LMCC (4. "La Simonière") (Avec un résumé des chapitres précédents).

Date 13-12-2014 02:27:27 | Catégorie : Nouvelles confirmées


Le Mystère de la Chambre Close


Résumé des Chapitres précédents

Le Baron Armand de Valfort vient consulter Walter Morsirisse, détective privé, au sujet d’une lettre de chantage qu’il a reçue d’une inconnue qui signe : V.S.
Cette dernière laisse entendre qu’elle viendra chez-lui le même jour, à minuit, réclamer la somme d’argent exigée.
Le Baron invite Morsirisse à diner, ce même jour.
L’après-midi précédant l’heure du diner chez le Baron, Morsirisse vient rendre visite à son vieil ami Sanvergogne et lui parle de l’affaire. Ce dernier semble cacher quelque chose. Morsirisse n 'insiste pas car il sait que Sanvergogne tôt ou tard lui avouera ce qu'il sait. Il qutte donc son ami. Un peu plus tard....




"La Simonière"



Sanvergogne a le nez plongé dans le journal. Quand je dis « le journal » je veux dire « Le» journal. Le même journal qu'il a ramassé je ne sais où, je ne sais quand, et qu'il ouvre quand l'envie lui en prend. Si cela me gêne, je ne peux pas lui donner tort. Il ouvre le journal, mais il ne le lit jamais. Il le regarde. Il le fixe sans le voir. Pourquoi donc en acheter un tous les jours ? D'autant plus qu'il semble, de cette façon-là, se tenir parfaitement au courant des événements. Mieux que quiconque, devrais-je ajouter, car rien ne se passe dans ce pays sans qu'il n'en soit conscient. Je trouve cela très pratique et économique de sa part. Ne me demandez pourtant pas de vous expliquer la chose. Je l'ignore. Comme j'ignore presque tout ce qui touche à mon vieux copain.
En m'asseyant à côté de lui dans la voiture, je lui demande si les nouvelles sont bonnes. Il referme soigneusement son vieux canard et me rassure. Tout va bien dans le monde. Ensuite il démarre. Il lance la voiture à toute vitesse. Je le laisse conduire sans lui donner d'instructions. Je souhaite me balader un peu dans ce Paris dont je n'ai jamais assez. Au bout d’un moment, après avoir consulté ma montre et constaté qu’il est temps de me rendre chez le Baron, je fais signe à Sanvergogne.
« Est-on loin de la « Simonière, lui dis-je après lui avoir récité l’adresse du domicile du Baron de Valfort ?
 Non, mon capitaine C’est pas loin.
 Alors allons-y ! »
Sanvergogne fait faire demi-tour à la Citroën. Nous remontons les Champs-Élysées, rejoignons l'Avenue de la Grande Armée. Lorsque nous atteignons le Boulevard Maillot, il m'annonce que la rue des Muscadins approche sur la gauche. En moins d'une minute nous sommes devant la grille de la propriété. Sanvergogne s'en va sonner. Un moment après, un homme apparaît. Il est brun, de taille moyenne, large d'épaules. Il porte un costume gris qui ressemble à un uniforme ou un uniforme qui ressemble à un costume gris. Cette description cadre assez bien avec celle que je me suis faite d'Étienne Duboulet, le valet du baron. Un portrait brillamment insignifiant, et vague à souhait. Il est cependant ressemblant. Les domestiques ont à peu près tous la même physionomie, et plus on est vague en les dépeignant, plus on est précis. Un valet est un homme invisible. Allez décrire un homme invisible ! Mais passons encore une fois.
Voici donc Étienne Duboulet. Il est surpris de tomber face à face avec Sanvergogne. Sans oser ouvrir, il lui demande de derrière les barreaux de la grille ce qu'il cherche. Le ton de sa voix ne peut cacher une frousse facile à comprendre. Sanvergogne lui flanque ma carte sous les yeux. Il lui déclare que je suis attendu par le baron de Valfort. Étienne balbutie quelques mots exprimant son incertitude, et va faire demi-tour quand il me voit sortir de la Citroën. Il se demande ce qu'un homme avec une canne peut bien faire avec un géant. Un David boiteux avec ‘le professeur de gymnastique’ de Goliath. Cette image de toute évidence le tracasse. Étienne cherche une réponse dans sa tête. Il n'y trouve rien. Il laisse tomber un regard furtif sur le petit carré de bristol qu'il tient toujours dans la main. Pendant ce temps j'arrive à son niveau et me présente poliment. Ma civilité le rassure et l'encourage même à retrouver la mémoire.
« Monsieur Morsirisse, veuillez me pardonner… Monsieur le Baron m’a en effet prévenu de votre arrivée. Vous êtes sans doute un peu en avance.
-Sans doute.
-Que Monsieur m’excuse… Je vais ouvrir de suite. D’habitude la grille est ouverte, mais Monsieur le Baron aujourd’hui a donné des ordres pour qu’on la tienne fermée. Désirez-vous que je m’occupe de la voiture ?
-Non, merci Étienne. C’est bien votre nom, n’est-ce pas ?
-Oui, Monsieur. Étienne Duboulet.
- Eh bien, allons-y, Étienne ! Mon chauffeur reviendra me chercher plus tard. »
Étienne s’incline légèrement, puis tire un trousseau de clefs de sa poche. Pendant qu’il s’occupe d’ouvrir la grille, je fais un signe à Sanvergogne qui a déjà repris le volant de la Citroën. Mon ami comprend mon signal et me télégraphie un sourire, me laissant voir ses grandes dents - son ivoire, comme il dit, avec leurs incisives particulièrement développées qui ressemblent aux tablettes enduites de cire sur lesquelles, dans l'antiquité, on écrivait avec un poinçon. Ensuite, il emballe le moteur d’un coup, et disparaît.
Une fois seul avec le domestique, et la voie désormais libre, je pénètre dans la propriété. Précédé du valet, je me dirige vers l’entrée de l’immense villa éclairée par de puissantes lampes incrustées dans la pierre du péristyle. Après quelques pas, je m’arrête. Je désire profiter de l’occasion qui me permet de parler à Étienne sans témoin, pour lui poser quelques questions.
« Un instant, Étienne ! Dites-moi. Y-a-t-il longtemps que vous êtes au service du Baron ?
-Environ cinq ans, Monsieur.
- Etes-vous content de travailler ici ?
-Cela va de soi. N’est-ce pas ? J’espère aussi qu’il ne vous paraitra pas présomptueux de ma part de dire que monsieur le Baron a toujours été satisfait de mes services.
- Nullement présomptueux. En fait, le Baron de Valfort m’a déjà fait part de la satisfaction que vous lui avez donnée dans l’exercice de vos fonctions.
- Merci, Monsieur. Si Monsieur veut bien me suivre, ajoute-t-il en faisant mine de se remettre à marcher. »
De toute évidence, le brave Étienne n’aime pas qu’on l’interroge. Je le retiens donc en tapant légèrement sur son coude avec le pommeau de ma canne
« Encore un mot ! »
Etienne s’immobilise. J’enchaîne rapidement.
« C’est vous qui vous occupez du courrier du Baron, n’est-ce pas ? »
Étienne pâlit légèrement, mais sous la lumière forte du perron, son visage a pris une couleur sépulcrale. Il se ressaisit toutefois rapidement, Ses joues passent du blanc au rouge, tandis qu’en son for intérieur il passe de l’angoisse à la colère.
(A suivre)



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