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Poèmes : Comme un arbre
Publié par Helene le 19-04-2018 19:20:00 ( 154 lectures ) Articles du même auteur




Mon cœur de bois soudain s’arrête…

Autrefois, son bois vert tendre,
trop jeune et inexpérimenté,
s’est plié comme un roseau
aux volontés généalogiques, au Monde, à l’Autre…..
Cet Autre que je pensais avoir le visage de l’Amour.



Quelques printemps plus tard,
issus de ma floraison ont poussé deux beaux fruits.
Je les ai nourris de ma sève.
Je les ai protégés du mieux que j’ai pu des vents contraires
courbant mes branches si nécessaire
et les entourant de mes feuilles
et de mon savoir hêtre.

Mais mon essence était parasitée
par un gui insidieux,
couvert du mensonge de symbiose
et d’interdépendance du masque de l’Amour.

Le poison s’infiltrant lentement,
mais inexorablement,
m’affaiblissait tellement que je crûs mourir.



Je n’aimais plus mon autre moitié,
Notre pot devenait trop étroit
Et je pourrissais...
Cette constatation cruelle me fit réaliser
que je ne pouvais plus rester plantée dans cette futaie.




La séparation de nos deux espèces
Et mon rempotage autonome fut salvateur.
Le poison ne coulât plus en moi,
aucune radicule ne pouvait plus s’infiltrer
et me vampiriser.
Ma croissance et celle de mes fruits
a repris de plus belle.


Des papillons virevoltaient dans ce nouvel horizon,
se posaient parfois et reprenaient leur envol.



Un été, un Ascia Monuste fut séduit
par mon parfum sucré d’arbre fruitier.
J’accueillis avec bonheur ce beau lépidoptère
dans un amour partagé de mélange de cultures.



Il s’est pris pour un Bombyx du mûrier,
a cru pouvoir devenir papillon domestique
pour y poser son ver à soie et développer une colonie…
Je me suis ouverte, épanouie
et ai découvert avec ravissement
des épices et des saveurs exotiques.



Seulement, mon feuillage grignoté petit à petit
et la nature orageuse de l’Ascia,
incompatible avec la mienne,
m’ont diminuée, fragilisée saisons après saisons…


Mes réserves fondaient…
Mon écorce se fissurait…
Mon bois craquelait…


Alors avant de me fendre
et de m’abattre tout à fait
sous les coups de Tonnerre,
les éclats de voix et le courroux de sa foudre,
je l’ai chassé du jardin où je m’étais implantée
pour préserver mon intégrité.

Il est reparti, blessé, sur son île aux Antilles.
J’ai convenu à ce que notre petite chenille le suive
afin de découvrir avec lui ses racines,
la flore et le climat tropical de ses origines.

Un interminable automne et hiver se sont écoulés
avant qu’elle ne revienne,
belle femelle papillon hybride sortie de sa chrysalide.
Elle réélut domicile au sein de mes fleurs,
se frottant d’aise les ailes et les antennes à mes fruits,
ses frères tant aimés et protecteurs.



Lors de son absence, un Psylle m’avait repérée,
m’a manipulée pour me convaincre de son amour
afin de quémander refuge.
Son clan l’avait condamné à l’exil.

Il s’est nourrit de ma sève
et mes feuilles se sont collées
et couvertes d’un feutrage noir de deuil et de douleurs,
ma chenille laissant un trou béant dans mon feuillage
que lui n’a bien sûr pas comblé, bien au contraire !

Il a œuvré en catimini, profitant de mon trouble,
m’aveuglant de son feutre doux,
m’étouffant petit à petit,
donnant des coups de canif dans mon écorce,
obscurcissant mon horizon…



Plus je bruissais dans le vent
pour continuer à lui assurer mon soutien,
pour continuer à protéger la croissance de mes fruits,
plus il me dévitalisait…


Une fois assuré de sa tranquillité,
après avoir beaucoup manœuvré pour bénéficier
d’un domicile, de pitance et de plaisirs,
le puceron ailé s’est muté en Balanin des châtaignes,
un répugnant coléoptère qui perce les fruits verts !

Le scélérat est allé trop loin
dans l’ignominie de ses actes.
Mon voisin et ami jardinier,
qui prend soin de moi et de mon verger de temps à autre,
m’a aidée à me débarrasser de cette vermine.


Soigner les plaies et les stigmates
qu’a laissés cette brute profiteuse
derrière son passage traumatisant
fut long et difficile.


Cependant, ma petite, qui était revenue
papillonner dans le jardin maternel,
nous y a beaucoup aidés.

Dans ce rétablissement, j’oublie injustement
de citer mon premier né
qui a poussé presque tout seul
tellement il est volontaire, sérieux et travailleur,
joyeux et responsable.
Il arrive à maturation
et tombera bientôt de mon arbre
pour rouler un peu plus loin ses graines
et créer son propre jardin.


Son frère, véritable pomme d’amour,
a traversé trois saisons terribles
durant le séjour du Psylle.
Il a failli se décrocher de sa tige.
Un ver l’a dévoré de l’intérieur,
il s’est affaibli, a failli se faire cueillir,
s’approcher trop près du feu interdit
et finir en compote !


Maman arbre, je l’ai retenu dans mes branches
et lui ai tapissé un doux mais ferme nid de feuilles
pour s’aguerrir.
Il y est parvenu
et rejoint désormais son ainé en maturité bien
rassurante.





J’ai livré beaucoup de sève dans ce, ces combats successifs.

Ce qui fait que mon bois s’est fendu en son cœur,
s’est plié en deux et a failli craquer
jusqu’à m’abattre au sol l’automne suivant.

Pourtant, mon tronc a tenu bon
pendant les périodes critiques de gel,
de sécheresse ou de grêle.


Mais l’accalmie venue, j’ai baissé ma garde.
Mon écorce, tendue,
devenue dure comme l’ébène afin de faire face,
s’est brisée comme du verre aux premières gelées
de la saison suivant ces intempéries.




Les lueurs de l’automne, ma saison préférée,
aux couleurs chatoyantes
ont été tour à tour envoûtantes,
charmantes, belles, berçantes, décevantes,
douloureuses, rédemptrices,
passages à une autre étape de développement
végétal…



Une nuit de l’automne dernier,
j’ai répondu à l’appel d’une étincelle…
Un paysagiste clairvoyant
et appréciateur de toute beauté de Dame Nature
m’a chuchoté de belles choses…

Séduit par ma candeur,
que j’ai entretenue coûte que coûte
malgré mon passé, il m’a charmée.


De plus en plus rougissante,
je me suis effeuillée
et ai laissé mes feuilles multicolores
s’envoler jusqu’à lui.

Je lui ai signé de belles nervures,
dédicacé des buissons ardents de sentiments.
Je suis tellement amoureuse de lui
que j’en désire créer un nouvel Eden enchanteur.

Nous pourrions y déguster les délices de la Terre,
Le nectar de l’Eau rafraichissante,
Et le vent de l’Air qui nous fait frissonner à
nouveau…

Mais il a tant de paysages à peindre,
à faire découvrir au monde, à entretenir…
Lui aussi a son verger !
Donc il ne vient me visiter que peu.


C’est un artiste doué, qui travaille énormément,
lucide et poète à la fois.
Il défend de grandes valeurs écologiques
et de grandes idées.

Aussi, je l’attends…
Et je ne peux faire autrement de toute façon !

Ce virtuose exigeant emplit mes pensées
et je ne cesse d’occuper les siennes.

Il ose me dire des vérités sur ma qualité biologique
quitte à me blesser,
tout en étant conscient de ses propres failles
et s’avouant incapable de changer sa propre nature.
Il me conseille pour mieux me cultiver,
éliminant les nuisibles possibles.
Il m’indique comment enrichir mon terreau
et croitre plus forte guidée par un tuteur.


Je n’aimerais pas me façonner en jardin à l’italienne
ou à la française trop disciplinés.
Il le sait…
Et il ne m’aimerait pas ainsi non plus d’ailleurs…

Mais il observe…..
Réfléchit longuement….
Dit ces sentiments après parfois de longs silences….
Il coupe…. taille…. mes poussées anarchiques
et par trop débordantes.

Concentrée à nouveau sur l’essentiel,
je draine mieux mes forces
et le gaz carbonique pour le transformer en oxygène.

Il pratique aussi des incisions curatives sur mes tiges
qui donnent des boutures magnifiques.

Ainsi de ces coupures renaît notre histoire
même si la sève s’est écoulée.

Ces rejets décuplent ma vie en dehors de moi
et me développe encore plus loin
que je n’ai jamais rêvé.


Je rêve de grandeur depuis Lui.
J’essaie de me dépasser pour le satisfaire…
Je pousse encore plus vite
mais dans de meilleures conditions grâce à Lui.

Ma liberté s’accroît par bourgeons
chauffée au soleil de mon cœur vibrant
ou bercée par la lune éclairant nos nuits
voluptueuses
de partages spirituels, créatifs, tactiles et brûlants…


Nous nous permettons de rêver parfois
de n’être qu’à Nous…….
Et d’un jour futur atteindre le Ciel et les étoiles…



Voyager ensemble à l’infini…



Oui.
Mon cœur de bois soudain s’arrête…

Car il n’est plus fait de bois,

il est Amour et Vie purs !

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
Johan
Posté le: 20-04-2018 09:38  Mis à jour: 20-04-2018 09:38
Accro
Inscrit le: 05-03-2018
De: 18290 France
Contributions: 188
 Re: Comme un arbre
On ne voir bien la nature d’une âme, qu’à la lumière d’un cœur !
Fut-il de bois !
De cet arbre, par lui, tout me semble être dit avec beaucoup de sincère délicatesse !
Amicalement !
Johan. (JR.).
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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