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Nouvelles confirmées : Je suis le fils de la brume
Publié par Donaldo75 le 05-01-2018 02:17:45 ( 21 lectures ) Articles du même auteur



Cette nouvelle est ma réponse au prix Imaginarius de Short Edition.
http://short-edition.com/fr/prix/Imaginarius-2017
Le thème m'a plu alors j'ai participé.



21 décembre 2017
Voici bientôt un mois que je suis affecté à cette petite station météo dans le Massif Central. Je me décide enfin à écrire un journal de bord, une sorte de chronique personnelle. Cela change de mes comptes-rendus journaliers. Et puis, je me sens vraiment seul, ici, au milieu de nulle part, le trou du cul du monde. Je n’ai jamais été un modèle de relations sociales mais là j’ai atteint mes limites. Jamais je n’aurais pensé qu’il existait en France un endroit aussi isolé. Je n’ai rencontré personne, ni dans les bois, ni sur les chemins. C’est quand même étrange, je trouve.

22 décembre 2017
La brume s’est invitée dans mon quotidien tranquille. Elle s’est progressivement insinuée dans la forêt, pendant l’une de mes rondes d’observation, entre deux relevés. Je ne l’ai pas vue venir. Elle m’a suivi jusqu’à mon retour à la station.

23 décembre 2017
Le climat semble affecter la connexion radio et les appareils de communication avec l’extérieur. Je ne peux plus envoyer ni recevoir de message, vocal ou électronique. Mon isolement est complet. Je vais passer le réveillon avec la seule brume pour compagne. Parfois, j’ai l’impression qu’elle m’observe à travers la fenêtre, qu’elle me sourit. Je ne sais pas si c’est un bon ou mauvais signe.

24 décembre 2017
Je crois que le Père Noël ne viendra pas cette année. La brume a dû les égarer, lui, ses lutins et ses rennes. Je suis toujours isolé du reste du monde. Mon dernier relevé a été compliqué à terminer ; j’ai bien failli me perdre dans les bois. Bizarrement, la brume s’est mise à frissonner et j’ai retrouvé mon chemin. Peut-être est-elle protectrice. Une divinité pour les météorologues.

25 décembre 2017
Le réveillon est passé. J’ai une légère gueule de bois, certainement liée à mon excursion tardive dans la forêt, après avoir vidé toute une bouteille de champagne, au milieu de la brume, accueillante et froide à la fois. Je me suis senti moins seul, même si mes souvenirs de cette soirée restent flous.

26 décembre 2017
La brume s’est adressée à moi. Je ne suis pas fou, je l’ai bien entendue. Elle m’a parlé de début et de fin, de son fils perdu. Je n’ai pas tout compris, je l’avoue. J’étais en train de pratiquer une analyse météo dans la forêt, comme à mon habitude, quand elle m’a enveloppé puis murmuré, une sorte de frisson, des mots sans queue ni tête, dans une langue flutée et pourtant compréhensible.

29 décembre 2017
Je commence enfin à comprendre. La brume est le début et la fin. Je ne dois plus avoir peur, la terre va m’appeler. Je dois faire l’amour avec l’eau, me baigner dans le feu, laisser l’air m’avaler et puis me recracher telle une poupée de terre, le fils retrouvé de la brume.

30 décembre 2017
J’ai reçu un message étrange. La radio a fonctionné pendant quelques minutes puis s’est arrêtée dans un dernier hoquet. Une voix métallique a parlé de singularité cosmique, de neige drue en été, de tsunamis sur des lacs autrefois paisibles. Je ne suis pas inquiet, rien ne peut m’arriver ici, protégé par ma mère la brume, la reine de la forêt et des quatre éléments. Je vais me détacher de ma vie d’antan. Ecrire ce journal reste mon dernier tribut à la civilisation des hommes. Je suis le fils de la brume, né de la terre, de l’air, de l’eau et du feu.

3 mars 2017
Je viens de m’apercevoir que je n’ai plus aucun contact extérieur depuis des mois. La relève ne s’est jamais présentée, ni même les équipes chargées du ravitaillement trimestriel. La radio ne fonctionne plus. Le groupe électrogène a depuis longtemps pris le relais. Je rationne mes vivres. Je ne prends plus la peine de réaliser les relevés et analyses météo. Les derniers résultats défient l’entendement, comme si l’horloge interne de la planète se mettait à tourner à l’envers. Le sud devient le nord. L’est se mélange avec l’ouest. Les oiseaux ne chantent plus. Seuls les arbres semblent conserver un semblant de raison. L’hiver persiste, habillé par la brume.

Un jour en avril
J’ai arrêté de compter les jours, de les ranger sagement dans un calendrier. Hier, un avion a traversé le ciel brumeux. Une partie de moi a tenté de lui signaler ma présence. En vain. Je ne me sens plus seul. Je me suis habitué à ma nouvelle vie, au cycle de la nature, même si le jour et la nuit se confondent sous les ombres de la brume. La terre et l’eau m’apportent la tranquillité. L’air et le feu me procurent la joie. Je suis un Robinson heureux au milieu de volcans endormis, des géants éternels, nés avec les quatre éléments. Ma mère la brume veille sur moi.

Un jour je ne sais plus quelle année
Je ne sais toujours pas qui sont ces hommes en blanc et pourquoi ils me gardent prisonnier alors que je n’ai rien fait de mal. Ils ont remplacé les hommes en jaune, ceux venus de nulle part, vêtus de scaphandres en plastique. C’était un matin, je cueillais des champignons dans la forêt, comme tous les jours, quand ils m’ont encerclé, ont levé les bras et crié. Je n’ai pas compris leurs mots. La brume s’est intensifiée, l’air est devenu froid, la terre s’est durcie sous mes pieds, je me suis mis à courir puis ai senti une piqure dans le dos. L’eau a rempli mes yeux, le feu a envahi mon ventre. Je me suis effondré. La brume s’est envolée, me laissant entre leurs mains.

Aujourd’hui
Ils vont me confisquer mon journal pour l’étudier, comprendre ce qui s’est passé, comment j’ai survécu, un miracle selon eux, vues les conditions actuelles. Je leur parle de la brume, ils invoquent la météo, un désordre climatique, des villes sous la neige en été, des continents noyés par des vagues gigantesques. Je réponds que la terre veille toujours sur moi, avec l’air l’eau et le feu, parce que je suis le fils de la brume, une divinité née avec les volcans, dans un passé lointain où tout avait un sens, un début et une fin. Ils me regardent étrangement, comme si je m’exprimais dans une langue ancienne, une sorte de dialecte oublié depuis des milliers d’années. Je me sens de nouveau seul, perdu entre ces murs blanc, interrogé chaque jour par des hommes aux lunettes cerclées d’or. Je ne peux pas croire que la brume abandonne son fils perdu puis retrouvé.

Demain
Je partirai bientôt, je le sais. La brume est revenue. Je l’ai entendu lors d’une discussion anodine entre des hommes en blanc. Ils ont l’air effrayé et parlent de retrait, de vie sous terre, d’exode massif. Plus rien n’a de sens pour eux, et n’en a jamais eu. Ils ne comprennent pas la terre et l’eau, l’air et le feu, perdu qu’ils sont dans leurs termes scientifiques, leur quête inutile d’une cause à chaque effet. Le froid s’est installé je le sens, puissant et protecteur, un signe avant-coureur du retour de ma mère la brume venue chercher son fils avant de l’emmener rejoindre les quatre éléments. Le début est la fin, la fin est le début, mon journal le dit pour que les hommes en blanc arrêtent d’avoir peur et comprennent enfin pourquoi ils vont disparaitre.

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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