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Accueil >> newbb >> Charles D'Orléans [Les Forums - Histoire de la Littérature]

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Charles D'Orléans
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Le 5 Janvier 1465 à Amboise, à 70 ans, meurt Charles d'Orléans,

né à Paris le 24 novembre 1394, duc d'Orléans, prince français, connu surtout pour son œuvre poétique réalisée lors de sa longue captivité anglaise. Il est le fils de Louis Ier, duc d'Orléans, le frère du roi de France Charles VI, et de Valentine Visconti fille du duc de Milan.
Il est comte de Valois et de Blois, issu de la branche capétienne des Valois, il est prétendant au duché de Milan, Comte d'Asti, il participe au Conflits de la Guerre de Cent Ans et il prend une part à la Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, fils de Louis 1er duc d'Orléans et de Valentine Visconti, marié à Isabelle de Valois et de Marie de clèves, il a trois enfants , Marie, louis et Anne.

Le poète

Le rapport entre la vie et les poèmes de Charles, duc d'Orléans, fils de Louis d'Orléans, qui fut tué par Jean sans Peur en 1407, et père de Louis XII, est plus compliqué que ne le ferait croire, par exemple, un rapprochement entre les ballades où il nous parle de son exil et l'histoire qui nous apprend ses vingt-cinq ans de captivité en Angleterre, après Azincourt en 1415. L'espace, de mer et de temps, qui le sépare de tout ce qu'il aime constitue le lieu où s'élabore le théâtre allégorique de sa pensée : là se joue le drame intérieur d'une conscience cherchant à faire régner la sagesse de la raison sur un cœur tenté par la passion ou envahi par la mélancolie.
Rentré en France en 1440, et réunissant autour de lui quelques amis qui partagent ses goûts et cultivent ses manies, le poète évoque, sans doute, en rondeaux vifs et animés, les plaisirs du monde quotidien, mais c'est pour creuser encore l'écart entre les yeux qui se divertissent du spectacle et la pensée qui réfléchit.
Le calendrier poétique ramène les petits événements des jours qui passent au rythme essentiel de la vie. Le manuscrit personnel du prince, où sont conservés ses poèmes, parfois autographes, avec les répliques que lui donnent ses amis, s'organise d'abord selon un plan esthétique distinguant nettement les ballades amoureuses, encadrées par les deux fictions de la Retenue et de la Départie d'amour, les ballades diverses, les chansons, les caroles et les complaintes.
La plupart de ces poèmes, transcrits avec soin, ont été composés en Angleterre.
Ils ont pour thème directeur le service d'une dame dont l'identité intrigue les biographes, et qui n'est pas nécessairement l'une de ses deux premières épouses, Isabelle de France ou Bonne d'Armagnac.
Plus significatif est le dédoublement qui se manifeste déjà entre le moi amoureux et la pensée qui le surveille.
Par la suite, la composition du recueil se brouille : des poèmes sont rajoutés au fur et à mesure de leur création, avec moins de soin dans la présentation. Les rondeaux ne prétendent plus être chantés, les ballades s'ajoutent aux deux cahiers déjà constitués. Peut-on retrouver désormais un ordre chronologique ? Le désordre de ces feuillets, le caprice du prince rendent une telle enquête difficile dans le détail.
Mais on remarque le retour des mêmes thèmes, la surimpression de sentiments divers et, par un rapprochement fortuit ou calculé, la rencontre d'impressions contradictoires. Dans un langage resté très pur, le vocabulaire s'enrichit de notations concrètes, la métaphore fait marcher plus subtilement l'allégorie, le vers plus dense ébauche un dialogue plein de vivacité.
Poésie qui est encore un art de la conversation : avec la dame, avec l'entourage, avec soi-même. Les images gravitent autour de thèmes symboliques riches de suggestions et les refrains ou sentences résument le savoir accumulé par d'austères lectures. Pas de pédantisme en ces cahiers de poésie : l'élégance est de déguiser le raffinement philosophique sous les costumes du monde familial

Sa vie

Il naît à l'hôtel royal Saint-Pol, à Paris. Son enfance est marquée par les rivalités qui opposent son père à Jean sans Peur, duc de Bourgogne, rivalités à l'origine de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Son père est tué sur l'ordre du duc de Bourgogne le 23 novembre 1407.
En sa qualité d'aîné, il recueille la plus grande part de l'héritage dont le duché d'Orléans, les comtés de Valois et de Blois, et les seigneuries de Coucy et de Chauny.
Il épouse en 1406 sa cousine germaine Isabelle de Valois 17 ans, fille de Charles VI, et veuve de Richard II d'Angleterre.
Celle-ci meurt à vingt ans en donnant le jour à une fille. Charles se remarie en 1410 avec Bonne d'Armagnac, fille du comte Bernard VII d'Armagnac, grand féodal du Sud-Ouest, transférant le conflit familial à la maison d'Armagnac.
À la mort de sa mère, le 4 décembre 1408, il hérite du comté d'Asti et de quelques terres lombardes.
En 1415, survient la reprise de la guerre, Charles d'Orléans fait partie de l'armée française poursuivant Henri V retraitant dans le nord de la France. À la débâcle d'Azincourt, le 25 octobre 1415, Charles d'Orléans est fait prisonnier et emmené en Angleterre.
Sa libération est conditionnée par le paiement d'une rançon. Il reste vingt-cinq ans en Angleterre, années pendant lesquelles il développe son œuvre.

En effet, il ne se trouve personne pour payer sa rançon. Sa seconde épouse est morte à la fin de 1415, son beau-père, le comte Bernard VII d'Armagnac, a été massacré par les partisans de Jean Sans Peur en 1418 et, en 1420, disparaît son frère cadet, Philippe, comte de Vertus.
Son duché d'Orléans est laissé sans défense et les Anglais assiègent Orléans sans même songer à demander au duc, leur prisonnier, de leur ouvrir les portes ; siège auquel mit fin Jeanne d'Arc.
Il est enfin libéré le 5 novembre 1440, contre une rançon de 220 000 écus, représentant partiellement la dot de sa nouvelle épouse, car le 26 novembre 1440, à 46 ans, il épouse Marie de Clèves, âgée de 14 ans, nièce du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, et petite-fille du meurtrier de son père Jean sans Peur.
En 1447, il récupère son comté d'Asti et rentre en France l'année suivante pour finir sa vie retiré à Blois.
En 1457, le 19 décembre, alors qu'il a 63 ans, son épouse accouche d'une fille, Marie, et, le 27 juin 1462, alors qu'il a 68 ans, Marie de Clèves accouche cette fois d'un fils, Louis, le futur roi Louis XII.
En 1464, elle est de nouveau enceinte, pour la troisième fois, et donne naissance à une fille, Anne, quelques mois avant la mort de son mari.

Charles d'Orléans meurt à Amboise le 5 janvier 1465, sur le chemin du retour, alors qu'il venait d'assister à Poitiers à une assemblée des princes du Sang et des grands féodaux.

Il est inhumé en l'église du Saint-Sauveur à Blois : plus tard, ses restes funéraires furent rapatriés à Paris, avec ceux de sa famille par son fils, le roi Louis XII


Œuvres


Charles Ier d’Orléans,
Illustration d'un recueil de poèmes du duc d'Orléans commémorant son emprisonnement dans la Tour de Londres
Charles d'Orléans est l'auteur d'une œuvre considérable :
131 chansons, 102 ballades, sept complaintes et pas moins de 400 rondeaux. Il est aussi l'auteur de pièces poétiques en langue anglaise.

" Le cri de la rue"
Le Livre contre tout péché
La Retenue d'Amours
Le Songe en complainte
La Départie d'Amour
Hiver vous n'êtes qu'un vilain
En la forêt de longue attente (éd. Gallimard, Poésie NRF, 2001 (ISBN 978-2-07-032795-9)).
Clément Marot sera un fervent admirateur de cette œuvre.[réf. nécessaire]
Rondeau de printemps
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.
Il n'y a bête ni oiseau
Qu'en son jargon ne chante ou crie:
"Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie, "
Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d'argent, d'orfèvrerie;
Chacun s'habille de nouveau.
Le temps a laissé son manteau.

Bibliographie

Principales éditions des œuvres de Charles d'Orléans

Ballades et rondeaux, Paris, Le Livre de Poche, collection Lettres gothiques , 1992.
En la forêt de longue attente et autres poèmes, édition bilingue de Gérard Gros, Paris, Gallimard, collection « Poésie / Gallimard », 2001.
Poésies, Tome 1, La retenue d'amour. Ballades, chansons, complaintes et caroles éditées par Pierre Champion, Paris, Honoré Champion, collection « Classiques français du Moyen Âge », 2010.
Le Livre d'Amis : Poésies à la cour de Blois (1440-1465), édition bilingue, publication, traduction, présentation et notes de Virginie Minet-Mahy et Jean-Claude Mühlethaler, Paris, Honoré Champion, collection « Champion Classiques Moyen Âge », 2010.

Études historiques et littéraires

Mary-Jo Arn, The Poet's Notebook: The Personal Manuscript of Charles d'Orléans (Paris, BnF MS fr. 25458), Turnhout, Brepols, 2008.
Pierre Champion, La Vie de Charles d'Orléans. 1394-1465, Paris, Honoré Champion, collection Bibliothèque du xve siècle, no 15, 1911. 3e édition : 2010.
Claudio Galderisi, Le Lexique de Charles d’Orléans dans les Rondeaux, Genève, Droz, 1993, 277 p. Extraits en ligne.
Claudio Galderisi, Charles d’Orléans : ‘Plus dire que penser’, Bari, Adriatica Editrice, 1994, 128 p.
Claudio Galderisi, ‘En regardant vers le païs de France’. Charles d’Orléans : une poésie des présents, Orléans, Paradigme, Medievalia, 2006, 220 p.
Claudio Galderisi, Charles d’Orléans, Paris-Rome, Memini, Bibliographie des écrivains français, 2012, 174 p.
Xavier Hélary, entrée ORLÉANS Charles duc d' (1394-1465), in Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary, Jeanne d'Arc. Histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, collection « Bouquins », 2012, p. 893-894, (ISBN 2-221-10929-5).
Thierry Martin, Poésie homosexuelle en jobelin, de Charles d'Orléans à Rabelais, anthologie bilingue, QuestionDeGenre/GKC, 2007.
Gilbert Ouy, « À propos des manuscrits autographes de Charles d'Orléans identifiés en 1955 à la Bibliothèque nationale », in Bibliothèque de l'école des chartes, no 118, 1960, p. 179-188, [lire en ligne].
Littérature
Hella S. Haasse, En la forêt de longue attente. Le roman de Charles d'Orléans, Paris, Seuil, 1991.
Postérité
Ses poèmes ont été enluminés par Henri Matisse
Trois chansons mises en musique par Claude Debussy


Poèsie

Bien moustrez, Printemps gracieux

Bien moustrez, Printemps gracieux,
De quel mestier savez servir,
Car Yver fait cueurs ennuieux,
Et vous les faictes resjouir.
Si tost comme il vous voit venir,
Lui et sa meschant retenue
Sont contrains et prestz de fuir
A vostre joyeuse venue.

Yver fait champs et arbres vieulx,
Leurs barbes de neige blanchir,
Et est si froit, ort* et pluieux
Qu'emprés le feu couvient croupir ;
On ne peut hors des huis yssir**
Comme un oisel qui est en mue.
Mais vous faittes tout rajeunir
A vostre joyeuse venue.

Yver fait le souleil es cieulx
Du mantel des nues couvrir ;
Or maintenant, loué soit Dieux,
Vous estes venu esclersir
Toutes choses et embellir.
Yver a sa peine perdue,
Car l'an nouvel l'a fait bannir
A vostre joyeuse venue.


En la forest d'Ennuyeuse Tristesse

En la forest d'Ennuyeuse Tristesse,
Un jour m'avint qu'a par moy cheminoye,
Si rencontray l'Amoureuse Deesse
Qui m'appella, demandant ou j'aloye.
Je respondy que, par Fortune, estoye
Mis en exil en ce bois, long temps a,
Et qu'a bon droit appeller me povoye
L'omme esgaré qui ne scet ou il va.

En sousriant, par sa tresgrant humblesse,
Me respondy : " Amy, se je savoye
Pourquoy tu es mis en ceste destresse,
A mon povair voulentiers t'ayderoye ;
Car, ja pieça, je mis ton cueur en voye
De tout plaisir, ne sçay qui l'en osta ;
Or me desplaist qu'a present je te voye
L'omme esgaré qui ne scet ou il va.

- Helas ! dis je, souverainne Princesse,
Mon fait savés, pourquoy le vous diroye ?
Cest par la Mort qui fait a tous rudesse,
Qui m'a tollu celle que tant amoye,
En qui estoit tout l'espoir que j'avoye,
Qui me guidoit, si bien m'acompaigna
En son vivant, que point ne me trouvoye
L'omme esgaré qui ne scet ou il va. "

ENVOI

Aveugle suy, ne sçay ou aler doye ;
De mon baston, affin que ne fervoye,
Je vois tastant mon chemin ça et la ;
C'est grant pitié qu'il couvient que je soye
L'omme esgaré qui ne scet ou il va.


En acquittant nostre temps vers jeunesse

En acquittant nostre temps vers jeunesse,
Le nouvel an et la saison jolie,
Plains de plaisir et de toute liesse
- Qui chascun d'eulx chierement nous en prie -,
Venuz sommes en ceste mommerie*,
Belles, bonnes, plaisans et gracieuses,
Prestz de dancer et faire chiere lie
Pour resveillier voz pensees joieuses.

Or bannissiez de vous toute peresse,
Ennuy, soussy, avec merencolie,
Car froit yver, qui ne veult que rudesse,
Est desconfit et couvient qu'il s'en fuye !
Avril et may amainent doulce vie
Avecques eulx ; pource soyez soingneuses
De recevoir leur plaisant compaignie
Pour resveillier voz pensees joieuses !

Venus aussi, la tresnoble deesse,
Qui sur femmes doit avoir la maistrie,
Vous envoye de confort a largesse
Et plaisance de grans biens enrichie,
En vous chargeant que de vostre partie
Vous acquittiés sans estre dangereuses ;
Aidier vous veult, sans que point vous oublie,
Pour resveillier voz pensees joieuses.


Que me conseillez-vous, mon coeur ?

Que me conseillez-vous, mon coeur ?
Irai-je par devers la belle
Lui dire la peine mortelle
Que souffrez pour elle en douleur ?

Pour votre bien et son honneur,
C'est droit que votre conseil céle.
Que me conseillez-vous, mon coeur,
Irai-je par devers la belle ?

Si pleine la sais de douceur
Que trouverai merci en elle,
Tôt en aurez bonne nouvelle.
J'y vais, n'est-ce pour le meilleur ?
Que me conseillez-vous, mon coeur ?



Le beau souleil, le jour saint Valentin


Le beau souleil, le jour saint Valentin,
Qui apportoit sa chandelle alumee,
N'a pas longtemps entra un bien matin
Priveement en ma chambre fermee.
Celle clarté qu'il avoit apportee,
Si m'esveilla du somme de soussy
Ou j'avoye toute la nuit dormy
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee.

Ce jour aussi, pour partir leur butin
Les biens d'Amours, faisoient assemblee
Tous les oyseaulx qui, parlans leur latin,
Crioyent fort, demandans la livree
Que Nature leur avoit ordonnee
C'estoit d'un per* comme chascun choisy.
Si ne me peu rendormir, pour leur cry,
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee.

Lors en moillant de larmes mon coessin
Je regrettay ma dure destinee,
Disant : " Oyseaulx, je vous voy en chemin
De tout plaisir et joye desiree.
Chascun de vous a per qui lui agree,
Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy,
A prins mon per dont en dueil je languy
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee. "

ENVOI

Saint Valentin choisissent ceste annee
Ceulx et celles de l'amoureux party.
Seul me tendray, de confort desgarny,
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee.



Je meurs de soif en couste la fontaine

Je meurs de soif en couste la fontaine ;
Tremblant de froit ou feu des amoureux ;
Aveugle suis, et si les autres maine ;
Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx ;
Trop negligent, en vain souvent songneux ;
C'est de mon fait une chose faiee,
En bien et mal par Fortune menee.

Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine ;
Je joue et ris, quant me sens douloreux ;
Desplaisance j'ay d'esperance plaine ;
J'atens bon eur en regret engoisseux ;
Rien ne me plaist, et si suis desireux ;
Je m'esjoïs, et cource a ma pensee,
En bien et mal par Fortune menee.

Je parle trop, et me tais a grant paine ;
Je m'esbays, et si suis couraigeux ;
Tristesse tient mon confort en demaine ;
Faillir ne puis, au mains a l'un des deulx ;
Bonne chiere je faiz quant je me deulx ;
Maladie m'est en santé donnee,
En bien et mal par Fortune menee.

ENVOI

Prince, je dy que mon fait maleureux
Et mon prouffit aussi avantageux,
Sur ung hasart j'asserray quelque annee,
En bien et mal par Fortune menee.


Las ! Mort, qui t'a fait si hardie

Las ! Mort, qui t'a fait si hardie
De prendre la noble Princesse
Qui était mon confort, ma vie,
on bien, mon plaisir, ma richesse !
Puisque tu as pris ma maîtresse,
Prends-moi aussi son serviteur,
Car j'aime mieux prochainement
ourir que languir en tourment,
En peine, souci et douleur !

Las ! de tous biens était garnie
Et en droite fleur de jeunesse !
Je prie à Dieu qu'il te maudie,
Fausse Mort, pleine de rudesse !
Si prise l'eusses en vieillesse,
Ce ne fût pas si grand rigueur ;
ais prise l'as hâtivement,
Et m'as laissé piteusement
En peine, souci et douleur !

Las ! je suis seul, sans compagnie !
Adieu ma Dame, ma liesse !
Or est notre amour departie,
Non pourtant, je vous fais promesse
Que de prières, à largesse,
orte vous servirai de coeur,
Sans oublier aucunement;
Et vous regretterai souvent
En peine, souci et douleur.

Dieu, sur tout souverain Seigneur,
Ordonnez, par grâce et douceur,
De l'âme d'elle, tellement
Qu'elle ne soit pas longuement
En peine, souci et douleur !



Mon cuer, estouppe* tes oreilles

Mon cuer, estouppe* tes oreilles
Pour le vent de merencolie !
S'il y entre, ne doubte mye,
Il est dangereux a merveilles.

Soit que tu donnes ou tu veilles,
Fais ainsi que dy, je t'en prie ;
Mon cuer, estouppe tes oreilles
Pour le vent de merencolie !

Il cause doleurs nompareilles
Dont s'engendre la maladie
Qui n'est pas de legier guerie.
Croy moy, s'a Raison te conseilles,
Mon cuer, estouppe tes oreilles !



France, jadis on te soulait nommer

France, jadis on te soulait* nommer,
En tous pays, le trésor de noblesse,
Car un chacun pouvait en toi trouver
Bonté, honneur, loyauté, gentillesse,
Clergie, sens, courtoisie, prouesse.
Tous étrangers aimaient te suivre.
Et maintenant vois, dont j'ai déplaisance,
Qu'il te convient maint grief mal soustenir,
Très chrétien, franc royaume de France.

Sais-tu d'où vient ton mal, à vrai parler ?
Connais-tu point pourquoi es en tristesse ?
Conter le veux, pour vers toi m'acquitter,
Ecoute-moi et tu feras sagesse.
Ton grand orgueil, glotonnie, paresse,
Convoitise, sans justice tenir,
Et luxure, dont as eu abondance,
Ont pourchacié vers Dieu de te punir,
Très chrétien, franc royaume de France.

Ne te veuilles pourtant désespérer,
Car Dieu est plein de merci, à largesse.
Va-t'en vers lui sa grâce demander,
Car il t'a fait, déjà piéça, promesse
(Mais que fasses ton avocat Humblesse)
Que très joyeux sera de te guérir;
Entièrement mets en lui ta fiance,
Pour toi et tous, voulut en croix mourir,
Très chrétien, franc royaume de France...

Et je, Charles, duc d'Orléans, rimer
Voulus ces vers au temps de ma jeunesse ;
Devant chacun les veux bien avouer,
Car prisonnier les fis, je le confesse ;
Priant à Dieu, qu'avant qu'aie vieillesse,
Le temps de paix partout puisse avenir,
Comme de coeur j'en ai la désirance,
Et que voie tous tes maux brief finir,
Très chrétien, franc royaume de France !


Liens

http://youtu.be/6GLIweNRKNs Trois chansons par Debussy
http://youtu.be/gyelDMBwPTE hyver vous n'êtes qu'un vilain
http://youtu.be/_2IxsBHmk1I Polnareff chante Charles D'Orléans
http://youtu.be/tXZ-2ZWVIyk Laurent Voulzy sur des vers de Charles D'Orléans

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Posté le : 03/01/2014 20:03

Edité par Loriane sur 04-01-2014 22:23:13
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Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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