| A + A -
Connexion     
 + Créer un compte ?
Rejoignez notre cercle de poetes et d'auteurs anonymes. Lisez ou publiez en ligne
Afficher/Cacher la colonne
Accueil >> newbb >> John Dewey Philosophe suite [Les Forums - Coin de la Philosophie]

Parcourir ce sujet :   1 Utilisateur(s) anonymes





John Dewey Philosophe suite
Administrateur
Inscrit:
14/12/2011 15:49
De Montpellier
Messages: 9411
Niveau : 63; EXP : 74
HP : 941 / 1568
MP : 3137 / 44873
Hors Ligne

Une critique de l'individualisme abstrait du libéralisme classique

John Dewey reproche au libéralisme classique de concevoir l'individu comme « quelque chose de donné, quelque chose de déjà là » avant les institutions. Au contraire, pour lui, ce sont les institutions, comme il le note dans son livre Reconstruction en philosophie qui créent les individus. De sorte que le libéralisme classique se trompe en analysant séparément le comportement des être humains et les choses physiques, erreur qui pour lui trouve sa source dans les dualismes, esprit/corps et théorie/pratique de la philosophie traditionnelle. Pour lui, il faut au contraire étudier les relations entre les individus et les institutions. Parlant de son libéralisme, il écrit dans The Future of Liberalism : le libéralisme sait qu'un individu n'est pas quelque chose de fixe, de donné fin prêt.
C'est quelque chose à achever et à achever non pas dans l'isolement mais avec l'aide et le support d'éléments culturels et physiques - en incluant dans culturel, l'économie, la loi et les institutions politiques aussi bien que les arts et sciencestrad.

Liberté et individualité

Pour Dewey, la liberté ne peut être seulement une absence de contraintes. L'individu doit accéder à l'individualité qui est à la fois réflexive, sociale et qui doit être exercée pour être aimée . Elle est réflexive au sens où l'individu doit être capable de choisir en procédant à un examen critique des alternatives.
Elle est sociale car elle exige une participation aux décisions qui contribuent à forger les conditions de vie. Enfin, l'être humain ne doit pas avoir seulement l'opportunité de prendre des décisions, il doit réellement en prendre.
Dewey, de façon générale, veut remplacer des politiques de laissez-faire par des politiques fondées sur un contrôle social intelligent basées sur une participation active des individus vue comme un moyen d'atteindre une cohérence transcendante. En général, les chercheurs qui ont étudié Dewey estiment que sa conviction que des individus instruits peuvent arriver à un objectif commun est liée au christianisme de sa jeunesse58. Dans Christianity and Democracy, il écrit : L'incarnation de Dieu en l'Homme ... devient une chose vivante et présente ... la vérité descend dans la vie, la séparation est retirée ; ce qui conduit à une vérité commune présente dans tous les domaines d'action, et non plus dans une sphère isolée appelée religion .

Sur la démocratie

Le Sénat des États-Unis. Pour Dewey, la démocratie n'est pas un bâtiment, c'est aussi un mode de vie, une participation à la vie publique.
Pour Dewey, penser que la démocratie est seulement une forme de gouvernement, c'est comme penser qu'une église n'est qu'un bâtiment, c'est oublier l'essentiel. Pour lui, la finalité essentielle de la démocratie est l'éthique, c'est-à-dire le développement de la personnalité. C'est aussi une façon de gérer des conflits de valeurs. Il explique :
"La démocratie est la forme de société dans laquelle tout homme possède une chance, et sait qu'il la possède ... la chance de devenir une personne. Il me semble que l'on peut concevoir la dominante de la démocratie, comme mode de vie, comme la nécessaire participation de tout être humain adulte à la formation des valeurs qui règlent la vie des hommes en commun."
La démocratie est pour lui un pré-requis à la liberté au sens de l'individualité88. L'individu n'est pas pour lui un atome mais un être en relation avec les autres, ce qui le conduit à rejeter les théories du contrat social à la Jean-Jacques Rousseau puisque dans ce cas les relations préexistent89 à la société, alors que l'essentiel réside dans les interactions sociales dans la société. Si pour lui la philosophie et la démocratie sont liées, c'est que dans les deux cas, les choix ne peuvent être imposés de l'extérieur. Dans les deux cas, c'est à travers la discussion, les questions et les réflexions, que nos convictions s'enracinent en nous, deviennent nôtres.
C'est parce que l'individu doit participer au débat de façon à se réaliser que Dewey se méfie des experts. Toutefois, pour Festenstein, chez Dewey, la démocratie est instrumentale et d'une certaine façon minimale. Certes, la démocratie permet la participation des citoyens et les protège des experts qu'il voit comme une oligarchie dont les intérêts ne sont pas forcément ceux des citoyens mais, malgré tout, les techniciens experts conservent une place importante dans l'enquête sociale, la pièce maîtresse de sa philosophie, celle qui conditionne sa foi dans la démocratie. Dans cette optique, pour Joëlle Zask, chez Dewey "la participation est le terme éthique et politique qui équivaut à l'expérimentation". En lien avec le darwinisme de Dewey, si les institutions politiques et administratives doivent favoriser à la fois le processus démocratique et la participation des citoyens, elles n'en demeurent pas moins contingentes et soumises à l'obligation d'évoluer sans cesse en fonction des problèmes90.

Le public et ses problèmes

Le livre de Dewey Le Public et ses problèmes est publié en 1927 en partie pour traiter un thème abordé par Walter Lippmann dans ses deux livres : Public Opinion (1922) et The Phantom Public 1925. Les problématiques de base de ces ouvrages sont assez proches : Il s'agit de dénoncer le mythe libéral de l'omnicompétence des citoyens et d'étudier des pistes visant à une meilleure intégration du public dans le système de décision des pays qui à la fois deviennent des Grandes Sociétés et doivent s'insérer dans une société monde.

Le public et l'État

Pour Dewey, l'État n'a rien de métaphysique comme chez les hégéliens. Il ne dépend pas non plus d'une cause unique comme la volonté générale chez Jean-Jacques Rousseau, ni de raisons historiques ou psychologiques comme la peur chez Hobbes. L'État est de nature essentiellement fonctionnelle et tient à la nécessité de gérer les conséquences des actes des hommes. Pour lui, il y a un État parce que les actes humains ont des conséquences sur d'autres hommes, que certaines de ces conséquences sont perçues, et que leur perception mène à un effort ultérieur pour contrôler l'action de sorte que certaines conséquences soient évitées et d'autres assurées. C'est uniquement parce que les gens prennent conscience qu'une telle fonction doit être assurée qu'un public se forme et constitue un État. Pour Dewey, l'État est l'organisation du public effectuée par le biais de fonctionnaires pour la protection des intérêts partagés par ses membres. Mais, ce qu'est le public, ce que sont les fonctionnaires, s'ils assurent convenablement leur fonction, voilà des choses que nous ne pouvons découvrir qu'en allant dans l'histoire"

Le public et la politique

Dewey veut désubstantialiser la politique, c'est-à-dire ne pas la limiter aux cercles du pouvoir mais faire en sorte que les individus puissent enrichir et développer leur individualité en participant à la politique de façon concrète à partir des problèmes qui se posent à eux. Il n'y a organisation politique du public que s'il prend conscience de ses intérêts et de lui-même. Cette prise de conscience est facilitée par l'éducation et rendue plus efficiente par la théorie de l'enquête. La politique, pour Dewey, c'est quand des personnes indirectement affectées par un problème qui limite leur possibilité d'individuation deviennent actives non plus seulement au niveau social mais au niveau politique, c'est-à-dire pour promouvoir des régulations légales ou institutionnelles plus adaptées. Dit autrement :
"la tâche essentielle du public est d'assurer un mouvement de passage entre les situations sociales problématiques et les actes de réglementation politique."

Éducation et démocratie chez Dewey
L'University of Chicago Laboratory Schools

Lorsque Dewey arrive à Chicago en 1886, la ville compte de nombreux mouvements éducatifs progressistes :
"la Société Herbart pour l'étude scientifique de l'enseignement, le Mouvement pour l'étude de l'enfant, le Mouvement pour l'éducation manuelle, le Mouvement hégélien de William Harris et le Mouvement du colonel Parker".
Dewey envoie ses enfants à l'école du colonel Parker, bien qu'Harris le voit comme un de ses disciples. En 1896, il crée une école-laboratoire au sein de l'université de Chicago, l'University of Chicago Laboratory Schools ; à ses débuts elle compte seize enfants et deux maîtres. En 1903, elle compte 140 élèves, 23 instituteurs et dix assistants100. Les élèves dont les parents appartiennent au corps enseignant de l'université de Chicago sont peu nombreux. Dewey fixe à cette expérience deux objectifs : être une source d'inspiration pour d'autres et constituer un centre de recherche dans le domaine de la pédagogie.
Les élèves sont répartis en onze groupes d'âge et vont en classe pour faire des choses : cuisiner, coudre, travailler le bois et utiliser des outils pour des actes de construction simples, et c'est dans le contexte et à l'occasion de ces actes que s'ordonnent les études : écriture, arithmétique, etc L'école expérimentale, pour Westbrook, est d'abord une expérience d'éducation à la démocratie. L'esprit démocratique ne doit pas seulement animer les élèves mais également les enseignants qui doivent participer à la gestion des établissements. Dewey est critique sur ce qui s'est passé aux États-Unis où le pouvoir à l'école est passé des politiques aux directeurs sans que le caractère autocratique du pouvoir n'ait été modifié. Pour lui, la participation des élèves est importante. Il écrit à ce propos : tant qu'on ne s'attache pas à créer des conditions obligeant l'enfant à participer activement à la construction personnalisée de ses propres problèmes et à concourir à la mise en œuvre des méthodes qui lui permettront de les résoudre (fût-ce au prix d'essais et d'erreurs multiples, l'esprit ne peut être réellement libéré
Suite au rattachement de l'école de Francis Parker en 1903, les enseignants de celle-ci refusent la participation à l'école de M. et Mme Dewey. Ce désaccord est tranché en leur faveur par le président de l'université de Chicago, qui congédie l'épouse de Dewey, lequel démissionne en 1904.

Pragmatisme, instrumentalisme et pédagogie

La pédagogie de Dewey est très marquée par son instrumentalisme qui veut que la pensée aide l'humanité à survivre et à accroître son bonheur105. Tout comme sa philosophie est basée sur le refus du dualisme entre pensée et pratique et sur une interaction entre les deux, de même, l'école a pour fonction de partir de l'expérience des enfants et de lui donner une direction à partir des quatre impulsions qui sont : de communiquer, de construire, de chercher à savoir et d'affiner son expression.

Le Lapin blanc d'Alice au pays des merveilles.

Cette façon de voir le distingue des deux courants pédagogiques qui s'opposent vers 1890, à savoir : les traditionalistes et les partisans d'une pédagogie centrée sur l'enfant. Aux premiers, il reproche de ne pas établir de liens entre ce qui est enseigné et les intérêts et activités des enfants. Aux seconds, il reproche d'être trop centrés sur l'enfant et d'oublier la société, la réalité économique. Pour Dewey, en effet, il ne faut pas traiter les intérêts et les capacités de l'enfant comme des choses significatives par elles-même, car les faits et les vérités qui entrent dans l'expérience de l'enfant et ceux que renferment les programmes d'étude sont le terme initial et le terme final d'une même réalité.
La pédagogie de Dewey est en général considérée comme très exigeante pour l'enseignant. Matthew et Edwards, deux auteurs qui ont étudié sa pédagogie, comparent le rôle de l'institutrice à celui d'Alice dans le roman de Lewis Carroll :
"comme Alice, écrivent-t-ils, l'institutrice doit passer avec ses enfants derrière le miroir et, dans ce prisme de l'imaginaire, elle doit voir toutes choses avec leurs yeux et avec les limites qui sont celles de leur expérience ; mais, lorsque la nécessité s'en fait sentir, elle doit être capable de recouvrer sa vision exercée et, avec le point de vue réaliste de l'adulte, de fournir aux enfants les repères du savoir et les outils de la méthode."

Démocratie et éducation

Longtemps, John Dewey a perçu la pédagogie comme un moyen essentiel de démocratisation de la vie américaine avant de miser davantage sur l'action politique.
In fine, pourtant, selon Westbrook, la diffusion de la philosophie s'est plus réalisée à travers son œuvre pédagogique qu'à travers ses ouvrages philosophiques. Il écrit son ouvrage plus abouti sur la pédagogie, Démocratie et éducation, en 1916 juste avant de produire ses grandes œuvres philosophique. Le succès de ce livre, régulièrement réédité en anglais, tient à ce qu'il pose les questions de fonds sur l'enfant et la société qui s'ouvre devant lui. Selon Gérard Deledalle, pour Dewey,
"l'école n'est pas un moyen d'adapter l'enfant à la société des adultes, quelle qu'elle soit ; l'école est la société où l'enfant se prépare à la société qui sera la sienne demain".
Pour Dewey, la fonction essentielle de l'école est d'aider l'enfant à acquérir du caractère, c'est-à-dire une somme d'habitudes et de vertus qui lui permettront de se réaliser pleinement. Pour cela, il faut utiliser au mieux le désir inné qu'il perçoit chez les enfants, de donner, de faire, c'est-à-dire de servir. Il se méfie d'une école basée sur la crainte et la rivalité car elle fait perdre le sens de la communauté au profit de motivations individualistes. Ce type d'école conduit également les plus faibles à perdre leur capacité et à intérioriser leur position d'infériorité scolaire. Au contraire, elle doit favoriser le sens social et démocratique en étant une communauté coopérative, c'est-à-dire une institution qui soit, provisoirement, un lieu de vie pour l'enfant, où l'enfant soit un membre de la société, ait conscience de cette appartenance et accepte d'apporter sa contribution .

Dewey et l'éducation progressive

Article connexe : Éducation nouvelle.
Selon Gérard Deledalle, Dewey est considéré comme le théoricien — le porte-parole, le représentant et le symbole de l'éducation progressive en Amérique et dans le monde, qu'on l'en félicite ou qu'on lui en fasse le reproche. Les reproches viendront très rapidement aux États-Unis et dés la fin des années 1920, il lui sera reproché tout ce qui ne va pas dans le système éducatif de son pays. Ailleurs, son influence se fait également ressentir, notamment dans la réforme chinoise de 1922. En Irak, il a eu de nombreux disciples dont Mohammed Fadhel Jamali.
Une des forces de la pédagogie de Dewey, ce qui le distingue des autres pédagogies progressives américaines, tient à ce qu'il ne propose pas des recettes mais des méthodes d'expérimentation. Il eût aussi la chance d'avoir des disciples compétents : William H. Kilpatrick, Georges Counts et John L. Childs. Toutefois si Dewey est classé parmi l'éducation progressive, il n'appartient pas à l'école progessiste romantique centrée sur l'enfant et la réalisation du soi. En effet, conformément à sa philosophie, l'enfant, comme tout individu, interagit avec son environnement et son moi se heurte aux contraintes de la réalité et lui font faire des expériences d'adaptation.
Il ne participe pas aux congrès de la Ligue internationale pour l'éducation nouvelle, hormis celui de 1934 en Afrique du Sud, mais, traduit en français dès 1913, il est considéré comme une référence par des praticiens francophones de l'école nouvelle comme Célestin Freinet, Roger Cousinet ou Ovide Decroly, et d'autres partisans des méthodes de pédagogie active. Entre Dewey et eux, il existe une différence de perspective. Ce sont d'abord des pédagogues, même s'ils sont conscients des enjeux politiques et sociaux de l'école. Dewey est d'abord un philosophe qui intègre d’emblée la pédagogie dans le cadre plus vaste de sa pensée philosophique. Sa pédagogie est également proche sur certains points de celle du sociologue français Émile Durkheim. Tous deux donnent à l'école la mission de faire vivre un sentiment de société et assigne au maître d'école un rôle de coordinateur. Toutefois leur conception de la nature humaine est radicalement différente. Durhkeim voit l'enfant comme une table rase dont il faut que, par les voies les plus rapides, à l'être égoîste et asocial qui vient de naître, elle [la société] en ajoute un autre, capable de mener une vie morale et sociale. Dewey voit dans cette perception de l'homme des réminiscences du dualisme âme/corps. L'immaturité de l'enfant n'est pas un manque, elle est plutôt la base à partir de laquelle il va pouvoir faire des expériences, c'est une force positive, une capacité d'agir, une possibilité de croissance qui ne demande qu'à être stimulée et dirigée.

Influence et postérité, Quelques regards critiques
Critique de la philosophie de Dewey par Russell et Santayana

George Santayana, un philosophe critique vis-à-vis de la philosophie Dewey.
Selon Bertrand Russell, la vérité pour les philosophes professionnels est le plus souvent statique et finale, parfaite et éternelle et, en terme religieux, peut être identifiée à la raison divine ou la rationalité que nous partageons avec Dieu. Russell tient la table de multiplication comme étant la perfection en matière de vérité. D'une manière générale chez ce philosophe, la vérité est liée avec les mathématiques. Dewey, au contraire, partage avec Hegel une vision plus organique du monde, mais alors que chez le philosophe allemand, l'existence d'un absolu n'est pas remise en cause, au contraire, chez Dewey tout est processus sans idée d'éternité ou d'ordre éternel de la nature. Où, plutôt pour Russell, cet ordre sous-tend la théorie de Dewey sans qu'il arrive à comprendre jusqu'à quel point Dewey en est conscient.
Bertrand Russell estime que la principale divergence entre lui et Dewey est que qu'il juge une croyance par ses effets alors que moi je la juge par ses causes.
Si la vérité est déterminée par ce qui est arrivé, elle est indépendante de volonté présente ou future. Au contraire, voir la vérité comme assertabilité garantie comme chez Dewey, introduit une possibilité pour l'homme de peser sur ce qui doit être asserté. C'est ainsi que pour Russell, un partisan de Dewey ingénieux pourrait arriver à l'assertabilité garantie que Jules César n'a pas franchi le Rubicon.
Pour Russell, la pensée de Dewey est très liée au monde de la révolution industrielle et il se déclare d'accord avec George Santayana lorsque ce dernier écrit chez Dewey, comme dans la science et l'éthique présente, il y a une forte tendance quasi-hégélienne à dissoudre l'individu dans ses fonctions sociales, comme tout ce qui est substantiel et véritable en quelque chose de relatif et de transitoire.

Critique de la démocratie délibérative de Dewey par Posner

Pour Richard Posner, le mot démocratie a deux significations principales chez Dewey. La première consiste en une perception épistémique de la démocratie qui rompt à travers la théorie de l'enquête avec une démarche de recherche essentiellement individualiste. La seconde réside dans une vision de la démocratie comme système de décision politique où les décideurs sont élus. Posner nomme démocratie délibérative la tentative de Dewey de concevoir la démocratie ni comme un conflit d'intérêt comme dans la théorie des choix publics, ni comme une agrégation de préférences comme les disciples de Jeremy Bentham, ni comme une surveillance de l'élite au pouvoir à la façon de Joseph Schumpeter, mais comme une mise en commun de différentes approches suivie de débats pour sélectionner la meilleure. Selon Posner, cette démocratie délibérative est presque aussi purement une espérance d'un irréalisme sans espoir que le gouvernement par des gardiens platoniciens. Selon lui, un des seuls avantages de ce système est permettre aux politiques de prendre le « pouls de l'opinion publique.
Posner adresse plusieurs autres critiques à John Dewey. Il estime que, comme bien des intellectuels, il exagère l'importance de la connaissance et de l'intelligence dans les affaires publiques. Par ailleurs, il craint qu'impliquer les citoyens dans la vie publique soit plus susceptible d'affaiblir la démocratie que la renforcer. À cela deux raisons. D'une part, l'implication des citoyens risque plus d'exacerber les conflits que d'en faciliter une résolution rationnelle. D'autre part, les citoyens connaissent surtout leurs intérêts. Les impliquer dans la vie publique leur fait aborder des champs qu'ils connaissent mal et risque fort de les distraire de la poursuite de leurs affaires de sorte que et la vie publique et la vie privée vont en pâtir. Si, selon Richard Posner, la démocratie représentative, qui est de nature aristocratique au sens aristotélicien du terme de gouvernement par les meilleures, est supérieure, l'important pour lui est ailleurs. Il est d'abord dans la liberté d'expression et dans celle d'enquêter comme le soulignait déjà John Stuart Mill dans son livre Liberté.

Dewey, l'école institutionaliste américaine et le capitalisme raisonnable
Articles connexes : institutionnalisme américain et John Rogers Commons.

John Rogers Commons, un économiste américain marqué par la philosophie de Dewey.
Des économistes se sont intéressé aux liens entre la philosophie de John Dewey et l'institutionnalisme américain. Pour Rick Tilmman, la théorie politique instrumentaliste de John Dewey constitue la contrepartie politique de l'institutionnalisme économique, Laure Bazzoli et Véronique Dutraive ont étudié d'une part l'influence de la philosophie pragmatique de Dewey et de Peirce sur l'épistémologie de l’institutionnalisme américain puis sur le lien entre la philosophie de Dewey et les réflexions de John Rogers Commons sur le capitalisme raisonnable.
Il est possible de discerner au moins deux grands points de convergence entre le pragmatisme, notamment celui de Dewey, et l'institutionnalisme américain. D'une part, tout comme le pragmatisme de Dewey, les institutionnalistes rejettent le dualisme cartésien qui permet à l'école néoclassique de considérer comme hors de son champ la psychologie de l'être humain pour se centrer sur la rationalité. C'est ainsi que Veblen va mettre en avant les instincts, les habitudes et les transactions et Commons la volonté, les coutumes et les transactions. D'autre part, l'individu chez Dewey n'est pas isolé et n'est pas seulement réactif à son environnement mais cherche à s'adapter à son environnement de façon plus complexe et plus globale, notamment à travers les institutions lois, transactions, gouvernements, organisations etc. que dans la théorie néoclassique. Commons traduit le concept d'individualité de Dewey en considérant l'individu comme une personne et un esprit institutionnalisé.
John Rogers Commons reprend la théorie de l'enquête de Dewey et, comme lui, voit la démarche scientifique comme la réduction de la philosophie sociale en théories et hypothèses pour l'investigation. Commons va mettre en œuvre des enquêtes sociales dans ses recherches pour rendre la capitalisme meilleur. Pour Bazzoli et Dutraive, la convergence entre John Dewey et John Rogers Commons s'étend à leur philosophie sociale fondée sur la démocratie. Elles considèrent également que les valeurs raisonnables et la pratique du capitalisme raisonnables peuvent constituer le prolongement cohérent de la philosophie de Dewey et le rendre opératoire dans le domaine de la vie économique, comme point d'ancrage essentiel, dans le monde, d'une démocratie créatrice. À la question : qu'est-ce une valeur raisonnable chez Commons ?, il est possible de répondre que ce sont des valeurs qui ont émergé d'un processus à la Dewey de résolutions successives de problèmes. Toutefois, Commons est plus concret que Dewey et ses processus incluent les arrêts de la Cour suprême des États-Unis ou d'instances politiques.

Présence de la pensée de Dewey aujourd'hui

John Dewey a été le philosophe américain le plus influent durant la première moitié de xxe siècle. Puis sa pensée a connu une éclipse. Durant cette période, sa vision de la démocratie est vue par Reinhold Niebuhr et les réalistes qui dominent la pensée politique comme relevant d'un optimisme aveugle. À cette période, sa théorie de l'enquête est souvent perçue, tant à gauche qu'à droite, comme une reprise creuse et peut-être dangereuse de la méthode scientifique. Avec le déclin de la philosophie analytique, son œuvre revient sur le devant de la scène. Ce mouvement de retour à Dewey et au pragmatisme est initié par plusieurs philosophes, dont Richard Rorty et Hilary Putnam pour ne citer que les plus influents. De nos jours Dewey est souvent considéré comme un précurseur des philosophes Charles Taylor et Jürgen Habermas, tout comme une des sources d'inspiration des notions de démocratie délibérative ou participative.
Si en Angleterre la pensée de Dewey a été très discutée et critiquée, notamment par Bertrand Russell, en France sa pensée philosophique a été longtemps ignorée, seuls certains de ses livres de pédagogie ayant été traduits. Sa philosophie ne sera réellement connue et étudiée qu'à partir de 1967 et la traduction par Gérard Deledalle du livre La Logique. Depuis, ses principaux ouvrages sont disponibles en français.
Après sa mort, les opposants aux méthodes progressistes en pédagogie, comme Allan Bloom, ont eu tendance à faire de Dewey le coupable dans tout ce qui ne va pas dans le système éducatif américain et à en faire le représentant d'une école centrée sur l'enfant d'inspiration romantique et rousseauiste, ce qu'il n'était pas et ce qu'il avait récusé très fortement. Malgré tout, la pensée pédagogique de Dewey reste forte aux États-Unis et gagne du terrain en France, pays pourtant marqué par la pensée d'Émile Durkheim. Au niveau mondial, Meuret considère le programme PISA comme proche de la pensée de Dewey. S'il ne croit pas qu'il ait été conçu par des disciples de Dewey, malgré tout la proximité de démarche est pour lui un signe de la fécondité de la pédagogie de Dewey.
Récemment des articles de journaux ont mis l'accent sur l'influence de la pensée de Dewey sur le président Obama. De façon plus anecdotique, l'anthropologue Alice Dewey, une petite-fille de John Dewey, a dirigé la thèse de la mère d'Obama, Ann Dunham147 et ses filles ont été scolarisées dans une école à pédagogie Dewey.


En Europe, et plus particulièrement en France, John Dewey n'a pas bénéficié de la reconnaissance que son œuvre aurait dû lui valoir. En dépit des efforts entrepris par des philosophes comme Gérard Deledalle, qui fut le premier à s'y intéresser, et à l'exception de sa Logique, ses œuvres philosophiques majeures commencent seulement à être traduites. Il est vrai qu'aux États-Unis, son influence a largement décru pendant plus de trente ans, après avoir été très importante, en pédagogie notamment. Ce n'est que depuis une vingtaine d'années que son œuvre éveille à nouveau l'intérêt, en relation avec les réserves qui ont frappé la philosophie analytique. Par rapport aux courants qui ont façonné la philosophie depuis la fin du XIXe siècle, le pragmatisme est certainement l'un des plus originaux, quelle que soit sa parenté avec des philosophies plus spécifiquement européennes ou continentales, comme celles de Kant, de Hegel ou de Darwin. Que ce soit par son naturalisme, tel qu'il s'exprime dans la notion d'expérience, ou par ce qui l'oppose à toute téléologie historique, la pensée de Dewey reste l'une de celles qui illustre le mieux l'unité de la théorie et de la pratique en faveur de laquelle il n'a cessé d'œuvrer.


Publications

En langue française

John Dewey (trad. Ou Tsui Chen), Mon credo pédagogique [« My Pedagogic Creed, 1897 »], Paris, Vrin, 1958 (1re éd. 1931)
John Dewey, L’École et la société [« The School and Society, 1900 »]
Traduction partielle dans L'Éducation, juin 1909 et décembre 1912
John Dewey (trad. O. Decroly), Comment nous pensons [« How we Think, 1900 »], Paris, Flammarion, 1925
John Dewey (trad. R. Duthil), Les Écoles de demain [« Schools of Tomorrow, 1915 »], Paris, Flammarion, 1931
John Dewey (trad. Gérard Deledalle), Démocratie et éducation [« Democracy and Education, 1916 »], Paris, Armand Colin et Nouveaux Horizons, 1990 (1re éd. 1975) (présentation en ligne)
John Dewey (trad. Pierre Messiaen), Liberté et culture [« Freedom and Culture, 1939 »], Paris, Aubier, 1955
John Dewey (trad. Gérard Deledalle), Logique : la théorie de l'enquête, Presses universitaires de France, coll. « L'interrogation philosophique », 1993, 2e éd. (1re éd. 1967) (ISBN 2130451764 et 978-2130451761)
John Dewey (trad. Joëlle Zask), Le Public et ses problèmes, Folio, coll. « Folio essais », 23 avril 2010 (réimpr. 2010 Éditions Farrago/Université de Pau) (1re éd. 2003) (ISBN 978-2070435876)
John Dewey (trad. Patrick Di Mascio), Reconstruction en philosophie, Éditions Farrago/Université de Pau, 2003
John Dewey (trad. Ovide Decroly), Comment nous pensons, Les Empêcheurs de penser en rond, coll. « Comment faire de la philosophie ? », 2004 (1re éd. 1909) (ISBN 978-2846711173)
John Dewey, L'École et l'enfant, Fabert, 2004 (1re éd. 1913)
John Dewey (trad. Jean-Pierre Cometti et al.), L'Art comme expérience, Gallimard, 2010 (1re éd. 2005)
John Dewey (trad. Alexandra Bidet, Louis Quéré et Gérôme Truc), La Formation des valeurs, Paris, La Découverte, 2011
John Dewey (trad. Joëlle Zask), Expérience et Nature [« Experience and Nature »], Gallimard, 2012

En langue anglaise

(en) John Dewey, Psychology, 1887
(en) John Dewey, Leibniz's New Essays Concerning the Human Understanding, 1888
(en) John Dewey, The School and Society, 1900
(en) John Dewey, Lectures on Ethics, 1900-1901, Southern Illinois University Press, 1991
(en) John Dewey, The Child and the Curriculum, 1902
(en) John Dewey, Studies in Logical Theory, 1903
(en) John Dewey, Moral Principles in Education, The Riverside Press Cambridge, 1909
(en) John Dewey, How we Think, 1910
(en) John Dewey, The Influence of Darwin on Philosophy: And other essays in contemporary thought, 1910
(en) John Dewey, Democracy and Education: An introduction to the philosophy of education, 1916
(en) John Dewey, Essays in Experimental Logic, 1916
(en) John Dewey, Essays in Experimental Logic, 1918
(en) John Dewey, Reconstruction in Philosophy, 1919
(en) John Dewey, Human nature and conduct: An introduction to social psychology, Carlton House, 1922
(en) John Dewey, Experience and Nature, 1925
(en) John Dewey, The Quest for Certainty, 1929
(en) John Dewey, Art as Experience, 1934
(en) John Dewey, A Common Faith, 1934
(en) John Dewey, Liberalism and Social Action, 1935
(en) John Dewey, Experience and Education, 1938
(en) John Dewey, Logic: The theory of inquiry, 1938
(en) John Dewey, « Theory of Valuation », dans International Encyclopedia of Unified Science, vol. 2.4, 1939
(en) John Dewey, Freedom and Culture, 1939
(en) John Dewey et Arthur Bentley, Knowing and the Known, 1949
(en) John Dewey, Ethics of Democracy dans Jo Ann Boydston (dir.), The Early Works, 1882-1898, vol. 1, Carbondale, Illinois, Southern Illinois University Press, 1969-1975, p. 246 et suivantes
Ouvrage en 5 volumes
(en) John Dewey, Christianity and Democracy dans Jo Ann Boydston (dir.), The Early Works, 1882-1898, vol. 4, Carbondale, Illinois, Southern Illinois University Press, 1969-1975, p. 9 et suivantes
Ouvrage en 5 volumes
(en) John Dewey, The Future of Liberalism dans Jo Ann Boydston (dir.), The Later Works, 1882-1898, vol. 11, Carbondale, Illinois, Southern Illinois University Press, 1981-1990, p. 291 et suivantes
Ouvrage en 17 volumes
(en) John Dewey, The Educational Situation, Arno press/The New York Times, 1969
(en) John Dewey, Dictionary of Education, Greenwood press, 1972
(en) John Dewey, The Middle Works, 1899-1924, Londres et Amsterdam, Southern Illinois University Press/Feffer & Simons, 1977
(en) John Dewey, Philosophy & Education in Their Historic Relations, Westview Press, 1993
(en) John Dewey, The Political Writings, Cambridge, Mass., Hackett, 1993
Center for Dewey Studies[modifier | modifier le code]
Le Center for Dewey Studies de la Southern Illinois University a rassemblé les écrits de John Dewey en trois séries d'ouvrages : The Early Works, The Middle Works et The Latter Works (premiers, intermédiaires et derniers travaux). La collection est publiée par la Southern Illinois University Press (SIU Press) sous la direction de Jo Ann Boydston149, qui a aussi été la directrice du Center for Dewey Studies150,151.


Liens

http://youtu.be/oKKdCWTKATA Sa vie son oeuvre en Anglais
http://youtu.be/Lf4geVXiYa8 "le philosophe " en anglais
http://youtu.be/jKyrfg5z9aw John dewey éducation en Anglais


Cliquez pour afficher l


Cliquez pour afficher l


Cliquez pour afficher l

Attacher un fichier:



jpg  John-Dewey-Time-magazine-400x210.jpg (35.01 KB)
3_5262a69f263e7.jpg 400X210 px

jpg  120260-John+dewey+quotes+7.jpg (46.98 KB)
3_5262a6ababe3b.jpg 581X416 px

jpg  978-0-226-14401-6-frontcover.jpg (60.85 KB)
3_5262a6b8c36ce.jpg 381X605 px

jpg  E_0000840575.jpg (63.28 KB)
3_5262a6ca5f9b9.jpg 468X470 px

Posté le : 19/10/2013 17:35
Transférer la contribution vers d'autres applications Transférer



 Haut   Précédent   Suivant




[Recherche avancée]


Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

Connexion
Identifiant :

Mot de passe :

Se souvenir de moi



Mot de passe perdu ?

Inscrivez-vous !
Partenaires
Sont en ligne
45 Personne(s) en ligne (19 Personne(s) connectée(s) sur Les Forums)

Utilisateur(s): 0
Invité(s): 45

Plus ...