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Nouvelles confirmées : Dernière mission
Publié par Donaldo75 le 04-05-2019 21:13:08 ( 74 lectures ) Articles du même auteur



L’aéronef entra dans l’atmosphère. Paul laissa l’intelligence artificielle gérer l’atterrissage. Il pensa à Sara. Sa femme s’inquiétait quand il partait aux confins de la galaxie, sur des mondes dangereux.
- C’est la routine. Je pars inspecter une planète désertique.
- Comment sais-tu qu’elle est déserte ?
- J’ai lu les relevés télémétriques réalisés par les sondes. Il n’y a pas de vie sur cet astre, malgré sa géologie active et ses conditions propices. Et puis, c’est ma dernière mission de terrain. Ensuite, c’est promis, je remise ma combinaison au placard.

Sara avait boudé. Paul comprenait ses inquiétudes. Ses missions l’envoyaient seul dans l’espace, uniquement assisté d’une intelligence artificielle, à des distances tellement lointaines qu’il fallait des jours à tout message pour atteindre une borne de secours. C’était son idée de l’aventure, prendre des risques dans un infini froid et inconnu, loin des certitudes et du confort. Sara l’avait épousé en connaissance de cause ; il ne lui avait pas menti sur ses aspirations et ses rêves. Seulement, après vingt-cinq ans de mariage, deux enfants et un tiers de son existence passée dans l’espace, il était temps pour lui de raccrocher, d’ancrer définitivement ses pieds sur la terre ferme.

***

De fines gouttes d’eau tombaient du ciel. Des volutes de vapeur soufrée sortaient des antres du volcan. Le paysage désertique paraissait encore plus beau dans ce concert chimique. Paul pensa aux légendes d’antan, quand les déesses et les dieux manifestaient leur passion en choquant les éléments. Béa, l’intelligence artificielle mit fin à ses pensées.
- Les analyses sont bonnes, Paul. L’atmosphère est viable et la gravité conforme.
- Quelle est la fenêtre de tir pour la première sortie ?
- D’ici une heure et demie.
- Tu peux préparer mon matériel.

Paul ressentit la montée d’adrénaline de l’explorateur quand il se préparait à fouler un sol inconnu. Il adorait cette sensation. A cet instant, il regrettait sa décision de tout arrêter, de prendre un poste sédentaire au centre de commande. Mais Sara avait raison. Tout avait une fin, même l’aventure. Il lui resterait des images merveilleuses, celles de planètes fabuleuses, de mondes parfois aquatiques, parfois ensablés, noirs, blancs, bleus, rouges, plats, montagneux. Beaux.

***

La mission touchait à sa fin. Avec l’aide de Béa, Paul avait suivi toutes les étapes de la procédure d’exploration jusqu’à l’envoi des informations au centre de commande. Bien que sujette à un climat agité, la planète lui plaisait. Elle risquait même de figurer parmi ses meilleurs souvenirs. Il n’expliquait pas cet attrait pour un monde privé de toute vie biologique, assez hostile parfois. Il trouvait cette planète romantique. Il se souvint de sa récente discussion avec Béa.
- Tu dis que cette planète a connu la vie ?
- Oui, Paul.
- Pourtant, il n’existe nulle trace de ce passé, aucun fossile.
- C’est exact.
- N’est-ce pas surprenant ? Avec la technologie dont nous disposons, rien ne peut nous échapper, normalement.
- En théorie.
- Tu es bien mystérieuse.
- J’énonce simplement des faits. La théorie est une croyance. La réalité peut s’avérer différente.
- En clair ?
- Je pense que la planète a dévoré ses enfants, a digéré toute forme de vie.

Paul avait tressailli. Le plus étonnant n’était pas la thèse élaborée par Béa mais la façon dont elle l’avait formulée. Béa était une intelligence artificielle. A ce titre, elle raisonnait de manière logique, presque mathématique, sans user et abuser de symboles, même pour vulgariser des concepts trop compliqués pour le profane. Pourtant, elle avait utilisé cette fois-ci une image symbolique, proche des religions d’antan, quand un dieu cruel avalait ses enfants par crainte de se voir un jour détrôné.

***

Paul avançait bien dans ses travaux de clôture. Il terminait de vérifier les balises au sol conçues pour continuer les mesures d’ici la prochaine mission. Elle serait plus longue, avec un équipage conséquent. Les analyses des relevés avaient donné leur verdict : la planète était viable et disposait de nombreuses ressources naturelles faciles à exploiter. Le centre de commande allait probablement mandater un programme de mise en conformité, avec pour but ultime la colonisation de ce monde désertique. Ce scénario était peu fréquent dans la vie d’un explorateur, aussi Paul ressentait une certaine fierté à terminer sa carrière sur une telle perspective. La voix de Béa résonna soudain dans son implant auditif.
- Le manteau planétaire se reconfigure. Il faut vite revenir à l’aéronef, Paul.
- Peux-tu préciser ?
- La convection des plaques tectoniques s’accélère. Une tempête se lève. La pression au sol est en train d’augmenter. La probabilité d’un séisme local se précise.
- Est-ce normal, en cette saison et à cette latitude ?
- Les relevés précédents ne permettent pas de répondre avec certitude mais c’est une option à ne pas négliger. Appliquons le principe de précaution.
- J’avais presque fini de toutes façons. Je rentre maintenant.

Paul rangea ses instruments de mesure dans son sac à dos puis prit le chemin du retour. Il sentit une première secousse, imperceptible, venue du sol, une sorte de frisson. La neige tomba plus drue. Les fumées volcaniques se teintèrent de pourpre. De longues stries parcoururent le sol gelé. Paul pensa à Sara, à sa moue boudeuse quand il lui avait annoncé cette dernière mission.

La terre trembla de nouveau. Le ciel se chargea en électricité. La température se mit à baisser. Le vent s’amplifia, rendant la marche difficile. Paul ne paniqua pas ; il regarda l’aéronef au loin et évalua ses chances d’arriver dans les temps. Béa ne lui envoyait plus de message. Il l’imagina en train de mesurer les constantes, évaluer les risques, calculer des options et préparer le départ. Cette pensée le fit sourire. « Peut-être que ma dernière compagne sera synthétique et immatérielle » se dit-il. La planète hoqueta une dernière fois, avala l’explorateur, l’aéronef et tout le paysage alentour puis établit le silence.

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Auteur Commentaire en débat
Titi
Posté le: 08-05-2019 09:18  Mis à jour: 08-05-2019 09:18
Administrateur
Inscrit le: 30-05-2013
De:
Contributions: 1487
 Re: Dernière mission
Mon cher Donald, la vie sur notre planète terre n'est pas toujours des plus plaisantes, mais celle sur d'autres galaxies ne me semble guère plus avenante!!

Le récit est toujours bien mené, ton amour pour cet monde inconnu bien présent et l'intrigue laisse toujours le lecteur en demande!!!

Toutefois, je vais, illico,revenir à des choses plus terre à terre, préparer mon rôti de veau Orloff, et m'assurer du temps de cuisson.
Je ne suis pas sûr que Bea puisse me fournir cette indication!!!

Amitiés Donald et à lire au plus tôt.

Serge.
Donaldo75
Posté le: 08-05-2019 13:01  Mis à jour: 08-05-2019 13:01
Plume d'Or
Inscrit le: 14-03-2014
De: Paris
Contributions: 1093
 Re: Dernière mission
Merci Comte Orloff (maintenant, j'ai percé ta véritable identité),

Bea pourra te donner le temps de cuisson, mais décliné en chaleur, pression et durée, histoire de te laisser la latitude de carboniser ton plat ou de le congeler. C'est beau, la science !

A plus dans le car (j'ai décidé de décliner une vieille blague nulle)

Donaldo
Istenozot
Posté le: 09-05-2019 22:10  Mis à jour: 09-05-2019 22:10
Plume d'Or
Inscrit le: 18-02-2015
De: Dijon
Contributions: 1969
 Re: Dernière mission
Cher Donald,

A la lecture de ta nouvelle, j'ai fini par me dire que notre ami Donald était en train de valider la théorie des multivers, des univers parallèles. Et je crois que l'un d'entre eux est le tien. Je crois qu'il va falloir lui trouver un nom!

N'y aurait-il pas une dimension psychanalytique dans ta nouvelle? Béa ne serait-elle pas un peu la maîtresse de Paul? La relation est très anthropomorphique, je trouve. Je dois être un peu obsédé! C'est un peu normal avec un papa neuropsychiatre et une soeur psychiatre!

J'ai bien aimé le rythme de ta nouvelle. Il y a à la fois des ruptures mais aussi une continuité des émotions et des sentiments.
Le silence de Béa à la fin de la nouvelle est tout aussi glacial que l'environnement de la planète tueuse.

Sois remercié pour ce bon moment de lecture. Je m'y trouvais bien dans ton univers. Je suis parti avant la disparition de la planète!

Amitiés de Dijon.

Jacques
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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