raison de son manque de présence et d’engagement. Il me déclare avoir finalement changé d’employeur, lui laissant du temps pour une vie de famille, qu’il n’a pas ! Les deux sont drôles et sympas.
Trois jours plus tard, David m’annonce que sa copine est revenue et qu’il supprime son profil sur le site. Un échange de « Bonne chance » et c’est terminé. Heureusement, il me reste encore Simon. Chaque soir, nous échangeons longuement. J’ai l’impression qu’il me comprend et qu’il a les mêmes sentiments que moi. Nous sommes souvent d’accord sur de nombreux sujets d’actualité ou autres. Il semble se profiler de plus en plus comme l’homme idéal. J’ai imprimé sa photo et l’ai posée dans un cadre sur ma table de chevet. Son regard noisette rieur me fait chavirer, ses cheveux châtains et sa barbe taillée courte lui donnent un air masculin sécurisant. Derrière lui, un simple ciel bleu le met parfaitement en valeur. Mon cœur bat la chamade dès que je me connecte et constate qu’il est là !
Après deux mois à user mon clavier, j’ose lui demander de se rencontrer. Bizarrement, il est hésitant puis finit par accepter. Comme il habite à une trentaine de kilomètres de mon patelin, on se donne rendez-vous dans un café à mi-chemin. Il me dit qu’il s’y rend souvent car le patron est un ami. L’endroit parfait !
Le jour J, je me pomponne comme pour un bal de débutante. Je sors la petite robe que j’ai portée au mariage de ma copine Delphine. Je peaufine avec un maquillage léger, une coiffure agrémentée de quelques ondulations et des talons aiguille. Satisfaite de mon apparence, je prends une grande inspiration avant de prendre la route. Des milliers de suppositions de bousculent dans ma tête : et s’il était physiquement différent, sa personnalité suffirait-elle ? Et s’il avait menti dans ses conversations en étant toujours d’accord ? Et si c’était un homme marié ? Et s’il sentait mauvais, comment devrais-je réagir ? Ma caboche va exploser et mon estomac n’est plus qu’un amas de nœuds.
Je parque ma Mercedes non loin du lieu de rendez-vous. Le stress me fait rater mon créneau. Je lisse l’arrière de ma robe avant de me diriger vers le café à l’enseigne « Le Caniche ». Moi qui ai une trouille bleue des canidés, j’espère qu’aucun d’entre eux n’a élu domicile dans ce troquet. En entrant, je constate qu’il n’y a aucune boule de poils, à part le patron derrière le bar qui porte une barbe noire touffue et une chevelure longue et crépue. Je suppose que le nom de l’établissement n’est pas étranger à cette apparence singulière.
Je me pose à une table près de l’entrée car je suis la seule cliente. Mon rencard n’est pas très ponctuel. Bon, il faut bien qu’il ait un défaut. En espérant que ce soit le seul ! Le patron s’approche de moi et me demande ce que je veux. Je lui réponds que j’attends quelqu’un et en profite pour lui demander s’il est bien ami avec un certain Simon. Il fait la moue et me répond par la négative. Ça sent le coup fourré. Je commande un Gin Fizz pour noyer mes doutes.
J’en bois la première gorgée lorsqu’un rouquin à la chevelure hirsute et au teint blafard entre en trombe dans le café. Il se dirige vers ma table et s’assied face à moi sans en demander la permission. Il dépose un ordinateur portable et me demande :
– Bonjour, vous êtes bien Lucie ?
– Oui. Ne me dites pas que vous êtes Simon.
– Non, ce n’est pas moi.
– Ouf, j’ai cru qu’il avait triché sur son identité.
– Ben, c’est un peu plus compliqué…
– Comment ? Qui êtes-vous au juste ?
– Le père de Simon.
– Vous êtes un peu jeune, je pense.
– Je vous montre.
Il ouvre son ordinateur portable et tapote sur le clavier avant de le retourner vers moi.
– Parlez-lui.
– À qui ?
– Simon, il est là. Dites-lui bonjour.
Je murmure un faible « Bonjour ». Une voix synthétique, mais plus chaude que celle de mon GPS, me répond.
– Bonjour Lucie. Je suis heureux de te rencontrer enfin. Tu es magnifique. Cette robe te va à ravir. Tu as fait des ondulations dans tes cheveux ?
– Euh, oui. Mais où te trouves-tu ? Tu es caché ici ?
– Non, je suis vraiment devant toi. Si j’avais une main, je prendrais la tienne.
Je suis au bord des larmes. Le rouquin remarque mon émotion.
– Je vous explique. Je suis informaticien et j’ai voulu créer un programme qui génère le profil de l’homme idéal pour chaque femme. Alors j’ai décidé de le tester sur le site où vous vous êtes inscrite. Au fur et à mesure de vos questions et réponses, il a induit vos préférences et s’est adapté. Simon signifie « SIMulation ONe ».
– Il n’existe pas du tout alors.
– Que de façon virtuelle. Je vous paie votre Gin Fizz pour la peine. Désolé, au revoir.
Il dépose un billet sur la table, fait un signe de la main au patron avant de sortir de l’établissement sans se retourner, me laissant à mes désillusions et mon cocktail allongé par l’eau de mes larmes. L’homme du bar s’approche en lançant son essuie de vaisselle sur son épaule.
– Des maux de cœur, ma petite dame ?
– Ça se devine tant que cela ?
– Votre rimmel coule. Tenez, prenez un mouchoir.
Il me tend un bout de tissu bien plié, repassé et décoré de petits oursons. Je me mouche et me frotte les yeux avant de rendre son bien à son propriétaire.
– Vous pouvez le garder. J’en ai plein d’autres. Vous ne serez pas venue pour rien.
Je le remercie et me lève. Il ouvre alors grand les bras en m’adressant un petit sourire tendre. Surprise, je reste figée avant de m’approcher de lui. Avec une grande douceur, il m’enlace. Mon visage s’enfouit dans sa barbe fournie à l’odeur de lavande. Un sentiment de sécurité me gagne. Enfin apaisée, je me détache de son étreinte. Je découvre alors son regard noisette très doux. Il a vraiment tout de ce canidé à la fourrure de mouton. Je souris et sort, sans un mot.
Depuis lors, j’ai supprimé mon profil et je vais régulièrement boire un verre au café « Le caniche ». Je m’installe au bar et discute avec Alexandre, le patron. Rien de virtuel, une vraie conversation entre deux êtres qui ont des préoccupations, des passions et opinions différentes. Et c’est ça qui est riche dans nos échanges. Il me fait découvrir les joies des virées en moto et je l’emmène dans les musées pour partager mon amour de l’art.
Le net, un peu trop virtuel pour moi !

* https://www.youtube.com/watch?v=4mNDYWhRSaw

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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