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Nouvelles confirmées : La maison en coquillages 21
Publié par Loriane le 16-02-2012 14:05:03 ( 593 lectures ) Articles du même auteur



Posté par Loriane le 18/05/2011 17:50:00 (233 lectures) Articles du même auteur
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La maison en coquillages 21



la maison en coquillages 21

"Linette débarrasse la table et lave les assiettes"
"Mais il n'y a pas d'eau chaude maman"
"Tu pouvais pas y penser avant ! lave les comme ça, et frotte pour que ça sente pas le "fraichon" demain'
Ce que maman appelait le fraichon était une odeur fade et écœurante qui restait collée aux assiettes surtout après les œufs ou le poisson ou bien lorsqu'elles étaient mal lavées.
Seule l'eau très chaude, bouillante, l'eau qui brûlait les mains était efficace puisqu'il n'y avait pas de produit pour laver la vaisselle, hormis la sacro-sainte "huile de coude", si vantée par maman.
Maman pris la petite sœur dans ses bras et Daniel rejoignit papa dans la cuisine.
"fiston passe moi le fusil"
Papa était en train de sortir du tiroir, tous les couteaux de la maison, et les aligner côte à côte sur la petite table.
"tu vas aiguiser les couteaux , papa ?"
"Oui, puisque je peux pas rester avec mes copains, et que ta mère va écouter ses conneries, viens m'aider"
Ça ! disait souvent papa c'est un travail pour les hommes et il était content que Daniel, son fils, se joigne à lui.
Linette, elle, était une fille et donc son travail et sa vie, elle devait les partager avec maman.
Très souvent lorsque son père avait quelque chose à dire, il le faisait par le truchement de maman.
Linette entendait souvent :
"Dis à ta fille que..."
"Tu peux pas dire à ta fille que ..."
A chacun son métier disait-il en conclusion ; les femmes d'un côté, les hommes de l'autre, tout comme, les enfants d'un côté, les adultes de l'autre, les paysans d'un côté, les parisiens de l'autre, les riches d'un côté, les pauvres ouvriers de l'autre, les communistes d'un côté, les "curetons" de l'autre...
Toutes ses barrières Linette ne les voyait plus, elle n'en tenait pas compte, elle ne savait pas pourquoi, ni quand elle en avait décidait ainsi. Elle ne savait pas pourquoi, il manquait en elle ce sens des hiérarchies et du compartimentage.
Elle savait juste que, de cette attitude, de ce manque de discernement entre les valeurs, l'importance des uns et des autres, des punitions en découlaient très souvent.
Pendant que papa remplissait un vieux saladier d'eau pour tremper son fusil à couteaux, Linette frottait les assiettes.
Ensuite elle secoua le cendrier de la cuisinière pour que le feu ne s'étouffe pas dans l'excès de cendre et qu'il garde ainsi, encore de la chaleur une grande partie de la nuit.
Maman, dans la salle à manger, avait déjà ouvert le lit-cage et couchait la petite sœur dans le lit de la chambre.
La petite au lit, elle revint dans la salle à manger et augmenta le volume du poste.
Linette fut saisi soudain d'un grand frisson qui lui donnait la chair de poule..
L'Arlésienne de Bizet venait de résonner dans le petit logement.
"C'est l'Arlésienne de Bizet" annonça-t-elle avec jubilation.
"T'as besoin de ramener ta science ? tu veux nous écraser ?
et pis, comment tu sais ça, toi ?"
"C'est la maitresse de chant qui me l'a dit"
Linette avait une passion pour ces musiques dites "grande musique".
Elle savait que cela mettait ses parents en colère, et surtout que cela les inquiétait, mais leur désapprobation ne changeait rien à l'émotion qui saisissait fortement la petite au son de ces musiques symphoniques.
"Mais d'où elle sort, cette gosse ? mais qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu, pour avoir une fille pareille ?! elle est pas de chez nous !"
L'Arlésienne tournait encore dans la tête de Linette et elle en fredonnait la mélodie, lorsqu'elle enleva sa robe et se coucha à côté de la petite sœur.
Au même moment Daniel se mit lui aussi dans son lit.
La pièce de théâtre était commencée, maman referma la porte entre la salle à manger et la chambre.
Les voix des acteurs étaient toutes proches.
Toute la famille était silencieuse, tous écoutaient

Entre les répliques des acteurs, la musique éclatait, sourde, lente, elle tapait comme un cœur qui bat, les sons graves résonnaient, devenaient lancinants comme une alarme, et faisaient très peur à la petite fille.
Sur les ondes le reporter Rouletabille était devant un mystère affolant, incroyable :
Mlle Stangerson avait subit une tentative de meurtre, un assassin voulait l'étrangler, elle était presque morte, et pourtant la porte était bien fermée à clef, les volets l'étaient également, il n'y avait pas de cheminée...Par où le criminel était-il entré ? Comment éviter qu'il ne recommence ?
Le danger rôdait et la solution de l'énigme semblait impossible à résoudre.
La petite fille dans son lit était couchée très droite, les jambes serrées, les bras croisés serrés aussi, sur la poitrine à s'en étouffer;
Elle se laissait pénétrer par les répliques et l'ambiance musicale lourde et tendue, angoissante. Les pas des personnages retentissaient dans le silence, les portes des chambres grinçaient des sons aigus, la chambre jaune ne livrait toujours pas son terrible secret, le danger épouvantable, persistait, pétrifiait, et l'énigme avait pour but de terrifier l'auditoire.
Toute la famille était silencieuse, tendue, tous écoutaient, même papa, Linette en était certaine.
La fillette était une enfant impressionnable, et dans l'obscurité de la chambre silencieuse où régnait le suspense de l'émission radiophonique, elle était prise par la peur.
Tout comme, lorsqu'elle était plus petite, quelques années plus tôt, elle avait été terrifiée en assistant à la projection du film pour enfants, Blanche neige.
Dès années durant elle avait eu le sommeil troublé par l'image de la sorcière, longue silhouette vêtue de noir, les ongles longs et griffus, le visage défait par la haine et la jalousie, les bras levés en gestes incantatoires pour jeter des sorts cruels à la jolie et douce blanche neige. Elle revoyait encore les éclairs qui zébraient et déchiraient l'écran, sur un fond musical de tonnerre menaçant.
Longtemps ce souvenir d'effroi était resté en elle.
Et voilà que cette histoire de mystère sans issue la terrorisait tout autant.
Elle se leva et regarda sous le lit, rien !
Il n'y avait personne, mais l'impression d'insécurité persistait.
Si une personne pouvait rentrer dans une pièce close, bien fermée, comment être rassurée ?
Dans le noir, Linette ne trouvait pas le sommeil, elle avait envie de se cacher au fond du lit, elle avait chaud, sa peau la démangeait, des suées montaient dans son dos, elle se grattait avec frénésie, les bras, le ventre, sa gorge brûlait.
La petite sœur s'était endormie depuis longtemps, quand elle entendit Daniel murmurer:
" Linette ? tu dors ?"
"Non, et toi ?"
"J'ai peur"
"Moi aussi"
"je peux me coucher avec vous ? "
"oui"
" Chuutttt !!" cria maman
" Vous dormez à côté !!! taisez-vous !!"
Le "chut" sonore était un ordre.
Maman avait éteint la lumière et annonçait le couvre feu avec agacement, sur un ton sans réplique possible.
Les trois petits étaient dans le même lit et Linette et Daniel finirent par s'endormirent près de la petite sœur.

Lydia Maleville

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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