Pas d'argent sale entre nous !

Date 17-04-2014 20:55:45 | Catégorie : Nouvelles


Pas d'argent sale entre nous !


L’agent Bonneau avait bien mérité ces quelques jours de vacances. Finies les cavalcades à dos de chameau en plein milieu du désert égyptien. Terminées les chasses au trésor dans la pampa péruvienne.

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’était la présence du docteur Na dans le même hôtel que lui sur cette petite ile tropicale connue de seulement quelques privilégiés. Elle lui plaisait bien cette belle eurasienne aux si longues jambes et à la petite poitrine rebondie. En plus elle bénéficiait comme lui de l’accréditation secret-défense. C’était peut être la raison qui expliquait pourquoi personne, aux services de renseignements français et au-delà, ne savait qu’elle lui avait mis un beau râteau. A lui, le tombeur de ces dames, l’espion qu’elles aimaient toutes.

James se souvint comment, lors d’une banale visite médicale, elle l’avait ridiculisé en lui prescrivant du Viagra. Il le vivait mal depuis lors. Ce souvenir encore douloureux de sa première et seule défaite avec la gent féminine restait toujours vivace dans son esprit. Il décida de l’ignorer tout au long de son séjour. Cette bonne résolution dura exactement trente trois minutes. Le temps que le fier Bonneau finisse son troisième pastis-cointreau avec deux olives tout en faisant du gringue à une paire de suédoises qu’il avait rameuté dans le lounge de ce palace. Le docteur Na fit soudain irruption, l’air moins coincé que d’habitude, puis se dirigea vers lui.
— James, j’ai besoin de vous, dit le médecin.
— Docteur Na, je suis ici en vacances et incognito, répliqua l’agent secret.
— Appelez moi Barbara, miaula la nouvelle venue.
Elle le regarda droit dans les yeux, lui sourit et le prit par la main. James se sentit hypnotisé à l’instar de Mowgli quand le python Kaa l’entraina dans ses anneaux. De viril combattant des forces maléfiques il était passé à petit d’homme. Il abandonna sans hésiter les deux beautés scandinaves, paya les consommations et suivit Barbara vers une destination inconnue. « Si au moins c’était sa chambre » se dit l’espion d’élite. Il reprit espoir quant à cette lacune dans son tableau de chasse.

Une fois arrivés sur le parking de l’hôtel, ils prirent la voiture de James et roulèrent un petit quart d’heure en direction d’une crique. Le docteur Na demanda au conducteur de stopper le moteur et de descendre du véhicule. James s’exécuta sans poser de questions. « Il serait assez tôt » pensa l’agent de renseignements.
— Allons au bord de l’eau, ordonna Barbara. A cet endroit il y a peu de risques d’être écouté à distance par des oreilles indiscrètes.
— Vous commencez à m’inquiéter, ironisa Bonneau. Moi qui croyais profiter de mes congés.
— Ne soyez pas aussi puéril James, gronda le docteur Na. Ce que je vais vous dire sort de mon champ de compétences et rentre dans le votre.

Le reste de la conversation fut enregistré par James via son microphone miniaturisé intégré dans son stylo. Par précaution l’agent Bonneau avait activé ce dispositif ultra-moderne. Au cas où.
— Savez-vous à qui appartient cette ile ? commença Barbara.
— Oui, à un célèbre chanteur britannique. Il en loue une partie à un complexe hôtelier installé sous ces latitudes.
— C’est un de mes amis très proches. Il m’a demandé de venir ici et de vous persuader de lui venir en aide ce que j’ai accepté.
— Je ne travaille pas pour des particuliers mais pour la République Française. En plus votre chanteur n’est pas vraiment bleu-blanc-rouge.
— Arrêtez cinq minutes de chanter l’hymne national et prouvez-moi que vous êtes un gentilhomme, James.
— Admettons que je vous écoute. Qu’est-ce que j’y gagne ?
— Mon ami est très riche et il peut payer cher.
— Je ne suis pas un mercenaire.
— James, vous êtes pénible. Tourner autour du pot n’est pas drôle.
— C’est vous qui demandez. Faites moi une offre personnelle.
— Vous n’avez pas digéré mon ordonnance de petites pilules bleues.
— Disons que ce n’était pas très fair-play.
— Je suis restée discrète. Personne n’en a rien su.
— Je vous en remercie. Vous êtes trop bonne avec moi. Restons-en là.
— James, mon chéri, je ne suis pas une femme facile et vous le savez.
— Bon, vous me fatiguez, Na. Ramenez-moi à l’hôtel.

L’agent Bonneau était un sacré joueur de poker. Son interlocutrice et non moins phantasme allait s’en apercevoir à ses dépens. Il décida de la planter sur sa plage. Il prit ses cliques et ses claques et se dirigea vers sa voiture garée un peu plus loin. Ce fut trop tardivement qu’il entendit un craquement derrière lui. Il sombra dans le noir. Son dernier souvenir fut un goût acre dans la bouche, un mélange de sang et de fumée, une sensation de lave liquide et tiède.

A son réveil James se trouvait ligoté sur une chaise en bois avec en face de lui le docteur Na dans la même situation compliquée. Aucun des deux n’était bâillonné ce qui leur permit de confronter leur version des faits. Il démarra difficilement, la langue pâteuse et l’œil hagard.
— Nous voilà en bien fâcheuse posture. Avez-vous vu vos agresseurs ?
— Pas vraiment ; j’ai entendu deux voix distinctes avant qu’une main se plaque sur ma bouche et qu’une aiguille transperce mon bras.
— J’ai eu droit à un traitement plus viril. La bosse sur ma tête l’atteste.
— Je crois que maintenant vous n’avez pas d’autre choix que de prendre position sur l’affaire dont je voulais vous entretenir.
— Ne mélangeons pas nos priorités. Sortons d’abord de ce guêpier.
James inspecta les lieux. Plongé dans la pénombre ce n’était pas une tâche facile mais il avait déjà vécu pire. Apparemment ils étaient enfermés dans un petit local en bois avec un sol en terre battue et aucun meuble hormis deux chaises et une table rudimentaire. Leurs liens semblaient solides et très bien noués. « Des professionnels » se dit l’agent secret. « Ils ne devraient pas tarder à se manifester » pensa-t-il.
Ses vœux furent exaucés quelques minutes plus tard. La porte s’ouvrit et deux silhouettes patibulaires apparurent dans le noir, une lampe torche à la main.
— Nos invités des services de renseignements français m’ont l’air prêts à se confesser, lança le plus grand des deux hommes.
— Je n’avais pas reçu de carton d’invitation, répliqua ironiquement James. Permettez-moi de me plaindre de la qualité de l’accueil.
— Toujours aussi drôle cet agent Bonneau, observa le second inconnu.
— Allons directement à l’essentiel, ordonna le premier. Que faites vous sur cette ile ? Qui vous a mandaté et que cherchez-vous au juste ?
— Je suis en congés, répondit James. Et je cherche le grand amour. Je pensais l’avoir trouvé avec la belle Barbara mais vous m’avez un peu cassé la baraque. Depuis le temps que je la travaille au corps.
— Vous confirmez docteur Na ? demanda celui qui, déjà par sa taille, semblait le dominant de ce duo insolite.
— Oui, j’ai fait lambiner James pendant quelques mois et finalement je l’ai amené à me lécher les pieds, mentit la jeune femme.
— Comme c’est mignon, ironisa le chef. Ne vous sentez pas vexés si nous n’achetons pas votre conte de fées digne des pires séries télévisées américaines.
— Nous ne vous servons que la version édulcorée de nos orgies sexuelles et des demandes exotiques de ma belle partenaire, osa James. Vos grandes oreilles chastes et décollées ne s’en remettraient pas si nous rentrions dans des détails plus croustillants.
Apparemment son humour badin n’obtint pas le succès attendu car le plus petit des deux hommes lui claqua une somptueuse gifle d’une force inattendue.
— Je pense qu’il est temps d’arrêter les enfantillages, commanda le leader. Nous savons beaucoup de choses sur vous deux.
— Voyez-vous agent Bonneau, vos exploits dans le désert du Sahara ont fait le tour de la planète et tous les services de renseignements en donnent une version différente. La notre est assez simple à suivre ; vous n’avez pas terminé cette enquête et c’est la raison de votre présence en ces lieux.
— Quant à vous docteur Na, en plus du fait que vous travaillez pour le même employeur que votre soi-disant compagnon de débauche nocturne, nous connaissons vos liens privilégiés avec le propriétaire de cette île et savons qu’il vous a personnellement demandé de lui rendre service.
— Nous avons additionné les deux termes de l’équation et sommes arrivés à une élémentaire conclusion ; le riche musicien anglais est mouillé jusqu’au cou dans l’affaire de blanchiment d’argent sale qu’a dénoncé le grand James et il est prêt à donner des informations pour couvrir ses arrières.

James sourit ; ce qu’il avait tenté d’extirper de la pulpeuse bouche du docteur Na venait juste de se matérialiser dans ces deux lourdauds. Il avait reconnu, à leur accent prononcé et à leur style vestimentaire, des anciens de la police secrète russe. Cependant ils ne faisaient vraisemblablement plus partie de la maison Russie, au vu de leur comportement un tantinet préhistorique ; en effet, le temps où les agents soviétiques kidnappaient les héros des renseignements occidentaux, cette époque décrite dans les films à succès d’Hollywood n’existait plus. La mode actuelle entre l’Est émergent des nouveaux riches et l’Ouest décadent des anciens colons consistait en des ronds de jambes interminables entre diplomates dépassés avant de pouvoir tirer ne serait-ce qu’une seule cartouche de neuf millimètres. En général il était trop tard et l’oiseau s’était envolé depuis longtemps de la branche. Seules des armées de mercenaires et des officines privées pratiquaient encore le rapt d’espions en tous genres ; souvent leurs motifs tenaient plus de l’économie de marché que de la philosophie politique. Du marxisme ils n’avaient conservé que la notion de capital et l’avait même bien fait fructifier dans des banques suisses ou luxembourgeoises. James en déduit que ses ravisseurs venaient d’une des nombreuses entreprises d’investigation privée qui travaillaient sans discernement pour de riches milliardaires américains ou des réseaux terroristes islamistes financés en sous-main par des pétrodollars saoudiens.
Maintenant que l’agent Bonneau savait à quoi s’en tenir sur l’origine de ces deux énergumènes mais aussi sur la véritable raison de l’intérêt soudain du docteur Na à son égard, il devait trouver rapidement un moyen de sortir de ce guêpier. Il ne tenait pas à ce que la machine à claques ne se déchainât de nouveau sur ses joues.
— Vous en savez plus que nous sur cette affaire, avoua James. Nous n’avons pas encore recueillie la confession de notre informateur britannique mais nous allons le faire de ce pas, dès que vous aurez daigné nous retirer nos liens fort peu pratiques pour conduire.
— Au jeu des mauvaises réponses vous avez gagné le gros lot, répliqua le chef de la bande. Voyez-vous mon cher Bonneau, ce qu’il sait ne nous importe guère depuis que nous l’avons éliminé. Il n’y avait rien de personnel à cette exécution ; j’irais même jusqu’à le regretter car je collectionnais ses albums depuis ma plus tendre adolescence. Nos commanditaires ne comptaient certainement pas parmi les groupies de cet artiste car ils ont ajouté son cadavre à leur longue liste de courses.
Ce dernier aveu consterna James ; désormais sa marge de manœuvre se limitait à la portion congrue. Il ne savait rien de ce que le défunt chanteur aurait pu lui dire et il supposait que le docteur Na n’en savait pas beaucoup plus que lui. La seule monnaie d’échange dont il disposait tenait de la roupie de sansonnet ; il devait inventer un mensonge relatif à sa précédente enquête et le décliner sous forme du concerto pour pipeau et orchestre dont il avait le secret. « Un petit pas pour la vérité mais un grand pas pour la survie. » avait-il coutume de dire à ses restes de morale chrétienne dans ces moments particuliers.

La solution vint du docteur Na ; l’aventurière de circonstances commença à hoqueter sans raison apparente. Ce qui ressemblait à un épisode isolé devint peu à peu une crise sévère. Les deux kidnappeurs prirent la chose au sérieux et tentèrent vainement de la soulager de ce malaise mais rien n’empêcha le concert de hoquet de passer au stade de la crise d’épilepsie.
— Il lui faut absolument ses médicaments, improvisa alors l’agent Bonneau. Elle souffre d’une maladie génétique rare dont le remède n’a pas encore été découvert et elle doit prendre à intervalles réguliers des anticonvulsifs sous peine de s’étouffer. Ce serait dommage car elle détient la clé de toute cette affaire ; sans elle, ce que je sais ne sert à rien.
— Dans son désir urgent de m’entretenir de la demande de son défunt ami, elle a oublié d’emporter avec elle sa pharmacie portative. Nous n’avons pas beaucoup de temps avant qu’elle ne perde connaissance et ne sombre dans un profond coma dont nul ne sait si elle en sortirait un jour.
Barbara s’étouffait de plus en plus et se tordait de douleur sur sa chaise. L’un des deux hommes la détacha promptement et l’allongea sur le sol. L’autre la fouilla pour trouver des pilules miracle ou une potion magique. Les deux acolytes semblaient vraiment dépassés. James en profita.
— Elle ne va pas aller mieux en restant dans cette position, dit-il. Il lui faut d’abord calmer cette crise. Avez-vous une trousse de secours, dans votre voiture par exemple ?
— Je ne sais pas, dit le chef de la bande, nous avons pris une voiture de location.
— Dans toutes les voitures louées sur cette ile, il y a une trousse de secours utilisée en cas d’accident de la route, de morsure de serpent ou d’araignée, de trouble lié au paludisme, mentit l’agent secret français. Dans le cas du docteur Na, ce qui pourrait momentanément calmer sa douleur et apaiser les spasmes convulsifs réside dans un petit kit médical d’antivenimeux. Il se compose d’une dosette de sérum et d’une seringue hypodermique. Je l’ai déjà pratiqué dans le passé sur un informateur épileptique et le résultat a été au-delà de mes espérances.
— Où se trouve cette trousse ? demanda le sous-fifre du duo d’espions privés.
— Cela dépend des agences de location ; en général elle est dans la boite à gants mais des fois, à cause du nombre de toxicomanes qui fracturent des vitres pour voler ce type de pharmacopée, on la trouve dans le coffre, cachée entre le cric et la roue de secours. Ce doit être indiqué sur le petit papier plastifié qui accompagne votre clé et contient le certificat d’assurance ainsi que la carte grise.

Une telle explication tenait franchement la route ; James n’avait plus qu’à attendre que l’un des deux abrutis de service parte rechercher le précieux kit de secours. Il paria sur le fait que le chef de la troupe déléguerait cette quête à son stupide subordonné. L’agent Bonneau en avait connu des brutes épaisses reconverties dans l’espionnage privée ; même devenus accroc aux valeurs du capitalisme ces anciens militaires du bloc communiste ne connaissaient pas d’autre principe que l’obéissance aveugle à leur hiérarchie. « Vous n’êtes pas là pour comprendre mais pour exécuter ! » restait la phrase favorite de tous les instructeurs dans les fières armées, qu’elles soient basées à l’est du Danube, au nord de la Volga, au sud de la Méditerranée ou à l’Ouest du Mississipi. La logique du guerrier l’emporta comme toujours sur la raison pure ; le leader supposé ordonna à son sbire de ramener au plus vite la trousse médicale.
Une fois le subalterne parti, James en profita pour tenter une manœuvre risquée que lui soufflait son intuition.
— Vous devez soulager sa douleur en lui pratiquant le massage dit d’Osgood-Schlatter, lança-t-il au kidnappeur restant. Il consiste à se mettre à quatre pattes sur la victime de ces spasmes, dans le même sens qu’elle, et de lui prendre les bras par les poignets afin d’imprimer un mouvement de sémaphore qui va libérer les voies aériennes supérieures et décontracter ainsi son diaphragme. C’est un geste de secourisme qu’on apprend en général dans la marine marchande et qui a sauvé bien des vies au début du vingtième siècle.
— Est-ce que je ne risque pas de la tuer en procédant ainsi ? s’enquit l’ex-soviétique.
— C’est plutôt en ne faisant rien que vous précipitez sa mort. Il faut faire au plus vite sinon nous allons définitivement la perdre, avec toutes les informations qu’elle détient et qui vous ont amené ici. Je sais que vous êtes intelligent et vous saurez accomplir ce geste courant chez les cadets.
James savait manier la flatterie agrémentée d’un zeste de vexation ; il utilisait déjà cette technique séculaire sur les riches héritières qu’il séduisait dans les palaces de la Riviera, entre deux pastis-cointreau.
L’ancien espion communiste s’exécuta sans broncher ; il se mit à quatre pattes sur le docteur Na sous le regard amusé de l’agent Bonneau qui avait tant rêvé de se retrouver dans une telle position avec la beauté eurasienne. Puis le secouriste improvisé prit chacun des poings de Barbara et commença à lui bouger les bras du bas vers le haut et vice-versa dans un mouvement pendulaire qui n’aurait pas démérité chez un horloger suisse. Ce fut seulement au bout d’une demi-douzaine de battements qu’il atteint le résultat espéré secrètement par James ; le docteur Na lui assena un terrible coup de genou dans les testicules et l’acheva par un coup de tête tout aussi magistral. Son infortuné cavalier tomba sur le côté, sonné comme un carillon de Noël. Pour parachever le spectacle, Barbara se leva, prit sa chaise à pleines mains et la fracassa sur le crâne de son kidnappeur. Ensuite elle vérifia ses signes vitaux et déclara à James que leur ennemi commun allait dormir quelques heures.
— Merci pour ces informations médicales, très chère docteur Na. Vous pouvez quand même me détacher car son acolyte risque de revenir d’une minute à l’autre et je pense qu’il est armé jusqu’aux dents.
— Quand je vous ai entendu sortir cette histoire de massage, j’ai bien cru que j’allais éclater de rire, dit Barbara en le déliant de sa chaise. Je ne sais pas où vous allez chercher autant de boniments à la minute mais je dois admettre que cette capacité nous a été fort utile.
— Vous n’avez pas été mauvaise non plus avec votre petit stratagème de la crise de spasmes. Rappelez-moi de ne pas vous croire quand vous me prétexterez une quelconque migraine ophtalmique à notre prochain rendez-vous.
Sur ces politesses, James fouilla le corps inconscient, trouva dans ses poches un pistolet et un silencieux qu’il s’adjugea sur le champ.
— Barbara, je vais vous demander de me tourner le dos un instant.
— James, pensez-vous que ce soit l’heure de ces enfantillages ?
— On ne devrait jamais perdre son âme d’enfant. Tournez-vous et ne discutez pas !
Le docteur Na, peu habituée à ce qu’on lui donne des ordres et encore moins quand cette attitude impérative venait d’un dépravé sexuel connu sur les cinq continents, s’exécuta tout de go. James vissa le silencieux sur l’arme et logea deux balles dans la tête de son kidnappeur.

C’était moins une ; le deuxième ravisseur ouvrit la porte quelques secondes plus tard et découvrit avec stupeur le cadavre de son complice étalé sur le sol. Malheureusement pour lui, le temps s’écoulait plus vite que ses réflexes et il n’eut pas le loisir de disserter sur les plaisirs de la vie en société ou d’expliquer les raisons de sa quête infructueuse. James lui administra le même remède de cheval qu’à son compagnon criminel. L’agent secret de la république française procéda ensuite à une fouille règlementaire dans le but de trouver les clés de son véhicule puis effaça du mieux possible les traces de son passage en ces lieux. Une fois ces précautions d’usages effectuées, il enjoint le docteur Na à débarrasser le plancher à la vitesse de la lumière car son petit doigt lui disait que les deux inconnus n’avaient certainement pas monté un tel kidnapping avec leurs seuls petits bras musclés. Les deux rescapés décidèrent de prendre la tangente dans la voiture laissée vacante par leurs infortunés hôtes. Ils rejoignirent la plage où tout avait commencé et reprirent le véhicule de James, ayant au préalable pris le soin de camoufler celui de leurs agresseurs. Durant le voyage, Barbara n’avait pas soufflé mot. James n’en prit pas ombrage ; il comprenait aisément que ce dangereux épisode ne faisait pas partie du quotidien tranquille d’un médecin peu rompu aux subtilités de la guerre secrète que se livraient depuis des siècles les nations et les multinationales, dans le seul objectif d’assoir leur domination par la détention sans partage d’informations stratégiques et pas toujours reluisantes. De plus, il préférait le silence après le feu de l’action surtout quand il devait réfléchir aux conséquences immédiates de ses dernières décisions.
James se récapitula la situation ; une organisation privée versée dans le kidnapping et les crimes en tous genres, composée d’anciens militaires et d’agents de renseignements du bloc communiste, mettait des moyens importants pour connaitre l’étendue des dégâts suite au démantèlement d’un réseau international de blanchiment d’argent sale. Le docteur Na, pas chanceuse pour l’occasion, se retrouvait mêlée à cette sombre affaire parce qu’elle comptait parmi ses amis un des fraudeurs fiscaux qui allait à la soupe. Ce dernier l’avait impliqué, sans en mesurer les funestes conséquences dont sa propre mort faisait partie, dans un nettoyage systématique des maillons de la chaîne qui conduisaient certainement à la tête de cette entreprise souterraine. Quant à James lui-même, il figurait probablement en haut de la liste des personnes à éliminer pour la simple raison que c’était lui qui avait coupé les membres de l’hydre criminelle. Il allait devoir reprendre du service pour terminer une tâche qu’il pensait achevée quand il avait fourni des milliers de données à sa hiérarchie.
« Il faut tout faire soi-même, y compris tirer la chasse d’eau ! » pensa amèrement l’agent secret.



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