Renaissance, Chapitre 5 partie 2

Date 23-06-2012 09:10:00 | Catégorie : Nouvelles


— Exactement ! souffla-t-elle. Comment ?
— C'est assez logique, surtout s'il existe déjà une dimension pour les Esprits ! Ils sont eux aussi une forme d'énergie, si je ne me trompe pas, mais il fallait que quelque chose les distingue pour qu'ils ne vivent pas dans la même dimension... conclut-il.
— Tu as parfaitement raison, fit Athéa, toujours aussi surprise par son ami. Tu es bien plus intelligent que ce que je pensais...
— Je te remercie, mais cela me paraît assez évident... s'exclama-t-il, avec une très sincère humilité.
— Je suppose que tu as saisi le but de la manœuvre ?
— Empêcher les différentes races de se détruire entre elles ? devina-t-il.
— Ce n'est pas totalement faux, concéda Athéa, toujours aussi admirative. En fait il s'agissait d'isoler les Démons, plus particulièrement.
— Pourquoi cinq dimensions, dans ce cas, et pas seulement deux ?
Probablement le plus grand mystère de ces quatre mille dernières années. Une question à laquelle personne n'avait su répondre.
— Personne n'a jamais vraiment su l'expliquer, mais certains érudits penchent pour une approche très simple : protéger les Humains de toute influence de la Magie ou de n'importe quelle forme d'influence ésotérique, expliqua-t-elle.
— C'est acceptable, mais...
La suite ne vint pas immédiatement. Il fixait le sol ou, du moins, en donnait-il l'impression. Il venait en fait de mettre le doigt sur un élément assez troublant. Athéa savait déjà à quelle question elle allait devoir répondre.
— Tu... Que... à quelle race est-ce que tu appartiens ? finit-il par demander.
— Je suis une Anandre, répondit-elle...
— Mais... mais que fais-tu dans cette dim... Et... et moi ? arriva-t-il à prononcer, de plus en plus perturbé.
— Dans l'ordre, je répondrais que je suis dans cette dimension pour toi, pour t'aider. Ensuite, je ne sais pas du tout si tu es Humain ou Anandre. Mais, d'un point de vue personnel, je dirais que tu pourrais tout aussi bien être les deux. L’Empathie n'est pas une forme de pouvoir, ni de manifestation ésotérique, mais plutôt un don. Je suis navrée, mais je ne peux pas répondre à ta dernière question.
— Tu es là pour moi ? Attends une minute, je ne comprends pas... commença-t-il.
— Tu es en quelque sorte ma mission... confia-t-elle en le coupant, consciente d'être loin de plaider pour sa cause.
— En quelque sorte ta mission, s'écria-t-il en se levant, son regard noir de colère se vissant dans celui de la jeune femme. Serait-ce une plaisanterie, Athéa ? Depuis combien de temps nous connaissons-nous ? Sept ans, huit ans... ? Qu'en sais-je ? N'as-tu pas jugé honnête ni même préférable de m'informer de ta mission avant de chercher à devenir mon amie ?
Il n'était plus en colère, loin de là. Lorsqu'il se mettait à palabrer de façon livresque, Andy était au-delà de cet état d'esprit. Une rage inconcevable venait de naître en lui, tout entière prête à se déverser sur la jeune femme si elle n'y mettait pas un frein immédiatement.
— Écoute-moi bien, jeune homme ! J'ai passé huit années de ma vie à te former et à te préparer à qui t'attend ! Ne pas te l'avouer était un choix personnel, imposé à moi à l'instant même où je t'ai vu pour la première fois ! Comment pouvais-je dire à un enfant de ton âge, à l'époque, qu'une lourde mission pesait sur ses épaules ? fit la jeune femme ne lui laissant aucune brèche dans laquelle s'enfoncer.
Décidément le connaître n'était pas suffisant pour garder son sang-froid... Encore moins pour lui faire face !
— La lourde quoi ? demanda-t-il, l'air très surpris, dans un mouvement de recul inachevé.
— Tu es le seul Empathe au monde, Andy. Si l’on essaye de détruire les murs qui séparent les dimensions, il te revient de l'empêcher !
— Pardon ? En quel honneur ? s'étrangla-t-il, reculant du même coup, jugeant peut-être que cela le mettrait à l'abri de la moindre obligation.
— Celui qui a créé ces mêmes dimensions était un Empathe, comme toi ! Voilà pourquoi !
— Tu me manipules depuis le jour de notre rencontre... finit-il par cracher, après un silence lourd de sens.
Athéa ne s'attendait pas à une telle sortie. Pire encore, elle ne s'attendait pas à le voir dans cet état.
Les bras le long du corps, le dos voûté et la tête baissée, il venait de s'abandonner à une incompréhension totale et à une déception dévastatrice. Plus aucune rage n'animait son esprit, désormais, la réalité le frappant de plein fouet.
La jeune femme n'avait aucune excuse, elle ne pouvait le nier et rien de ce qu'elle pouvait dire n'aurait convaincu Andy de ses bonnes intentions. Elle venait de raser, d'anéantir sa vie. La culpabilité la rongeait plus encore en cet instant que durant les huit années passées à lui dissimuler qui elle était et pourquoi elle avait été envoyée auprès de lui.
Si elle avait assumé sa mission dés le premier jour, rien de tout cela ne serait arrivé et les choses auraient été si simples.
Rien ne serait allé si vite.
— Andy, j'aurais dû être honnête avec toi, et je m'en suis voulu chaque jour...
— C'est pour cette raison que je ne t'écoute pas ? intervint-il, d'une voix basse et triste.
— Oui, mais je ne sais pas pourquoi, dut admettre la jeune femme. C'est un mystère pour moi. Mais là n'est pas la question, Andy... Dun'Am s'est éclairée et nous devons...
— Toi peut-être, répliqua-t-il sèchement, interrompant la jeune femme une seconde fois. Moi, je ne dois absolument rien !
Il se retourna et se dirigea vers la porte d’entrée. Athéa ne savait plus quoi faire, ni comment le retenir, mais elle savait qu'il était résigné à s'en aller et elle n'avait aucune échappatoire. Rien n'aurait été en mesure de le retenir, elle le connaissait trop bien pour en douter. Andy et elle avaient un point commun essentiel, dans leur amitié : ils étaient entiers et à leurs yeux, rien ne justifiait ce genre de trahison.
Pourtant, la jeune femme l'avait bel et bien trahi. Elle n'avait pas joué intentionnellement avec lui, mais le résultat, aux yeux du jeune Empathe, était le même ! Rien ne plaidait en faveur d’Athéa, à ses yeux, et il était en train de le prouver.
— Andy, s'il te plaît, supplia la Prêtresse...
Sans même se retourner, le jeune homme posa une main sur le loquet de la porte, et jeta par-dessus son épaule :
— Ne me demande plus jamais rien... En fait, ne cherche même plus à me voir ! Tu pourrais le regretter, et crois-moi, je suis très sérieux ! grogna-t-il, tout en ouvrant la porte.
En une fraction de seconde, il était sorti et le claquement de la porte fit sursauter Athéa.

Athéa demeura ainsi des heures, assise sur le sol, les yeux pleins de larmes, rivés sur une porte qui venait de sceller son avenir.
Il la détestait, elle en avait la certitude. Ou peut-être devait-elle lui laisser le temps de digérer toutes ces informations.
Sa naïveté soudaine l'énervait au plus haut point ! Cela faisait des années, en réalité, qu'elle pensait à ce qui allait se produire, si elle ne se confessait pas rapidement. Il était d'ailleurs trop tard depuis très longtemps, selon elle.
Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait faire désormais. Le forcer à assumer son rôle était inadmissible et, de toute façon, elle n'en avait ni le droit, ni l'envie, ni même le courage.
La vie de ce jeune homme venait d'être complètement bouleversée, sa vision du monde totalement détruite et ses convictions remises en cause, jusqu'à leurs bases les plus solides. Plus important encore, il venait de perdre confiance en la seule personne qu'il connaissait et avec qui il avait vécu les plus importants moments de sa vie. Sans s'en rendre réellement compte, Athéa n'avait pas seulement changé sa vie, elle l'avait probablement réduite à néant !
Il lui fallait de l'aide et elle savait à qui s'adresser... L'heure était venue de revoir de très vieilles connaissances !




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