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Jacques Lacan 2 suite
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L'importance du langage

La Bataille de San Romano, Paolo Uccello. Dans le séminaire V, Lacan s'appuie sur cette scène de bataille et sur une histoire drôle pour illustrer une des particularités du symbolique : la généricité ou la stéréotypie.
Élève et analysant de Jacques Lacan, Charles Melman affirme dans un ouvrage de témoignages : En premier lieu, il s'est agi pour Lacan de souligner ce que Freud n'a pas pu ou n'a pas osé faire, à savoir montrer combien le langage est ce qui ordonne notre rapport au monde aussi bien qu'à nous-mêmes.
La pensée de Lacan pourrait être définie comme une théorie structurale du désir et du langage. Théorie du désir, parce que l'essence de l'être humain est le désir pour le lecteur de Spinoza que sera Lacan toute sa vie. Théorie du langage, parce que c'est par celui-ci que l'on a accès à l'inconscient. Théorie structurale, car le langage répond à des logiques internes que les recherches linguistiques du XXe siècle ont réussi à subsumer sous le terme de structuren. Or, la structure, pour Lacan, est à la fois ce qui produit et ce qui est la réalité de l'inconscient. En effet, l'inconscient n'est pas un stock de non-conscient, il correspond à un ensemble de processus actifs.
Ainsi, lorsque Lacan avance la théorie des trois ordres, Réel, Symbolique, Imaginaire, il le fait en s'appuyant sur ses réflexions concernant la nature, non du langage en général, mais de l'humain, l'être parlant, qu'il surnommera le parlêtre. Le fait d'apprendre le langage nous coupe en quelque sorte du monde : ainsi naît le Réel, ce qui ne peut être nommé, ce qui ne relève pas du langage. Le langage dans lequel nous naissons contient des valeurs, il organise le monde dans lequel nous vivrons avant même que nous soyons nés, cette dimension organisatrice et de distribution de la valeur, Lacan l'appelle le symbolique. Quant à l'imaginaire, il désigne la manière dont le sujet se perçoit par le truchement des autres et du langage dans lequel il se trouve.
La théorie lacanienne est à ce point tournée vers le langage qu'on peut en déceler l'importance dès son travail sur le stade du miroir. Lorsque l'enfant fait la différence entre l'image et la représentation, qui est exactement ce que décrit le stade du miroir, il ne fait rien d'autre que découvrir le signe, c'est-à-dire ce qui est mis là pour autre chose, qui désigne cette chose et qui pourtant ne l'est pas. Dans ce sens, on peut rapprocher le stade du miroir et le travail de Jerome Bruner sur l'attention conjointe chez le nourrisson, qui représente pour lui le début de l'accession au langage et la structure relationnelle sur laquelle l'apprentissage de la langue pourra s'appuyer.

Réel, symbolique et imaginaire, Schéma L et Grand Autre.,

Débats sur la conception lacanienne des liens entre langage et inconscient

Le psychanalyste Alain Costes, affirme en premier lieu que l'identification du concept freudien de déplacement à celui, linguistique, de métonymie, et symétriquement de la condensation toujours au sens de Freud à la métaphore, est impossible. Reprenant une critique faite à Lacan par Jean Laplanche, il ajoute que dans la topique freudienne, le langage relève du niveau préconscient et non de l'inconscient. Il affirme ainsi que Lacan n'est pas du tout freudien dans sa conception de l'inconscient.
Le linguiste Georges Mounin affirmait quant à lui, dans un article ayant fait beaucoup de bruit, que Lacan mésusait des concepts saussuriens, et que son enseignement à l'ENS ruinait quinze ans d'enseignement de la linguistique dans cette école. Un autre linguiste, Michel Arrivé, tout en soulignant les différences entre le signe lacanien et le signe saussurien, ne les considère pas comme des distorsions mais comme l'adaptation que nécessite la transposition d'un univers conceptuel à un autre. C'est ainsi que Lacan remodèle le concept saussurien de signifiant pour construire une logique du signifiant originale.

Les quatre discours,
lien social.
Critiques scientifiques
et philosophiques
Le symbolique représente la culture dans laquelle naît le sujet, et s'exprime à travers le langage, c'est-à-dire la mémoire, l'histoire et les interdits ; il s'impose au sujet de façon consciente mais aussi en créant un refoulé inaccessible ; il organise le réel en ce sens qu'il permet la maîtrise du manque, de l'absence, et assume ainsi la négativité au sein de l'être parlant. L'imaginaire est marqué par la relation à l'image du semblable et au corps. Son articulation au réel détermine la place de l'angoisse et celle de la jouissance de l'Autre son articulation avec le symbolique, la place de l'inhibition et celle du sens. Ainsi l'imaginaire représente le registre du leurre et de l'identification, celui par lequel l'enfant à l'âge du stade du miroir ce n'est pas un stade chronologique au sens de J. Piaget ou de H. Wallon repère l'image de son corps, instaurant ainsi la méconnaissance de l'humain et sa propre aliénation et le narcissisme primaire. Enfin le réel est ce qui échappe définitivement au symbolique : il est ce qui revient toujours à la même place, à cette place où le sujet en tant qu'il cogite … ne se rencontre pas 1964. C'est donc en définitive l'impossible, qui ne cesse pas de ne pas s'écrire, définitivement occulté par le symbolique.
Après dix ans d'enseignement à Sainte-Anne, Lacan est chargé de conférences à l'École pratique des hautes études 1963. Il a ainsi tracé les voies d'une formation nouvelle du psychanalyste – ce qui l'amène à quitter les sociétés internationales de la psychanalyse officielle et le conduit à fonder en 1964 sa propre école, l'École freudienne de Paris, qu'il dissoudra en 1980. En même temps, cette pratique l'amène à mettre au point le style de son discours, fait de tournures précieuses et de connivences culturelles, où les formules dans le style des moralistes ne sont pas rares, comme, par exemple, l'apophtegme souvent cité de 1965 : L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas.
En reprenant la doctrine lacanienne selon son enseignement, qui fut essentiellement oral une partie a été éditée en 1966, et l'autre Séminaire est en cours de parution depuis 1975 dans une rédaction assumée par son gendre, on peut en donner quelques aspects décisifs, sans référence à l'évolution chronologique lacanienne, que lui-même n'a pas beaucoup contribué à éclaircir.

Quelques aperçus de la doctrine lacanienne, Bricmont et Sokal

Alan Sokal et Jean Bricmont, dans leur ouvrage commun Fashionable Nonsense (Impostures intellectuelles, épinglent les abus ou les mésusages de termes scientifiques par des penseurs contemporains tels Jean Baudrillard, Gilles Deleuze ou Michel Serres, et consacrent leur premier chapitre à Lacan.

Sokal et Bricmont précisent :

"Nous ne prétendons pas juger la psychanalyse de Lacan, la philosophie de Deleuze ou les travaux concrets de Latour en sociologie. Nous nous limitons aux énoncés qui se rapportent soit aux sciences physiques et mathématiques, soit à des problèmes élémentaires en philosophie des sciences."
Ils soulignent que Lacan ne donne jamais de justification à son utilisation de surfaces étudiées en topologie pour traiter ou décrire la jouissance considérée comme un espace au sens topologique du terme ou la structure du névrosé censée être un tore.
Ils soulignent que l'usage de la métaphore étant généralement de rendre plus accessible le propos, parler de bouteille de Klein ou de tore ne semble pas de nature à rendre celui-ci plus accessible. À moins peut-être qu'il ne parte de l'expression "tourner en rond ", utilisée pour décrire la pensée de quelqu'un qui revient sans cesse aux mêmes idées, et qu'il la croise avec la définition du tore en se disant que le névrosé ne fait pas toujours le même raisonnement en boucle : il ne suis pas un fil mais se déplace dans un espace. Malheureusement cette forme de pensée dans laquelle il se meut a comme un creux au centre : ce n'est pas une sphère, métaphore classique d'une pensée cohérente depuis Platon.
Ils épinglent ensuite l'usage de termes mathématiques issus de l'arithmétique qui, faisant fi de leur définition technique, se réclament de leur rigueur, par exemple : "La vie humaine pourrait être définie comme un calcul dans lequel zéro serait irrationnel. Or zéro est un nombre entier donc un nombre rationnel. La phrase signifie donc La vie humaine pourrait être définie comme un calcul où quelque chose de vrai est faux. Lacan ne s'est jamais expliqué sur le sens de cette phrase, qu'il définit comme une métaphore mathématique, cette notion elle-même restant à définir.

Pour finir, les auteurs s'intéressent à l'usage des paradoxes concernant les fondements des mathématiquesparadoxes de Russell ou de Cantor. Tout en admettant que les mathématiques sont dans ce domaine moins maltraitées, ils soulignent qu'aucun argument n'est donné pour relier ces paradoxes appartenant aux fondements de la mathématique et la béance qui constitue le sujet en psychanalyse.

Mathématiques

Les mathématiciens en général n'approuvent pas la manière dont Lacan utilise les notions mathématiques. Ainsi, dans le magazine Tangente, les auteurs soulignent que Lacan utilise les mathématiques comme un réservoir de métaphores, sans que ses raisonnements soient valides mathématiquement comme ceux de Newton. Cet abus des mathématiques sert à donner aux théories de Lacan l'illusion d'une profondeur, et d'une légitimité scientifique. Dans le journal Quadrature, Bernard Randé compare les écrits de Lacan à Mickey Parade.

Chomsky


Le linguiste et philosophe américain Noam Chomsky, qui a connu Lacan dans les années 1970, a confié qu'il le considérait comme un charlatan conscient de l'être qui se jouait du milieu intellectuel parisien pour voir jusqu'à quel point il pouvait produire de l'absurdité tout en continuant à être pris au sérieux.

Laplanche

Le psychanalyste Jean Laplanche critique Lacan par sa conceptualisation de l’inconscient comme discours et langage au lieu de l'idée freudienne des représentations inconscientes comme images visuelles prélinguistiques.

Philosophie

Le philosophe Jean Guitton pour sa part en dénonçant cette idée selon laquelle en psychanalyse, et comme le pensait Freud, presque tous les maux sont d'ordre sexuels, a dit de Lacan : "L'on a toujours l'impression avec Lacan qu'autrui n'est qu'un être, un objet dont on voudrait abuser, et de ne pas le pouvoir librement là serait l'origine de tous les problèmes psychiques."

Culte de la personnalité

Lacan a également été critiqué pour la création d'un culte de la personnalité parmi ses disciples. Le psychologue Dylan Evans, auteur du Dictionnaire d'introduction de la psychanalyse lacanienne 1996 et plus tard de Le lacanisme déçu, signale : "Les disciples de Lacan assument simplement comme une vérité n’importe quelle phrase que le “maître” ait dite. Ses textes sont perçus comme une des Saintes Écritures. Était-ce cela une simple projection de ces disciples ? Se peut-il qu’ils l’aient placé à la place du sujet étant censé savoir, à la place où les patients illusoirement situent l’analyste ?.

Négation de la réalité

Le psychologue communautaire argentin Alfredo Moffatt écrit à propos de Lacan critiqué pour son accent sur la langue et le discours au détriment de la matérialité de la réalité sociale :
"Nous pensons que cet évitement de la réalité de l’école lacanienne qui domine actuellement dans le champ de la psychothérapie, a été fonctionnelle dans notre pays grâce à sa capacité à nier ce qui se passait. Pendant la dictature militaire, se contaminer avec le réel était très dangereux, un patient militant “brûlait”.

Lacan et la philosophie

La question des rapports entre l'œuvre de Lacan et la philosophie peut se poser de différentes manières. En premier lieu, il est possible de se questionner sur l'influence de la philosophie dans le parcours intellectuel de Lacan et sur ce que celui-ci a pu emprunter aux différents penseurs dont il faisait la lecture. On peut aussi s'interroger sur l'importance du travail de Lacan pour la philosophie, voire, avec Jean-Pierre Cléro, se demander s'il existe une philosophie de Jacques Lacan.

Métaphore/métonymie

Pour Freud, deux processus marquaient le passage à l'inconscient du traumatisme refoulé, la condensation et le déplacement, rendant méconnaissable la reconnaissance de ce qui avait été refoulé dans l'inconscient. Lacan généralise ces deux notions en assimilant la première à la métaphore et la deuxième à la métonymie. Dans la première un mot est substitué à un autre : c'est une opération dynamique qui va autoriser tous les remaniements possibles du signifié. L'enfant repère que, dans son rapport avec la mère, il n'est lui-même que l'objet partiel que désire sa mère : elle désire autre chose, le phallus paternel. Il repère ainsi une présence-absence, qui est la loi du Père, toujours présente dans la parole de la mère. C'est par la métonymie que le sujet peut indiquer sa place dans son désir : le désir se fait demande pour se faire entendre : le désir se fragmente en métonymies qui émergent en grand nombre dans le langage de l'enfant.

Les quatre discours

Les discours règlent les formes que revêtent les liens de l'individu au groupe social. La psychanalyse met l'accent sur l'assujettissement fondamental qui détermine le sujet dans sa totalité dans son rapport avec le social ; la socialité imprègne l'histoire de la parole du sujet, de la parole de ses parents – bien entendu avant et après sa naissance, sans compter les autres instances existentielles avec lesquelles il a eu tout au long de sa formation à se confronter.
La parole est ainsi envisagée par Lacan d'abord sous les espèces du discours. Il existe quatre formes possibles du discours, en fait quatre types. Le premier est le discours du maître, qui indique le rapport de celui qui parle avec le pouvoir ; le second le discours de l'hystérique, qui, par la division du sujet qu'il implique, oblige le maître à produire un savoir, et entraîne une mise en cause radicale du savoir et du pouvoir. Les deux derniers types de discours s'opposent radicalement. Le discours de l'universitaire est le fait de celui qui sait qu'il est dépositaire d'un savoir, qui transmet la culture, tandis que le discours de l'analyste est celui d'un homme qui n'a rien sinon un non-savoir et qui ne transmet rien. Ce discours est le discours de la vérité, qui parle par l'inconscient et qui fait de la psychanalyse une science à l'envers, dont les principes sont à fonder à chaque fois. La vérité, c'est à la fois ce qui s'actualise à travers nos symptômes, mais aussi ce qui engage notre responsabilité – cette constatation banale vaut pour tout le monde et donc aussi pour l'analyste lui-même. Ce qui organise le discours de l'analyste, c'est l'objet même qui le fait parler, qui coïncide avec l'objet de son désir, son rapport avec l'analysant, ou, en d'autres termes, avec le sujet qui est sur le divan.

Importance des références philosophiques dans l'œuvre de Jacques Lacan

Le problème de l'importance et de l'influence possible de la philosophie dans l'œuvre de Lacan est complexe. Il est indéniable que la philosophie de Hegel réinterprétée par Kojève a eu une importance considérable dans le cheminement intellectuel de Lacan. Ses rencontres avec Heidegger, et sa cotraduction de l'article Logos avec une amie germaniste montre l'intérêt qu'il aura porté à une philosophie dont on retrouve les traces dans ses séminaires. Il n'est pas douteux que ses relations avec Merleau-Ponty ont été d'une importance considérable, ne serait-ce que parce que ce dernier aura encouragé une redécouverte de Saussure, mais son influence en tant que philosophe reste à démontrer. Jean-Pierre Cléro a souligné l'importance de la théorie des fictions de Bentham dans l'élaboration de la pensée lacanienne que l'on se souvienne à ce propos de la phrase de Lacan : La vérité a structure de fiction. Le concept de Réel aurait aussi été forgé en pensant à l'usage qu'en fait Georges Bataille dans ses ouvrages, qu'à défaut de catégorie où faire entrer ce dernier, on peut classer comme philosophe. Mikkel Borch-Jacobsen est allé jusqu'à affirmer que les idées de Lacan doivent beaucoup plus à ces penseurs qu'à Freud et ne seraient en somme qu'une philosophie déguisée.
Cependant, malgré ses nombreuses amitiés avec des philosophes, malgré une culture philosophique certaine et les nombreuses références faites dans ses séminaires à des philosophes et à leurs concepts, Lacan affichera avec persistance une méfiance, voire une défiance — qu'il partage d'ailleurs avec Freud — envers la discipline fondée par Socrate. Lacan agit plus envers la philosophie comme si elle était une boîte à outils où il pourrait aller piocher des concepts qu'il recyclerait à la mode de l'inconscient lacanien.

Importance de l'œuvre de Lacan pour la philosophie

De son vivant Lacan intéressa des philosophes tels Louis Althusser ou Michel Foucault. Ses travaux sont ensuite repris aux États-Unis dans le champ des "cultural studies", en partie parce que Judith Butler, après Juliet Mitchel, a utilisé des concepts lacaniens pour son travail de critique philosophique des processus de socialisation et des rapports de force dans la société contemporaine. D'un point de vue plus européen, Slavoj Žižek, Giorgio Agamben et Alain Badiou sont les trois philosophes les plus connus à se réclamer ouvertement de Lacan dans leur réflexion philosophique.

D'autres comme Alain Juranville affirment que Lacan révolutionne le concept même de vérité en introduisant l'idée que la vérité serait nécessairement partielle et Gérard Granel opère un recroisement entre la perspective lacanienne et la perspective heideggerienne sur les questions de la vérité, du sujet et de la science.

Lacan et le féminisme

L'affirmation de la primauté du phallus parmi les autres signifiants a fait considérer à certains et à certaines que son approche était phallocentrée. Dominique Sels, dans son commentaire du Banquet, apporte un argument textuel en faveur de cet avis. Lacan, de ce fait, a toujours souffert d'une mauvaise réputation dans les mouvements féministes et de libération sexuelle. Il a été critiqué sur ce point par Luce Irigaray ou Judith Butler.
Cet avis n'est pourtant pas partagé de façon unanime et surtout pas par les psychanalystes, notamment les psychanalystes femmes. Liliane Fainsilber, reprend pas à pas les approches de Lacan concernant la différence des sexes et la sexualité féminine, en particulier la question laissée en suspens par Freud de la jouissance féminine. Juliet Mitchell, dans un ouvrage de 1975, considère que la théorie lacanienne et le féminisme ne sont pas incompatibles. Plus récemment, les travaux de Lacan ont été utilisés par Bracha L. Ettinger.
Quant à un phallocentrisme de la théorie lacanienne, Lacan, pour définir la différence entre les sexes, affirme que les hommes croient avoir le phallus quand les femmes croient en manquer, alors que personne ne le possède et que tous le désirent. Car le phallus lacanien est un signifiant, le signifiant d'un manque. Ce terme, phallus , ne doit pas être confondu avec l'organe, le pénis. Le choix de la dénomination de ce signifiant du manque comme phallus, et l'asymétrie du rapport à ce signifiant entre homme et femme laisserait pourtant ouverte la possibilité d'une critique d'une vision considérée comme phallocentrique. Laquelle vision renverrait à une vision structuraliste de la différence des sexes ou, des genres, qui restent historiquement, culturellement et politiquement déterminés.
Pour atteindre cette question cruciale, il est toutefois nécessaire de s'orienter avec les différents moments de l'orientation lacanienne. La première période de son enseignement, orientée par le stade du miroir et la captation imaginaire, constitue une étape fondamentale, il s'est fait connaître surtout par la période où il élève au "signifiant" tous les outils qui servaient sa théorie. C'est en continuant ce travail de "signifiantisation" selon Jacques Alain Miller qu'il va dépasser cette approche structuraliste, fondée à partir du travail de Saussure. Que faire de ce reste qui ne parvient pas à s'attraper dans la théorie du signifiant ? Il rejoint la théorie de la libido freudienne, la dépasse vers cet au-delà du principe de plaisir Il va faire surgir "la chose", das ding d'un retour à Freud dans Le séminaire, Livre VII, L'éthique de la psychanalyse. Puis revisiter l'"objet" de La relation d'objet, titre d'un de ces séminaires. Il porte attaque là, à l'idée de complétude, de combler le manque, et vise une autre approche.

Introduisant la facilité de la position féminine quant au rapport au désir, il décale la fixité de la vision opaque[Quoi ?] accordée à la sexualité féminine. Aucun objet ne saurait être pris comme objet de complétude mais son nouveau statut est comme objet qui cause le désir. Comparant et opposant l'obsessionnel qui tue le désir à la quête effrénée de l'hystérique à maintenir son désir insatisfait : point de frustration, et un pas de côté sur la théorie de la privation[réf. nécessaire].
L'objet atteint sa forme ultime de "pièce détachée" en 1962-1963, quand il traite la question de l'angoisse dans Le séminaire, Livre X, L'angoisse. Revisitant la place à donner à la marque signifiante ou à l'objet, il prépare un changement de cap sur la théorie du manque. Il va déclarer concernant la sexualité féminine : « on nous rabat les oreilles avec l'histoire du Penis » et la théorie du manque. Il évoque déjà la trompeuse jouissance phallique, et décline que l'impuissance n'est pas là où on croit ! Il dénonce aussi le masochisme féminin comme fantasme de l'homme137.

Lacan précise encore plus sa pensée que dans l'article "La signification du phallus" des Écrits, en 1958, quand en 1960 dans ses Propos directifs pour un Congrès sur "la sexualité féminine" : il énonce, partant d'une étape de la castration symbolique supposée reliée à la subjectivité d'un Autre de la loi, que l'altérité des sexes assurément dénaturée, fait de l'homme le relais pour que la femme devienne cet Autre à elle-même, comme elle l'est pour lui.
Ces développements sur la sexualité féminine, ou l'homosexualité sont loin de s'opposer au féminisme. Souvent mal compris quand il énoncera que "LA" femme n'existe pas en barrant d'un trait le "La", c'est pour lui reconnaître son caractère d'Unicité et pour ne pas recouvrir d'un universel, ce qui est le propre féminin. Une et PAS-TOUTE, seront des outils pour se confronter à la question de la jouissance féminine qui ne se réduit pas à la jouissance phallique. Dans ses tableaux de la sexuation, du Le séminaire, Livre XX, Encore, il tente de faire surgir comment passer de l'idée d'impuissance à l'impossible. Dévoilant la diffraction de la jouissance féminine, vers une jouissance Autre, il apportera des éclairages précieux à la théorie des genres qui ne sont pas biologiques mais choix de position subjective.

Lacan et l'homophobie

Élisabeth Roudinesco montre dans sa biographie de Jacques Lacan qu'il fut le premier à accepter des homosexuels en analyse. Certains auteurs, comme Didier Eribon, ont cependant dénoncé la teneur hétérocentrée, phallocentrique, sexiste, misogyne et homophobe des théories et des propos de Lacan.

L'objet et la cure

Qu'est-ce qui est analysable ? Rien d'autre que la relation du sujet au signifiant. La cure analytique est, à chaque fois, particulière : il n'y a d'analyse que du particulier ; son expérience n'est pas totalisable. Son objet est l'objet de la psychanalyse. Objet paradoxal qui n'est pas un objet plein et concret, corrélat et répondant d'un sujet consistant. L'autre du sujet, c'est son semblable, son alter ego. Le sujet barré, effet du signifiant, rencontre comme objet ce que l'Autre produit : son reste, son déchet, l'objet .
C'est un objet impossible à avoir, car c'est un objet perdu. Il n'est pas l'objet du désir, mais sa cause. Un désir irréductible, absolu, inéducable et inadaptable, sans objet qui puisse le saturer, rebelle à toute pédagogie et relevant uniquement d'une éthique. C'est un concept nouveau, le seul, de l'aveu même de Lacan, qu'il ait inventé. Il reprend cependant le concept freudien d'objet partiel, objet de la pulsion partielle, à la série classique duquel s'ajoutent le regard et la voix. Le fantasme le recouvre ; et l'analyse mène à son dévoilement, le temps d'un battement, d'une ouverture, avant que l'inconscient ne se referme. Ce serait le point ultime de l'analyse, celui où le voile de la réalité se déchirerait un temps devant le réel. Concept d'un objet à chaque fois singulier, qui n'est déductible qu'à la mesure de la psychanalyse de chacun.
L'analyste se voue, dans la cure, à en être le support, à être cause du désir pour l'analysant, cause de sa parole. C'est une place impossible à tenir, sauf sous la forme d'un défi ; elle a pour nom le rejet et le rebut ; pourtant, elle seule réserve à l'analyse, qui est toujours particulière, un accès au réel. Place d'inconfort et d'insupportable qui pose la question du désir et du plaisir qu'a l'analyste à s'y tenir, et de ce qui peut l'y maintenir. Car tout est bon aux analystes pour se défiler d'un défi dont je tiens qu'ils prennent existence – car, c'est là fait de structure à les déterminer – ce défi, je le dénote de l'abjection. Abjection, mot qui revient souvent sous la plume de Lacan pour qualifier cette place. Mot de l'exclusion et du rejet, de la honte et peut-être aussi de la haine de l'analyste. À vouloir porter la parole pour que l'inconscient ne se ferme pas, il se voue à en être la cause rejetée. Abjection du psychanalyste qu'était Lacan.

Que suis-je pour oser une telle élaboration ? La réponse est simple : un psychanalyste. C'est une réponse suffisante si l'on en limite la portée à ceci que j'ai d'un psychanalyste la pratique. Lacan se défiait des psychanalystes ; à l'égal de Freud, il voulait être le seul. Il n'a cessé de les rappeler à l'ordre et de vouloir les réveiller tout en en faisant ses interlocuteurs privilégiés. Il ne leur laissait d'autre choix qu'être ses élèves ou le rejeter, reprochant aux uns sa solitude et son incompréhension, et tirant de son exclusion réelle ou supposée par les autres la raison d'être de son enseignement. Ce qu'il écrivait de ses Écrits lui conviendrait assez bien : À ce qu'ils formulent, il n'y a qu'à se prendre ou bien à les laisser. Chacun n'est d'apparence que le mémorial d'un refus de mon discours par l'audience qu'il incluait : strictement les psychanalystes.
Pourtant, contrairement à Freud, il n'a pas transcrit ses rêves et n'a rien livré de sa propre analyse. Il n'a pas ajouté de nouveau chapitre à la liste des formations de l'inconscient. Il n'a pas relaté une seule cure menée par lui, même pas un fragment. Il existe une clinique lacanienne, mais, à de très rares exceptions près, elle se nourrit des travaux cliniques des autres, et surtout de Freud, ou de littérature.
Dans les dernières années de son séminaire, il développe un formalisme de plus en plus spéculatif, qui semble à beaucoup délié de tout rapport avec la clinique. Conjointement, il affirme, dans des interventions, une série d'échecs. Échec de la transmission de la psychanalyse ; échec de sa fondation scientifique la psychanalyse n'est pas une science, c'est une pratique ; échec de la passe, une expérience institutionnelle mise en place pendant plus de dix ans pour interroger et faire progresser le problème posé par Freud de la fin de l'analyse, pour en faire l'axe d'un enseignement, d'une formation et d'une transmission ; échec enfin de l'École freudienne de Paris qu'il avait fondée en 1964 et dont il proclame la dissolution en janvier 1980. Sa fin fut triste : J'ai échoué, conclut-il.
Cet échec, il serait absurde et sans commune mesure avec les questions qu'il soulève d'en imputer la responsabilité à d'autres. On ne peut non plus en prendre acte sans poser au moins le problème de ce qu'aurait été pour Lacan sa réussite. Aurait-ce été la fin, au moins sous une certaine forme, de la psychanalyse ? Comment ne pas le penser en lisant ces mots, qui datent de 1975 : La chose terrible est que l'analyse en elle-même est actuellement une plaie : je veux dire qu'elle est elle-même un symptôme social, la dernière forme de démence sociale qui ait été conçue.Quoi qu'il en soit, cet échec lui revient ; il ne lui enlève rien ; il reste le point où sa vie a rejoint son destin et ce qu'il aurait été doit laisser la place à ce qu'il fut et voulut être : Jacques Lacan, psychanalyste, seul, le seul.

Liens

http://youtu.be/31iQQTPY-kA Jacques Lacan parle
http://youtu.be/ahuNN96G7jM La psychanalyse réinventée
http://youtu.be/Yyi90wUEgw0 Lacan et la mystique
http://youtu.be/RrP3mSUPRFk Lacan et le racisme


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Posté le : 12/04/2014 21:37

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Re: Jacques Lacan 2 suite
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16/04/2014 23:11
De France, enfin, je crois
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Ouah !
C'est quelque chose ton article.
J'avoue ne pas avoir tout lu mais cela me change de mes mornes cours de philosophie.
Beau travail !
Alexis17

Posté le : 18/04/2014 21:18
_________________
Le soleil n'est qu'une étoile du matin.
H.D Thoreau
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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