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Nouvelles : La Plaine des Confins du Monde, Onzième Partie :
Publié par dominic913 le 16-10-2012 13:55:59 ( 729 lectures ) Articles du même auteur
Nouvelles



A l’affut du moindre grondement caverneux des Gardiens Obscurs noyés dans l’obscurité environnante, je cherche une échappatoire au piège en train de se refermer autour de moi. Je scrute la nuit ; je cherche à discerner le moindre mouvement indistinct. Je tente d’observer les Ombres furtives qui se délitèrent au-delà de mon champ de vision. Je remarque d’ailleurs que celles-ci se mêlent aux noirceurs nuageuses qui apparaissent loin derrière l’horizon ; qu’elles s’étirent à l’infini, se fracassant parfois contre les obstacles que la plaine dresse sur leur route. C’est comme si leurs contours incertains dévoraient l’espace autour d’elles, et ne réussissaient qu’approximativement à se solidifier. Comme si, seuls le haut de leurs corps parvenaient, durant un instant, à s’affermir ; juste le temps que je puisse les dévisager et imprimer dans ma mémoire, là, leurs faces cornues, là, leurs doigts démesurés aux ongles effilés comme des rasoirs, ou là encore, un élément de leur stature monstrueuse : un pan d’aile déployée, un torse velu et couturé de cicatrices, ou des yeux aux orbites creux et aux pupilles dilatées par la haine et le feu.
Je marche donc le plus silencieusement possible. J’évite les obstacles innombrables que la steppe sème tout autour de moi. Je contourne les racines et les épines – parfois empoisonnées – qui gisent çà et là. Je franchis la terre noirâtre, boueuse ou non, que d’antiques foudroiements ont fait éclater. J’esquive les crevasses plus ou moins profondes d’où s’élèvent des fumeroles nauséabondes, tout en accélérant le pas. Lorsque je les enjambe, je discerne nombre d’insectes rampants ou de larves multicolores se lover dans les profondeurs de leurs interstices. Au cœur de l’une d’elles, je crois apercevoir un rat en train de fourrager les entrailles du cadavre de l’un de ses congénères à moitié décomposé. Il s’en repaît avidement, le museau maculé de traces sanglantes. Mais je n’y prête que peu d’attention, bien que mes doigts se resserrent instinctivement autour du pommeau de mon arme, décidé à me défendre contre cette Créature de la Nuit si le besoin s’en faisait sentir.
Mais non ! Celle-ci jette juste un regard malfaisant dans ma direction tandis que je la dépasse. Puis, elle retourne immédiatement à son festin immonde. De mon coté, je surveille surtout les alentours, à la recherche des mouvements éventuels des Gardiens Obscurs qui pullulent dans les environs. Un éclair embrase l’horizon, bientôt suivi par le craquement du tonnerre roulant contre les nuages. Durant deux ou trois secondes, je surprends les silhouettes de ces Etres Cornus aux ailes de chauve-souris : ils se déplacent à moins de cinq-cents mètres de moi en direction de l’Est ; l’échine courbée, ils bondissent de place en place en émettant des hurlements stridents dont l’écho est amoindri par le vent et la pluie battante. Ils avancent à vive allure vers la Citadelle Ecarlate ; pour le moment, ils semblent ne pas m’avoir repéré ; pourvu que cela dure !
Soudain, l’Obscurité reprend ses droits. Je ne les vois plus, et je suis obligé de m’en remettre à mon instinct de survie et à mon expérience. Je continue mon cheminement ; j’écarte les gouttelettes de sueur et les ruissellements de pluie qui perlent de mon front, à l’aide du pan de tissu recouvrant le bas de mon bras. Je resserre le nœud de la cape sensée me protéger du froid de la Nuit et du blizzard soufflant en tempête.
Une fois encore depuis que j’ai franchi la Frontière pour partir à ta recherche, mon amie, j’ai l’impression de revivre les événements auxquels nous avons été confrontés ensemble. Souviens-toi, c’était lors de mon second séjour à Mesylath, et de notre exploration conjointe de sa Grande Bibliothèque. Nous fuyions la Cité des Piliers, de nouvelles et précieuses informations sur les Territoires Extérieurs en notre possession ; lorsqu’après avoir échappé à ses souterrains et à ses ruelles putrides, nous avons dû nous séparer afin de nous soustraire aux Argousins lancés à notre poursuite. Il m’a fallu plusieurs jours, et toute mon habilité, pour pouvoir semer les Sbires du Roi-Sorcier.
Malheureusement, c’est la dernière fois que je t’ai vue. Et ce n’est que par hasard, alors que je recherchais d’autres renseignements au sujet de notre Quête commune, à Khem, que j’ai appris que t’u t’étais aventurée seule au cœur de ces Contrées Maudites. Quelle folie s’est t’elle emparée de toi ? Moi, j’ai pu m’en échapper une première fois il y a quelques mois de cela ! Mais toi, avec les histoires terrifiantes que je t’ai contées à leur sujet, comment aurais-tu pu les explorer sans danger ? Et voila que, d’après les derniers indices que j’ai glané tout le long de mon trajet jusqu’ici, tu as été obligée de te réfugier dans les tréfonds de cette Citadelle couleur de Sang ! Je crains que là où tu es actuellement, tu sois confrontée à des horreurs plus grandes encore que celles qui parsèment cette Plaine sans fin.
Toutes ces images hantent sans cesse mon esprit. Et je m’en veux de ne pas avoir franchi la Frontière plus tôt. Malgré tout, je me hâte. Et je m’éloigne définitivement du site encombré de crevasses boueuses. J’entends encore parfois les hurlements des Gardiens Obscurs tentant d’empêcher les inconscients qui voudraient s’approcher de trop près de leur Citadelle. J’aperçois une fois de plus leurs formes indistinctes se désagréger parmi les brumes noirâtres qui s’épandent au loin. Puis, soudain, à une vingtaine de pas sur la gauche, surgie de nulle part, je discerne un nouvel élément décoratif me rappelant les Géants de Pierre croisés non loin de la Frontière, et qui ne me présage rien de bon.
Je m’en approche lentement. Parallèlement, mes yeux scrutent les environs, à la recherche d’éventuels Gardiens Obscurs dissimulés par les ténèbres ambiantes. Je dépasse une fumerole bleu foncé stagnant non loin de là à un mètre au-dessus du sol. Je remarque quelques vestiges de récentes traces de pas en chemin ; ces derniers ont moins d’une heure d’existence, apparemment, et ils sont accompagnés de gouttelettes de sang frais. Le vent rugit à mes oreilles alors que la pluie redouble d’intensité, et que la clarté d’un éclair plus farouche que les précédents me permet d’atteindre ce qui me parait être un monolithe.
Je l’examine attentivement. Mes doigts palpent avec excitation ses parois. Je me rends dès lors très vite compte que ces dernières ont été taillées, et que des marquages hiéroglyphiques les parsèment. J’y vois aussi nombre de fissures, ainsi que des béances. Elles remplacent les blocs rocheux qui s’étalent à mes pieds. Une multitude de moisissures verdâtres et rosâtres parsèment ses contours, tentant de progresser vers l’intérieur de la stèle mesurant environ deux mètres de haut sur un de large. J’observe en outre que ce Mégalithe a vaguement la forme d’un obélisque Ilyen tronqué. Et, comme tout le long de mon trajet jusqu'à lui, des marques sanglantes le recouvrent en deux ou trois endroits. L’individu qui les a laissés s’y est appuyé il y a peu de temps. Je prie une fois de plus les mille Dieux Mesyliens que ce n’en soit pas toi l’auteur, mon amie.
Je clos une seconde mes paupières afin de recouvrer mes esprits et de faire refluer les images qui sont sur le point d’envahir ma conscience. Je ne veux surtout pas imaginer le pire : ton corps gisant à terre, les vêtements déchirés ; tes entrailles se déversant de toi sans que rien ne puisse les en empêcher ; ton visage ravagé par des balafres ; ton front fiévreux suant la mort. Tes lèvres frémissantes, un liquide épais et visqueux s’en écoulant à l’instant précis où tu rends tu dernier soupir.
Non ! Mon âme se refuse à envisager cette hypothèse, et mon instinct me dit qu’il ne s’agit pas de toi. Je respire donc de nouveau normalement. Mon pouls reprend un rythme régulier. Je jette un regard malgré tout anxieux autour de moi, espérant vainement distinguer la silhouette de l’homme ou de la femme qui les a imprimées. Mais, outre un buisson d’épineux aux branches cassées proche, des touffes d’herbes froissées, il n’y a rien de remarquable. Et j’ai le sentiment que je ne peux rien faire de plus dans l’immédiat afin de sauver ce malheureux ou cette malheureuse de ses tourments. Comme si, quoiqu’il arrive, je le rejoindrai au moment le plus opportun. Comme si mon Destin était, avant tout, de concentrer mon attention sur ce Monolithe ; et que me sera révélé bien assez tôt quel est l’individu qui a subi les assauts des Gardiens Obscurs.
Je suis en effet désormais persuadé que ce sont ces derniers qui ont attaqué cet imprudent, que c’est à sa recherche qu’ils sont, et que c’est pour cette raison qu’ils ne m’ont pas vu précédemment. Pauvre hère, je ne donne par cher de sa peau ! Je crains qu’il ne subisse un sort semblable à mon compagnon de voyage précédent ; de plus, à peu près au même endroit.

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Auteur Commentaire en débat
Loriane
Posté le: 17-10-2012 17:40  Mis à jour: 17-10-2012 17:40
Administrateur
Inscrit le: 14-12-2011
De: Montpellier
Contributions: 9132
 Re: La Plaine des Confins du Monde, Onzième Partie :
Il ne faut pas laisser trop de temps entre chaque partie, j'ai eu du mal à revenir dans le récit.
Toujours une ambiance extraordinaire
Merci
dominic913
Posté le: 17-10-2012 18:36  Mis à jour: 17-10-2012 18:36
Plume d'Or
Inscrit le: 06-02-2012
De: Valognes
Contributions: 312
 Re: La Plaine des Confins du Monde, Onzième Partie :
Je vais essayer d'ètre plus assidu, un ou deux texte par semaine, a l'avenir, pas de soucis, en espérant que cela te plaise toujours autant.
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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